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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 16:35

 

 

En ce moment, je visite des appartements.

Un couple d'amis souhaite en acheter un. Ils ont eu un bébé. Pendant toute sa première année, le bébé a dormi dans leur chambre. Maintenant, ils voudraient une chambre pour l'enfant. Et leur propre logement.

Ils m'ont montré leur simulation de prêt. Un truc de malade. Trente ans de remboursement. Je ne m'attarde pas sur le coût de l'emprunt – à mourir sur place. Parce que le toit sous lequel dort une famille est le bien le plus élémentaire, le plus indispensable, le plus naturel, quand tu vois les chiffres sur le papier, tu te prends la lutte des classes en pleine gueule.

Comme tout le monde ou presque, ils n'ont pas beaucoup d'argent. Ils en ont même très peu.

La jeune femme me propose de visiter les appartements avec elle.

- Il a pas le temps pour le faire (mon ami hoche la tête), il travaille de nuit... Et j'ai besoin d'un mec pour voir les choses techniques. Moi, je vois pas tout ça.

J'accepte.

 

 

Me voilà flanqué d'une épouse et d'un bébé, du moins aux yeux des agents immobiliers qui nous font visiter.

Elle et moi, on précise que je ne suis qu'un ami, que le compagnon est au boulot. Aussitôt, l'agent nous interroge sur le compagnon. Que fait-il dans la vie. Parce que, elle, elle est en CDD à mi-temps. L'agent n'aime pas ça. Il ne m'aime pas non plus, quand il nous voit poireauter en bas de l'immeuble. On a pas l'air franchement friqués, elle et moi.

Jusqu'à présent, on en a visité une bonne dizaine. Des appartements. Et des agents immobiliers, aussi. Ces mecs me fascinent. Je me demande s'ils agissent de la sorte avec tout le monde. Avec nous, ils sont tout simplement imbuvables.

- Et qu'est-ce qu'il fait, le monsieur ?

Avec un sale regard jeté sur ma pomme.

Au bout d'un moment, on a arrêté de préciser que je n'étais qu'un ami. Ça a commencé à nous faire marrer.

- Il est écrivain, le monsieur.

- Oh vraiment ?

- Eh oui.

- Et ça rapporte ?

- Oh, ça rapporte assez pour demander un emprunt sur trente ans.

- Vous êtes de quel pays, tous les deux ?

- Nous sommes Français.

- Oui, bien sûr, mais je voulais dire l'origine...

- Nous sommes Français.

Plusieurs fois, l'agent nous a plantés avant même de commencer la visite, tandis que nous lui serrions la main devant la porte de l'immeuble.

- Désolé, mais l'appartement est vendu.

- Vraiment ?

- Oui.

- Pourquoi vous n'avez pas appelé ? Vous aviez notre numéro de portable.

- Je viens juste de conclure la vente. Ecoutez, je me suis déplacé jusque là pour vous le dire, vous n'allez pas vous plaindre, non ?

Non, on ne se plaint pas.

On rigole.

Lorsque l'agent accepte de bien vouloir nous faire pénétrer l'appartement, c'est, neuf fois sur dix, un voyage au bout de l'enfer. Tout est à refaire.

- Sur l'annonce, c'était écrit quelques travaux. Je suis désolé, mais il faut refaire les sols, les murs, les plafonds, la salle de bains, l'électricité...

- Il est peut-être ouvrier du bâtiment, le monsieur ?

- Ben ouais, en fait. Je suis ouvrier du bâtiment.

- Alors il pourra s'en charger. La dame sera ravie de refaire la décoration.

- Le problème c'est pas tant que je m'en charge ou pas, c'est le prix.

- Il y a beaucoup de cachet, monsieur.

Nous reluquons une salle de bains immonde investie par des relents d'égouts.

- Du cachet ?

- Admirez la cheminée.

- A vrai dire, on s'en fout un peu, de la cheminée.

- Mais la chambre de l'enfant ? C'est une chambre de rêve.

L'agent jette un coup d'œil au bébé dans la poussette, aperçoit qu'il est drôlement noir pour être le mien, et commence à se poser de sérieuses questions.

- Ils sont mariés depuis longtemps ?

- Ils sont pas mariés, à vrai dire.

- Vous avez bien vu la chambre de rêve ? Madame, regardez la chambre de rêve.

Madame regarde bien. Mais je lui ai montré la fissure au plafond, les fenêtres simple vitrage et l'installation électrique datant de la seconde guerre mondiale.

On poursuit nos visites.

Des machins impensables, mal agencés, dégueulasses, un peu moins chers que le reste, mais toujours trop chers. Ou des trucs potables, mais à des prix luxueux. Ma pote désespère.

Moi ce qui me désespère, c'est l'éternelle petite phrase assassine de l'agent :

- Vous savez, comme on a eu beaucoup de visites, il faudra vous décider ce soir.

La première fois, tout à fait spontanément, j'ai éclaté de rire.

- Ne riez pas, monsieur. Je suis sérieux. Je suis certain qu'à la fin de la journée, j'aurai deux offres de prix.

- Non mais, ce soir ? Se décider ce soir ? Vous plaisantez ?

- Non.

- Ouais, ma femme et moi on va foutre cent mille euros comme ça, direct, sur la table. On va pas se poser de questions. Non non, on va pas réfléchir. On se décide dans la soirée. Promis.

- Je dis ça pour vous aider.

- Ben voyons.

Celui-là nous a foutus vite fait bien fait à la porte.

Et puis, tous ont redit la même chose.

- Comme vous le voyez (trois couples visitent l'appartement en même temps que nous), il y a de la concurrence. Il faudra vite vous prononcer.

- Ouais ouais.

- J'ai encore trois autre visites dans la matinée.

- Mais j'espère bien que vous avez d'autres visites. Vous faites votre métier. Sinon, ça m'aurait salement inquiété pour vos petites affaires.

- Qu'est-ce qu'il fait dans la vie, le monsieur ? Il est peut-être dans l'immobilier ?

- Non, il travaille, lui.

Là-dessus, l'agent a fermé sa gueule.

 

 

 

- Ils ont eu l'accord de leur banque ?

- Qu'est-ce qu'ils font, dans la vie, monsieur et madame ?

- Ils ont quel âge, sans indiscrétion ?

- Ils vont emprunter sur combien d'années ?

- Ils ont un apport ?

- Ils ont combien d'apport ?

- Ils sont « primo-accédant », je suppose ?

- Le bébé est-il bruyant ?

- Ils n'ont pas peur de déranger les voisins ?

Des fois, je m'attends à ce qu'ils demandent :

- Ils ne sentent pas mauvais, au moins ?

 

Bien sûr, comme pour tout, la solution est politique et infrastructurale.

Révolution marxiste-léniniste. Dictature du prolétariat. Nationalisation des agences immobilières dans une structure d'état unique.

 

 

 

Et on parle plus, bordel de merde.

 

 

 

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commentaires

panissières 21/09/2010 19:54



d'abord, camarade Stoni, on ne dit pas: moi, ma femme et mon moutard, mais: ma femme, mon moutard et moi, nom de diou!


ensuite, Hubert: on fait dire ce qu'on veut aux chiffres, mais payer un loyer à un proprio pendant 30 ans coute bien plus cher que rembourser un crédit, qu'on le veuille ou pas: parce que les
crédits depuis pas mal d'années augmentent moins vite que les loyers; j'ai des tas d'exemples, à commencer par le mien.


Et puis, il faut ne pas oublier que les pensions de retraite ne vont pas aller en augmentant, contrairement à la durée de cotisations. Et les ceusses qui auront leur appart à eux n'auront pas à
amputer leurs maigres retraites...


alors, cher Hubert, les chiffres dont on nous rabat les oreilles sont des calculs de gribouille, sauf votre respect, of course...


et petit rappel au passage: je ne vois pas comment un Etat peut vivre sans prélever de taxes, y compris sur les achats et ventes d'appart... et cela m'ennuie de rappeler cela, cette évidence, à
des marxistes, tendance Karl.
 Et ouil j'affirme haut et fort que l'Etat n'est pas un parasite! 



Ivanovitch 20/09/2010 20:22



Bah chapeau camarade.



stoni 20/09/2010 13:45



Bah, quand j'ai adhéré, j'étais jeune, con et naïf. Moi je pensais même pas à la gauche plurielle, je voyais le parti des quartiers et villes prolos, je voyais l'URSS, la faucille et le
marteau... J'ai pas réfléchi plus que ça. Et puis y'a encore des camarades communistes, au Parti. Je reste au parti pour son histoire, et parce que selon moi, quand tu y entres t'y restes. Par
contre, je ne suis pas du genre à encourager les autres à y adhérer, c'est plutôt le contraire...



Ivanovitch 20/09/2010 13:37



Ce qui m'intrigue c'est ce que tu fais encore au PCF, camarade Stoni. Il m'avait semblé évident depuis la "gauche plurielle" que le parti était compromis avec le grand capital... Tu sembles en
être toi même parfaitement conscient. Alors ?



Stoni 20/09/2010 13:18



@ Alain : bien sûr c'est une poétesse, Clopine. c'est la meilleure !



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