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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 13:23

 

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Un fidèle lecteur de ce blog m’a transmis le lien vers un texte de Brigitte Giraud : « Etre écrivain malgré tout : entre petits arrangements et vrais compromis ». Si j’ai tout saisi, cette dizaine de pages résume le contenu d’un livre compilant des portraits d’écrivains au travail, signé Bernard Lahire.

 

Je suis rarement convaincu par les « portraits » du métier d’écrivain, lus ici et là (sauf quand c’est Philip Roth qui en parle). Quand les auteurs témoignent sur leur « vocation », ils ne sont en général pas très crédibles. Selon moi, ils ont tendance à taire des choses très importantes et à s’étendre sur d’autres qui le sont beaucoup moins.

 

Pour une fois, le texte de Brigitte Giraud m’a étonné par sa « grande justesse », pour reprendre les termes du lecteur du blog qui me l’a fait découvrir.

 

Voici le lien :

 

http://www.livre-paca.org/data/list/docs/etreecrivainmalgretout.pdf

 

Pour ceux qui n’ont pas le courage de lire les dix pages au complet (bien que je vous le recommande chaudement), j’ai sélectionné pour vous les meilleurs passages.

 

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Se prétendre « écrivain » : un statut embarrassant.

 

Quand on demande à un écrivain quelle est sa profession, il répond en principe : je suis enseignant, médecin psychiatre, journaliste ou agriculteur. C’est ce que confirment les portraits d’écrivains publiés dans le livre de Bernard Lahire. Dans le meilleur des cas, les écrivains osent avancer qu’ils publient des livres, ou plus rarement qu’ils sont auteurs. Chacun utilise une périphrase, une formule, un euphémisme, un bémol pour rendre compte de son identité, quand ce n’est pas pour la passer carrément sous silence. On vérifie, à la lecture des portraits d’écrivains proposés que chacun s’excuserait presque d’être ce qu’il est, se sentant mal à l’aise dans ce costume qu’il juge trop prétentieux, pas adapté, présomptueux, un peu trop magistral ou définitif. Les écrivains semblent avoir un problème d’identité, ce qui n’étonnera personne quand on aura tenté d’approcher les raisons de ce flou presque inquiétant. Quand il arrive qu’un écrivain dise qu’il est écrivain, on lui demande aussitôt : « Et à part ça, vous faites quoi dans la vie ? ».

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Ma vie d’écrivain est inintéressante.

 

L’écrivain n’a rien à montrer, rien à raconter, rien de spectaculaire à offrir. Le soir, quand il est à la table familiale avec son conjoint et ses enfants, ou quand il rencontre ses amis, l’écrivain n’a rien à dire concernant l’écriture, tout au plus : aujourd’hui, j’ai écrit trois pages, parce que l’écriture, pour chacun, est une affaire « très personnelle », intime, qui renvoie souvent à soi, parfois au passé, parfois à des épreuves douloureuses, des expériences singulières et aucun mot ne peut être mis sur cette expérience. L’écrivain travaille sur une matière quasi intransmissible.

Ce passage m’a fait sourire car je suis souvent confronté au problème. Quand mes amis demandent de mes nouvelles, je n’ai strictement rien à dire. Mon quotidien, c’est écrire. Je n’ai rien à leur raconter à ce sujet. Du coup, je dois passer pour le type qui a la vie la moins intéressante du monde. Mais j’assume.

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Sur les « prestations publiques » (dédicace, signature, rencontres)…

 

Les interventions qu’on leur demande, dans des bibliothèques, lycées, festivals de littérature, librairies etc… D’un côté, ils sont heureux que leur travail soit reconnu, heureux d’être invités et désirés, reconnaissants du travail accomplis par les professionnels qui mettent en avant leurs livres, et en même temps, ils rechignent à se déplacer et s’accordent à dire haut et fort (pour certains très haut et très fort) que ces rencontres ne servent à rien, qu’elles n’ont rien à voir avec leur travail d’écriture, qu’elles favorisent la dispersion et n’ont pas de sens, sauf dans certains cas, où les rencontres et le public sont vraiment préparés. On entend, sur ce chapitre, un cri du cœur quasi-unanime, une plainte qui vient de loin. L’écrivain invité est écartelé : d’un côté on lui dit qu’on l’a choisi, qu’on le désire ou même qu’on l’aime, de plus, on lui propose une rémunération, mais il est déchiré parce qu’il y a une différence fondamentale de nature entre ce qu’il a produit à l’écrit et ce qu’on attend de lui à l’oral. Il s’arrache à sa solitude pour sortir au grand jour, en est heureux et malheureux, il se fait violence, il se sent coupable de ne pas être plus coopératif, il se déteste de cracher ainsi dans la soupe, il ne se sent pas à sa place et ne veut pas que quelqu’un d’autre prenne la place. Il est une nouvelle fois au cœur d’un nouveau paradoxe, écartelé entre la vie recluse et la vie sociale, l’être et le paraître, il a envie quand c’est dans deux mois mais est malheureux quand c’est demain matin.

 

 

A titre personnel, j’étais très heureux de lire ce passage car je DETESTE les signatures et autres : je ne suis donc pas le seul.

 

Les réactions les plus vives et les plus osées concernent les salons et foires du livre, qui déclenchent les fureurs de tous les auteurs, sans exception. Chacun trouvant humiliant, déprimant, avilissant, de se retrouver derrière une table pour signer ses livres, cet exercice étant le moment de tous les malentendus. Les ateliers d’écriture n’ont guère plus de grâce aux yeux des écrivains qui, la plupart du temps, ne se sentent pas habilités à conduire de tels ateliers et pensent que ce genre d’entreprise est parfois un leurre, voire carrément « du bidon », sauf dans certains cas où ils sont conduits avec sens et intelligence.

 

J’aurais pu écrire ce paragraphe. Sérieux.

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Voilà pour ma sélection des meilleurs passages. Mais il y a également d’excellentes descriptions des compromis auxquels les auteurs doivent recourir, pour jongler entre deux métiers, et donc pour trouver du temps à consacrer à l’écriture.

 

http://www.livre-paca.org/data/list/docs/etreecrivainmalgretout.pdf

 

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