Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
Réunion officieuse de communistes.
Etaient présents : un camarade plein de bonne volonté, une révolutionnaire, moi.
Débat sur le port de la « burqa » oblige, le camarade plein de bonne volonté s’inquiète du « sort des femmes ».
La conversation dévie sur « la condition féminine ».
Ah, la condition féminine… Extrapolation d’intellectuels, grande aventure de l’humanité, préoccupation de sociaux-démocrates en mal de questionnements gras du bide, on aura tout dit, tout écrit et tout pensé à son sujet.
Sachez tout de même qu’on peut reconnaître les réactionnaires mâles et femelles à leur soupir plein d’extase : « Ah, la femme, quel grand mystère !!! »
La révolutionnaire s’agace :
- La femme, c’est un être humain avec des seins développés, un pénis atrophié et un vagin. On va pas en chier une pendule, non ?
Le camarade plein de bonne volonté est choqué.
- Non c'est pas ça…
- Si, répondons-nous de concert, la révolutionnaire et moi.
J’introduis une disgression pseudo philosophico-marxienne, en rappelant que les conduites viriles et féminines sont des résultantes (ma foi fort anciennes) de l’organisation des rapports de production.
Cela fut car cela devait être selon le système d’alors.
Cela reste car cela répond encore aux besoins du système contemporain (le capitalisme, en phase « Monopoliste d’Etat » à variante « de la séduction »).
Le camarade plein de bonne volonté s’obstine.
- Vous n’allez pas soutenir que le roman de l’homme et le roman de la femme sont les mêmes… Leur histoire diffère.
La métaphore est subtile, ce qui lui vaudra ma réplique empreinte de modération :
- Justement, tu utilises le mot roman, parce que tu parles d’un relationnel de culture, culturé et culturant, tu n’es pas dans la nature. Ontologiquement, il n’y a pas de féminité.
- Onto quoi ?
- L’être humain en tant que tel, s’il échappait à tout le façonnement historique d’une société, n’est ni viril ni féminin. Prends un enfant grandi parmi les loups, essaie de chercher en lui de la féminité et de la virilité, tu n’en trouveras pas. En recourant au mot roman, tu as révélé ton non-dit !
- Bon, n’empêche, la question des femmes…
La révolutionnaire tord la bouche, lassée.
- Non mais j’essaie de comprendre, se défend le camarade.
- L’humanité fera tabula rasa de la féminité et de la virilité, dis-je dans un grand instant d’optimisme.
- Ah bon ? Quand ?
- A l’établissement du communisme. Je ne sais pas quelles conduites politiques s’instaureront alors, entre les êtres humains. Nous ne pouvons pas le concevoir.
- Tu n’as qu’à regarder en URSS.
- Je te parle de communisme, pas de socialisme. Le communisme, c’est la disparition de l’Etat. Je ne crois pas que l’URSS ait accédé à ce stade.
Dépité, le camarade plein de bonne volonté soupire.
- Alors, c’est quoi être une femme ?
- C’est l’être humain, c’est toi, c’est moi, c’est elle (je désigne la révolutionnaire). C’est quelqu’un qui, comme toi, comme moi, comme elle, désire manger à sa faim, avoir un travail, s’épanouir, avoir un toit où dormir, être heureux.
La révolutionnaire en rajoute une couche :
- Je vais te dire ce que c’est, être une femme. Outre la capacité de garder l’enfant du couple en son sein pendant neuf mois, et de le mettre au monde, c’est avoir ses règles une fois par mois. Alors, là je vais te parler de condition féminine : le seul truc chiant, tu vois, c’est que quand tu t’es mise un tampon, et que tu vas chier, le tampon a tendance à sortir en même temps que ta crotte, puisque tu pousses – tu comprends ? Alors, c’est assez lourd, quand tu viens tout juste de te foutre le tampon. Voilà. La condition féminine.
Le camarade verdit.
Je vous l’avais dit, qu’elle était révolutionnaire.