Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
Grande réunion footeuse chez un pote.
France-Uruguay.
Mon frère arrive avec sa casquette Mao (made in China, modèle authentique).
- Sale traître ! T'as l'étoile rouge sur le front mais pas de carte au Parti ! Je te renie !
- Chuis pas maso, moi.
Mon frère, ou la simplicité, l'intelligence et la pertinence mêmes.
Mon pote s'est peint le drapeau tricolore (le nôtre) sur la gueule.
- T'as foiré, on dirait la bannière étoilée des Etats-Unis.
- Ah bon ? Tu trouves ?
Il se reluque dans le miroir.
- Bah si, regarde les gros pâtés blancs, là. Ça fait les étoiles.
- Oué, le blanc a un peu débordé sur le bleu...
- Et le rouge aussi, du coup ça fait les bandes des treize colonies.
- Comment t'es culturé, Stoni !
- Je sais.
Pendant l'hymne uruguayen, nous gloussons en jactant :
- C'est quoi cet hymne de merde, on dirait du Tchaïkovski !
Un commentaire méprisant s'impose sur le physique de chacun des joueurs adverses.
Nous chantons la Marseillaise, et nous chantons faux, en retard ou en avance sur la musique, debout devant la télé.
Lorsque nous gueulons « AUX AAAARMES CITOYEEEENS », le bébé du pote se réveille.
Et pleure.
- Amène le bébé, il vivra sa première Coupe du monde !
- Non, tempère la mère du bébé. Fermez un peu vos gueules, gros sagouins !
- LE BEBE ! LE BEBE ! LE BEBE ! LE BEBE !
Nous avons le temps de placer deux ou trois vannes sur le pauvre arbitre japonais (qui ne nous a encore rien fait, c'est totalement gratuit), jusqu'à ce que la mère se résigne et apporte sa progéniture.
Le bébé voit son père au visage américanisé et explose en larmes.
Le bébé retourne dans sa chambre.
En vérité, personne n'y connait rien en foot sauf mon frère. Il garde un calme absolu et nous fait revenir à la raison, lorsque nous beuglons comme des porcs à la moindre faute française.
- C'est un hors-jeu...
- Mon cul !
- Si...
Puis, au ralenti, en bon professeur, il nous enseigne le principe du hors-jeu.
Malgré tout, il s'avère, au fil du match, que nos vannes méchantes contre l'arbitre étaient justifiées. Il est totalement acquis à la cause des Uruguayens, ce vendu.
Mon frère, nippophile, s'insurge.
- MAIS FERMEZ-LA BANDE DE SALES GOUERHS !
- Euh euh euh ! Lui il est pour l'Uruguay il est pas pour la France ! DEHORS ! DEHORS !
- Oué j'aime pas la France, c'est une équipe de cons !
- Ce traître, non seulement il arbore l'étoile rouge sans être communiste, mais en plus il soutient les deux Corée, le Japon et toutes les équipes africaines ! Et pire que tout... l'ITALIE !
- Je soutiens tous les peuples opprimés qui luttent contre l'impérialisme.
- La Corée du Sud ils sont pas opprimés, là !
- Ils s'encaissent juste une présence militaire américaine injustifiable, comme le démontre magistralement le film The Host.
- Ben... Le Japon alors ?
- Même chose. Et ils ont subi le seul holocauste nucléaire de l'histoire de l'humanité, je le rappelle. Acte inqualifiable, cruel et criminel. Mais qu'est-ce que vous voulez, la première démocratie au monde devait bien tester la bombe A.
Les potes sont désarçonnés. Personne ne trouve rien à répondre.
- Et l'Italie ? fais-je en ricanant bêtement.
- Le peuple Italien n'est pas opprimé ? Regarde Gomorra et on en reparlera.
Comme j'ai non seulement vu, mais aussi lu, Gomorra, je me retrouve bien forcé de fermer ma gueule.
Jusqu'à ce que Forlàn réapparaisse en gros plan à l'écran, et que nous hurlions tous :
- LA BLONDASSE ! LA BLONDASSE DE RETOUR ! DEHORS LA BLONDASSE ! AUX CHIOTTES LA BLONDASSE !
Bref.
Heureusement qu'il y en avait un pour relever le niveau conceptuel.