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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 14:57

 

 

 

 

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Ah, la nouvelle ! Combien êtes-vous à en écrire, gentils camarades lecteurs stonistes ? Une flopée, j'en mets ma main de romancier à couper. D'ailleurs, ces dernières semaines, j'ai reçu plusieurs messages à ce sujet. Ces jeunes gens, angoissés, souffreteux, insomniaques, étaient torturés par THE question of the edition :





COMMENT FAIRE EDITER UN PUTAIN DE RECUEIL DE NOUVELLES ?



Et moi, j'avais, hélas, une bien triste nouvelle à leur annoncer.



Ah, la nouvelle ! Je n'ai jamais su en écrire. Je suis long à la détente, je n'ai pas l'esprit vif. Pour développer une histoire, il me faut au moins une centaine de pages. Pourtant, j'apprécie la nouvelle. Lisez Carver. Quelle absolue perfection.



Ah, l'édition de la nouvelle ! Que d'espoirs de la part des jeunes auteurs, et quelle pitoyable réalité à accepter.



Voici le dernier mail que je reçus à ce sujet.



Ô honorable Stoni,


Je lis ton blog que je kiffe trop. Je te trouve vraiment trop trop fort, t’es la force puissance 10, mieux que les pokemons ! Sérieusement, tu parles beaucoup du monde éditorial lié au roman dans ton blog (blog au passage « génial de la mort qui tue », et non j’en fais pas trop, pas du tout), mais j’ai écrit mon premier recueil de nouvelles et je ne sais pas si tous tes conseils s’appliquent également pour ce genre (enfin, je suppose qu’il y a des similitudes, « faut pas déconner non plus », comme tu dirais).

Peux-tu m'aider, ô admirable Stoni ?



PS : Je suis secrètement amoureuse de toi depuis l'âge de douze ans. C'est dire.



Evidemment, en bon saint-bernard, me voici au garde-à-vous pour répondre à cette subtile jeune femme, et à tous mes nouvellistes de lecteurs par la même occasion.



Un premier élément important à dire sur l'édition de la nouvelle : faire publier ton recueil va pas être coton. Car l'édition de la nouvelle, en France, est quasi moribonde.



Ouais, bon, un roman c'est pas coton à publier non plus, je sais. Mais la nouvelle, c'est encore pire.





Pourquoi ? Parce que les nouvelles ne se vendent pas. Sauf peut-être dans les littératures de genre (je pense à la SF particulièrement), et encore, je doute qu'un jeune auteur de SF puisse se faire déniaiser de l'édition grâce à un recueil. Oui, je sais, c'est débile. Mais ça se passe comme ça, chez McDonald's.



Déjà que le roman se vend mal (voir le baromètre Stoni des ventes de premier roman), mais alors, la nouvelle, à côté, ça fait grave pitié.



Or, si la nouvelle est un style littéraire qui ne se vend pas, tu comprendras que les éditeurs n'en éditent pas, ou très peu. La plupart des recueils édités actuellement sont : traduits d'une autre langue et/ou signés par un auteur qui a déjà fait sa réputation. Vous débusquerez toujours des exceptions. Qui resteront des exceptions.

 

 

 

NOTA MOLTO BENE

Quand je parle de l'édition et des ventes des nouvelles, je parle de l'édition classique, papier, correctement distribuée. Bien sûr, Machinchose éditions, distribuées par Bousin Diffusion, éditera peut-être tes nouvelles. Mais, dois-je le préciser, mon blog traite du monde de l'édition classique de livres qu'on trouve dans les librairies. Je ne parle pas de la micro-édition, ni de l'édition numérique, ni du compte d'auteur, ni de l'Harmattan, ni des petits éditeurs de campagne. Voilà voilà, faut préciser des fois...

 

 

 

Je reviens à mes nouvelles, donc. Clairement, ce n'est pas le format que je conseillerais à un jeune auteur qui n'a jamais été édité...

Nombre d'éditeurs adorent la nouvelle, en lisent, mais n'en publient pas. L'édition est un marché qui obéit aux lois d'offre et de demande. C'est ainsi.



Au jeune auteur qui écrit des nouvelles et qui aimerait les faire publier, voilà mon message. L'écriture est un acte qui doit rester un plaisir. Continue à écrire ce qui te procure de la satisfaction. Rien ne t'empêche de te consacrer à cette forme de narration qui, visiblement, sait t'inspirer. Mais pour tenter une première publication, la nouvelle est plus handicapante encore qu'un roman. Hélas !



Or, rien ne t'empêche d'essayer tout de même. Peut-être seras-tu cette fameuse exception qui confirme la règle.



Tu n'es pas le seul auteur à privilégier la nouvelle. D'ailleurs, beaucoup trichent, aujourd'hui, pour malgré tout en écrire et faire publier... Des primo-romanciers construisent des romans en jouxtant des nouvelles. En tendant un « arc narratif » entre différents textes, tu peux te retrouver avec un manuscrit de roman viable. Cela demande un travail qui est avant tout une œuvre de travestissement. Si ce jeu-là ne te rebute pas...



On m'a aussi demandé si la nouvelle était un genre littéraire à part. Non, la nouvelle appartient au genre de littérature où elle s'inscrit. Par exemple, la nouvelle de SF appartient à l'univers de la SF. A ma connaissance, les tirages et les à-valoirs des recueils sont équivalents au roman, peut-être légèrement moindres.

Pour les courageux qui souhaitent malgré tout tenter l'aventure, la plupart de mes conseils sur l'édition s'appliquent donc à la nouvelle : présentation du manuscrit, appréhension de la mentalité du milieu, premiers contacts avec les éditeurs, négociation, et puis tout le toutim. Visez surtout les éditeurs qui publient le genre de vos nouvelles, et qui ont au moins une fois édité de la nouvelle.



Dans un prochain article, je te parlerai des concours de nouvelles, car j'ai découvert qu'il existait un véritable mythe à ce propos. Et les mythes, sache-le camarade lecteur, sont uniquement faits pour être démontés. Un concours, c'est probablement un jeu. Un concours, ce n'est certainement pas de la littérature.

 

 



 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 11:43

 

 écrivain chimpanzé

 

 

Il y a peu, un lecteur m’adressait ce message.

 

 

Cher et vénérable Stoni,

 

Je cherche depuis quelques temps à faire éditer un manuscrit, sans grand succès comme tu t'en doutes. J’ai découvert des maisons d’édition numérique, qui proposent même, parfois, de vrais contrats à compte d’éditeur. Crois-tu que ce soit l’avenir de l’édition ? Est-ce une bonne solution ?

 

Je tiens à préciser que je te trouve extrêmement intelligent et ton blog est le plus beau de la terre.

 

Bien à toi,

 

Un secret admirateur

  

 

 

Ha, l’édition numérique ! Un vaste sujet… qui m’inspire un court jugement péremptoire.

 

 

Disons, pour commencer, qu’il y a deux sortes d’édition numérique. L’édition numérique à compte d’éditeur (« à la demande ») et l’édition numérique en auto-édition. Il existe probablement des éditeurs numériques à compte d’auteur, mais cher lecteur tu as désormais compris que l’édition à compte d’auteur devrait être interdite par la loi, et on en parle plus.

 

 

L’édition numérique à « compte d’éditeur ».

 

L’éditeur a ouvert une structure d’édition sur le ouaib, parce que le ouaib c’est le futur et que bientôt, pense-t-il, il n’y aura plus de livres papier mais des livres numériques que tout le monde lira sur écran ou sur des tablettes dévouées à cet effet.

L’éditeur numérique te propose vraisemblablement une édition à compte d’éditeur, ce qui signifie : que tu n’as aucun frais à engager et qu’il est censé te payer puisqu’il acquiert les droits de ton texte. Ce qui signifie aussi que tu as cédé les droits sur ton texte et que celui-ci ne t'appartient plus. Comme un éditeur à compte d’éditeur classique sur papier, quoi.

 

 

Il existe néanmoins de grosses différences.

 

 

D’une, je ne suis pas convaincu par le livre numérique. La lecture sur écran d’ordinateur reste, pour le commun des mortels, harassante. Les tablettes sont loin d’être totalement démocratisées. Quant à lire un bouquin sur son téléphone intelligent (type i-phone)... Dans un futur beaucoup plus lointain, oui, c’est possible, le livre numérique sera la norme. Mais pour l’instant, ça ne l’est pas, et être édité sur internet revient, à mes yeux, à purement et simplement se ghettoïser à fond du ballon.

 

Un éditeur numérique distribue des livres dématérialisés. Parfois, il propose de les imprimer aux clients qui souhaitent un format papier. Dans ce cas-là, il n’empêche qu’il demeure un souci primordial : le livre n’est pas présent en librairie. Et là, l’auteur est tout de même un peu beaucoup lésé.

 

Je ne sais pas si tu as compris, camarade auteur, mais c’est la présence en librairie qui fait l’écrivain, en France et en 2012. Si tu es visionnaire et que tu veux anticiper les méthodes du futur, va te faire éditer dans le monde virtuel, c’est comme tu veux. Mais moi, je suis le genre de mec qui vit dans l’instant présent. Tu veux être un écrivain qui part avec le maximum de chances d’exister un tant soi peu dans l’univers de l’édition ? Fais-toi éditer par un éditeur bien représenté en librairie. C’est-à-dire un éditeur bien diffusé. Y’a pas de mystère. Y’a pas de secret. C’est ainsi.

 

Un éditeur numérique ne bénéficie d’aucun circuit de distribution. Son truc, justement, c’est qu’il ne distribue pas en librairie. Mais sur internet. Ton livre sera donc une URL parmi des centaines de milliards d’URL.

Certes, en librairie, ton livre sera un titre parmi les 700 de la rentrée littéraire. Fais tout de même tes comptes : 700 contre 700 milliards, choisis ton camp, camarade.

 

Tu auras saisi que je suis extrêmement sceptique vis-à-vis de l’édition numérique et je te déconseille vivement de signer avec l’une de ces boîtes. Les maisons d’édition numérique n’ont aucun avenir et aucune importance dans le monde de l’édition. D’ailleurs, je pense que ce genre de structures sont créées par des mecs qui se piquent d’une lubie « je veux être éditeur moi aussi », mais qui n’ont pas l’apport financier, ni l’apport professionnel, pour fonder une entité viable et sérieuse. Tu vois un peu le tableau.

Le chiffre d’affaires d’une maison d’édition numérique doit plafonner autour de 10 à 100 € par mois, aussi je te laisse présager le montant de l’à-valoir qu’on te proposera, si toutefois on t'en propose un…

 

Or, les maisons d’édition numérique savent tromper leur cible : les jeunes auteurs inexpérimentés et influençables. Sur leur site ouaib, ces éditeurs mettent souvent en avant des textes signés par des écrivains assez célèbres. L’auteur inexpérimenté est impressionné : tiens, s’ils publient ce gars-là, c’est que ça n’est pas trop mal !

Hélas, j’ai vu ce processus depuis l’intérieur. Les éditeurs numériques approchent des écrivains un peu réputés et leur tiennent un discours pseudo militant à deux euros cinquante : « donnez-moi un texte pour que je le publie, vous aiderez les circuits indépendants et vous passerez pour un mec vachement sympa ». Les écrivains sont des êtres sensibles à la flatterie. Ils aiment passer pour des mecs vachement sympas. Donc ils lâchent gratos une nouvelle, un récit court, une connerie, à l’éditeur numérique qui en fait ses choux gras. Les textes d’auteurs réputés publiés de la sorte sont : soit des trucs impubliables chez leurs éditeurs classiques, soit des trucs pourris que tout le monde leur a refusés. Sans déconner. Ne te laisse pas impressionner par ces viles manœuvres.

 

Autre constante des éditeurs numériques : leurs couvertures « virtuelles » sont soignées, ce qui concourt également à influencer l’auteur inexpérimenté. Les livres sont jolis, ça a l’air sérieux… Oui, les livres sont toujours jolis quand on exploite un stagiaire graphiste non rémunéré. Ne te base pas sur ce critère-là…

 

 

 

Lire cet article du blogueur Ludovic Mir pour connaître un autre avis éclairé.

 

Finalement, l'édition numérique fait assez penser à l'édition à compte d'éditeur sans distribution ni débouché : voir l'article sur l'Harmattan et celui sur les éditeurs pourris.

 

 

 

 

 


L’édition numérique en auto-édition.

 

En gros, tu confies ton texte à un éditeur numérique qui s’occupe de fabriquer ton bouquin en format numérique ou papier, lorsque des lecteurs en passent la commande. Mais tu conserves tes droits sur ton œuvre.

 

Là aussi, l’auto-édition ne bénéficie d’aucun réseau de distribution. En choisissant cette formule, tu as certes la possibilité de vendre ton bouquin autour de toi, mais tu ne seras pas présent en librairie ni nulle part – sauf si tu es allé toi-même démarcher une librairie.

C’est un choix que font nombre de jeunes auteurs aujourd’hui. Si tu te sens l’âme d’un commercial…

Je serai honnête. Se faire connaître de la sorte me semble presque impossible. Ensuite, cela dépend de tes motivations d’auteur. Si tu cherches à proposer un joli bouquin à ton entourage, bien relié, bien fait, et que tes ambitions s’arrêtent là, pourquoi pas.

 

Faire sa propre publicité et sa propre diffusion est une sacrée affaire. Dans un cadre éditorial classique, ces deux domaines sont d’ailleurs gérés par des personnes dont c’est le métier.

Sache que même un attaché de presse qui bosse pour Gallimard aura du mal à faire connaître un primo-romancier dépucelé chez la Blanche. Alors imagine un peu le boulot.

A toi de voir…

 

Tu trouveras un autre discours sur l’auto-édition et beaucoup plus d’informations à ce sujet toujours chez le blogueur Ludovic Mir.

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 13:56

 

 

éditeur à-valoir

 

 

Mon cher camarade-lecteur, j’ai déjà abordé la question ô combien cruelle mais cruciale de la rémunération d’un écrivain dans l’article : « parlons fric ».

 

Aujourd’hui, je souhaite toutefois te donner davantage de précisions sur la négociation de ce dit à-valoir.

 

Si ce n’est pas déjà fait, je t'invite vivement à lire l’article « parlons fric » qui explique tout bien le principe d’un à-valoir.

 

Un à-valoir est donc une avance sur les ventes d’un roman versée dans le cadre de la signature d’un contrat d’édition.

 

Aussi, camarade écrivain, n’accepte jamais de signer un contrat d’édition sans à-valoir.

Hélas, cette pratique se répand, surtout chez les petits éditeurs pas sérieux. L’à-valoir est la condition sine qua non de la signature d’un contrat d’édition. Un éditeur qui ne te paie pas en avance n’est pas un éditeur sérieux, et chez lui, ton livre n’aura aucun avenir. Les promesses de rémunération en droits d’auteur (un an ou deux après la parution du livre) ne veulent rien dire. Si l’éditeur ne te paie pas dès la signature du contrat d’édition, crois-moi bien, il ne le fera JAMAIS.

 

JE RAPPELLE QUE L’A-VALOIR N’EST TRADITIONNELLEMENT PAS REMBOURSABLE ! Si l’éditeur annule la parution de ton roman après la signature du contrat (tragédie rare mais qui s’est déjà vue), tu garderas ton argent.

 

En outre, le chèque d’à-valoir est remis le jour même de la signature du contrat d’édition. N’accepte pas de signer un contrat sans que l’on te remette le chèque. Ou bien tu pourras toujours attendre pour l’obtenir : ce chèque deviendra la nouvelle arlésienne de ta vie.

 

C’est pourquoi je pense qu’il est bien mieux de rencontrer physiquement l’éditeur le jour de la signature du contrat. Quand l’auteur accepte de signer le contrat par correspondance, ça ralentit le processus, si je puis dire (envoi du contrat de l’éditeur à l’auteur – envoi du contrat signé de l’auteur à l’éditeur – envoi du chèque de l’éditeur à l’auteur - etc…).

 

 

 

Or, avant de signer le contrat et de recevoir ce chèque en mains propres, l’éditeur va te proposer un certain montant d’à-valoir – que tu accepteras, négocieras ou refuseras en fonction.

 

 

 

La négociation de l’à-valoir pour un premier roman

 

Dans ce cas, ta marge de manœuvre est réduite mais ce n’est pas une raison pour accepter n’importe quoi.

 

La mode est au faible à-valoir – crise économique oblige. Il faut cependant bien comprendre que le montant d’un à-valoir, faible ou fort, reste une somme dérisoire pour tout éditeur digne de ce nom. Or, quelle que soit la taille de sa maison, l’éditeur va toujours te faire croire qu’il n’a pas un rond, que les temps sont durs et que franchement, il a pas le choix le pauvre, il peut pas faire autrement que de te payer à coups de lance-pierre. Dans ce cas, il te fera miroiter d’autres avantages qui ne sont que mirages : versement des droits d’auteur après la parution du livre, avantages en nature (si si, je te jure, y’en a qui font ça !), futur à-valoir pour une prochaine sortie poche (oui bien sûr, on y croit tous). Ces derniers arguments sont des mensonges auxquels il ne faut pas céder.

 

L’à-valoir peut être versé en plusieurs fois. Par exemple, 300 € le jour de la signature du contrat, 500 € le jour de la parution en librairie. Je suis résolument contre cette pratique, courante chez les grands éditeurs. Un à-valoir en-dessous de 3 000 €, c’est versé en une seule fois. Putain quand on reste dans ce registre de sommes dérisoires, faut pas se foutre de la gueule du monde !

 

Voilà les différents niveaux d’à-valoir qu’on te proposera pour un premier roman.

 

A-valoir : nul. Zéro €. « T'en fais pas mon coco, je te paierai 100 000 € de droits d’auteur – ce sera un best-seller, fais-moi confiance – dès trois mois après la parution en librairie ! »

REFUSE TOUT NET ET VA VOIR AILLEURS.

 

A-valoir : inférieur à 500 €.

Du pur foutage de gueule. Refuse.

 

A-valoir : entre 500 et 1 000 € / entre 1 000 et 1 500 €.

C’est, hélas, la tranche la plus courante pour un premier roman. A mon avis, c’est très très très radin et, dans ce cas-là, même pour un premier roman, à ta place, je ferais comprendre à l’éditeur que je juge cette somme peu représentative de la qualité de mon travail.

 

En-dessous de 1 000 €, j’aurais tendance à carrément refuser le contrat d’édition. Ne serait-ce que pour tester l’éditeur… S’il se braque et reste sur son chiffre, il ne tient pas vraiment à t'éditer et tu as peut-être intérêt à aller voir ailleurs…

 

Entre 1 000 et 1 500 €, c’est encore une somme ridicule mais nous nous rapprochons du montant acceptable d’un à-valoir.

 

 

 

A partir de 1 500 € : somme tout à fait acceptable qui indique la présence d’un éditeur un tant soi peu sérieux. A accepter les yeux fermés (à condition, je le répète, qu’il soit versé en une seule fois !).

 

 

 

Plus l’éditeur te paie cher, plus il aura tendance à se bouger le cul pour bien vendre ton roman.

 

On est d’accord que, pour toi, 500 boules, 1 000 boules ou 1 500 boules, ça change pas grand-chose et nombre de jeunes auteurs ne pigent pas pourquoi il faut pinailler sur le pognon.

La raison est pourtant simple. Moi, si je suis éditeur et que je paie un petit jeune 500 boules pour son premier roman, franchement, si le bouquin est un échec, je m’en bats un peu les steaks : normal, le mec ne m’a pas coûté cher.

Attention, ça ne veut pas dire qu’avec un à-valoir de 1 500 boules, tu vas être traité comme un prince. Mais tu auras un peu plus de chances que l’éditeur fasse correctement son boulot.

 

 

Les arguments à utiliser pour négocier l’à-valoir d’un premier roman.

 

Je te dis de négocier, quand toi, jeune auteur égaré dans le monde de l’édition, tu es terrorisé à la seule idée d’adresser la parole à un éditeur. Tout marchandage s’annonce, dans ces conditions, sous de douloureux auspices ! Je te soumets donc de petits arguments chocs qui pourront faire mouche.

 

« J’ai entendu des primo-romanciers parler d’à-valoir nettement plus élevés, la norme serait plutôt de 1 500 €, je ne comprends pas bien le montant que vous me proposez. »

Ou l’argument choc que tu auras toujours sous la main ! Car, cet argument est vrai ! Sois sûr de toi quand tu le répéteras à l’éditeur.

 

« Vous me proposez une somme qui semble nettement en-dessous de la moyenne proposée aux primo-romanciers. Je suis à la recherche d’un partenaire sérieux, d’un collaborateur de confiance, et je vous avoue que je commence à douter. »

 

« Je suis à la recherche d’une maison d’édition solide, financièrement saine, et votre proposition me pousse à m’inquiéter… »

 

Je serai honnête avec toi : la négociation pour un premier roman sera très très délicate. Tu es un petit nouveau dans l’univers de l’édition, tout le monde ou presque se sent en droit te pisser dessus et de te conférer autant d’estime qu’à une vieille serpillière abandonnée dans un cagibi de cantine scolaire.

Toutefois, ça vaut le coup de tenter la négociation, ne serait-ce que pour voir la réaction de l’éditeur. Un type qui tient la route au mieux te donnera raison, au pire t'embobinera poliment. Un connard le prendra mal. Bon moyen de tester.

 

 

La négociation de l’à-valoir pour un deuxième roman

 

Tu as donc sorti un premier roman. Pas découragé pour deux sous, tu remets le couvert et ponds une deuxième grande œuvre littéraire.

 

Premier cas de figure : tu restes chez le même éditeur.

 

Pour une raison ou une autre, tu as décidé de rester chez le même éditeur. Tu lui soumets donc ton nouveau manuscrit. Fort heureusement, le mec est d’accord pour l’éditer.

Un bon conseil : parle tout de suite de l’à-valoir.

 

Évidemment, l’à-valoir pour un deuxième roman est supérieur au premier SAUF SI TON PREMIER ROMAN A ETE UN GROS BIDE. Et quand je parle de gros bide, c’est le super gros bide. L’éditeur a perdu des sous, ça a été la cata (autant dire, des ventes qui se situent en-dessous de 20 % du tirage initial).

 

Dès que l’éditeur te contacte pour te dire « magnifique ce deuxième roman, je veux l’éditer mon cher petit, oh oh ! », tu enchaînes aussitôt en annonçant que tu veux un plus gros à-valoir.

 

Par exemple, pour un premier à-valoir de 1 500 €, tu peux largement demander, pour le second, 2 000 € - 2 500 € (voire plus, si le livre s’est très bien vendu et qu’il y a eu des rééditions).

 

Normalement, l’éditeur devrait accepter. C’est une tradition, il n’y a aucune raison à ce qu’il te refuse une augmentation pour le deuxième roman.

Cependant, si tu ne la demandes pas toi-même, il ne te la proposera sûrement pas… Ben ouais, pas con le gus…

 

Si l’éditeur refuse cette augmentation, il y a de quoi s’inquiéter. N’hésite pas à lui dire directement que tu le prends très mal, à titres professionnel et personnel. Une discussion sérieuse s’impose…

 

Si ton premier roman a été un gros bide, il faut néanmoins garder en tête le fait que ce n’est pas ta faute, mais celle de l’éditeur : c’est son travail de vendre les bouquins, le tien se limite à les écrire, point barre !

D’ailleurs, dans ce cas de figure, il vaudrait peut-être mieux changer d’éditeur…

Si pour une raison X ou Y tu veux quand même rester chez lui, demande néanmoins l’augmentation de l’à-valoir. Comme je l’ai écrit plus haut, tu n’es pas responsable de l’échec commercial de ton premier roman. L’augmentation de l’à-valoir serait, au contraire, une bonne façon de te dédommager !

Hélas, l’éditeur aura alors toute la latitude de refuser cette augmentation – puisqu’il aura été financièrement perdant sur ton premier bouquin et qu’il prend donc « de gros risques » pour ce second. Argumente un peu, mais, exception mise à part, je crains que ce ne soit peine perdue…

 

Deuxième cas de figure : tu changes d’éditeur.

 

Là aussi, tu es tout à fait en droit de demander une augmentation d’à-valoir ! Pour cela, tu annonceras tout simplement à ton nouvel éditeur le montant de ton premier à-valoir et tes prétentions pour le second.

D’ailleurs, si chez ton premier éditeur tu as eu un faible à-valoir (moins de 1 500 €), c’est le moment idéal pour mentir et arrondir la somme… Aucune honte à ça, c’est de bonne guerre et ça fait partie de la règle du jeu !

 

 

Les arguments pour négocier ton deuxième à-valoir.

 

L’argument principal est tellement évident que je ne devrais même pas avoir à l’écrire ici : « l’augmentation de l’à-valoir pour un deuxième roman est une tradition éditoriale ».

C’est tout, point à la ligne, on n’en parle plus.

 

Or, la plupart des éditeurs sont des crétins radins mégalos et ils apprécieront de t'entendre les supplier une minute ou deux.

« Le premier s’est pas trop mal vendu, je veux donc être payé davantage. »

« Le premier s’est bien vendu, je veux donc… »

« Le premier s’est très bien vendu, je veux donc… »

Etc. Etc.

 

Cela en sachant qu’un éditeur considère qu’un roman s’est pas trop mal écoulé à partir de 30 % d’exemplaires vendus par rapport au tirage initial... Lui, il ne te dira jamais que c’est une bonne, ou une honnête vente, mais il le pensera, crois-moi.

 

 

Donc : deuxième à-valoir, augmentation ! Il n’y a pas à tortiller du cul pendant six mille ans là-dessus.

 

 

 

Avant de terminer, un petit conseil personnel.

 

L’à-valoir est considéré comme un revenu et il doit être, à ce titre, inscrit dans ta déclaration de revenus, donc déclaré au fisc.

 

Si tu ne le fais pas, avec un peu de malchance, les impôts te débusqueront en se basant sur les déclarations URSSAF de ton éditeur. Les joies des rappels d’impôts, avec indemnités de retard et autres pénalités s’offriront alors à toi. Je connais des gens qui en ont fait l’expérience  : mieux vaut éviter la chose.

 

Te voilà prévenu.

 

 

 

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 17:54

 

 

 


france-culture-dans-ton-cul-copie-1.jpg



Vous savez quoi ? En ce moment, quand j'écris « nous les auteurs », j'ai l'impression de mentir. C'est te dire, lecteur, à quel point je me sens à l'aise dans cette putain de profession.



Enfin, je dois malgré tout l'écrire. Donc, pour nous les auteurs, France Culture est une sorte de mythe. Non, pardonnez-moi, ce n'est pas une sorte de mythe : c'est un mythe. Un passage sur la radio publique culturelle te coiffe des lauriers que tout écrivain se doit de convoiter : l'auteur france-culé.





Le mythe.



Entre auteurs, on aborde le france-culage avec respect, dans des murmures graves et sentencieux. Le france-culage, ça n'est pas de la rigolade... Tout ceux qui ont été france-culés s'en vantent, et ceux qui ne le sont pas encore en bavent d'envie. Le france-culage sera bien entendu signalé sur le facebook de l'auteur, avec un lien vers le podcast de l'émission. Histoire que tes groupies hystériques puissent se masturber en écoutant ta prestation.

Quand, en tant que jeune auteur, tu considères toute l'aura que les auteurs accordent au france-culage, tu t'imagines des choses. Que c'est une expérience hors du commun, magique, que, après avoir été france-culé pour la première fois, tu passeras de l'autre côté. Un dépucelage, quoi. Tu auras même la prétention de croire que le france-culage aura un certain impact sur ta notoriété et tes ventes.



Qu'en est-il dans la vie réelle, mes amis ?

Comme d'habitude, Stoni est là pour te dire toute la vérité vraie sur un passage à France Culture.



La réalité



Un beau matin, mon éditeur m'appelle pour me claironner, en hurlant dans son téléphone, que je passe à France Culture. Ouais, putain, génial mon pote. Non sans déconner, moi je croyais que c'était bien. Au début.

Ton éditeur, exsangue, pantèle.

- Oh mon dieu Stoni, tu vas passer sur France Culture tel jour, n'est-ce pas magnifique, l'attaché de presse est tellement formidable, tu...

- Ah bon je croyais que tu l'aimais pas cet attaché de presse ?

- Mais non, je lui ai baisé les pieds, tu te rends compte, France Culture ? Bon alors tu dois venir demain à Radio France à 14h30.

Si d'aventure tu n'es pas disponible demain à 14h30 ? Eh bien, non, tu seras disponible demain à 14h30. Sans quoi ton éditeur te menacera de mort par lapidation parce que « France Culture oh mon Dieu mais c'est magnifique ».

- Euh bon mais c'est quoi l'émission à laquelle je vais participer ?

Question idiote, réponse idiote :

- Je sais pas.

Non, je te jure, le mec il a vraiment dit « je sais pas ». Je suis scié.

- Mais j'ai besoin de savoir c'est quoi l'émission. Que j'écoute au moins une fois avant, je connais pas France Culture, moi.

- On s'en fout. L'important c'est que tu sois à France Culture.

- Mais je veux écouter l'é...

- On s'en fout j'ai dit ! Appelle l'attaché de presse, il te dira, lui. Donc, demain à 14h30 studio n° 97.

Tu essaies d'appeler l'attaché de presse qui évidemment ne répond pas (il a peur de moi depuis la première fois que je l'ai vu, soi-disant j'ai été menaçant, je vous jure que ce n'était pas mon intention).



Bref.



Le lendemain tu te la ramènes donc à 14h30 aux studios. Déjà pour y aller, tu prends une pure ligne de RER pourrave, bien relou à repérer sur la carte, c'est super pratique.

Après t'être déshydraté une heure dans le RER, tu débarques devant le bâtiment pour le moins immonde de la Maison de la Radio. Une sorte de disque spatial que tu attribues naïvement à la France pompidolienne, soit à la pire époque architecturale qui fût au monde. Plus tard, tu apprendras que la vérité est ailleurs, soit dans le pire encore : la chose daterait de De Gaulle.

A l'intérieur, vu la gueule des locaux, tu as du mal à croire que ça date de De Gaulle. T'imagines plutôt un truc qui remonterait aux années cinquante. L'ORTF, quoi. T'es à peu près sûr qu'il y a de l'amiante dans les murs. Là, tu te mets en mode foulard noué autour du visage (ce qui bien entendu t'attire les regards médisants des rares employés croisés). La Maison de la Radio est bâtie comme l'enfer de Dante (tout s'explique) : par niveaux circulaires. Tu tournoies donc à la recherche du studio 97. Eh oui, 97 : y'en a un paquet, de studios, et tu tournoies longtemps de la sorte.



 

maison-de-la-radio.jpg

Le dixième cercle de l'enfer





Il n'y a pas de fontaine d'eau à l'horizon et, après ton périple dans le RER, tu commences un peu à avoir soif. Ben tant pis pour ta gueule.

Enfin, tu déniches le studio 97. A l'intérieur, personne. Un début en fanfare dites donc. Tu as le temps d'explorer le lieu, néanmoins. Le studio est immense, avec plein de bordel partout qui sert à rien : des chaises et des tables empilés. Une table non empilée a été laissée dans un tout petit coin avec des micros. Enfin, l'aquarium des ingénieurs du son.

Tu attends. Tu attends.

Tu te demandes si tu es dans le bon studio.

Tu ressors, croises un rare employé.

- Euh bonjour, je suis Stoni je dois participer à une émission dont je connais pas le nom parce que je terrorise mon attaché de presse, néanmoins savez-vous si je suis dans le bon studio là, parce que là, y'a personne comme qui dirait ?

Le mec te répond :

- Chais pas, moi.

Et pis il se barre.

Oulà ça commence bien tout ça, moi je vous le dis.



Tu retournes à l'accueil, demandes à l'hôtesse si tu t'es pas loupé. La meuf regarde sur sa liste.

- Mais si, vous êtes bien attendu au 97.

T'y retournes fissa et attends encore trente minutes. Il est désormais 15h20. Chanmé.



Bon, là je dois vous faire une confidence : je sais pas ce que j'ai avec les journalistes, mais alors, manque de pot, je tombe toujours sur des cons. Je n'en ai pas rencontré des dizaines non plus, mais ceux qui ont croisé mon chemin faisaient fort. Malpolis, arrogants, méprisants, négligés, etc. Je ne souhaite pas généraliser et garde l'audace prométhéenne d'imaginer, parfois, des journalistes charmants, accueillants, professionnels, courtois.

Pour te résumer en deux lignes le profil type du journaliste : disons que s'il a lu ton bouquin, tu peux déjà t'estimer heureux.

Putain le journaliste qui a pas lu ton livre, quelle plaie. Il te pose des questions complètement débiles et te fait grave perdre ton temps. Un peu comme si un journaliste interviewait Victor Hugo pour les Misérables et lui demandait « Bon alors, la bande-dessinée, vous avez commencé quand ? Quoi ? Ah bon ? - il ne s'excuse surtout pas de s'être trompé - Enfin, le roman, vous avez commencé quand ? Les Misérables, pourquoi ce livre sur la plus basse caste indienne ? Quoi ? Ah merde, oui, c'est les intouchables... Enfin quand même, ça se passe en Inde, pourquoi ? Quoi ? A Paris ? Alors pourquoi Paris ? » etc, etc, etc.



Le journaliste de France Culture ne déroge pas à la règle. Lorsqu'il arrive avec une heure de retard, il te salue du bout des lèvres et te fait comprendre qu'il est en retard, qu'il a pas que ça à foutre et que, limite, tu le déranges avec cette émission, putain quoi, il préférerait pouvoir rentrer chez lui.

Tu n'as toujours pas droit à un verre d'eau (je ne parle même pas d'un caoua, ce serait franchement du luxe).

Tu lui poses des questions qui le font grave chier. Quand tu avoues ne pas connaître son émission (et donc que tu aimerais bien qu'il te la présente, histoire que tu saisisses ce que tu fous là au juste), le mec le prend personnellement et tire une gueule de dessous de pied. A force d'insister, tu arrives à lui soutirer les informations essentielles : l'émission est une émission littéraire (une victoire, mon attaché de presse étant capable de m'avoir fait inviter à un truc, je sais pas, sur le jardinage par exemple), elle passe à 23h30 mais attention elle est aussi disponible sur le net en podcast.

Là tu te dis : 23h30. Ok, personne ne va écouter ce machin.

Et t'es blasé.



Horaire nocturne ou pas, il te faut néanmoins enregistrer cette magnifique émission pour laquelle le journaliste présente un degré de motivation wallah ma parole ça fait peur. L'ingénieur du son se la radine. Tu lui dis bonjour. Le journaliste te fait les gros yeux du genre « mais pourquoi adressez-vous la parole à ce prolétaire qui je ne saurais voir ? ».

Oulah.

Je suis pas une célébrité mais sortez-moi de là quand même.

L'ingénieur du son se fend d'un grand sourire reconnaissant. Au moins un de content, c'est déjà ça.



Lorsque j'enregistre une émission de radio, je suis généralement incontrôlable, aussi je te passe les détails de mon intervention, qui, cela dit, aura eu le mérite de réveiller les mecs qui s'endorment à 23h30 sur la route, l'autoradio branché sur France Culture. Ce jour-là, combien de vies ai-je sauvées ?

Enfin, je suis désolé, mais quand on me pose des questions cons, je fournis des réponses cons. Le mec a lu le bouquin (ou l'un de ses assistants-stagiaires payés à coups de lance-pierre l'a fait pour lui), les questions restent toutefois débiles. Un peu comme si on demandait à Victor Hugo pour les Misérables : « Alors, Jean Valjean, quel nom étrange ! Où avez-vous trouvé un nom pareil ? » ou « Cosette, c'est un élément autobiographique ? ».

Je te jure, dès qu'on me demande « ceci, cela, c'est autobiographique ? », j'éprouve l'envie morbide de catapulter le type par la fenêtre la plus proche. Il n'y a PAS de question plus débile que « c'est autobiographique ? ». Camarade lecteur, si tu es journaliste, ou si tu veux devenir journaliste, promets-moi de ne JAMAIS demander à un auteur « c'est autobiographique ? ». Ok ? Merci.



Le journaliste n'est pas très content que tu aies répondu connement à ses questions connes (à la fois, que puis-je faire d'autre, au moins suis-je resté poli) et te congédie sans merci ni merde ni au revoir, à la France Culture quoi.



Le soir tu écoutes l'émission, qui a été montée. Les coupes te font passer pour un débile de premier rang - tu passes du coq à l'âne – voire pour quelqu'un de dangereux - tu ricanes bêtement alors que la question porte sur la nécrophilie - bref, super le montage, cool, cimer mon pote.

Oscillant entre le désespoir et le désir de mort, tu t'aventures à chercher le taux d'audience de France Culture, de nuit ou de jour, peu importe. Tu parles de casser la baraque : même OUI FM est plus écoutée en région parisienne. Niveau national, c'est presque pire : les grandes stars France Musique et Virgin Radio éclatent la pauvre radio culturelle dans un gang-bang honteux.

Putain ça te fait une belle jambe tout ça.



Ton éditeur met un lien vers le « podcast » sur son facebook, avant de te passer un mail où il te dit laconiquement :



Pas génial l'émission. Une prochaine fois peut-être.



Ni merci, ni merde, ni au revoir, lui aussi il se le joue à la France Culture, ce con.

Toi, tu ne postes rien sur ton facebook, d'ailleurs tu préfères oublier au plus vite cette expérience traumatisante et tu prends soin de maudire tous les confrères qui t'ont saoulé avec le mythe du france-culage.



Personne ne te parle de l'émission, puisque personne ne l'a écoutée. Ça fera bien sur ton CV, et encore. Voilà, tu n'as pas de lauriers, tu n'as rien gagné, tu ne vendras pas plus de livres.

Tu t'es tout simplement bien fait france-culer.







 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 13:16

 


singe_ecrivain.jpg

 



Régulièrement, je reçois des messages semblables à celui-là :



Bonjour Stoni,


Toi qui es dans le milieu et qui connais bien l’édition, j’aimerais avoir ton avis sur un roman que j’ai écrit. Je veux le faire éditer, mais j’ai peur qu’il ne soit pas publiable parce que :

  • il est trop long

  • il est trop court

  • il aborde le sujet des lombrics bisexuels suisses, c’est peut-être trop précis non ?

  • il est trop violent

  • il est trop érotique

  • il est trop personnel

  • il est plusieurs genres à la fois (SF, autofiction, policier, trois en un)

  • il est écrit à la deuxième personne du pluriel mais il y a trois narrateurs qui ne sont jamais clairement identifiés

  • il est con
  • etc, etc, etc.


Selon toi, c’est bien la peine que je me ruine en photocopies et en envois postaux ?

 

Merci de ta réponse ! Au passage, tu es une personne exceptionnelle et je suis secrètement amoureux de toi !



Un lecteur de Stoni





Bon. Mettons les choses au point.



Tout roman est potentiellement publiable.

Tout roman est potentiellement non publiable.



Ca me fait une belle jambe, me répondras-tu. Mais le quotidien d’un auteur est de se faire faire une belle jambe, qu’il soit édité ou pas !



Ce genre de message me fait toujours sourire, car le lecteur qui me l’a envoyé connaît, au fond de lui, la réponse : pour savoir il faut essayer. Simple comme bonjour !

Seulement, cette personne a envie de se rassurer. C’est fou comme on se sent seul, quand on écrit et qu’on veut être édité. Alors on écrit à Stoni, qui te rassure, et c’est tant mieux parce que (sur internet en tout cas) il est un peu là pour ça, Stoni (oui je parle de moi à la troisième personne du singulier mais, nom d'un topinambour, quel auteur ne le fait pas).



Du moment que tu respectes les bases de la mise en forme du manuscrit, tente ta chance, envoie ton bordel, et tu verras bien.

Si tu manques vraiment de confiance en ton texte, tu peux consulter mes conseils pour améliorer ton style, et t'en inspirer.



Bon, admettons que tu aies désormais un manuscrit proprement mis en forme et bien rédigé.

Tu l’envoies à une cinquantaine d’éditeurs minimum.



Je te conseille de faire deux à trois envois par semaine. Evite d’envoyer tes cinquante plis d’un coup.

Fais les choses progressivement, en leur temps…



Je reçois des tas et des tas de témoignages de lecteurs qui ont ciblé trois, quatre, dix éditeurs, et qui sont déjà désespérés. Putain, mais dix éditeurs, c’est rien ! Soyez patients ! Envoyez à des tonnes d’adresses différentes !





Oui, ça coûte une plombe. Les Parisiens pourront toujours aller déposer leur manuscrit en mains propres. Pour les autres, c’est un coût. Tout dépend de l’épaisseur du manuscrit.

Dans le pire des cas, cela te coûtera environ 10 € par envoi (manuscrit de 500/600 pages). A raison de deux envois par semaine : 20 €. Par mois : 20 € x 4 = 80 €.

Enfin bon, en général, c’est plutôt 3 € ou 4 € par envoi.

Plus les photocopies (drague le mec ou la nana de chez COREP, il te fera des réducs – dans mon cas ça avait bien marché).



Ouais, ça fait chier. Je sais.

Mais ça coûte toujours moins cher qu’une veste chez The Kooples (je prends cet exemple au hasard).

Sache néanmoins que les auteurs déjà édités ont le même problème, lorsqu’ils veulent changer d’éditeur. Eux aussi, ils font leurs petits envois par la poste. Et eux aussi, ils reçoivent des lettres de refus impersonnelles ! Si ça peut vous consoler…





Bon, là, si tu as visé cinquante éditeurs, tu pourras te faire une idée.



Au bout d’un an, tu n’as eu aucune réponse, sinon des lettres de refus : visiblement, ton manuscrit n’a pas trouvé sa voie.



Ce n’est pas grave.



Soit tu bosses sur autre chose (tu écris un autre roman et retentes l’aventure), soit tu mets ce texte refusé de côté et le ressors d’ici quelques temps. On ne sait jamais. Un manuscrit qui aura été systématiquement refusé en 2002 sera peut-être au goût du jour en 2008 (par contre faudra changer le titre).

Les voies de l’édition sont impénétrables.



Très rares sont les auteurs qui trouveront un éditeur dès le premier manuscrit.



Antoine Volodine a passé plus de quinze ans à envoyer des manus ici et là, avant de signer son premier contrat.



Idem pour le dernier Prix Goncourt : vingt années passées à envoyer ses manus…



Ces deux écrivains n’ont pas lâché et leur obstination a été récompensée.



Alors si Antoine Volodine en a chié, t'en chieras aussi, y’a pas de raison !!



 

 

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:42

 

 

Un lecteur du blog m’a alerté sur la parution d’un article du Monde rapportant un sondage effectué auprès de plus de mille auteurs au sujet de leurs… relations avec les éditeurs.

Que constaté-je, camarade lecteur ? Eh bien, que tout ce que j’écris sur le blog à ce propos semble être l’expérience quotidienne de maints autres écrivains.

Pauvres de nous !

Les résultats du sondage sont édifiants.

Je te restitue l’intégralité de cet article. Les résultats complets du sondage sont là.

 ecrivain-chimpanze.jpg

 

Les relations entre auteurs et éditeurs se tendent encore un peu plus

Le Monde | 12.03.12 | 14h05

Et si la corde finissait par casser ? La dégradation des relations entre éditeurs et auteurs fait partie des sempiternels sujets de l'édition française. Rendus publics, lundi 12 mars, à quatre jours du Salon du livre de Paris, qui se tiendra à la porte de Versailles jusqu'au 19 mars, les résultats du 4e baromètre des relations entre auteurs et éditeurs, réalisé par la Société civile des auteurs média (SCAM) auprès de 1 145 écrivains, sont pourtant riches d'enseignements.

Certes, 61 % des auteurs interrogés se déclarent satisfaits des relations avec leurs éditeurs. Mais ce chiffre, de prime abord satisfaisant, traduit en fait un recul de 10 % du taux de satisfaction des écrivains, alors qu'entre 2010 et 2011 les éditeurs avaient gagné deux points de confiance.

En 2012, 31 % des écrivains se disent même insatisfaits, contre 22 % l'an passé. Et quelque 8 % des écrivains estiment que leurs relations sont devenues conflictuelles. Ces résultats témoignent d'"une certaine crispation", note la SCAM, avec un art consommé de la litote.

Pour la première fois, la SCAM a réalisé ce sondage en partenariat avec la Société des gens de lettres (SGDL). Elle a enregistré un bond de près de 50 % du nombre de réponses, qui sont passées de 600 à près de 1 200.

 

MAUVAISE PROMOTION DU LIVRE

 

La SCAM souligne que les écrivains interrogés représentent tous les secteurs de l'édition. Le degré de satisfaction est traditionnellement plus élevé chez les auteurs de livres universitaires, professionnels ou scolaires, voire chez les auteurs d'essais. Pour les écrivains de fiction et de non-fiction, les auteurs de jeunesse et de BD, le degré de défiance à l'égard de leurs éditeurs est donc encore plus élevé.

 

Dans le détail, les auteurs se disent satisfaits à 57 % (- 4 points par rapport à 2011) dans leur collaboration avec les éditeurs sur le travail de création. Ils le sont à 55 % (- 1 point) sur les contrats qu'ils se voient proposer. Mais ils sont 66 % à se dire mécontents du travail de promotion et de communication fait par l'éditeur sur le livre publié, et 63 % insatisfaits à propos de l'exploitation commerciale.

 

(chez Stoni, on en parle un peu dans l’article sur les Editions Rue Fromentin)

 

Du côté des rémunérations, on observe quelques tendances lourdes avec une baisse des contrats comprenant des à-valoir qui se double d'un recul de leur montant. Au total, 40 % des à-valoir sont compris dans une fourchette située entre 1 500 et 3 000 euros, 30 % au-dessus, contre 37 % en 2010, et 30 % au-dessous. La proportion de faibles à-valoir est en augmentation. Par ailleurs, pour 60 % des écrivains interrogés, les droits d'auteur sont inférieurs à 10 % du chiffre d'affaires que générera l'oeuvre.

 

(chez Stoni, j’en ai parlé dans l’article sur le flouze)

 

La crispation des auteurs atteint son point culminant sur la question de la reddition des comptes (lorsque l'éditeur lui fait part du nombre d'exemplaires vendus), encore très opaque. La moitié des auteurs déclare ne pas en recevoir du tout. Les autres la jugent peu claire et incomplète. Les auteurs se plaignent d'être peu ou pas du tout mis au courant des projets de traduction, d'adaptation, voire de mise au pilon de leurs ouvrages.

 

(chez Stoni, j’ai déjà abordé ce véritable scandale, qui ouvre la voie à tous les détournements de fonds possibles et imaginables, dans l’article sur la distribution)

 

Enfin, sur l'édition numérique, la majorité des contrats ne comporte pas de clause numérique (63 %) et les éditeurs ne font signer d'avenants sur les contrats précédents que dans 18 % des cas. Surtout, les éditeurs continuent de proposer un partage des droits équivalent à celui de l'édition imprimée, alors que la rémunération pour l'exploitation numérique est en moyenne inférieure de 15 %. A ce stade, les revenus numériques demeurent dérisoires.

Les auteurs mécontents de leur sort pourront méditer les propos d'Arnaud Nourry, PDG d'Hachette Livre, interrogé le 8 mars, au cours de l'assemblée générale du groupe Lagardère : "La marge sur le ebook est bonne, même si elle est réalisée sur un chiffre d'affaires plus faible. L'ebook a des effets vertueux."

 

Alain Beuve-Méry

 

Article paru dans l'édition du 13.03.12

 

 

 

 

 

A lire à ce sujet, chez Stoni :

 

Ton livre sur une table à la Fnac, ou ta mère en slip à Waikiki

 

J’écris des romans, je suis un caca

 

La faillite des Editions Michalon

 

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 12:22

 

 

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J'ai eu de la chance, jusqu'à présent. Je n'ai jamais eu de critiques négatives dans de grands médias. Il faut dire que, dans les grands journaux, à la radio, voire même à la télé, la critique négative se fait rare. On parle davantage des livres qu'on a aimés. La mauvaise appréciation est souvent réservée aux auteurs célèbres dont le roman est très attendu.

Lorsque les « jeunes auteurs » sont chroniqués dans les grands médias, ils ont de fortes chances de n'être pas trop mal traités.

 

Il n'empêche que j'en ai eues, des critiques négatives. Sur des médias moins importants. Ou même par oral, de la part d'un lecteur, lors d'un salon ou d'une conférence.

 

Pour moi, la critique négative n'est pas la critique mi-figue mi-raisin qui relève tant le positif que le négatif – le style est soigné, travaillé, mais il y a ci, il y a ça.

La critique négative est uniquement négative.

En gros, tu t'en prends plein la gueule du début à la fin. Pas de répit.

 

On me demande, parfois, ce que ça fait, d'avoir des critiques négatives.

Je réponds que ce n'est pas très agréable.

En vérité, j'ai un ressenti autrement plus véhément.

 

J'ai dû attendre pour en obtenir des gratinées.

Et quand elles sont arrivées... elles sont arrivées.

 

Peu importe d'où elles viennent, elles font mal. Y compris de la part d'un obscur blogueur, totalement inconnu, qui vous envoie le lien vers sa chronique histoire que vous puissiez savoir ce qu'il pense de votre bouquin (et, après tout, il a bien le droit de le faire).

Il y aussi celles dont on prend connaissance grâce à un fan, qui vous les envoie avec la promesse d'abattre leurs rédacteurs...

Les fans devraient comprendre que l'on s'en passerait bien, de leurs manifestations de loyauté...

 

Que dit la critique négative ?

Elle dit que tu as écrit (ou peint / réalisé / enregistré / joué, etc.) un joli tas de merde. Ni plus ni moins. Avec des arguments. Sur cinq ou cent lignes.

On se demande comment un livre aussi débile a pu être édité... Quand on pense au prix que ça a dû coûter en papier chez l'imprimeur... Une véritable arnaque... ça ne vaut même pas deux euros chez Maxilivre... L'histoire n'a aucune consistance... Les dialogues ne sont pas crédibles... D'un ennui mortel... Terminer ce roman m'a demandé un effort olympique... Rien à voir avec le dernier opus de Truc, qui, lui, a révolutionné la littérature (je te raconte pas l'effet que ça te fait si d'aventure tu peux pas encadrer le Truc en question). Du sous Bidule (Bidule étant un auteur connu), du sous Machin...

 

Comme tu t'en doutes, la première fois, ça fait bizarre.

 

Mais il y a pire.

La critique négative ad hominem.

En gros, elle vise non seulement ton œuvre, mais aussi ta personne.

Cet idiot congénital a dû être pistonné pour trouver un éditeur... Un inculte incapable d'utiliser un registre de langue convenable... Promotion canapé ?... Racoleur, vulgaire, voilà un pseudo écrivain tout juste bon à jeter aux chiottes... On se demande où il a pu apprendre à écrire, si toutefois il a appris un jour... Poseur... Déviant sexuel... Je l'ai entendu l'autre jour sur telle radio, c'est un vrai connard, j'espère qu'il se fera vite écraser par un camion... Il se la joue... Il ne travaille pas assez ses romans, sans quoi il en écrirait de meilleurs...

 

Comment tu te sens, après ça ?

Ben...

Au choix : comme une limace aplatie par un trente-huit tonnes sur le bord de l'autoroute (puisqu'on parlait de camion), ou criblé de balles par une rafale d'AK-47 (mais y'en a pas qu'une, d'AK, y'en a quinze – au bas mot).

 

Là, tu t'énerves. Et t'as envie de répondre.

Qu'est-ce t'en sais si je travaille ou pas mes romans, connard ?

Et tu peux rester en dehors de ma vie privée et de mes relations intimes avec les camions, bordel de merde ?

Sauf que ça ne servirait à rien.

 

Moi aussi, j'ai dit la même chose après avoir vu un film que je n'avais pas aimé.

 

Mais là, c'est écrit, noir sur blanc, ça te concerne, tu le lis et ça n'est pas près de disparaître.

 

Voilà. Tu es écrivain.

Même si tu n'es pas encore mondialement connu et que tes ventes restent tout simplement « satisfaisantes », tu es devenu une personne publique.

Il faut faire avec.

Il n'y a pas à répondre à ce genre de propos.

 

Des gens me détestent. Me méprisent. Tiennent des discours relativement inquiétants au sujet de ce qu'ils croient que je suis : sur ma vie privée, ma sexualité, ma famille, etc.

J'ai découvert que des gugusses scrutaient la moindre de mes paroles, sur le net, dans les médias, ou même ailleurs, pour les décortiquer et me critiquer, pour analyser ma « position d'artiste » et bien entendu, au final, me discréditer. De grandes discussions sur des forums m'étaient consacrées... Plus ou moins haineuses... Il y a en qui guettent « le prochain livre » uniquement pour le jeter en pâture.

 

 

C'est comme ça.

Je n'y peux rien.

 

Alors, j'ai décidé de ne plus lire les critiques. Bonnes ou mauvaises.

Ce n'est pas facile. Des fois, je craque.

Mais, le reste du temps, je me sens mieux.

Au bout d'un moment, scruter et dévorer ce que des inconnus disent de toi, ça n'est pas très sain...

 

Je ne suis pas le seul à avoir pris cette décision.

C'est mieux comme ça, je crois.

 

 

 

 

 

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 13:22

 

 

 

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J'ai reçu des messages, ces dernières semaines, de lecteurs du blog qui me « reprochaient » gentiment d'être un peu (beaucoup) démoralisant lorsque je parle d'écriture et surtout d'édition. Ces lecteurs voudraient bien être édités à leur tour.

 

D'abord, je vous glisse un lien vers un article qui – c'est rare chez moi, j'en conviens – aborde l'édition sous un angle positif.

 

 

Aujourd'hui je vais vous parler d'écriture, car l'écriture, voilà quelque chose qui peut épanouir, rendre heureux. Elle est aussi une source de bien d'efforts et de déceptions : mais quel travail ne l'est pas ?

 

 

Mon article « comment commencer un roman » est très-très-très lu par les gentils et vénérables visiteurs de ce blog. La plupart d'entre eux débarquent là-dessus depuis google. Avec pour requêtes : « je veux commencer un roman », « par où commencer un roman », etc. Et ils tombent donc sur ce texte mi-poétique mi-flemmard, qui ne dit pas grand-chose et ne répond guère à leurs questions, sinon pour affirmer : ouais c'est pas facile de commencer un roman.

 

Je m'apprête donc à répondre plus sérieusement à cette grande question : « comment commencer un roman ??? C'est vrai quoi putain ! »

 

On m'a déjà posé la colle. Des lecteurs, principalement, lorsque je suis en dédicace ou en rencontre.

Ma réponse a toujours été évasive. De toute façon, je crois qu'il existe autant de réponses qu'il n'y a d'auteurs.

 

Une chose est sûre : je galère grave ma putain de race quand je commence un roman.

 

 

Un roman, c'est une alchimie bien complexe qui m'échappe complètement. Une sorte d'accident de laboratoire. Je me retrouve avec un monstre-de-Frankenstein-bébé-éprouvette dont je n'ai pas forcément voulu, alors il faut faire avec. Je suis toutefois drôlement content qu'il soit vivant.

 

Une deuxième chose est sûre. Le roman, au début du processus d'écriture ou à son terme, n'est jamais celui que j'imaginais en écrivant les premières lignes.

 

Un roman, ça vient, ça part.

 

Je ne fais rien de très particulier pour commencer un roman.

A la base, j'ai quelques idées. Une idée générale du genre d'histoire que je veux raconter. Des scènes. Des personnages. Souvent, ceux-là changeront en cours de route... De physique, de mentalité, de caractère, de passé.

Ces idées m'habitent depuis un moment. J'ai déjà des idées pour un prochain roman lorsque j'en termine un... Il y a des idées qui se sont développées pendant des années, sans que je les ai touchées, préférant alors me consacrer à une autre histoire. Et puis, il y a des romans qui se sont présentés comme ça, d'une manière impromptue, du jour au lendemain. Bam je me réveille, un beau matin, avec une vague allure romanesque.

 

Ces idées, je ne sais qu'en faire.

Je les laisse mûrir, ou pas. Je les étudie avant de m'endormir.

Je me dis qu'elles sont plutôt bonnes. Ou plutôt mauvaises.

J'ai des romans, dans la tête, que je n'écrirai sûrement jamais. Trop complaisants, trop vains, trop autobiographiques...

 

Je n'ai pas de conseils particuliers à donner pour commencer un roman.

Il faut juste essayer de se faire plaisir.

Ce que j'aime, quand j'écris, c'est inventer un petit univers. Je crois que ce devrait être la seule motivation sérieuse de l'auteur qui se met à écrire : se faire plaisir. Bien sûr il y a des histoires qui sont douloureuses à raconter, et plaisir n'est peut-être pas, dans ce cas, le mot le plus adéquat. On les raconte pourtant, ces histoires, parce que leur rédaction nous soulage, nous fait du bien. Il y a bien un peu de positif là-dedans.

 

Hélas le petit univers est parfois long à se constituer. Je continue à (essayer d') écrire pour atteindre ce plaisir-là. Les premiers temps de rédaction sont, chez moi, rarement jouissifs. Je cherche un peu tout à la fois : les lieux, l'action, la narration, les mots, les personnages...

 

Ce n'est pas très valorisant ni très glorieux.

 

Je travaille seul. C'est bien pénible. Je refuse toute lecture jusqu'à la fin de mon premier jet.

 

Le premier fichier Word que je crée, pour le nouveau roman, ne sera pas celui avec lequel je le terminerai... Je modifie mon histoire à mi-chemin, je change tout. Je réécris tout... Je me retrouve avec des machin.doc, machin1.doc, machin2.doc, machin3.doc...

 

Certains romans avortent. On les commence, on ne les finira jamais... Ou alors sous une forme bien différente.

 

Il y en a qui écrivent un bouquin en quelques semaines. Je les appelle des éjaculateurs précoces. Je les envie ! Moi, je suis long à la détente. Je mets des mois et des mois à pondre un truc à peu près viable... Surtout depuis que je suis édité...

 

Quand je parle de mon « nouveau roman », je suis très circonspect. Je n'en parle qu'à mon mec. Et je choisis mes termes : « mon nouveau projet », « le texte sur lequel je travaille en ce moment », « le petit texte que je fais ».

Je n'ose pas dire « roman » tant qu'il n'est pas terminé.

Superstition. Manque de confiance en moi.

 

En vérité, cette phase laborieuse du début du roman ne prendra fin qu'avec le premier jet. Là, je pourrai enfin le qualifier de roman. Avant de passer encore au minimum six mois à réécrire et peaufiner la chose...

 

 

 

 

 

A lire aussi : mon article Quand on finit un roman, peut-on et doit-on en être satisfait ?

 

 

 

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 18:16

 

 

 

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en mode bonne humeur en plus

 

 

 

 

La journée telle qu'elle aurait dû se dérouler :

 

Je vais au marché. Seize heures. Soleil d'hiver. Douceur de printemps. Je passe devant le stand d'un revendeur de livres d'occasion.

Je vois deux de mes romans, côte à côte.

Ondes positives.

Je souris.

Je suis heureux.

Le vendeur essaie de me vendre les deux bouquins.

Il dit : « c'est un jeune blablabla, vous connaissez ?».

Je réponds : « oui un peu » et je m'en vais.

Je fais mon marché.

Ondes positives.

Je rentre chez moi.

Je ponds ce petit article pour mon blog et pour la première fois depuis plusieurs mois je suis content de moi (en tant qu'auteur).

 

 

 

 

 

La journée telle qu'elle s'est déroulée :

 

Je vais au marché. Seize heures. Soleil d'hiver. Douceur de printemps. Je passe devant le stand d'un revendeur de livres d'occasion.

Je vois deux de mes romans, côte à côte.

Ondes positives.

Je souris.

Je suis heureux.

Le vendeur essaie de me vendre les deux bouquins.

Il dit : « c'est un jeune blablabla, vous connaissez ?».

Je réponds : « eh bien c'est moi ».

Le vendeur est intrigué et me pose des questions. Il possède une librairie et me dit : « ah ce serait bien de faire une signature ».

Je réponds que je ne fais pas de signatures en librairie. Nous discutons. Il ne comprend pas pourquoi je ne fais plus de signatures. Et je commence à partir dans une petite diatribe complètement inutile sur le monde de la littérature, tout ça pour dire que je n'ai pas à perdre mon temps avec ces conneries-là et que je suis bien mieux à rester chez moi pour construire une grande oeuvre littéraire. Je balance deux ou trois saloperies sur tels ou tels salons / concours / institution. Le vendeur compatit. Et là-dessus je me casse.

Je fais mon marché.

Je suis énervé d'avoir parlé de tout ça.

Ondes négatives.

Je rentre chez moi en pensant que j'ai encore manqué une belle occasion de fermer ma grande gueule.

Je ponds cet article pour mon blog où je constate que pour la centième fois je n'obéis pas à ma belle résolution de faire l'ermite, malgré ce que je veux bien prétendre.

 

 

 

 

Comment gâcher une belle journée en dix minutes ? Faites appel à Stoni il vous apprendra la démarche de A à Z.

 

 

Quel con putain.

 

 

 

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 13:28

 

 

howtofeelmiserable

 

Dans un précédent article, j’avais traduit la liste de Keri Smith : comment te sentir pire qu’une merde quand t'es écrivain.

Je donnais mon point de vue sur chacun des dix points à ne pas appliquer pour bien vivre sa condition d’artiste.

 

Mais j’ai la mémoire courte.

 

Car j’ai écrit :

 

« 2 / Parler de ton travail à ta famille et en attendre des encouragements.

 

Là, je ne suis pas vraiment concerné. C’est même plutôt le contraire : je préférerais que mes vieux s’intéressent moins à ce que je fais. Mes parents trouvent ça normal que je ponde des bouquins. Nous sommes une famille d’esthètes et je suis leur digne progéniture. Ce qui n’empêche pas qu’ils considèrent que l’écriture est un métier de branleur, ni qu’ils pensent que je passe tout mon temps à regarder des films en streaming. En outre, pour mes parents, il est évident que je suis un écrivain trop doué et incompris, donc quelqu’un qui ne vend pas de livres (des fois j’essaie de leur expliquer que je me débrouille pas trop mal à ce niveau-là, mais en vain). »

 

Ha ha ! En faisant un peu travailler ma petite cervelle (qui n’y est guère accoutumée, nous sommes d’accord), je me suis souvenu de la période où je n’étais pas encore édité, et mon expérience était alors tout à fait différente !

 

Je n’ai jamais cherché la reconnaissance de mes parents et n’ai jamais sollicité leur avis sur mes livres. Néanmoins, lorsque j’ai pris la décision de me faire éditer, je n’ai pas dissimulé la chose. Ma famille apprécie les cultes du secret, les non-dits et les squelettes dans les placards – y compris pour des trucs absolument anodins. J’ai comme qui dirait toujours trouvé ça relou et essaie de ne pas reproduire le même comportement. Sans quoi, je n’aurais jamais parlé à quiconque de mes manuscrits et de mon amour pour l’écriture, par peur d’avouer mon échec en cas échéant (ne pas réussir à être édité).

 

Je me suis orienté vers une autre attitude. J’en ai parlé, comme ça, au détour d’une conversation. « Je vais essayer d’envoyer le dernier texte que j’ai écrit, je vais bien voir ce que ça donnera ».

 

Mes parents n’y croyaient pas une seule seconde.

Je l'ai oublié, ensuite. C’est fou comme la mémoire est sélective…

 

Enfin, moi, je disais ça sur un ton léger, plutôt dégagé. Que j'allais essayer. Eux, ils ont ouvert de grands yeux éberlués.

 

« Mais Stoni, tu sais bien que c’est très dur d’être édité ! »

 

Je ne pense pas qu’ils voulaient me décourager. Mais plutôt m’épargner la souffrance potentielle de l’échec.

 

« Il faut avoir des connaissances dans le milieu pour ça, et nous n’en avons pas ! »

 

« Tu vas perdre toute confiance en toi ! »

 

Je suis resté détendu et insouciant quand ils prophétisaient le malheur. C’est la seule façon de leur signifier mon désaccord sans déclencher un psychodrame. Mes vieux raffolent des psychodrames.

 

Bref, je me contentais de répliquer :

 

« Eh bien, si je n’y arrive pas, je ferai autre chose. »

 

Ils argumentaient.

 

« Mais tu risques d’abandonner l’écriture, alors que si tu continuais à écrire pour toi-même, tu garderais ce plaisir toute ta vie. »

 

« Je trouverai un autre occupation, dans ce cas. Je me consacrerai plus au dessin. »

 

Ils baissaient le regard, ils étaient gênés pour moi…

 

Ils ne demandaient pas à lire ce que je faisais. Je ne leur ai jamais proposé non plus.

 

Puis les premiers contacts avec les éditeurs sont arrivés. J’en ai parlé. Je n’aurais pas dû. Mes parents ne m’aidaient pas, lorsque les contacts n’aboutissaient à rien. Au contraire, ils persistaient à prédire :

 

« C’est trop dur, t'y arriveras pas… Abandonne, c’est un monde corrompu… »

 

Je n’ai plus rien dit jusqu’à la signature de mon premier contrat d’édition.

 

Après, je les ai vus adopter une autre approche. Ils s’intéressaient. Ils étaient presque fiers de moi. Enfin. Avec des limites. Mon père se chargeait de me rabrouer, au cas où j’aurais pu le penser converti à l’optimisme. Quand j’ai eu mon premier chèque d’à-valoir, il m’a dit :

 

« Photocopie-le, car ce sera peut-être le dernier. »

 

Il était sérieux. Ça ne m’a pas vraiment surpris.

 

A la parution de mon premier roman, ils étaient un peu embarrassés à l’idée que je déballe ma vie personnelle ou familiale. « Avec un écrivain dans la famille, oubliez toute harmonie et entente cordiale » (C’est faux et c’est vrai.) Ils ont été relativement rassurés par ce que j’écrivais, dans le sens où je ne parlais pas d’eux. Je crois aussi qu’ils étaient très soulagés par mon emploi d’un pseudonyme…

 

Le fait que je mène ma barque, d’écrivain ou de jeune homme, sans jamais trop les consulter, les a toujours laissés un peu étourdis. Le reste de ma fratrie s’est montré beaucoup plus dépendant. Moi, je vais. Voilà. Je fais ce que j’ai à faire.

Ce monde de l’écriture et de la littérature, dans lequel je me suis engouffré avec toute la stupidité de mes vingt-cinq ans, ils le virent parfois comme un élément qui m’éloignerait davantage encore d’eux et de notre noyau originel.

Ils avaient tort.

J’en suis vite revenu.

 

Mon expérience, je ne l’ai pas vraiment partagée avec eux. Ils n’auraient jamais accepté toutes les souffrances, les insultes, les avanies, les injures et les trahisons dont est fait le quotidien d’une personne un tant soi peu publique. Je suis leur progéniture, et à ce titre, je n’ai pas l’autorisation d’être blessé. Par qui ou quoi que ce soit.

 

Petit à petit, ils se sont habitués et me voient désormais comme « l’écrivain de la famille ». Ils n’en parlent pas beaucoup non plus. Ils n’ont pas énormément d’amis ou de proches pour ce faire… Quand j’ai un nouveau projet de bouquin, et qu’il va être édité, ils sont contents pour moi. Ma mère a hâte de le lire (ce qu’elle ne fera pas avant que j’aie mes exemplaires d’auteur et que je leur en file un, sauf si ma sœur « moucharde » et lui donne le manuscrit en douce). Mon père, je ne sais pas trop. Il ne doit pas être mécontent non plus.

 

Ils célèbrent mon travail car, je crois, il concrétise ce qu’ils ont essayé de faire avec nous : nous élever en artistes, dans un monde cloisonné, prolétarien, mais extrêmement esthétisé, esthétisant et esthétique. Ils n’en étaient pas conscients mais l’objectif était bien là. Je suis la monstruosité culturelle qu’ils ont façonnée. Il y a des jours où ils doivent éprouver une certaine satisfaction. D’autres où ils doivent s’interroger. Et encore des jours bien plus nombreux où ils n’y pensent même pas.

 

Ils ont mis plus d’un an à venir me voir sur un salon du livre.

 

J’ai eu honte de les voir devant moi, ce jour-là.

Non pas parce que j’avais honte d’eux. Mais parce que j’avais honte de ce salon et de tout ce qu’il représentait. Les cérémonies vides, stériles, vaines et vaniteuses dont notre milieu se nourrit. J’étais alors très désespéré par rapport à mon travail, et je ne supportais plus le monde du livre (je ne le supporte toujours pas d’ailleurs). J’avais honte de ces simulacres, de ces idioties de salons, qui n’ont aucun intérêt sinon celui de faire théoriquement mousser nos egos. Mes parents furent heureux de me voir signer un ou deux bouquins. Je me trouvais d’un pathétisme ! tandis que j’apposais ma putain de griffe sur la page de garde, pour quelqu’un que je ne connaissais pas, au milieu d’un capharnaüm imbécile, à côté d’un connard de « confrère » dont je me foutais comme de l’an quarante.

 

J’ai ensuite pris la décision de ne plus faire aucune intervention publique. Mais c’est une autre histoire.

 

 

 

 

 

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