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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 14:00

 

 

 

 

Chers camarades lecteurs, j’ai reçu ces derniers jours un témoignage édifiant.

Une auteur m’a fait parvenir le récit de l’édition de son premier recueil de nouvelles. Sa volonté de témoignage était simple. Elle désirait, comme moi, faire part de sa réalité de l’édition.

 

Cette histoire, hélas vraie, recoupe bien des articles de mon blog.

 

En voici le texte intégral. Mes remarques personnelles et mes renvois vers d'autres billets figurent dans une autre couleur.

 

 

 

 

Comment j'ai fini par être éditée...chez un VRAI éditeur!

 

 

 

Je suis ex-pigiste de presse, ayant publié des ouvrages "alimentaires" chez des éditeurs spécialisés. Il s'agissait, bien entendu, de commandes. Par ailleurs, j'écris pour mon plaisir depuis toujours et ai commencé à envoyer régulièrement des manuscrits de littérature générale dans ma jeunesse, en pure perte. Vous aurez compris que j'ai toujours eu le virus...

 

En 2007, je tombe dans le panneau d'un concours national de nouvelles d'un magazine féminin très réputé avec sujet imposé qui m'inspire à fond et j'ai la ferme intention de gagner le premier prix : une façon d'être enfin éditée chez un grand. Je travaille donc d'arrache-pied pendant plusieurs mois, nuit et jour, afin de fournir un truc chiadé : quatre nouvelles très abouties que je dépose moi-même au journal, pour éviter une éventuelle perte. Loin de gagner le concours, je reçois gracieusement, en tant que prix de consolation, le recueil publié... consternation à sa lecture... un pet de rat, une sous-merde!

 

 

 

A ce sujet, lire mon article sur la pertinence, la réalité et l’utilité des concours de nouvelles.

 

 

 

 

Je digère. Que faire avec mon petit chef d'œuvre ? Je ne me démonte pas : le peaufiner encore et l'envoyer aux éditeurs!

Entre 2008 et 2009, je le fais parvenir à presque 40 maisons et encaisse des réponses-bateau les unes sur les autres, comme tout le monde. Enfin, un grand éditeur parisien m'envoie un carton signé de ses graphes : " Madame, nous avons beaucoup aimé votre manuscrit "X" : alacrité, humour, noirceur, maitrise du sujet, tout y est... mais aussi parfois un peu trop d'ostentation, et vous savez, les nouvelles... Croyez, en tous cas, à toute notre considération ". Totalement néophyte, j'ai tenté d'entrer en contact avec la directrice littéraire auteure du billet, avant de battre en retraite : barrage. C'est ce qu'il ne fallait surtout pas faire!

 

 

 

Lire mon article sur la difficulté de l’édition des nouvelles. C’est ce que voulait signifier cette directrice littéraire à notre amie écrivaine, je pense. Je crois cependant que la prise de contact avec un éditeur qui vous envoie ce genre de petit mot reste une bonne idée. Parfois, cela n’aboutira pas, mais c’est bien d’essayer. Une courte lettre de remerciement sera probablement appréciée.

 

 

 

 

En 2009, n'y croyant plus, je décide de m'auto-éditer, tandis que mon mari, en déplacement en province, rencontre chez des amis une jeune femme qui lui apprend, au cours de la conversation, qu'elle a été éditée en 2008 chez un petit éditeur parisien, puis chez France Loisirs, soit au total : 40 000 exemplaires vendus! Mais l'écriture, ce n'est pas son truc, juste une expérience, pour le fun, elle est passée à autre chose, et décline même le nom de la maison. J'envoie le BAT papier de mon bouquin autoédité, sans aucune illusion, puis j'oublie. Entre temps, j'ai déjà vendu autour de moi la moitié des exemplaires reçus, soit 150. Les gens adorent, certains me repassent des commandes pour faire des cadeaux, je reçois des mails très positifs : comment, personne ne vous a éditée ? C'est impensable! Quel gâchis!

 

 

 

 

Lire mon article sur l’auto-édition, qui reste en effet la meilleure « solution » quand on décide d’abandonner (à court ou long termes) le parcours de l’édition à compte d’éditeur.

 

Sur France Loisirs, il faut bien comprendre leur fonctionnement. France Loisirs réédite des ouvrages publiés chez d’autres éditeurs. Il s’agit un peu du même fonctionnement qu’un éditeur de poche. Les ventes de France Loisirs peuvent en effet s’élever à des chiffres impressionnants, même si celui donné par cette auteur – 40 000 – me semble assez excessif. Ça reste possible, mais bon… Les auteurs ont toujours tendance à gonfler leurs chiffres de ventes…

 

 

 

Puis, fin 2009, contre toute attente, le téléphone sonne : « C'est vous qui avez écrit "X"? Oui, pourquoi ? Je suis éditeur et intéressé par la moitié de votre livre, soit les nouvelles 2 et 4 qui sont géniales. Acceptez-vous ces conditions ? » Tu parles si j'accepte, je suis prête à baisser mon froc, d'autant plus qu'il s'agit d'un petit éditeur, soit, mais avec une super réputation de sérieux. Je suis entre de bonnes mains, m'ont confirmé des auteurs de ma connaissance eux-mêmes confirmés... alors ?

 

 

 

Lire mon article  A l’aide un éditeur m’a rappelé.

 

 

 

 

Cette personne me donne rendez-vous deux semaines plus tard dans un bistrot en bas de ses bureaux. J'accepte tout et n'importe quoi, car c'est ça ou rien, autrement dit : pas d'à-valoir et du 6% : « Nous sommes une petite structure et vous n'êtes pas connue, vous comprenez, mais votre vie va totalement changer : journalistes, radios, télés, etc. Vous avez une bonne image, il va falloir vous investir à 100%, êtes-vous prête ? » Un peu mon n'veu que j'suis prête, même si je suis un peu sceptique... mais je n'ai rien à perdre, hein? Je crois en vous, insiste le gars, vous allez faire un tabac.. Et puis, me dit mon mari, la larme à l'œil, tu as enfin gravi la première marche... un tremplin pour la suite...

 

 

 

 

 

On voit bien là les contrats totalement abusifs dont nombre d’éditeurs profitent, prétextant le marché du livre en crise ou, comme dans ce cas, leur petite taille. Un petit éditeur DOIT vous fournir un à-valoir conséquent, sans quoi il ne s’agit pas d’un bon éditeur ! Je rappelle qu’un à-valoir normal s’élève à environ 1 500 € : ce n’est même pas le coût d’un salarié à temps plein ! Faut pas déconner !

A ce sujet, lire impérativement mes articles sur l’à-valoir et la négociation de l’à-valoir.

 

On notera le baratin bien formulé de l’éditeur sur la télé et la radio…

 

 

 

 

Nous nous revoyons au même endroit peu de temps après lui avoir retourné le BAT de sa version. J'ai droit à 10 exemplaires gratos. Arrivée chez moi, j'ouvre des pages au hasard, et je constate qu'il s'est permis de faire des modifications et même de me rajouter des fautes de français qui plombent le bouquin!!! Dégoûtée, je l'appelle dans la foulée pour les lui signaler, la réponse ne se fait pas attendre : "Ce n'est pas grave, nous rectifierons dès le premier retirage qui ne tardera pas!" Quant à la couv, elle est cliché et prête à confusion sur le genre (un livre de cul ou un polar ? pas du tout ..), alors que la quatrième de couverture est premier degré. J'ai honte.

 

 

 

 

Hélas ces pratiques sont courantes. Concernant la couverture, je donne quelques astuces pour garder un contrôle sur le processus dans l’article sur le contrat d’édition.

 

 

 

 

Le bouquin sort 6 mois plus tard. Aucune promo en amont, malgré mes demandes réitérées. La distribution est médiocre (malgré un distributeur soi-disant correct) : quelques centaines, alors que le tirage est de 2500 et aucun attaché de presse : l'attachée, ce sera moi. Deux ou trois semaines après la sortie, la maison commence seulement à faire parvenir des exemplaires de presse aux magazines nationaux : " Débordé, je n'ai pas eu le temps de m'en occuper avant ! " J'apprends par une journaliste de ma connaissance que c'est trop tard, mon bébé est déjà pour ainsi dire mort et prêt à être enterré, et je retrouve rapidement ces exemplaires soldés sur eBay! Rien ne se perd, dans le milieu...

 

 

 

L’impéritie éditoriale sur la presse est encore une fois très répandue, surtout depuis l’avènement d’internet. Les éditeurs se reposent sur des envois aux blogueurs, mais hélas, un blog ne remplace pas une critique dans un véritable média d’information. J’ai déjà abordé le sujet dans cet article.

Néanmoins, il faut rester conscient que certains livres bien chroniqués dans la presse se vendent mal, quand d’autres se vendent bien sans aucune critique mais seulement sur le bouche à oreille. De bonnes coupures n’ont toutefois jamais ralenti les ventes, nous sommes d’accord…

Le véritable intérêt de la presse est, pour l’auteur, de se constituer un petit dossier de presse potable qui lui sera fort utile le jour où il devra changer d’éditeur : ainsi pourra-t-il démontrer qu’il « compte » dans le marché de l’édition.

 

 

 

Mais je fais des pieds et des mains : je bosse comme une conne pour tenter de sauver le moribond, décroche seule une douzaine d'articles de presse dans des journaux de province et de banlieue, fais un max de salons et de dédicaces, y compris la Fnac et le salon de Paris. Parfois, je craque, je pleure, mais prends tout de même l'initiative de vendre en librairie, sur mon lieu de vacances, tous les soirs. Puis l'heure des comptes arrive, non sens retard : même pas 300 exemplaires, et que j'ai tous vendus moi-même !!! On m'envoie enfin mon chèque, Agessa déduite, je touche la misère de 143 euros (soit beaucoup moins qu'avec un de mes ouvrages alimentaires ou même celui autoédité).

 

 

 

Une cinglante illustration du baromètre Stoni des ventes de premier roman.

 

 

 

 

Mais ne vous inquiétez pas, me dit l'éditeur, je vais refourguer votre bouquin à France Loisirs et vous allez enfin toucher le pactole, soit 50 % des droits qui me seront versés. Voici la réponse de France Loisirs :" Nous sommes actuellement dans une politique d'augmentation des prix et celui de votre ouvrage "X" est trop bas pour apparaitre dans notre catalogue ". Ben oui mon bon monsieur, un livre constitué de deux nouvelles ne peut pas être bien épais!

 

 

 

Ou comment le baratin lénifiant de l’éditeur a été cruellement démonté…

 

 

 

 

Il est question depuis peu que mon livre soit pilonné, puisqu'il coûte trop cher à stocker.

 

Etre éditée ne m'a strictement servi à rien, pas même à pouvoir l'être à nouveau. J'ai perdu mes droits et le livre n'existe pas, pourtant, je ne suis pas tombée dans les arnaques : comptes d'auteur, éditeurs avec participation, éditeurs en ligne et faux éditeurs à compte d'éditeurs. J'ai été publiée chez un éditeur classique et me croyais donc en sécurité…

 

 

 

 

Cette histoire est difficile mais elle ne doit pas vous décourager si vous souhaitez réellement être édité.

Parfois, ça ne se passe pas trop mal !

Si je l’ai restituée sur mon blog, avec l’accord de sa protagoniste, c’est pour démystifier notre profession. Trop d’auteurs pas encore édités s’imaginent monts et merveilles sur l’édition. Or, l’édition est un univers marchand, où le livre est un produit, le lecteur un client, l’écrivain un salarié et l’éditeur un patron. Dans ce contexte, personne ne vous fera de cadeaux !

 

Quand on reçoit un appel d’un éditeur, ce n’est pas le début d’un conte de fée, c’est le début d’une expérience culturo-économique... Bien sûr, vous aurez tendance à le vivre en rêve éveillé, car c’est votre but ultime et quelque part, c’est normal. Mais tâchez de garder les pieds sur terre autant que faire se peut… Armez-vous de méfiance et soyez tatillons. N’acceptez pas n’importe quel contrat.

 

 

 

 

 

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commentaires

Muriel Martin 25/06/2016 08:02

Bonjour, j'ai téléchargé votre témoignage, quel monde de requin, ça fait froid dans le dos, moi, qui pensais peut-être un jour faire éditer mes petites histoires pour enfant avec des recettes, ça décourage tout de même, bonne continuation.

chafoin 01/02/2013 21:55


Un témoignage qui démontre bien ce qu'est le milieu. Cependant, si la maison d'édition n'est vraiment pas si mauvaise, l'expérience peut néanmoins être utile. Si cette personne possède d'autres
ouvrages de même qualité, elle aura beaucoup plus de facilité à se présenter à une autre maison d'édition plus sérieuse en lui présentant son curriculum vitae. Joindre une maison d'édition en lui
agitant sous le nez qu'on a déjà été édité à 2500 exemplaires par un de ses confrères est beaucoup plus aisé qu'arriver sans aucune expérience en la matière. Et on sait par ailleurs comment
négocier le contrat qui ne manquera pas d'arriver. Comme on dit, toute expérience est bonne à prendre. J'ai moi-même commencé par un contrat à compte d'auteur qui m'a laissé la sensation de
m'être fait arnaquer. Cette expérience malheureuse m'a fait prendre conscience de la réalité de ce milieu et par force de persévérance, j'ai fini par trouver pour mon deuxième roman, une maison
sérieuse qui m'a proposé une large diffusion et un à valoir intéressant. Si cette personne aime vraiment l'écriture et croit en elle, elle se relèvera et prendra sa revanche.

paniss 02/10/2012 22:21


merci Stoni...

stoni 02/10/2012 13:28


hé hé la prochaine fois je mets un truc positif qui donne envie, promis.

Ludovic 01/10/2012 19:45


Ne vous découragez surtout pas, auteurs en mal d'éditeur, même et surtout si vous avez lu les articles de Stoni !


En tout cas, moi, après ça, j'ai le moral.

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