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Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.

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Définition de « roman » et par extension de « littérature »

 

 



lancelot-du-lac.jpg

Dans cet article, j'explique pourquoi

ces mecs-là, qui s'offrent des échiquiers au Moyen-Âge,

ont un peu légèrement foutu le bordel.



 

 

 

 

"Et on inventa le roman pour occuper le surplus démographique."

 

 

 

 

Qu'est-ce qu'un surplus démographique ? C'est quelqu'un qui ne trouve pas sa place dans l'organisation des rapports de production.

Guide de survie de ce même surplus démographique, le roman entama la grande carrière que nous lui connaissons avec l'amour courtois. Le roman dit au surplus démographique d'alors (la gente dame – le chevalier) ce qu'il doit faire et ce qu'il ne doit pas faire.

C'était bien beau tout ça.



D'une, le roman détournait le surplus démographique d'une perspective révolutionnaire en lui fournissant une occupation (l'écriture – la rêverie) et une vocation (l'amour courtois, voire, la Quête du Graal).

 

De deux, le roman se trouva une autre magnifique destination : banaliser la crise.

Le roman banalise la crise, puisque, déjà, bien souvent, il la nomme. Le mot en lui-même banalise la crise. Quand j'écris le mot « crise », C-R-I-S-E, je conceptualise un état d'âme, un état d'esprit, un état de fait. Le mot couvre une réalité, le mot normalise l'anormal. Car la crise désigne justement l'anormalité. Mais je reviens à ma banalisation, par crainte de passer pour un tenant du nominalisme.

Dès le roman courtois, la littérature banalise la crise. Celle du désir, d'abord. Le désir est un infâme état de crise. Je veux mais puis-je ? Il faut hiérarchiser le principe de plaisir et le principe de réalité. Je veux mais puis-je ? Oui ou non ? Ce qui fait parfois un progressisme (principe de réalité avant le principe de plaisir, je veux mais ne peux pas car le faire ne serait pas respecter l'Autre) peut tout autant construire une aliénation (je veux mais ne peux pas car le faire déclencherait une révolution). Le chevalier ne baise pas la gente dame car la gente dame est mariée au seigneur et le chevalier ne doit pas prendre la place du seigneur. Si le chevalier prend la place du seigneur, il subvertit l'ordre social et l'ordre économique.

Le chagrin d'amour est lui aussi état de crise. Galehaut se laisse mourir de peine après avoir appris le décès de Lancelot. Lancelot qui se torture d'amour pour sa dame, Guenièvre, dame interdite puisque reine d'Arthur. La renonciation ou la mort sont les issues, positives ou négatives, de l'état de crise du roman courtois. Ce qu'il faut faire ou ce qu'il ne faut pas faire, donc.

La banalisation de l'état de crise traversera les siècles. Proust, homme en état de crise d'une époque en état de crise. Genet. Musset. Qui vous voulez.

Tu écris ? Relis tes histoires. N'as-tu pas, à ton tour, dépeint et banalisé un état de crise ?



Le roman est là pour dire : oui, vous êtes en état de crise dans une société et surtout une économie qui produisent des crises, donc c'est bien normal. Regardez, moi l'auteur, moi l'artiste, ou bien mes personnages, sommes nous aussi en état de crise. Que faire, demande Lénine ? Rien, répond le romancier. J'ai survécu à la crise, j'en ai fait mon art. La crise est surmontable par : la mort / la renonciation / l'apprentissage / le romantisme / l'amour / la sexualité – nous pouvons décliner la liste avec toutes les thématiques romanesques recensées.



Donc quand je disais que le roman était un dérivatif à l'aspiration révolutionnaire, eh bien, le roman était bel et bien un dérivatif à l'aspiration révolutionnaire – hé hé.



Evidemment, il s'agit là d'un constat à froid, d'un constat hyperréaliste radical.

Dans la vie courante, dans ton expérience intersubjective, rien ne t'empêche d'aimer la littérature, d'écrire du roman, d'en lire, d'en raffoler. Comment faire autrement qu'aimer le roman, de toute manière, avec un tel matraquage idéologique ?

Seulement, voilà, toi, tu sais de quoi il en retourne.

Ce qui te fait une belle jambe, nous sommes d'accord.

 

 

 

 

 

 

 

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V
mouais.... ça valait à l'époque de la censure, ton truc... tu ne crois pas que des romans comme 1984 ou Les raisins de la colère ou, tiens, Zola au hasard (ou Histoire d'O dans un autre genre) ont plus oeuvré à la conscientisation des masses (comme on dit) qu'à leur endormissement? Enfin, je vois ce que tu veux dire. Tant qu'on bouquine, on ne jambise pas...
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L
<br /> C'est bien. Finalement, ça me rappelle un peu l'école, même si c'était il y a bien longtemps et que je n'en touchais pas une en littérature.<br />
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S
<br /> si le chevalier prend la place du seigneur en s'unissant à sa dame, la subversion - sexuelle - est bien entendu symbolique... "il prend sa place". les romans sont toujours de plus ou moins belles<br /> métaphores. le danger était que la dame et le chevalier mettent leurs intérêts en commun, car deux surplus démographiques ont tout intérêt à subvertir le système qui les exclut. l'amour des<br /> romans était une façon de les réunir sans, justement, passer par l'alliance de classe potentiellement révolutionnaire. d'un point de vue purement pratique, il ne fallait pas que le chevalier<br /> "connaisse", donc fasse l'amour, à sa dame car la dame est propriété du seigneur et il n'y a point de batard dans une société de la propriété privée !<br /> <br /> <br />  <br />
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J
Cependant, nous le constatons aujourd'hui, la subversion des moeurs n'engendre pas la révolution économique et sociale. Le système dominant y trouve même des moyens pour "se dépasser" en restant<br /> dans un cadre capitaliste.
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