Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
« La pwemièwe foua que que j'ai mangé un cwoissant, j'ai cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens. »
Et :
« La pwemièwe foua que mes amis fwançais ont mangé un MeïcDowneld’s, ils ont cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens. »
Ces phrases traduites de l’accent américain en « la première fois que j’ai mangé un croissant, j’ai cru que c’était de la nourriture pour chiens » et « la première fois que mes amis français ont mangé un McDonald’s, ils ont cru que c’était de la nourriture pour chiens », nous tenons là les deux prochains thèmes des livres de Ted Stanger :
Un Américain en France : ou comment je me suis bien foutu de votre gueule
Et :
Les Français aux Etats-Unis : ou comment je continue à bien me foutre de votre gueule
Allez savoir comment j’ai pu connaître Ted Stanger, moi qui ne regarde ni la télévision ni n’écoute la radio.
Je crois qu’il commit quelques interventions dialectiquement nulles à l’émission Arrêt sur Images – que je regardai sur Internet non sans éprouver un certain plaisir sadique, et coupable.
Notre ami Ted est né en 1944 à Athènes. Dans sa petite enfance, il retourne avec ses parents aux Etats-Unis. Jusque là, tout va bien.
Le problème, c’est qu’à partir de 1993, il bosse (euh...) en France. Eh oui, Ted est journaliste. Sa grande fierté est de claironner sur tous les toits qu’il a dirigé un service chez Newsweek. Laissez-moi vous dire une bonne chose : Newsweek, c’est pas The New Yorker (le truc des intellos américains). Bref, l’hebdomadaire ne se distingue pas par un traitement hautement cérébral de l’actualité. En France, il trouverait probablement son équivalent dans L’Express. Et encore...
Basé en France, Ted découvre notre pays et, en fin roublard, découvre concurremment sa nouvelle vocation : écrire des bouquins pourris sur tous les clichés culturels, économiques et politiques français. Puis, étant un peu à court d’idées, il se rabattra sur l’antithèse : écrire des bouquins pourris sur tous les clichés culturels, économiques et politiques états-uniens.
De la sorte, Ted se fit vachement de fric, ainsi que son éditeur – on est contents pour eux.
Catalogué « observateur naze de l’évolution des Français », Ted commença à être invité sur moult plateaux télé, où il pérora :
- La pwemièwe foua que j’ai fait manger un Kenteucky Fouailled Tchicken à des amis Fwançais, ils ont cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens.
(Comprenez « la première fois que j’ai fait manger un Kentucky Fried Chicken à des amis Français, ils ont cru que c’était de la nourriture pour chiens ».)
Entre autres, si je me fie à ma mémoire, Ted déblatéra nourriture pour chiens chez Daniel Schneidermann.
Depuis quelque temps, Ted ne se contente plus de décliner en livres, émissions, documentaires, une version franco-américaine de l’émission Karambolage (les particularités franco-teutonnes disséquées à la loupe, histoire de nous faire oublier trois invasions boches – nan je rigole).
Désormais, Ted fait de la politique.
Enfin, c’est ce qu’il veut bien nous faire croire (déjà qu’il a réussi à faire gober qu’il était sociologue-ethnologue ou je-ne-sais-quoi, il se sent pousser des ailes).
A l’approche des vacances et du mois d’août, Ted sort un gros coup : les Français sont tous des branleurs ! Et pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas assez bien adaptés au capitalisme concurrentiel libéral !
C'est le résumé de son dernier « livre », Sacrées vacances ! (que je n'ai pas lu, je vous rassure).
Rendus velléitaires par nos cinq semaines de congés payés (déjà tu rigoles, là, camarade travailleur), nos trente-cinq heures (pété de rire, camarade ? ), notre « Etat-Providence » (hé hé), nous les Français on veut plus rien foutre.
C’est bien malheureux mais c’est comme ça.
Dixit Ted, au mois d’août, c’est une honte, plus personne ne bosse. Cinq semaines de congés, c’est trop. Le pays est sclérosé. On va tous mourir. Sans compter qu’on voudrait tous devenir fonctionnaires (pas moi en tout cas, mais bon). Et qu’on va construire une « société du loisir », puisqu’on veut plus rien foutre.
Nous ferions mieux de prendre modèle sur les Etats-Unis où, c’est bien connu, les salariés bossent comme des malades (comptez dans un bureau : 9h/12h – 13h/17h), pays béni des dieux où jamais aucun citoyen n’a songé à construire une « société du loisir » (d’où la prolifération des Disneyland, Hollywood, Electronic Arts, HBO, McDonald’s, Nike, etc.).
Ted, suprême suppôt de l'impérialisme américain, chantre du libéralisme, souhaite tancer les Français et nous convertir à son modèle socio-économique (ce qui est déjà fait, pauvre vieux, nous aussi on a dû socialiser les pertes des banques après que tes compatriotes désargentés se soient sur-endettés via leurs emprunts immobiliers). Le problème, c'est que Ted est Américain. Et les Américains, quand ils veulent faire un truc, ils se plantent tout le temps. La guerre en Irak : un fiasco.
La semonce moralisante de Ted : un fiasco aussi.
Ted, revoyons certains points, toi et moi, si tu veux bien.
Il appert que tu connais aussi mal mon pays que le tien. Faut le faire, quand même.
La France détient le plus haut taux de productivité au monde (avec près de 10 % de chômage – plus ou moins selon les méthodes de comptabilisation… - rien d’étonnant à ça, nous devons produire beaucoup avec peu de personnes).
Le salaire médian Français est d’environ 1 500 €. Avec cette somme, tu vas aller vachement loin dans l’hédonisme consommateur de la société du loisir. T'es pété de thunes, ma parole. Tes cinq semaines de congés payés, comment t'en profites à fond du ballon !
Le smic mensuel te laisse un petit millier d’euros pour vivre. Je trouve que c’est un encouragement insane à la société du loisirs. Je te promets Ted, avec mille euros tu exploses dans les loisirs. Demande aux 15 % des salariés qui sont concernés.
Les trente-cinq heures sont ignorées par une multitude de salariés, qui font plutôt quarante heures par semaine. Souvent beaucoup plus. Sans oublier les cadres payés au forfait, qui eux, ne comptent même plus leurs heures.
Dans un pays où l’on patauge autour des 10 % de chômage, je ne vois pas en quoi cinq semaines de congés payés embarrasseraient bien le patronat…
Ton pays « deux de tension » fait croire à ses contribuables qu’il est en train de copier notre Etat-Providence. Arrête de nous faire avaler que chez toi, y'a pas d'Etat-Providence. La seule différence, mon ami, c'est que le tien, il est mal organisé et il coûte encore plus cher. So what, dear...
Ton pays « deux de tension » chie dans la colle.
Le jour (très proche) où la Chine vous nique et devient première puissance mondiale, j'attends que tu ailles faire des comparaisons avec les Etats-Unis, ça va être fendard (et puis comme ça on ne te supportera plus).
Euh, je crois que c’est à peu près tout…
Ah oui. J’allais omettre. Ted. You suck, man.