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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 14:51

 

  « Voici venu le temps des vieux frustrés revanchards »...

 

 Je me permets l’audace de reprendre cette formule pour l’ancien cycliste Greg LeMond.

 

 


Jusqu’ici, tout allait bien !

 

 

  Greg LeMond remporta le Tour de France en 1986, 1989 et 1990, tâtant en ces années du Bernard Hinault et du Laurent Fignon : il est assez rare que des Français donnent du fil à retordre à un Américain, sportivement parlant, pour ne pas s’en réjouir.

 

  Anecdote croustillante, le pauvre Greg subit un malheureux « accident de chasse » en 1987, qui lui légua trente-sept plombs dans le corps pour le reste de sa vie.

Avoir une tronche de lapin n’ayant jamais aidé dans le domaine cynégétique, hélas.

 

Rappelons que la médecine américaine se situe bien en deçà de la nôtre: les toubibs n’étaient visiblement pas assez compétents pour lui retirer les plombs incriminés.

 

Pauvre Greg !

 

Gageons que, avec ce lest intracorporel, Greg prit du poids supplémentaire, et alla bien plus vite dans les descentes – une forme originale de dopage ?

 

En 1994, Greg prend sa retraite, et va compter ses plombs loin du Tour.

 

Il s’adonna ensuite à l’occupation de tous les grands bourgeois qui s’ennuient : la course automobile (tel le Beatles George Harrison).

 

Entre temps, il présenta de premiers signes de guili guili en taillant un costard à Armstrong, l’accusant de dopage, accusation qui lui valut des ennuis financiers – mais, rassurez-vous, cela ne l’empêcha pas de poursuivre la course automobile.

 

Le grand journaliste

 

 Puis, Greg se découvre un talent de plumitif chevronné.

Est-ce parce qu’ils portent le même nom que LeMond se met à écrire pour Le Monde ? Allez savoir, les hasards de l’homonymie…

 

Eh oui, notre ami Greg rédige une chronique pour le premier journal social-démocrate de France, à l’occasion du Tour 2009.

 

 Le Monde, journal qui se distingue par son traitement univoque du cyclisme (limité au dopage – avec une exception pour l’incroyable article « l’Arabe du Tour », déplorable hommage au coureur français Saïd Haddou), trouve l’écrivain néophyte idéal : Greg, lui aussi, ne parle que de dopage (mais pas de « l’Arabe du Tour ») !

 

 Sur les hauteurs de ses trois trophées, campé sur l’altitude de la maturité (Greg ayant quarante-huit ans), certifié blanc comme neige (aucune affaire de dopage), l’amerloque nous assène ses grandes leçons de morale.

 

 Un premier point stupéfait tout lecteur lambda : Greg s’enorgueillit vilement !

Dans l’article « Le vieux patron », hormis le plaisir de cracher sur son vieux copain Armstrong, Greg démontre qu’il n’a jamais souhaité écraser ses concurrents, qu’il était super sympa et qu’il n’abusait pas de sa virilité (!!), bref, un mec en or !

 

 Le reste du temps, Greg accuse tout un chacun de dopage (sauf « l’Arabe du Tour »), établissant ses soupçons sur des calculs fumeux à base d’oxygène et de puissance (infirmés par l’Equipe quelques jours plus tard).

 

 Enfin, Greg impose un moment d’émotion en rappelant les « morts du Tour » (évidemment décimées par le méchant dopage), décès auxquels, vous vous en doutez, il a été le seul à rendre hommage !!!

 

Vous avez compris : Greg est seul contre le reste du (Le)monde !

 

 A peu près aussi impertinent qu’un numéro de Marianne (c’est vous dire !), Greg érige la pratique du guili guli en gagne-pain d’apprenti journaleux, et en hobby d’ex-champion sur le retour.

 

 N’ayant rien à dire, rien à faire, Greg décline sa tribune en une barbante péroraison reprenant toutes les conneries que la classe dominante peut débiter contre le sport (celui des pauvres).

 

 J’aimerais en effet comprendre pourquoi le dopage des sportifs pose un si grand problème éthique, alors que celui de l’intelligentsia (penseurs, écrivains, artistes, chanteurs, musiciens, etc.) ne dérange personne ?

 

D’un côté, l’on pointe du doigt des tricheurs invétérés (Armstrong et Contador), et de l’autre, on célèbre l’exploration des portes de la perception (Baudelaire, Huxley et Jim Morrison).

 

D’où vient une telle différence de traitement ?

 

Greg n’en est sûrement pas conscient, mais le hiatus se situe dans les sphères d’appartenance du sport et de l’intelligentsia – qui ne sont pas les mêmes.

 

Dopage et drogue

 

Le sport est l’enfant du travail, du principe de réalité et de l’ordre de la production. Il faut travailler (son corps) pour vaincre, et d’ailleurs, le sport marque le point de départ d’une humanité libérée des contraintes naturelles par le travail (productif) : on organise les jeux olympiques quand la société a atteint le niveau de développement qui permet de le faire…

Dans cette lignée, le dopage reste dans l’ordre de la production : dérive stakhanoviste du mieux faire - mieux produire, il vise à la performance.

 

Le dopage de l’intelligentsia, c’est la drogue.

Il n’est pas innocent que soient utilisés deux mots distincts – qui recouvrent parfois les mêmes substances (cocaïne, amphétamines).

 

La drogue est l’enfant de la transgression, du principe de plaisir et de l’ordre de la consommation. Se drogue celui qui peut se le permettre : celui qui ne travaille pas (Baudelaire). La drogue marque le point de départ d’une strate parasitaire libérée des contraintes productives par la division de classes (il y en a qui bossent, d’autres pas). Contemplation passive et lyrisme de bourgeois, la drogue vise au mieux être – mieux rêver (le mieux écrire, le mieux peindre…), et certainement pas à la performance.

 

En régime capitaliste, pas étonnant que le dopage du bourgeois passe comme une lettre à la poste !

 


Alors, Greg, retourne donc conduire des voitures chez ta mère  !

 

Et n’oublie pas de faire attention aux chasseurs en cas de balade bucolique !

 

 

 

 

 

 

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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 18:19

 

Parodie :

 

Ô fou qui crois que je ne suis pas l’AMIBE !

 

 

 

 

L’amibe naquit en décembre 1983, de l’union d’une ex freak et d’un fils d’immigrés névrosé.

 

Les parents de l’amibe se distinguèrent (et se distinguent encore) par une imagination débordante (mais non assouvie, sinon en fictionnant sur leurs petits amibes), un noble sens du tragique (genre Sophocle c’est de la gnognotte à côté) et par un repli total sur leur foyer (donc, sur leurs petits amibes).

 

Bref, les parents de l’amibe avaient tout pour être de grands artistes, ce qu’ils ne devinrent pas.

 

Ce « déni » causa le désespoir de leurs petits, qui assistèrent longtemps à leurs mises en scène de pathos, de catharsis et de poésie dans la seule cellule familiale... laquelle refléta, bien entendu, les contradictions de l’époque (libéralisme libertaire, intériorisation de la lutte des classes, et j’en passe… de toute façon personne n’a envie de se farcir ça !)

 

Voilà peut-être pourquoi l’amibe décida d’être écrivain.

 

Il faut préciser que l’amibe avait toujours su raconter des histoires, et, a fortiori, les imaginer. A la bonne école familiale, il apprit à manier le tragicomique, la scénographie, l’esthétisme, l'esthétique, et la psychologisation abusive.

 

Considérant l’allure qu’avaient prise les choses pour ses parents (dingos), l’amibe préféra s’éviter un tel destin, et assouvit ses pulsions romanesques.

 

Il « écrivit du roman ».

 

Cette courte présentation exécutée, observons la journée type de l’amibe.

 

JOURNEE TYPE

 

A sept heures, l’amibe se laisse réveiller par son Aniki, et déjeune à son côté. Ayant ce que l’on appelle familièrement la tête dans le cul, l’amibe ne réagit guère aux plaisanteries de sa moitié, puisqu’il est absorbé par la dégustation de sa gaufre Lidl trempée dans un café noir.

 

Eh oui ! Si l’amibe daigne quitter sa couche, c’est parce qu’il a faim, en premier lieu.

Si l’amibe n’est pas nourri dans les minutes suivant son lever, il adopte un comportement hostile, sinon agressif. Fort heureusement, le petit-déjeuner est souvent d’ores et déjà préparé par Aniki.

 

Si l’amibe daigne impérativement quitter sa couche, c’est parce qu’il doit aller travailler pour le capitalisme, en deuxième lieu.

 

Toute la matinée, l’amibe se consacre à son emploi salarié.

Dans les transports en commun, l’amibe lit des « livres sérieux » (genre, de la philo, de l’histoire).

 

A une heure de l’après-midi, l’amibe rejoint son domicile.

 

Le déjeuner de l’amibe consiste en un repas expéditif, puisqu’il doit ensuite reprendre le travail, et vite.

L’amibe se sustente de sandwichs, de restes de la veille, ou de nouilles asiatiques lyophilisées.

 

A partir de treize heures trente, l’amibe allume son ordinateur et entreprend son deuxième travail : écrire.

Parfois, l’amibe est démotivé par les relations houleuses qu’il entretient avec le monde fabuleux de l’édition parisienne.

 

Ou bien, manquant de sommeil, l’amibe manque aussi d’inspiration.

 

Mais jamais l’amibe ne se retrouve à sécher devant un écran blanc plus d’une heure à la suite.

 

Ordinairement, l’amibe est très heureux de se mettre à écrire.

L’amibe écrit.

Longtemps.

Et fume (du tabac).

Beaucoup.

 

L’amibe évite de répondre au téléphone, durant sa séance d’écriture (chose que son entourage a du mal à intégrer : particulièrement ses parents dingos et ses camarades).

 

L’amibe a besoin d’un silence quasi-total pour son activité rédactionnelle.

 

Pardonnez-nous de casser ainsi le mythe, mais l’amibe n’écrit pas en écoutant de la musique à fond. Nous ne savons quels écrivains ont répandu ce bruit (ou plutôt cette CACOPHONIE), mais fréquemment l’amibe rencontre des gens persuadés qu’il écoute du punk rock, devant son traitement de texte.

Fixons la réalité. Telle n’est pas la pratique de l’amibe.

 

L’amibe passe environ trois à six heures à écrire de la sorte.

Après quoi, l’amibe est tout content d’avoir bien bossé.

 

Pour récompenser l’effort, il va consulter ses mails (en général, des nouvelles assommantes émanant de son parti politique stal), puis joue un peu de la guitare (très très amateur, la guitare), voire, du ukulélé.

 

Puis, l’amibe se consacre aux tâches ménagères, ayant hérité de sa mère (dingo) une petite maniaquerie concernant la propreté de son logis.

 

Non, l’amibe n’est pas psychorigide – NOUS AVONS DES PREUVES PSYCHIATRIQUES A L’APPUI.

 

Après le ménage (pendant lequel il écoute, cette fois, de la musique à fond), l’amibe prépare le dîner.

 

L’amibe, dans la grande tradition du cru et du cuit due à Lévi-Strauss (ce grand philosophe qui inventa le blue-jean), aime à cuisiner des choses saines, naturelles, variées et équilibrées.

 

Nous répétons que l’amibe n’est pas psychorigide, et que nous avons des preuves.

 

A cet instant, Aniki rentre du travail, et notre charmant petit couple se restaure dans leur cuisine ornée d’un encadrement de l’album Sgt Pepper.

 

La soirée de l’amibe est exclusivement dévouée à Aniki.

Outre l’exploration de leur sexualité, l’amibe et Aniki pratiquent couramment les activités suivantes :

 

- matage de DVD,

- matage de film sur dailymotion,

- discussion pseudo existentielle,

- déconnage,

- promenade rousseauiste.

 

Puis, l’amibe rejoint sa couche avant minuit, sans quoi il souffrira, le lendemain, d’un manque de sommeil qui lui bousillera l’inspiration.

 

Activités extraprofessionnelles de l’amibe

 

En certaines journées, l’amibe recourt aux activités suivantes :

 

- visite de poteaux,

- déconnage avec les poteaux,

- promenade rousseauiste,

- soviets dissidents (entrevues particulières avec certains camarades triés sur le volet),

- soviets officiels (réunions communistes relous),

- visite de ses parents les dingos,

- fréquentation de Gibert Joseph,

- mise à jour de son blog,

- fréquentation d’intellectuels,

- fréquentation de H&M (l’amibe subissant le matraquage idéologique de l’apparat et devant se conformer aux us de son époque).

 

Les week-ends de l’amibe

 

Les fins de semaine de l’amibe sont partagées entre Aniki et l’écriture.

En vacances, même chose.

 

 

Conclusion

 

L’amibe mène une vie absolument plate et insipide.

L’amibe est écrivain.

 

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 17:38

 

Comme on l’aura déjà vu dans ma Réponse pas sérieuse à Max Dorra, j’aime bien lire le Monde, c’est toujours assez marrant.

 

La dernière cuvée de connerie labellisée, nous la devons à Barack Obama, l’illustre président des Etats-Unis, cette « future deuxième puissance mondiale ».

L’ami Barack a déclamé que les « les jeunes Noirs ne doivent pas rêver "seulement de basketteurs ou de rappeurs" ».

Bon, vous vous dites, pourquoi pas, ce serait en effet sympathique que les enfants des travailleurs – noirs ou blancs ou de n’importe quelle couleur – prennent leurs propres parents pour modèles, et trouvent ça bandant de devenir prolétaires.

Néanmoins, je ne vois pas le mal à ce qu’un chiard ait envie d’être basketteur – n’ayant rien contre le sport – ou rappeur – s’il a envie de faire de la musique, il a bien le droit, le môme !

Mais Barack s’interpose dans la cellule familiale nucléaire, prêchant ses leçons de morale capitalistes. Il faut comprendre le bonhomme, il est invité au centenaire d’une organisation « de défense des droits civiques », la NAACP.

 

Alors, il s’adresse aux Noirs uniquement, les invitant à « à stimuler l'ambition de leurs  enfants ».

 

Attention, Barack le vibromasseur de la conscience de classe vous stimule grave !!!

 

LE PROGRAMME EDUCATIF DE PAPA BARACK :

 

TRAUMATISEZ VOS MÔMES !

 

 

"Comment autant de gens au sein de notre communauté peuvent-ils attendre si peu d'eux-mêmes", s’interroge le gonze.

 

Moi je me pose la même question, quand je vois à quel point les enfants des travailleurs méprisent leurs parents, sauf que je connais la réponse.

Certes, la notion de « communauté » me préoccupe beaucoup moins que Barack, mais qu’est-ce que vous voulez, je suis français, et marxiste.

 

La suite est encore plus folichonne.

 

Barack va nous répéter pour la millième fois que « l’éducation est la clé d’un avenir meilleur ».

Vu la tronche de l’éducation publique aux Etats-Unis, c’est pas gagné mon gars.

Non ! Il n’invoque point l’école, mais la cellule familiale !

 

Si vos gosses sont des gros débiles fans de Michael Jordan, c’est de votre faute, sales pauvres !

Ainsi, papa Barack nous enjoint de  « forcer les enfants à renoncer à leurs consoles de jeux, à se coucher à des heures raisonnables et à rêver d'autre chose que des stars du basket et du rap ».

 

Je me vois trop en face d’un chiard :

« Maintenant mon poussin, tu vas rêver à autre chose que des stars du basket et du rap, sinon, t’es privé de sortie pendant trois semaines ! »


Comment je vais le traumatiser, le gosse !

 

Après, tu lui arraches tous ses posters de Tony Parker ! Bien fait ! Tu lui fous sa DS aux chiottes, et tu le fous au lit à sept heures !

 

 

L’AMBITION DE PAPA BARACK :

 

STIGMATISER LES PRODUCTEURS ET LES FAIRE

SE SENTIR COUPABLES !

 

 

Supposons que nous appliquons ce programme, quels sont les résultats escomptés, Barack ?

 

Les moutards seront-ils plus disposés à travailler, à faire tourner l’économie et à remplir les usines ? (ce qui est d’ores et déjà le cas, sinon le pays de Barack serait bien plus ras les pâquerettes qu’il ne l’est actuellement !)

 

Ah non, en fait, le but c’est d’en faire des bourgeois !


Ecoutons Barack avouer qu’il has a dream :


« Je veux qu'ils aient envie de devenir scientifiques ou ingénieurs, médecins ou enseignants, pas seulement basketteurs ou rappeurs. »


Ouais, bon, c’est vrai, on en a besoin, tous ces gus faisant partie du travailleur collectif !


Mais le bonhomme s’enfonce :


«  Je veux qu'ils aient envie de siéger à la Cour suprême. Je veux qu'ils aient envie de devenir président des Etats-Unis. »

 

Et voilà. Quel programme révolutionnaire ! Vouloir devenir mécanicien, garagiste, coiffeuse ou pompier, ce n’est pas un rêve recevable !


Où sont les ouvriers, les employés, ceux qui font vivre le pays, dans le délire de Papa Barack ?


Nulle part.


Y’en a bien besoin, pourtant ? Barack, mon pote, pas de consommation sans production !! Pas de consommateurs sans producteurs !!!

 

D’un point de vue dialectique, mec, tu es hors jeu !

 


MORALITE : L’EDUCATION SELON PAPA BARACK

LE BOURGEASSE

 

Si jamais votre gamin vous confie « papa, je voudrais construire des voitures quand je serai grand », foutez-lui une bonne baffe, ce petit con ose contredire Barack !


Et si d’aventure le mioche aurait aussi le culot d’aimer le basket, refourguez-le à la DDASS illico presto !


Quant à ce qu’il vous reste à faire si vous trouvez dans son armoire des disques de NTM : là, c’est râpé, le gamin est foutu. La carabine sera votre dernière solution !

 


MERCI PAPA BARACK !

 


 

 

 

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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 16:50



 

ARTICLE SUR LE SEXE !!!

 

COMPRENANT LES MOTS

 

BAISE

 

BRANLETTE

 

 

 

L’autre jour, un vieux communiste me narrait son vécu des manifestations étudiantes de mai 68.

 

En écoutant ce fatras mixant réunions clandestines, errance dans les couloirs du métro parisien à la recherche non du temps perdu, mais d’un point de rassemblement, fréquentations de professeurs d’université engagés et d’intellectuels pavoisant, j’en conclus un laconique :

- Putain, ça devait être chiant.

  Plein de sincérité, que j’étais.

Le vieux communiste me répondit aussitôt :

 - Oh non, c’était super, on arrêtait pas de baiser. Y’avait pas le sida, à cette époque.

  Lui aussi, plein de sincérité, qu’il était.

Je rajoutai donc mentalement au paradigme soixante-huitard (réunions clandestines chiantes, manifs chiantes, étudiants chiants, professeurs et intellectuels chiants, groupuscules gauchos-maoïstes-trotskards chiants), de la baise à tout va chiante, avec des gens chiants.

J’eus donc envie de répéter :

 - Putain, ça devait être chiant !

Mais je ne le fis pas, le vieux étant reparti de plus belle dans ses souvenirs.

Je trouvai rapidement un prétexte pour disposer.

 

Je retrouvai un camarade plus sympathique, et de ma génération.

Il cerna mon air non pas enchanté, mais enchianté, et me demanda ce qui m’avait ainsi fait chier – en toute logique.

Je résumai ma conversation avec le vieux communiste – conversation étant un terme un peu exagéré, l’échange tenant davantage du soliloque radoteur.

Le camarade ricana :

 - Ah, le vieux con. Comme s’il avait fallu le sida pour qu’on arrête de baiser.

 - Ça c’est pas le pire, répondis-je avec un haussement d’épaules. Juste la conne satisfaction du vieux rappelant aux jeunes qu’il n’auront vécu que les trente piteuses, et non les trente glorieuses… Tu sais, en fait, je trouve ça d’un chiant !

 - Ouais, il est chiant ce mec, t’as raison.

 - Non pas lui, enfin, pas que lui… Je parle de la baise. Tu vois ? Baiser pour baiser. Putain, c’est chiant ! Heureusement que j’ai pas fait mai 68, je me serais fait chier à mort !

 - De toute façon, tu n’aurais pas été étudiant, tu aurais été faire la grève avec les ouvriers. Et là, tu aurais beaucoup moins baisé.

 - C’est vrai.

 - Bref, dans tous les cas, tu serais passé pour le vieux réac stal du coin. Surtout si, ouvrier, t’avais dit aux étudiants : baiser, c’est chiant.

Il se marra.

 - Mais c’est vrai ! Putain, baiser c’est chiant !

 - Pourquoi ?

 - Baiser pour baiser ? Merde, rien de plus débandant. Ces mecs – s’ils ont réellement passé leur temps à baiser – devaient tirer de mauvais coups. Tu te vois, dans un amphi occupé à la Sorbonne, en train de draguer une connasse mal embouchée et puis lui dire on va baiser ? Et aller baiser chais pas où, dans chais pas quelles conditions ?

 - Ouais, carrément.

 - Paye le truc sinistre et pitoyable : c’est mondain.

 - Non, ça peut être bien. Si les deux ont envie de s’envoyer en l’air, pourquoi s’en priver ?

 - Ok. Admettons que t’as trouvé une nana consentante, elle t’emmène dans sa chambre d’étudiante, vous baisez.

 - Moi ça me plaît bien, comme scénario.

 - Mais après ?

 - Après, j’en sais rien, si elle me plaît, je la revois. Sinon, je la revois pas.

 - Tu la revois pour quoi faire ?

 - Pour la connaître.

 - Voilà : on en vient au même point que dans un monde où les gens ne baisent pas pour baiser. Tu dois la draguer, la courtiser, lui plaire. Donc, t’as pas baisé pour baiser.

 - C’est vrai, mais si je la revois pas, eh bien, on aura toujours passé un bon moment.

 - Non, on passe un bon moment à deux. Là, ce que t’auras fait avec elle, c’est te masturber dans un trou. Point barre. Tu t’es fait reluire. Et elle aussi, de son côté.

 - Baiser pour baiser, c’est se masturber, donc.

 - Ouais, mais dans le mondain. Tu passes par le relationnel de classe. Excuse-moi, mais je trouve ça super chiant, le mondain. Le sexe n’est pas mondain, à mon avis.

 - C’est quoi, alors ?

 - C’est baiser par envie de l’autre. Pas par amour, pas forcément. Mais une bonne baise n’est pas mondaine. Elle est intersubjective. C’est une relation de sujet à sujet, en dehors des codes mondains. Baiser correctement, c’est retrouver l’être tant que possible, donc s’affranchir des codes mondains. Les codes étouffent l’être. Baiser correctement, c’est baiser ontologiquement.

 - Pardon ?

 - L’ontologie, c’est l’étude de l’être. Quand tu fourres une semi inconnue, baisant pour baiser, tu n’es pas dans la recherche de l’être. Tu te tapes une branlette ! C’est ça, la grande hypocrisie de la baise pour la baise. Elle revendique l’exaltation hédoniste du sexe, alors qu’il n’y a pas de sexe. Tu te contentes d’obéir au code de la classe dominante, tu te masturbes dans le mondain, étant donné que se masturber tout seul, ce n’est pas très valorisé – ni valorisant. Je te parle d’idéologie, là. En tant que telle, la branlette n’a rien à voir avec la moindre notion de valeur.

 - Et en quoi une baise pour la baise appartient au code de la classe dominante ?

 - Parce qu’elle nie la reconnaissance de l’autre, et que c’est le point de départ du capitalisme. On exploite quelqu’un quand on ne le reconnaît pas. Sinon, l’exploitation est impossible.

 - Tu dis que baiser pour baiser, c’est exploiter l’autre ?

 - Non, pas du tout. Les deux sont consentants, on l’a dit. Je dis que c’est une scène infiniment chiante de salon de thé bourgeois. Bonjour madame, tirons-nous un coup ? - Oh oui monsieur, tirons notre coup, et nous pourrons clamer sur tous les toits que nous avons « baisé ». - Oh madame, quelle fantastique baise que voici. Nous allons fortement nous amuser. Ah ah ah !  - Mon cher ami, mais la baise, c’est génial quand c’est uniquement pour baiser. - C’est subversif, ma chère ! - Absolument, tout à fait subversif. Et pendant ce temps, monsieur, la révolution ? - Oh elle peut attendre madame, puisque nous baisons pour baiser. Nous sommes fort heureux ainsi et avons le monde en prenant notre pied. Ma foi, j’avais envie de sexe, et puisque vous aussi... - Oui mon cher ami, allons nous masturber à l’aide de nos organes sexuels respectifs. Dans ce dialogue, il n’y a pas d’exploitation entre le monsieur et la dame. En revanche, ils recourent à une idéologie qui permet l’exploitation. Il n’y a aucune ontologie là-dedans. Il y a le respect du code.

 - Putain, t’es tordu, comme mec. T’es en train d’insinuer que si par hasard, tu étais célibataire, que t’avais pas baisé depuis dix ans, et que tu trouves un partenaire consentant, tu le ferais pas ?

 - Là n’est pas la question. Ce qui change tout, c’est de s’en vanter après. Oh c’était magnifique mai 68, on arrêtait pas de baiser. Ça, c’est mondain. Ça, c’est chiant. Une baise qui te pousse, un jour futur, à déclarer un truc pareil, c’est qu’elle était mondaine. Et le mondain…

 - Tu trouves ça super chiant.

 - Je te le fais pas dire.

 

 

 

 

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 16:59

 

  Je me pose la question.

Si quelqu’un a l’expérience de parents bourgeois, qu’il m’indique la réponse.

 

  Dans le cercle des mes amitiés, chacun subit des parents hors normes, tous plus dingos les uns que les autres.

Pour ma part, je me coltine des géniteurs pas mal dans leur genre. Mes amis sont à peu près d’accord sur le fait que j’ai les plus gratinés.

Les leurs font fort aussi.

 

Au Parti, j’entends souvent des camarades socialement bien lotis s’extasier sur « la simplicité de vivre de la classe ouvrière ».

J’ai écouté des intellectuels prétendre que « la névrose est un privilège de classe, la classe ouvrière élargie, et les pauvres, ayant des relations familiales normales ».



 

 

Témoignage d’un premier poteau :

 - Ma daronne est persuadée que, dans la petite ville où mes vieux habitent, il y a des gens qui la suivent.

Moi, toujours très intrigué par les histoires tordues :

 - Et c’est vrai ?

 - Non, bien sûr !

 - Mais à son avis à elle, qui peut bien la suivre ?

 - Des gens. Elle sait pas qui, mais elle les a remarqués. Elle nous fait des crises de paranoïa, ça lui arrive. Mais le pire, c’est quand elle est persuadée que je trame des complots contre elle, avec ma grand-mère.

 - Pourquoi ?

 - Parce que j’ai appelé ma grand-mère, pour lui demander comment je fais cuire le poulet rôti. Je savais pas faire, tu t’en doutes.

J’attends la suite.

Qui ne vient pas.

 - Et alors ?

 - Ben, c’est ça, le complot. C’est que j’appelle ma grand-mère, pour savoir comment on cuisine le poulet rôti.

Je grimace, je n’y comprends rien.

Mon ami m’explique, l’air impatient – l’énigme lui semblait claire comme de l’eau de roche :

 - Ma daronne trouvait ça louche, que je veuille faire du poulet rôti. Et que j’appelle ma grand-mère, et non pas elle, ma mère, tu comprends.

 - Non, je comprends pas.

 - Bah, y’a rien à comprendre. C’est ma mère, genre. Quand on est tous les trois réunis – ma daronne, ma grand-daronne et moi – elle est jalouse, quand je rigole à une blague de ma grand-daronne. Elle pense que je fais ça pour l’humilier.

 

Témoignage d’un deuxième poteau :

 - T’es allé voter, aux Européennes ? lui demandé-je, simple curiosité.

 - Non, j’avais rien à en foutre.

 - Moi non plus, rien à en foutre.

 - Et puis je suis encore inscrit chez mes parents, et ça aurait voulu dire que je devais aller les voir, si j’allais voter.

 - Tu t’es embrouillé avec eux ?

 - Ouais, mon père veut plus m’adresser la parole.

 - Pourquoi ?

 - Parce qu’il pense que mon petit frère va devoir payer mon loyer, bientôt.

 - C’est le cas ?

 - Non, mon petit frère est en Allemagne, comment veux-tu qu’il paye mon loyer ? Simplement, mon daron s’est fait le trip tout seul. Comme au cinéma, en seize neuvième et tout le bordel, il a imaginé l’histoire de A à Z.

 - Mais il t’adresse pas du tout la parole, quand vous êtes tous les deux dans la même pièce, il te dit rien, que dalle, même pas bonjour ?

 - Il fait comme si j’étais pas là. Bon, c’est chiant, tu devines bien. Je lui dis : « salut papou » et il reste là, à cligner des yeux, l’air de rien. A la fois, je suis habitué, il fait ça souvent. Quand j’étais petit, il m’a pas adressé la parole pendant six mois.

 - T’avais quel âge ?

 - Huit ans.

 - Et pourquoi ça ?

 - Parce que j’avais écrasé, en bicyclette, des plants de tulipes, dans le jardin.

 - Nan ?

 - Si, je te jure.

 - Et il t’adressait pas du tout la parole ? Pendant six mois ?

 - Ouais, je m’en souviens bien. Du premier au deuxième trimestre de l’année scolaire. Il me parlait pas, tu vois. C’est tout. Le matin, quand on se levait, il disait bonjour à mes frangins, mais pas à moi.

 - Putain, c’est complètement puéril.

 - C’est pas pire que la fois où ma vieille a voulu se jeter du premier étage de l’immeuble.

 - Ah ouais ?

 - Ça m’avait pas trop inquiété, parce que, le premier étage, c’est pas si haut, en fait. Elle se serait pas fait tellement mal.

 - Elle l’a fait ?

 - Non, mon vieux l’a menacée avec une boîte de pois chiches.

 - Quoi ?

 - Ouais, il s’est pointé vers la fenêtre, que ma mère avait déjà à moitié enjambée. Il a brandi une conserve de pois chiches et a gueulé : « si tu sautes, je te la balance en pleine tronche, rien à foutre que tu te sois vautrée sur le trottoir ! ».

 - Et alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

 - Ma mère, ça lui a foutu les jetons, la boîte de pois chiches. Elle a pas sauté.

 - Pourquoi ?

 - C’était une boîte d’un kilogramme. T’imagines, tu te prends ça dans la tronche ?

 - C’était quand ?

 - Bof, y’a deux ans, je crois.

Je précise que nos parents ont tous dépassé la cinquantaine.

 

Témoignage d’un troisième poteau :

 - Une année où on allait au bled, mes vieux m’ont oublié sur une aire d’autoroute.

J’éclate de rire.

 - C’est pas marrant. Tu te vois, à dix-sept ans, tout seul sur une putain d’aire d’autoroute chez les espingouins ? Il faisait nuit, en plus. J’étais allé pisser. Quand je suis revenu sur le parking, y’avait plus notre bagnole. J’ai cherché partout, pendant une heure, j’ai gueulé : « papa, maman, c’est pas drôle ! », et puis je me suis résolu : ils m’avaient oublié.

 - Après, il s’est passé quoi ?

 - Je me suis réfugié dans la boutique d’une station essence, où des camionneurs ont cru que je tapinais – j’étais bras ballants, hagard, planté sous les néons. La honte ! Trois heures plus tard, la bagnole de mes parents se la ramène.

 - Ils devaient être salement emmerdés.

 - T’es malade ? Que dalle ! Je me suis fait engueuler, ouais.

 - Ah bon ?

 - Mon père a gueulé, jusqu’au ferry, que j’aurais dû me manifester.

 - Te manifester ? Mais du moment qu’ils étaient partis, c’était cramé, pour te manifester.

 - Ecoute, j’ai pas argumenté, j’aime pas les causes perdues. Il était aussi très en rogne, parce qu’il avait fait demi-tour au bout de cent kilomètres, ce qui voulait dire qu’il avait bousillé deux cents kilomètres d’essence, tout ça parce que je m’étais pas manifesté.

 - Et t’as su à quel moment ils se sont rendu compte que t’étais foutrement pas à bord de la voiture ?

 - Quand mon père a voulu boire la thermos à café.

 - Hein ?

 - J’étais préposé à la thermos. Dès qu’il voulait une tasse de café, il disait : THERMOS ! Et moi je devais lui servir une tasse. Au bout de cent kilomètres, donc, il braille : THERMOS ! Mais aucune tasse se présente. Là, ils se sont rendu compte que j’avais disparu. Faut dire que, tout de suite, ils ont cru que j’avais fait une fugue. Ouais, cette nuit-là, il était bien en pétard. Au voyage du retour, il a préposé ma sœur à la thermos.

 - Ah.

 - Ouais, c’était plus sûr, tu comprends.

 

 

 

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 17:18

Cours connard, la grippe porcine arrive !
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 18:27

 

  J’attends le tramway, après le boulot. J’écoute mon lecteur mp3, les écouteurs enfoncés dans les oreilles.

Je vois un mec s’approcher. Je cille. Il tique. Je sourcille, cette fois. Il finit par esquisser un sourire. Ses lèvres articulent des syllabes, probablement mon prénom. J’arrête le lecteur.

C’est Fred, qui vient à moi, tout sourire.

 

  Il porte un jean un peu trop large, un tee-shirt et des sandales. Les cheveux plus courts qu’avant. Je comprends qu’il a vieilli, et qu’il a trouvé un travail. Fixe. Stable.

On hésite à se serrer la main. On a flirté, autrefois, et je ne crois pas que nous nous soyons jamais embrassés. Je ne suis pas trop certain de mes souvenirs, tout de suite, face à lui.

Il a plus de trente ans, désormais. Je calcule rapidement. Là aussi, je ne suis pas sûr de mon coup.

Je force un sourire de circonstance, mais je dois avoir l’air méfiant. Il perd de son assurance et explique :

 - Tu te rappelles ?

Ça pour m’en rappeler, je m’en rappelle.

 

Une fois j'avais fait une BD sur lui.


J’avais alors dix-neuf ans, lorsqu’on s’est rencontrés dans un bar pseudo alternatif pour jeunes. Je traînais là avec un pote, et je l’ai repéré. Fred. Vingt-cinq ans à cette époque – l’âge que j’ai aujourd’hui. Grand, maigre, le visage en biseau, la barbe claire naissante, blanc, pâle, décoloré par ses gènes des cheveux jusqu’à l’épiderme : pour moi, sa blondeur était fabuleusement exotique. Je me suis assis à côté de lui, en faisant mine de rien. Ses yeux étaient bleus, longs et intelligents. J’ai trouvé moyen de lui adresser la parole.

Nous nous étions engueulés, au sujet d’un film qui n’a aucune importance.

Ça partait mal.

Il s’est excusé.

J’avais haussé les épaules. J’étais habitué.

Il devait s’en aller, et il m’a promis de m’offrir une bière pour se faire pardonner. Il m’a offert une cigarette – en ce temps, on fumait dans les bars. Et puis il a suggéré :

 - Pour qu’on se revoie, tu me files ton numéro de portable ?

A débuté alors une partie de cache-cache assez épuisante, puisque, comme je l’ai écrit plus haut, il ne m’a jamais accordé un seul baiser.

 

  - J’ai une copine…

  A cette nouvelle, j’ai affecté de ne pas réagir.

 - Mais on ne se voit pas souvent… Je travaille dans le tourisme, et je suis saisonnier. Alors je pars, de temps en temps, ici et là… J’essaie d’aller en Inde, aussi, passer quelques mois, au moins une fois par an. D’ailleurs faut que je m’achète une caméra DV, pour filmer mes voyages. Mais, c’est pas évident avec elle. Ma copine. Tu comprends ?

J’ai répondu que oui. Je craignais de voir où il voulait en venir.

 - On s’est séparés, mais là on vient de se remettre ensemble…

 - Pourquoi elle part pas avec toi ?

La question l’avait surpris.

 - Où ça ? En Inde ?

J’ai réalisé qu’il portait des bagues à chaque doigt, des grosses pierres de fille. Ma mère m’avait raconté que les freaks (les hippies) mâles les collectionnaient.

Il était né à la mauvaise époque, apparemment.

 - Oui, pourquoi elle ne te suit pas en Inde, ou même dans tes déplacement saisonniers ?

 - Je sais pas… Ben elle travaille, aussi…

 - Ouais, c’est chiant.

 - T’as quelqu’un, toi ?

 - Non. Sinon je serais pas venu, quand tu m’as invité ce soir.

Il n’apprécia pas une approche aussi directe du sujet crucial. Il s’alluma une cigarette, l’expression pincée.

 - T’as fait exprès de t’asseoir à côté de moi, l’autre soir au bar ? Quand on s’est rencontrés.

J’ai menti :

 - Non. Pourquoi ?

 - Pour rien. Je voulais savoir, je pensais que si.

 - Non, j’ai pas fait exprès.

Il était déçu. Je n’y comprenais rien, à ce mec.

J’allais mettre six mois à ne toujours rien y comprendre.

Il témoignait d’une prévenance très virile, avec moi. Il refusait que je paye mes demis, quand nous nous voyions. Il me laissait toujours des cigarettes pour remplir mon paquet, quand nous nous quittions.

  - Tiens, ça te fera pour la soirée.

Il fumait des joints, à la pelle. Je n’aimais pas ça. Il avait des langueurs agaçantes, dans sa façon de parler, et dans sa gestuelle. Mou, un peu emprunté. Je lui trouvais l’air bourgeois.

A l’époque, je ne savais rien du marxisme.

J’avais envie de lui arracher ses bagouzes, esthétisantes, et efféminées. Comme les hippies des années soixante sauvegardés par les vidéos documentaires, il minaudait, dressait de vagues gestes avec ses mains, au fil de ses mots.

Pourtant, je l’aimais bien.

Je lorgnais ses bras, longs et osseux, recouverts d’un poil jaune.

Lui, il me craignait comme la peste. Il se méfiait de mes paroles, et les redoutait. Souvent, il les repoussait d’un revers de la main. Souple et indolent, le geste. Il était vaporeux comme la fumée bleutée d’un joint. En bon apprenti freak.

Je connaissais d’ailleurs bien le sujet, ce qui ne cessait pas de l’impressionner.

Il voyageait en Inde, à la quête d’un mode de vie qui n’avait pu et ne pourrait jamais être.

Et il se rendait compte que, depuis ma banlieue, j’en savais bien plus là-dessus que n’importe qui d’autre.

Je lui avais fait des cassettes avec des morceaux du Grateful Dead, de Amon Düül, de Jethro Tull, de Santana et j’en passe…

 - On entend le crachotement de l’aiguille sur le vinyle, m’avait-il dit, émerveillé.

 - Ouais, c’est les disques de ma mère.

 - T’en as beaucoup, comme ça ?

Les yeux pleins de rêves. Les yeux communicatifs. J’étais très fier, tout à coup.

 - Une centaine.

 - La chance…

Je n’ai jamais craché sur la contre-culture de mes parents, mais j’en avais bien senti l’arnaque. Mes parents, eux-mêmes, les premiers.

Je lui ai donc répété ce qu’ils m’avaient toujours raconté :

 - C’était pas possible, Fred. L’utopie hippie.

Prononcer le mot hippie me mettait toujours mal à l’aise. C’était un vocable adapté au monde extérieur, qui trahissait toute la réalité du terme qu’employait ma mère : les freaks. J’étais freak, nous étions freak, c’était complètement freak, on vivait freak

Des monstres.

 - Si, m’avait-il rétorqué. Il y a des gens qui refont ça. A Goa. Je les ai vus. Et même les mouvements altermondialistes…

Ce dernier argument me gêna.

Il le vit et ricana :

 - Je sais que t’aimes pas José Bové… Vendu, va.

 - On parle pas de ça, ok ? On va encore s’engueuler. Ce que je veux te dire, c’est que ce n’est pas un mode de vie. L’héroïne n’est pas un mode de vie. Les acides non plus… Quand on se pique, on meurt. Tu saisis ?

 - Mais les drogues dures ont été justement introduites pour pulvériser le mouvement hippy…

Et il partait dans de grandes tirades nostalgiques, dialectiquement creuses et plates. Aujourd’hui, je lui répondrais :

 - Fred, consommer sans produire, ce n’est pas possible.

J’avais un grand mépris pour l’herbe qu’il consommait – le verbe est on ne peut plus juste. Il s’étonnait que je ne fume pas de spliffs.

 - J’ai pas les moyens, répondais-je (ce qui était vrai). Et puis, des fois avec mes potes, on s’en achetait au lycée. Quand on avait réussi à voler des cd et à les revendre. Franchement, j’ai toujours trouvé ça naze. Moi, pour décoller, j’écoute de la musique. Il me suffit d’un disque.

Il en fut très jaloux, car il prétendait aimer la musique, et s’y connaître.

 - J’aimerais parler à ta mère, s’insurgea-t-il. Je suis sûr que elle, elle sera d’accord avec moi.

Je lui avais dit que ma mère avait vécu d’acides, d’héro, de concerts et de communautés, à la fin des années soixante-dix.

 - Toi, reprit-il, tu es trop moderne. Tu t’es vendu au contemporain. T’écoutes du rap et tu parles comme une racaille.

Je fus piqué. Je faisais très attention à mon vocabulaire, en sa compagnie. Je ne voulais pas l’effrayer.

 - Au lycée, le rap, je n’avais que ça. Et parler comme une racaille, ça ne coûte pas cher. Contrairement à ton herbe.

 - Tu manges chez McDonald.

 - Ma mère aussi. Les pauvres, ils mangent chez McDo. T’as jamais fait gaffe à ça ?

 - Mais tu te rends compte, de ce que t’es en train de dire ?

Il était désespéré. Je le désespérais. Cela me désolait, moi aussi.

J’oubliais ses prétentions petites-bourgeoises – il venait d’une famille aisée, comparée à la mienne – en convoitant ses lèvres minces, bordées de barbe blonde.

Certaines nuits, je recevais un SMS :

 

Je pense à toi, j’ai envie d’essayer avec toi, il faut qu’on se voit.

 

Essayer quoi ?

Je le rappelais, nous nous fixions un rendez-vous.

Qu’il inaugurait toujours par cette phrase :

 - Je me suis remis avec ma copine…

Nous n’essayâmes donc jamais.

 

Lorsqu’il partait travailler dans une station balnéaire, il m’appelait souvent, à l’aube, et me parlait de lui. Un peu de moi.

 - Tu me manques, disait-il.

Je ne l’aimais plus vraiment, après plusieurs mois à ce rythme. Avant, je l’aimais bien. Je ne l’ai pas aimé tout court, heureusement.

A la montagne, il faisait du « surf des neiges », ce que je trouvais étrange pour un aspirant hippy.

 

Je rencontrai Aniki, par un splendide jour de septembre, tout à fait par hasard, dans un bus.

C’était le bon. Et le premier, et le seul, avec qui j’entamai une vraie histoire.

Nous passâmes les semaines suivantes à baiser sans interruption.

Fred me rappela :

 - Je suis revenu en ville. Ça te dit qu’on se voit ?

A la longue, et dans les bras d’Aniki, j’en étais venu à considérer Fred comme un vague poteau. J’ai donc accepté.

On s’est revus.

 - Je pars au Canada, ai-je annoncé à Fred.

 - Ah bon ?

 - Oui, j’ai rencontré un mec, ça colle bien. Il immigre, je pars avec lui. Dans un mois.

Il devint méchant :

 - Toi qui adorais les Etats-Unis impérialistes, c’est bien, tu t’en rapproches.

 - Je suis super content.

 - Tu l’as rencontré quand, ce mec ?

 - Y’a deux ou trois semaines.

 - Et tu le suis au bout du monde ?

 - Qu’est-ce que j’ai à perdre ?

 - Ecoute, je te paye ton coca. Tu ne devrais pas boire du coca. C’est de la merde américaine.

 - Non, je me le paie, ça va.

 - Il sait que t’es venu me voir, aujourd’hui, ton copain ?

 - Non. Je sais pas. J’ai pas pensé à lui en parler. Pourquoi ?

 - Je vois. Bon, j’espère que ça se passera bien, au Canada.

Il eut un sourire tordu.

 

Et aujourd’hui je revois Fred, à la station de tramway.

 - Fred… Tu te rappelles de moi, Stoni ? C’était quand ? En 2002, 2003, un truc comme ça…

Je me dégourdis et hoche la tête.

 - Ouais, je sais. Comment tu vas ?

Il mène toujours la même vie, sauf qu’il a emménagé avec une fille, et qu’il occupe un emploi subventionné par l’Etat. En CDD. Un post emploi jeune, en gros.

J’ai envie de lui demander s’il s’agit toujours de la même copine, mais je m’abstiens.

Il me contemple et échappe :

 - T’as vachement changé.

 - Pas tant que ça visiblement, sinon tu m’aurais pas reconnu.

 - Je sais pas, t’as l’air tellement… adulte. Alors, qu’est-ce que tu fais ?

Je lève une épaule.

 - J’écris.

 - Ah oui, tu continues ?

 - Ouais, c’est sérieux maintenant. C’est bien, je suis heureux.

 - Sur quoi t’écris ?

Je résume brièvement mon genre littéraire.

Il cherche quelque chose dans mon regard, tandis que je parle par allusions.

 - Et sinon ? Toujours branché vinyles ?

 - Je prends moins le temps d’écouter de la musique. Je lis et étudie beaucoup.

 - T’es à la fac ?

 - Non, chez moi. Tout seul. La Révolution française et le marxisme, surtout.

 - Pourquoi ?

 - Eh bien, je suis communiste.

 - Ah bon ?

Il est scié.

 - Communiste communiste ?

 - Oui, enfin, pas trotskyste ni rien d’autre comme ça, quoi. Marxiste. Au Parti. Point.

 - J’aurais jamais dit ça de toi. Tu mangeais chez McDonald…

Il s’en rappelle ! Je souris.

 - Je mange toujours chez McDonald.

 - Non ?

 - Ben si, en fait. Ça t’a marqué à ce point-là ?

Je ne prends plus de gants, et ça le désarçonne.

 - Ben t’étais bien le seul jeune que je connaissais qui mangeait chez…

 - On ne devait pas être issus du même milieu, alors.

Il entame une réplique amère.

 - C’est pas grave, dis-je. Je le prends pas mal du tout, je trouvais ça marrant que tu t’en rappelles, rien d’autre.

 - Ah… Quand ton prochain bouquin sort, tiens-moi au courant.

On ne pense surtout pas à s’échanger nos numéros de portable.

Mon tramway arrive.

On ne se serre pas la main.

 

 

 

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