Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
La semaine dernière, je vous donnais mon avis sur l’utilité de posséder un blog lorsqu’on est un auteur en quête d’un premier éditeur.
Aujourd’hui, je vous donne mon avis sur le cas des auteurs édités.
Avant tout, je tiens à préciser qu’il s’agit de mon avis personnel, il n’engage que moi et beaucoup d’auteurs édités ne le partageront certainement pas.
Mon avis ne concerne que les auteurs édités par des maisons correctement distribuées, qui font de la littérature pour adulte. Pourquoi ? Parce que c’est l’univers que je connais. Je ne me prononce pas sur les auteurs jeunesse, ni sur les auteurs édités chez de micro-éditeurs, édités en numérique ou auto-édités.
Bref. Venons en au fait.
Est-il indispensable pour un auteur d’être présent sur internet afin d'exister dans l’édition aujourd’hui ?
Ma réponse est NON. Bien au contraire.
Un site web, un blog, un compte facebook, ne feront pas gagner davantage de lecteurs à un auteur.
Ce qui donne des lecteurs à un auteur, c’est un bon éditeur (dans la mesure du possible), un bon distributeur – diffuseur, un bon attaché de presse, un bon bouche à oreille.
Autant de choses qui n’ont strictement aucun rapport avec le blog ou internet.
Je ne suis pas contre le petit site ou blog avec seulement une bio et une bibliographie. Pourquoi pas ? Si cela n’est pas prévu sur le site web de l’éditeur, ça aidera à sortir sur Google quand des gens cherchent des infos sur vous.
En revanche, j’éviterais à tout prix le blog, le site ou la page facebook « 3615 MYLIFE ».
C’est pourtant ce que je fais avec le blog et le facebook de Stoni, allez-vous me répliquer. Oui mais non. Stoni, on ne sait pas ce qu’il publie, ni qui il est. Ce n’est pas officiel. Je peux tout me permettre.
Je pense qu’un auteur édité ne peut pas s’autoriser ce genre de publicité.
L’expérience m’a donné cette opinion.
Parce que, avant, j’avais un compte facebook « officiel » d’auteur. Je l’ai fermé depuis.
Dans mes contacts facebook, je comptais nombre d’autres écrivains que je connaissais de près ou de loin.
Voir leurs publications facebook au jour le jour m’a dégoûté de cette pratique, m’a ouvert les yeux sur la mienne, et m’a poussé à fermer ce compte.
Sur un blog d’auteur, sauf exception, le même phénomène se vérifie.
Je m’explique.
Le blog et le facebook officiels d’auteur virent très vite à l’autosatisfaction permanente.
Moi aussi, au début, sur Facebook, je postais des liens vers les (bonnes) critiques de mes bouquins. Oué trop bien chanmé le monde m’adore regardez la preuve. Je n’écrivais pas cela, mais au fond, c’était bien l’esprit. Et puis je me suis rendu compte que c’était parfaitement ridicule. Que tous les auteurs faisaient la même chose. Que des mecs de cinquante balais continuaient à poster des liens : oué trop bien chanmé le Figaro m’adore comment je me fais une personal branlette là.
C’est ça le problème. C’est que c’est de la pure branlette. Vous avez déjà vu le tumblr « personal branling » ? Franchement, si les mecs qui s’en occupent s’attardaient un peu sur les blogs ou facebook d’auteurs, ils auraient de quoi poster des conneries jusqu’à la fin des temps.
Au personal branling, succède très rapidement le branling mondain. C’est-à-dire la branlette mondaine du petit milieu de la littérature. Tu postes une photo prise au salon du livre avec tel journaliste à la con : ouah trop cool, je connais trop du monde mon pote ! Photo avec une brochette de « potes » auteurs (en vérité, des types qui n’attendent qu’une chose : que ton prochain roman soit un bide) : je connais trop des auteurs connus on est trop amis je fais partie de ce milieu formidable qu’est l’édition ha ha ha !
Ça aussi, je l’ai fait au début. MEA CULPA.
En voyant les autres le faire, j’ai réalisé là aussi combien cela puait l’autosatisfaction, j’ai eu honte et j’ai cessé.
Branlette entre copines : peut-être sont-elles écrivains !
Vous savez, je ne suis jamais contre une bonne petite branlette, que ce soit tout seul ou en groupe. Mais ça ne se fait pas en public, et encore moins sur internet. Sans déconner.
La branlette n’est pas encore le pire.
Le pire est le phénomène « mon avis aussi compte ».
Sur son compte facebook ou son blog, l’auteur donne son avis. Sur quoi ? Sur tout. Sur les livres de ses amis écrivains trop mes potes trop chanmé le milieu de la littérature waooouh. Bon, ça, encore, ça va. Il a le droit de branler ses copains, l’auteur édité.
Mais il donne aussi son avis sur des sujets de société. Sur la politique.
Je vous préviens : en général, si un écrivain c’est très bien quand il fait de la fiction, c’est beaucoup moins bien quand il s’essaie à l’analyse socio-politique. Ouais, je sais, le droit de l’écrivain à donner son avis, le rôle du prescripteur d’opinion, machin truc.
Sauf que, dans 99 % des cas, l’avis de l’écrivain sur un sujet de société c’est l’avis de monsieur tout le monde à tendance gaucho-rebelle ou à tendance droito-humaniste. Mais à la différence de monsieur tout le monde, l'écrivain croit que son avis, c'est trop original, trop profond, trop sérieux – bref, il se la pète grave.
C’est méchant à dire, et je vous rappelle qu’il s’agit seulement de mon opinion personnelle, mais je juge cela ridicule. Vraiment.
Exemple. Pendant les élections présidentielles, tous les auteurs se lâchaient sur Facebook ou sur leurs blogs pour dire pour qui ils allaient voter. PUTAIN MAIS QU’EST-CE QU’ON S’EN BRANLE ? COMME SI QUELQU’UN EN AVAIT QUELQUE CHOSE A FOUTRE ?
Vos lecteurs s’en foutent. Je vous jure. Ils s’en foutent grave. Tout le monde s’en fout. Les gens lisent vos romans, c’est tout.
Je pense que les auteurs ne s’en rendent pas compte. Mais la terre entière s’en bat allègrement les steaks, de pour qui ils votent.
Je suis un auteur communiste, quand on me pose la question je dis que je suis communiste, je ne le cache pas, voilà. Mais comme si j’étais assez important pour déclarer pompeusement sur facebook à dix jours des élections pour qui j’allais voter, cela de mon seul fait ! On me pose la question ? Ouais, je le dis. On me pose pas la question ? Je ferme ma putain de gueule.
En résumé.
Le blog ou le facebook d’auteur, oui, si cela vous permet de rester en contact avec vos lecteurs, d’annoncer les dédicaces, le strict minimum, ok.
En revanche, je suis contre le 3615 MYLIFE d’écrivain. Je pense qu’un auteur a tout à gagner à se faire le plus discret possible. Question d’humilité et de crédibilité. Après ça n’engage que moi.
Toi aussi, retrouve ton ami Stoni
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