Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.

Publicité

Les lecteurs (ou : ceux qui m’ont fait devenir écrivain)

 

 

Ils viennent me voir en dédicace.

 

Certains m’ont déjà lu.

 

D’autres pas.

 

Rarement, ils viennent avec de mauvaises intentions.

 

Ils ont déjà acheté le livre ou viennent acheter le nouveau.

 

Ils attendent le prochain.

 

Leur profil, leur physique, leur âge, toutes ces particularités que je ne fais qu’entrevoir, le temps des quelques minutes où nous conversons, me fascinent.

 

Comment cette personne-là peut-elle me lire moi ? Comment m’a-t-elle connu ? Pourquoi m’a-t-elle apprécié ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

 

Mes préférés restent les laconiques. Ceux qui ont le sens de la formule.

 

Un mec de cinquante ans avec un chapeau. Il a apporté le bouquin, qu’il a protégé avec du film transparent (comme nous faisions à l’école quand on était petits). Il le sort, me demande une signature, puis, assène :

 

- Continuez. C’est bien ce que vous faites. Ça change.

 

Et il s’en va.

 

Les fans, plus ou moins hystériques, plus ou moins intimidés.

 

Une femme qui tape un scandale au beau milieu d’un salon du livre car elle vient d’apprendre que je n’ai pas obtenu tel prix littéraire (lequel, d’ailleurs, n’avait aucun intérêt).

 

Un garçon qui parle tout bas, qui est ému, et dont je ne comprends presque rien au discours – heureusement un ami est là, pas loin, pour traduire.

 

Ceux qui tiennent des blogs et des sites et qui veulent m’interviewer.

 

Une fois, l’un d’entre eux m’a enregistré avec un petit dictaphone et, comme il le tendait vers moi, il tremblait. D’émotion.

 

Ceux qui me posent des questions existentielles.

 

Ceux qui, à mon grand étonnement, me suivent depuis « le début ».

 

Ceux qui m’ont entendu à la radio, ou qui ont lu un bref filet dans je ne sais quel journal et qui viennent, d’ores et déjà décidés :

- Je l’achète. Vous me le signez s’il vous plaît ?

 Et puis c’est tout. Ils repartent.

 

Les bizarres. Les cas sociaux. Les dingues.

 

Les jeunes (pas très nombreux).

 

Les moins jeunes.

 

Ceux que j’ai « choqués », ou qui n’ont pas aimé le livre, et qui n’osent pas me regarder droit dans les yeux. Ils devraient, pourtant. Pas de quoi fouetter un chat.

 

Ils vont.

 

Ils viennent.

 

Nous ne sommes pas destinés à mieux nous connaître.

 

Je les oublie.

 

Parfois, je les reconnais, lorsqu’on s’est déjà croisés à une précédente signature.

 

Je leur sers, bien souvent, les mêmes réponses, comme ils posent, bien souvent, les mêmes questions. Ainsi de suite.

 

Ils ont dépensé cinq, dix, vingt, vingt-cinq euros, pour me lire.

 

Ils ont emprunté mes ouvrages à la bibliothèque.

 

Ils ont fait l’effort de donner la vie, le temps de leur lecture, à tout ce que j’ai pu imaginer.

 

Combien sont-ils au total ?

 

Je ne le saurai jamais.

 

Je suis un nom sur une couverture, pour eux. Je suis le jeune gars qui écrit « ces bouquins-là ».

 

Ils croient souvent que je suis un « intellectuel ».

 

Ils sont importants.

 

Ils sont essentiels.

 

Pourtant, la plupart du temps, ils s’effacent. De mes priorités.

 

D’autres choses moins agréables leur passent devant.

 

Et j’ose encore me sentir seul, malgré tous ces gens qui m’ont fait confiance.

 

Mais vous savez, camarades lecteurs ?

 

L’écrivain est un con.

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
<br /> Paniss mon cher ami, sans vouloir être grossier non plus, il me semble qu'un con au sens où tu l'entends puisse émettre quelques bruits. Ainsi, nous pouvons en conclure qu'un con soit capable de<br /> communication, aussi certains auraient-ils une "grande gueule" par quelque bruit intempestif ??<br />
Répondre
P
<br /> - stoni, tu me permets d'être quelque peu grossier, ici?<br /> <br /> <br /> - bien sûr camarade inconnu<br /> <br /> <br /> - merci à toi, O camarade écrivain! En général les écrivains ont tous de grandes gueules; donc ce ne sont pas des cons*, car où as tu rencontré des cons avec des grandes gueules come la<br /> leur?<br /> <br /> <br /> * cons: pas au sens du "quand on est con, on est con" de Brassens...<br />
Répondre
C
<br /> Je n'ai jamais réussi à aller faire dédicacer un livre (sauf une fois, mais là je ne pouvais pas faire autrement, y'avait Clopin qui m'avait  collé  un flingue dans le dos et me<br /> murmurait à l'oreille, tout en me tordant le bras "avance ou je te quitte"), j'arrive à peine à pousser les portes des salons du livre, et quand il y a des "rencontres avec", je me fais<br /> généralement virer dès que je l'ouvre. Donc, un danger auquel tu as échappé, Stoni : celui de n'avoir strictement rien à me dire. (et réciproquement, cela va sans dire, à part ce dialogue qui m'a<br /> toujours fait rigoler :<br /> <br /> <br /> "-j'aime beaucoup ce que vous faites.<br /> <br /> <br /> - Moi aussi".)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> (ahaha). <br />
Répondre
L
<br /> Mais si, Stoni, t'es sympa. Mais je sais pas si c'est l'avis de tout le monde (je ne citerai pas de noms), à lire certaines réactions à tes articles.<br />
Répondre
T
<br /> J'ai peu rencontré d'auteurs dans des dédicaces et tout et pas forcément ceux que je préfère.<br /> <br /> <br /> Mais j'ai encore des souvenirs plus qu'ému des rencontres que j'ai eu avec des metteurs en scène de théâtre. J'arrivais avec des quantités de questions. Bon j'ai réussi à en poserune partie. Ils<br /> ont donné des réponses. Bonnes ou mauvaises c'était les leurs. Mais de tout çà je me dis que j'aurais surtout aimé les inviter à venir boire des coups. Partager l'ivresse d'une personne dont tu<br /> trouve qu'il a l'imaginaire plus grand que toi. Ouais j'aime bien l'idée.<br />
Répondre