Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
Tout écrivain un tant soi peu casanier rêve d'une chose : avoir son propre bureau.
Par bureau, j'entends une pièce dévouée à l'activité littéraire, chez soi. L'équivalent de l'atelier du peintre, comme l'a récemment si bien évoqué notre ami Narcisse Steiner.
Pour l'instant, je n'ai pas de bureau.
Et je n'en aurai probablement jamais.
Je travaille dans mon salon. L'après-midi en semaine, je suis seul chez moi et ne suis pas dérangé. Le samedi et le dimanche, Aniki a la bonté, la patience et la prévenance de ne pas faire de bruit, lorsque j'écris. Sa présence dans le salon m'est plutôt une source de soutien (voire d'inspiration) qu'un désagrément.
Pour travailler, j'ai besoin d'une table, de mon ordinateur portable, d'un siège, d'un cendrier et de mes cigarettes.
Tout cela est casé contre le mur, entre deux fenêtres.
La table est un modèle bas de gamme suédois IKEA « STROKLÜNG », qui depuis peu me tape sérieusement sur les nerfs. J'avais pris la moins chère, en emménageant : je me retrouve avec un truc en PVC blanc laqué copieusement hideux. Comme il m'arrive de dessiner, la table est recouverte de taches de feutre noir. Un pied est bancal, aussi ai-je glissé, dessous, un carton plié en quatre pour la maintenir stable.
En revanche, j'ai dépensé davantage dans mon fauteuil pivotant vachement classe qui fait trop intellectuel. Bon, en réalité, c'est un fauteuil rond pas très cher non plus, mais relativement confortable.
Le problème, c'est que j'ai un petit appartement. Et que la chaîne hi-fi se trouve sous la table blanche, ce qui me bouffe la moitié de l'espace où je suis censé glisser mes pauvres petites jambes.
Sur la table, se trouvent : l'ordinateur portable, mon dictionnaire Lexis, mon cendrier, mon paquet de clopes, un briquet, mon téléphone portable, mon agenda, une trousse remplie de feutres noirs et de critériums, puis, des bouquins (en ce moment, une biographie de Marat et le Dictionnaire historique de la Révolution française dirigé par Albert Soboul).
Sur le mur face à moi, j'ai affiché toute une série de photocopies établissant la chronologie de la Révolution française, depuis 1770 jusqu'à la fin de 1794. Les années sont surlignées au marqueur, afin que je puisse repérer rapidement celle qui m'intéresse.
Plus haut sur le mur, sont fixées deux étagères en bois. Toutes les deux supportent ma modeste collection d'ouvrages sur la Révolution française. Nous touchons là au point qui perturbe tout mon rangement bibliothécaire : j'ai des tendances psychorigides (des tendances seulement). J'y reviendrai plus tard.
Sur l'étagère du haut, se trouvent les ouvrages sur l'histoire générale de la Révolution, sur l'historiographie révolutionnaire, les biographies.
Sur l'étagère du bas, les ouvrages sur le Paris révolutionnaire, sur Thermidor, sur le jansénisme, sur la sociologie révolutionnaire (jacobinisme, mentalité, évolution des mœurs, déchristianisation, sans-culottisme), sur le Comité de Salut Public (CSP pour les intimes), sur les colonies, les ouvrages portant sur une année spécifique (1789... jusqu'à 1794) puis sur la vie quotidienne au temps de la Révolution française – et même sous le Directoire. (Hélas, mes magnifiques livres illustrés « La Révolution française, Images et récits » ont dû, en raison de leur volume, être alignés sur le linteau de la cheminée.)
Les deux étagères sont séparées par un portrait de Rousseau, Parrain De Mon Blog, que j'ai encadré (et j'ai d'ailleurs peint le cadre avec mes gentilles mimines attentionnées).
Je range mes livres par thèmes et par auteurs. Je ne supporte pas de les mélanger – sinon je mets des heures à les retrouver – donc chaque étagère est dévouée à un ou plusieurs thèmes donnés. Certaines étagères sont à moitié remplies, d'autres pleines à craquer.
Par exemple : je mets ensemble, côte à côte, tous mes Pasolini, tous mes Jean Genet, tous mes Volodine, tous mes Philip Roth... Sachant que j'ai créé des hiérarchies générales du genre : « poésie », « littérature », « littérature française 19ème », « littéraire française contemporaine », « littérature américaine », « policiers », etc.
Le problème, c'est que j'ai un petit appartement (bis) : j'ai réparti les bouquins entre la chambre et le salon.
C'est le gros bordel, laissez-moi vous le dire.
Toute la littérature est rapatriée dans la chambre, où mes meubles de rangement sont sur le point d'exploser. Un système alternatif provisoire a donc été instauré, à partir de cartons collés les uns sur les autres, et de cagettes de fruits. Des livres ont dû être relégués au secret dans un placard, chose d'autant plus cruelle et impardonnable qu'il s'agit de mes romans préférés (Chester Himes !). Je n'aime pas enfermer des livres dans un placard. Dès que tu veux vérifier un truc, tu mets beaucoup plus longtemps à consulter ton stock.
Dans le salon, l'étagère dévolue à « Histoire de l'URSS » n'a toujours pas été achetée, et les bouquins afférents traînent donc dans une malle temporaire. Comble de la honte, j'ai dû ranger mes Gore Vidal DANS LE SALON (alors que c'est de la littérature) à côté de la catégorie « Philosophie » - bref, Gore Vidal coudoie Kant. Ça ne me plait pas du tout. Ne serait-ce que pour Kant, meskin, il va être traumatisé au bout de cinq ans.
Fort heureusement, mon étagère « Karl Marx (et autres études marxistes) » n'a pas été profanée (pour l'instant).
Ensuite, mes archives éditoriales de manuscrits, de dossiers, sont mal rangées sur le rebord d'une fenêtre, en compagnie d'un magnifique portrait de Robespierre (Parrain De Mon Blog) encadré, et d'un autre d'Aniki et moi (c'est d'ailleurs la seule photo de nous qui se trouve exposée dans notre appartement).
Travailler dans le salon, ça ne me gêne pas.
La chose qui me fait envie, c'est une pièce où ranger mes bouquins. Une bibliothèque.
Bien sûr, si j'en avais une, je serais tenté de m'y installer pour écrire.
Mais, quand Aniki est là, j'aime travailler dans sa proximité. Ce qu'il me faudrait, tout compte fait, c'est un grand salon – genre, avec une alcôve. Pour installer une bibliothèque digne de ce nom. Avec des étages super hauts, plein de rayonnages et tous mes bouquins pas mélangés et bien classés comme je l'aime.
Le bureau idéal serait un super grand salon-bibliothèque-bureau.
Sauf que je l'ai pas, le super grand salon-bibliothèque-bureau.