Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
Quand vous écrivez des romans, des fois, les gens vous posent des questions.
Sur votre travail.
En général, mes réponses les déçoivent.
- Comment tu fais, pour écrire ?
- Ben, j’écris quoi…
- Mais, concrètement, comment tu t’y prends ? Quand tu as l’inspiration, tu te mets écrire d’un coup, d’affilée, aussi longtemps que ça dure ?
- Oh non !
- Alors comment ?
- Déjà, procédons par élimination. Il y a beaucoup de moments où je ne peux pas écrire. Quand je suis au taf, quand je fais la cuisine, quand je suis fatigué – c’est-à-dire le soir à partir de vingt heures…
- Si j’ai bien compris, t’as des horaires réguliers d’écriture ? Tu veux dire que, tous les jours, tu te poses à heure fixe devant ton ordinateur et tu écris ?
- C’est à peu près ça, ouais. Il y a des jours où ça dure plus ou moins longtemps. Ça dépend de ce que j’ai à écrire, si ça se passe bien, ou mal, si je le sens, ou pas…
- Ah, l’inspiration…
- Non… En fait, je n’ai jamais raisonné en termes d’inspiration. Quand c’est ton métier, il n’y a pas vraiment d’inspiration en jeu… Je n’ai pas de moment où je me dis : ça y est j’ai l’inspiration ! Par contre, j’ai des moments où éclot une idée. C’est différent. Ça peut être n’importe quand. D’un coup, là, j’ai une idée. Un simple détail, ou un gros enjeu pour mon histoire. Je réfléchis dessus pendant un certain temps, et puis je la stocke dans un coin de ma cervelle. Ça ressort toujours quand j’en ai besoin.
- Tu n’as pas un carnet de notes où tu les écris ?
- Ça m’arrive, quand j’ai un bout de papier à portée de main, mais c’est rare… Je la mémorise, c’est tout. Sinon, comme je te l’ai dit, j’écris tous les jours, pendant la même tranche horaire, et voilà.
- Tu as des horaires réservés ?
- Oui, enfin, le moment de la journée où je suis chez moi et quand je peux écrire…
- C’est comme un emploi de bureau !
- Non… Enfin, si, d’un point de vue strictement horaire, mais…
- Je trouve que c’est pas très artistique.
- Ah bon ?
- Je pensais que c’étaient les écrivains commerciaux qui procédaient comme ça. Je pensais que les vrais écrivains n’avaient pas d’horaires.
- Mais on a pas le choix, si on travaille à côté… Et puis, dans mon cas, ce ne serait pas faisable. Quand tu as un rythme fixe, ton cerveau, ton imagination, va s’y conformer. C’est très confortable. Tu sais qu’à treize heures, tu commences à travailler – à écrire, je veux dire. Alors, toute la matinée, même si t’es au taf ou ailleurs, tu commences à bosser, dans un petit coin de ta caboche. Inconsciemment, tu réfléchis à ce que tu dois écrire, l’après-midi venue. Ensuite, quand tu es face à ton traitement de texte, tu es mieux préparé. Puis, le soir, tu repenses à ce que tu as fait dans la journée, pour l’évaluer mentalement. Voir si ça te convient, ou pas, ou partiellement.
- Bon, d’accord… Mais quand t’es en train d’écrire… Tu fais quoi ?
- Ma foi, j’écris… Qu’est-ce que tu voudrais que je fasse d’autre ?
- T’as rien pour te stimuler ?
- Si, les clopes… Condition indispensable à toute séance d’écriture chez moi. Si je n’ai pas de cigarettes, je n’écris pas.
- Ok, mais sinon ?
- Mon traitement de texte, du calme et du silence – autant que faire se peut.
- T’écoutes pas de musique ??
- Ah non, surtout pas…
- Et t’as pas un petit rituel, avant de commencer ? Pour trouver l’inspiration ?
- Puisque que je te dis que je n’ai pas d’inspiration…
- Et le petit rituel ?
- Ben, avant de commencer, je me pète une bonne clope et je relis ce que j’ai fait la veille. Des fois je prends cinq minutes pour bien revoir mes idées. Ensuite, je m’y colle.
- Tu fais pas de pause ?
- Bof, pour me préparer une tisane, ouais.
- Une tisane ?
- Et ouais… Très bien les tisanes…
- Oh… En fait, c’est pas très intéressant de te voir écrire, je suppose ?
- Pas vraiment, non.
- Oh. Ah bon. Je pensais pas… D’accord.
- En fait, je t’ai baratiné. La vérité, c’est qu’avant d’écrire, je me roule un spliff, puis je m’envoie un petit shoot d’héro, bien tranquillou. Après, je décapsule une bouteille de bière, puis deux, puis trois, puis quatre… Alors tu vois, là, je suis bien défoncé et beurré. Faut dire que tout ça, je le fais à quatre heures du mat, parce que ça craint de bosser la journée comme un petit employé de bureau, nan ? Entre temps, je me tape une branlette, style, en allant surfer sur des sites pornos super trash. Là je suis à bloc, tu vois !! Alors, je fous la zic à fond. Je réécris Junky de Burroughs, sachant que je suis à peu près le millionième écrivain à le faire depuis 1952. Quand j’ai fini, je me fais une séance de méditation transcendantale indienne.
- Ah ouais ???
- Nan, je rigole.
- Oh.
Je ne me suis jamais excusé pour ne pas être assez « artiste ».