Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
« Voici venu le temps des vieux frustrés revanchards »...
Je me permets l’audace de reprendre cette formule pour l’ancien cycliste Greg LeMond.
Jusqu’ici, tout allait bien !
Greg LeMond remporta le Tour de France en 1986, 1989 et 1990, tâtant en ces années du Bernard Hinault et du Laurent Fignon : il est assez rare que des Français donnent du fil à retordre à un Américain, sportivement parlant, pour ne pas s’en réjouir.
Anecdote croustillante, le pauvre Greg subit un malheureux « accident de chasse » en 1987, qui lui légua trente-sept plombs dans le corps pour le reste de sa vie.
Avoir une tronche de lapin n’ayant jamais aidé dans le domaine cynégétique, hélas.
Rappelons que la médecine américaine se situe bien en deçà de la nôtre: les toubibs n’étaient visiblement pas assez compétents pour lui retirer les plombs incriminés.
Pauvre Greg !
Gageons que, avec ce lest intracorporel, Greg prit du poids supplémentaire, et alla bien plus vite dans les descentes – une forme originale de dopage ?
En 1994, Greg prend sa retraite, et va compter ses plombs loin du Tour.
Il s’adonna ensuite à l’occupation de tous les grands bourgeois qui s’ennuient : la course automobile (tel le Beatles George Harrison).
Entre temps, il présenta de premiers signes de guili guili en taillant un costard à Armstrong, l’accusant de dopage, accusation qui lui valut des ennuis financiers – mais, rassurez-vous, cela ne l’empêcha pas de poursuivre la course automobile.
Le grand journaliste
Puis, Greg se découvre un talent de plumitif chevronné.
Est-ce parce qu’ils portent le même nom que LeMond se met à écrire pour Le Monde ? Allez savoir, les hasards de l’homonymie…
Eh oui, notre ami Greg rédige une chronique pour le premier journal social-démocrate de France, à l’occasion du Tour 2009.
Le Monde, journal qui se distingue par son traitement univoque du cyclisme (limité au dopage – avec une exception pour l’incroyable article « l’Arabe du Tour », déplorable hommage au coureur français Saïd Haddou), trouve l’écrivain néophyte idéal : Greg, lui aussi, ne parle que de dopage (mais pas de « l’Arabe du Tour ») !
Sur les hauteurs de ses trois trophées, campé sur l’altitude de la maturité (Greg ayant quarante-huit ans), certifié blanc comme neige (aucune affaire de dopage), l’amerloque nous assène ses grandes leçons de morale.
Un premier point stupéfait tout lecteur lambda : Greg s’enorgueillit vilement !
Dans l’article « Le vieux patron », hormis le plaisir de cracher sur son vieux copain Armstrong, Greg démontre qu’il n’a jamais souhaité écraser ses concurrents, qu’il était super sympa et qu’il n’abusait pas de sa virilité (!!), bref, un mec en or !
Le reste du temps, Greg accuse tout un chacun de dopage (sauf « l’Arabe du Tour »), établissant ses soupçons sur des calculs fumeux à base d’oxygène et de puissance (infirmés par l’Equipe quelques jours plus tard).
Enfin, Greg impose un moment d’émotion en rappelant les « morts du Tour » (évidemment décimées par le méchant dopage), décès auxquels, vous vous en doutez, il a été le seul à rendre hommage !!!
Vous avez compris : Greg est seul contre le reste du (Le)monde !
A peu près aussi impertinent qu’un numéro de Marianne (c’est vous dire !), Greg érige la pratique du guili guli en gagne-pain d’apprenti journaleux, et en hobby d’ex-champion sur le retour.
N’ayant rien à dire, rien à faire, Greg décline sa tribune en une barbante péroraison reprenant toutes les conneries que la classe dominante peut débiter contre le sport (celui des pauvres).
J’aimerais en effet comprendre pourquoi le dopage des sportifs pose un si grand problème éthique, alors que celui de l’intelligentsia (penseurs, écrivains, artistes, chanteurs, musiciens, etc.) ne dérange personne ?
D’un côté, l’on pointe du doigt des tricheurs invétérés (Armstrong et Contador), et de l’autre, on célèbre l’exploration des portes de la perception (Baudelaire, Huxley et Jim Morrison).
D’où vient une telle différence de traitement ?
Greg n’en est sûrement pas conscient, mais le hiatus se situe dans les sphères d’appartenance du sport et de l’intelligentsia – qui ne sont pas les mêmes.
Dopage et drogue
Le sport est l’enfant du travail, du principe de réalité et de l’ordre de la production. Il faut travailler (son corps) pour vaincre, et d’ailleurs, le sport marque le point de départ d’une humanité libérée des contraintes naturelles par le travail (productif) : on organise les jeux olympiques quand la société a atteint le niveau de développement qui permet de le faire…
Dans cette lignée, le dopage reste dans l’ordre de la production : dérive stakhanoviste du mieux faire - mieux produire, il vise à la performance.
Le dopage de l’intelligentsia, c’est la drogue.
Il n’est pas innocent que soient utilisés deux mots distincts – qui recouvrent parfois les mêmes substances (cocaïne, amphétamines).
La drogue est l’enfant de la transgression, du principe de plaisir et de l’ordre de la consommation. Se drogue celui qui peut se le permettre : celui qui ne travaille pas (Baudelaire). La drogue marque le point de départ d’une strate parasitaire libérée des contraintes productives par la division de classes (il y en a qui bossent, d’autres pas). Contemplation passive et lyrisme de bourgeois, la drogue vise au mieux être – mieux rêver (le mieux écrire, le mieux peindre…), et certainement pas à la performance.
En régime capitaliste, pas étonnant que le dopage du bourgeois passe comme une lettre à la poste !
Alors, Greg, retourne donc conduire des voitures chez ta mère !
Et n’oublie pas de faire attention aux chasseurs en cas de balade bucolique !