Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
En attendant mon compte-rendu de lecture de Max Dorra…
Profitant des aménagements sociaux-démocrates de ma ville à la municipalité non moins sociale-démocrate, je suis allé, hier soir, assister à la projection gratuite, en plein air, d’un documentaire intitulé Lyon la Movida.
Pour résumer ce film, je dirais que des gens (vieux) racontaient ce qu’ils ont fait (jeunes) dans le domaine artistique, télévisuel, musical, « évènementiel », fashionable, etc…
En fait, c’était quoi ?
C’étaient les branchés de l’époque, les contre-cultureux, les Jean-François Bizot et Alain Pacadis locaux. Performances, sexe, drogues, rock et vidéos…
C’étaient des gens qui ne travaillaient pas.
Il est très difficile d’écrire sur les branchés (quelle que soit leur époque), sans pour autant verser dans la diatribe. Et la diatribe ne m’intéresse pas.
Ces gens s’accomplissent par une telle exaltation de leur être de classe, que la première réaction qu’on a, face à leur spectacle (ou leur happening…), c’est bien sûr le jugement moral.
Aniki m’accompagnait, et, au sortir du documentaire, il m’a soufflé :
- C’étaient des bons, ceux-là…
Ce qui, dans sa bouche, était bien entendu ironique.
Je lui ai répondu en haussant les épaules :
- Ce sont des gens de droite – même s’ils prétendent le contraire – mais, tu sais, ils ne sont pas malfaisants… Tant qu’ils font leurs trucs entre eux… Moi je m’en fous.
- Quelle époque, je n’aurais pas aimé la vivre.
- Moi non plus, mais tu n’aurais jamais vécu comme eux, de toute façon.
- Tes parents, c’est ça qu’ils ont vécu, non ?
Je suis en effet issu d’un couple de contre-cultureux.
Mais…
- Ils étaient pauvres. Donc, ils ne fréquentaient pas ce genre de milieux. Le problème des pauvres, entre autres avec la drogue, c’est que, puisqu’ils maîtrisent beaucoup moins bien le code, ils ne savent pas la doser.
- Et ça a donné quoi ?
- Ça a donné qu’ils ont vu des gens mourir d’overdose d’héroïne. Et que eux-mêmes ont failli en mourir. Telle est la réalité de l’idéologie bourgeoise de la transgression : le principe de plaisir pour les uns, le principe de réalité pour les autres. Il n’y a pas de plus essentielle réalité que la mort, la mort de jeunes gens. Chez les pauvres, la drogue, on en meurt. Ce n’était pas marrant.
- Et malgré ça, tu n’es pas dans le jugement moral ?
- Non, je suis dans le jugement objectif. La mort est objective.
- Pourquoi pas le jugement moral ? Qu’est-ce que tu lui reproches ?
- Il n’est pas un hyperréalisme radical. Je souhaite faire tabula rasa de la morale.
Vous allez me dire, je souhaite faire tabula rasa de beaucoup de choses…
Si je parle de ce film, c’est parce qu’un petit « évènement », un mini-happening dirons-nous, a eu lieu avant le début de la projection.
Et ça, c’était fendard.
Le réalisateur, Jean-Claude Chuzeville, micro au poing, a présenté succinctement son film par ces mots (que je cite approximativement de mémoire) :
- Voilà le film que j’ai réalisé… Je vous préviens, vous risquez de trouver ce film stupide. C’est en tout cas ce qu’en a pensé la région Rhône-Alpes, qui a refusé de le subventionner après l’avoir visionné. Donc, si après la projection, vous souhaitez me foutre des gifles, je serai au stand buvette, et vous pourrez vous en donner à cœur joie.
Je dois dire que c’était très marrant.
Merci à toi, Jean-Claude Chuzeville.
Et puis je te fous une baffe virtuelle à l’occasion, tiens, puisque t’en réclames !!!