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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 13:22

 

 

 

 

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Plusieurs lecteurs m’ont déjà posé cette fatidique question. En outre, je reçois régulièrement des témoignages où de jeunes auteurs pas-encore-édités me racontent qu’ils ont appelé tel éditeur : la teneur et les conséquences de ce genre d’appel téléphonique justifient à eux seuls un article.

 

 

Récapitulons ta situation, auteur pas-encore-édité.

 

Tu as envoyé pas mal de manuscrits par la poste, obéissant en cela aux recommandations de ton ami Stoni.

Ce qui est très bien.

 

Hélas, les réponses – positives ou négatives – tardent à venir. Tu commences à tourner tel un ours en cage.

 

Et puis, un beau jour, tu craques et appelles les maisons d’édition à qui tu as adressé ta magnifique œuvre littéraire.

 

Pourquoi ?

 

Tu espères que la maison d’édition te dira :

 

  • option a : qu’ils n’ont pas encore lu ton manus mais que ça viendra (ça te rassurerait)

  • option b : qu’ils ont lu ton manus mais que ça ne le fait pas pour telle ou telle raison (ça t'aiderait à le perfectionner)

 

J’ose espérer que tu n’espères pas une quelconque option c du style : l’éditeur t'annonce qu’il est rudement content que tu l’appelles – ça tombe même super bien ! – vu qu’il a adoré ton roman et qu’il souhaite te publier à la prochaine rentrée littéraire.

Parce que ça, ça n’arrivera pas. Un éditeur qui veut t'éditer te rappellera lui-même, il n’attendra pas que tu le fasses…

 

Bref, toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

Voilà comment tu conçois cet appel :

- Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

- Oh mais oui mon bon petit monsieur !

- Qu’en pensez-vous ?

- Excellent, excellent ! Mais vous ne maîtrisez pas encore tout à fait votre style, en outre, le personnage du fantôme n’est peut-être pas assez construit, etc, etc, etc.

Bref, une critique littéraire constructive qui va t'aider à améliorer ton manuscrit.

 

Ce scénario idyllique ne se produira jamais.

 

Voilà ce qui va se dérouler en réalité.

Toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

- Allô ? (voix ronchon du stagiaire non rémunéré du moment)

- Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

- Qui ça ?

- Kenny Dupont…

- Comment il s’appelle, le manuscrit ?

- Le Fantôme de la lande.

- (gros bruit de pet avec la bouche) Connais po !

- Mais je vous l’ai envoyé il y a trois mois et je me demandais si…

- Attendez !

Cinq interminables minutes de silence, puis une autre voix.

- Ouais, qu’est-ce que vous voulez, vous ?

- Bonjour, je suis Kenny Dupont… je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande… Vous l’avez lu ?

- On vous a pas répondu ?

- Euh, eh bien, non…

- Alors ça veut dire qu’on l’a pas encore lu, ou bien qu’on en veut pas.

- Mais je voudrais justement savoir si c’est l’une ou l’autre de ces possibilités, je voudrais être fixé…

- Ecoutez, si on l’a pas encore lu, et que dans six mois vous avez toujours pas de nouvelles, ça veut dire qu’on en veut pas !

- Mais vous pouvez pas me dire si vous l’avez déjà lu ou pas ?

- On reçoit trop de manuscrits, je peux pas chercher là-dedans, moi ! Vous me dérangez, monsieur. Au revoir !

Et là, le gars te raccroche au nez.

 

Wouah, quelle conversation constructive et intelligente qui va probablement t'encourager dans tes démarches éditoriales et qui, surtout, ne va certainement pas t'humilier !

 

 

Tu connais désormais ma réponse à la question initiale : je pense que ce genre d’appel ne sert strictement à rien, n’a aucun intérêt et ne pourra que concourir à te déprimer.

 

Je ne sais pas pourquoi les auteurs-pas-encore-édités se sont mis dans la tête qu’un éditeur pouvait les conseiller sur leur travail, quand bien même il ne voudrait pas du bouquin.

« Ils refusent mon livre mais ne me disent pas POURQUOI ! »

Combien de fois ai-je lu ou entendu cette complainte ?

 

 

Or, ce n’est pas le rôle des éditeurs ! Un éditeur cherche une certaine matière première à publier. Il se fout du reste. C’est comme une entreprise ! D’ailleurs je rappelle qu’une maison d’édition est une entreprise dont le but est de faire des bénéfices, et non pas une association caritative. Nous vivons dans un putain de système capitaliste ! Si tu veux que ça change, milite pour la révolution prolétarienne. En attendant, ne te fais pas d’illusion sur notre réalité économique ! Si un fournisseur n’est pas en mesure de donner la matière première sollicitée par une entreprise, crois-tu que cette entreprise-là va passer dix ans à expliquer au fournisseur en quoi sa production ne lui convient pas ? Non ! Un éditeur, c’est pareil ! Tu n’as rien à lui proposer qui l’intéresse ? Il s’en fout et te jette dans la poubelle de l’histoire !

 

Quant à la critique littéraire que tu attendais (« pourquoi j’ai refusé votre manuscrit, mon cher monsieur ? oh mais je vais vous expliquer tout cela par le menu en dix points… »), un éditeur est dans l’incapacité totale de te la donner car il n’a pas lu ton manuscrit en entier.

Il n’en a lu que une ou deux lignes, voire, au grand maximum un paragraphe ou une page.

 

Comment voulez-vous qu’il vous critique en se basant sur deux lignes ?

 

J’ai expliqué le processus de « traitement » des manuscrits dans l’article Le critère de sélection des manuscrits.

 

Les mecs ouvrent votre manus au hasard, en lisent deux lignes et se font leur idée.

 

C’est avec ces deux lignes qu’ils vont juger si ton roman a éventuellement sa place ou non dans leur collection. POINT A LA LIGNE. FIN DU DEBAT.

 

Je vous invite à relire l’article Le critère de sélection des manuscrits… pour bien vous remettre dans la tête ce point primordial de l’édition – car je ne vais pas le recopier ici.

 

Si tu ne comprends pas – ou refuses de comprendre – la logique de sélection éditoriale qui règne en France, tu vas très mal vivre tes démarches pour te faire publier, car tu te butteras immanquablement à un mur.

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/14.gif


 

Au cas où un éditeur aurait entièrement lu ton bouquin (ou une bonne partie), qu’il ne le trouverait pas trop mauvais, et qu’il aurait envie de te le dire, IL LE FERA DE LUI-MÊME. Il t'enverra un petit mot   disant « pas mal pas mal ! ». Voilà ! Ca aussi, je l’explique dans l’article Le critère de sélection

 

Donc, je le répète s’il le fallait encore : n’appelle pas les éditeurs à qui tu as envoyé ton manuscrit.

 

A moins que tu ne sois maso, que tu aimes souffrir et être humilié, et que tu apprécies d’être remballé par un stagiaire sous-payé. Chacun son truc, hein.

 

 

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 13:28

 

 

 

 

http://favim.com/mini/201109/04/juicy-kiss-sexy-tongue-137383.jpg

Savoir maîtriser sa langue, c'est important

 

 

 

 

 

 

L’autre jour, j’ai reçu sur facebook un message du genre :

 

 

slt je suis entrain d'écrire un roman et je suis tomber par hasard sur votre site et sa ma appris plein de choses merci. Connaissez vous des éditeurs fiable si oui pouvez vous me dire les quels svp . Merci d'avance, Kenny

 

 

... et je me suis dit que je ne vous avais pas encore bien causé de l’importance d’une langue correcte quand on souhaite se faire éditer. J’en ai déjà parlé un peu ici, mais je me suis  visiblement  montré trop succinct.

 

En outre, il semble que certains n’aient toujours pas compris que je ne file AUCUNE ADRESSE d’éditeurs (même si je l’avais aussi précisé dans cet article…).

 

 

 

L’orthographe des manuscrits

 

Mais concentrons-nous plutôt sur notre orthographe.

 

Quand j’ai reçu le message de notre ami Kenny, j’ai pensé une chose : ce garçon ne sera jamais édité.

 

Si vous envoyez des manuscrits mal orthographiés à des éditeurs, ils ne seront pas lus. Le critère de la langue est réellement éliminatoire.

 

Et, pour une fois, je prendrai la défense des éditeurs !

 

 

Cela est mon avis personnel, faites-en ce que vous voudrez : un jeune « auteur » qui prétend vouloir faire éditer un roman doit absolument travailler sa langue. Je ne vous demande pas de réussir un sans faute(s ?) à la dictée de Pivot. Mais un minimum ! Sur tous les traitements de texte, il existe un correcteur d’orthographe et de grammaire. Vérifiez vos accords. N’oubliez pas les marque marqueS du pluriel, n'oubliez pas les négations... Accordez le verbe avec le putain de COD quand il est situé avant l’auxiliaire avoir. Pour moi, c’est le minimum vital.

 

Quand on veut écrire, il faut savoir maîtriser la langue. C’est ainsi. Un type qui ne gère pas la ponctuation, qui ne sait pas rythmer une phrase, devrait peut-être penser à faire autre chose que du roman.

Ou bien, ce type-là doit bosser et acquérir les bases du français avant de prétendre à l’édition !

 

Je connais les éditeurs et les lecteurs d’édition. Quand ils reçoivent un manuscrit, ils l’ouvrent au hasard et lisent deux lignes au milieu d’une page.

S’ils tombent sur ça, par exemple :

 

La boulangerie avait fermer depuis dix heures, alor Jacque rentra chez lui où il trouva Hélène.

 

Ou sur ça :

La boulangerie avait fermé depuis dix heures alors Jacques rentra chez lui où il trouva Hélène.

Ils ne liront pas votre manuscrit.

 

Dans le premier exemple, ce sont les fautes (orthographe et grammaire) qui les feront tiquer et balancer votre manuscrit dans la corbeille.

 

Dans le second exemple, il n’y a aucune ponctuation, c’est dégueulasse à lire, c’est dégueulasse à voir : votre livre sera voué aux géhennes de la poubelle.

 

Si j’étais moi-même éditeur, en lisant ce genre de phrases, je penserais avec agacement que leur auteur se fout clairement de ma gueule et j’aurais raison.

 

 

Bien sûr, vous allez me dire que tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un bon niveau à l’école, avec les inégalités sociales et que sais-je encore.

 

Ok.

Moi, au lycée, je n’étais pas totalement naze en ortho-grammaire, mais je n’étais pas non plus très bon. J’avais un gros souci avec les accords et les concordances de temps. J’étais du genre à dire « si j’aurais su ». Sérieux. Mais je voulais écrire, alors j’ai longtemps travaillé dessus. Tout seul. Je vous rappelle que j’ai passé un bac techno : je n’étais pas censé avoir un niveau de malade en français.

J’ai squatté le dictionnaire, j’ai lu les pages grammaire, j’ai potassé.

 

Bien sûr, vous allez encore répliquer que, même si un jeune auteur a un mauvais niveau de langue (orthographe), il pourra toujours se faire corriger par quelqu’un d’autre.

 

Eh bien je souhaite bon courage à ce "quelqu’un d’autre" et j’espère qu’il a un meilleur niveau d’orthographe que notre ami.

 

C’est bien d’avoir quelqu’un qui vous corrige, mais vous devez vous-même avoir votre petit niveau de langue. Qui dit grammaire de merde, dit orthographe de merde, dit style de merde. Je suis désolé, mais c’est vrai. On ne peut pas écrire correctement dans une langue dont on n'a aucune maîtrise.

 

Franchement, bossez de façon à conjuguer correctement vos verbes et activez le correcteur de votre traitement de texte ! BOUGEZ VOTRE CUL BORDEL !

 

 

La correction dans l’édition

 

Il demeure néanmoins que les écrivains sont des êtres humains et que, comme tout le monde, nous avons des lacunes et nous faisons des fautes de langue.

 

Quand un auteur a signé un contrat d’édition, son manuscrit sera corrigé par quelqu’un dont c’est le boulot, avant d’être édité : un correcteur d’édition.

 

Ce type bosse en général en free-lance. Sa mission, c’est de récupérer votre roman et de gribouiller du rouge partout. Il corrige donc l’orthographe et la grammaire, mais traque aussi les répétitions, les trucs moches, les formulations incohérentes, les pléonasmes, j’en passe et des meilleurs.

 

Ça, c’est dans l’idéal.

 

Dans la réalité, j’ai dû corriger mon propre correcteur sur tous les romans que j’ai édités. Sachant que je ne suis pas un cador en français (j’ai un niveau d'études bac techno…).

Le correcteur avait vu des trucs, plein même, mais en avait laissé passer un certain nombre. Ces types sont loin d’être infaillibles (ils devraient pourtant l’être, c’est pour ça qu’on les paye).

 

Donc, si vous êtes édité : CORRIGEZ TOUJOURS VOTRE CORRECTEUR AVANT DE DONNER VOTRE ACCORD POUR L’IMPRESSION DU ROMAN !

 

Un roman avec des fautes, ça la fout mal. Les lecteurs profs de français adorent écrire aux maisons d’édition pour énumérer les fautes qu’ils ont trouvées dans les livres, et pire encore, adorent aller le dire aux auteurs lorsque ceux-ci sont en dédicace.

Et puis, surtout, un roman avec des fautes ça fait pas sérieux.

 

Quand on est édité dans un cadre normal d’édition (et pas chez un éditeur de merde), c’est donc l’éditeur qui s’occupe de la correction, via un correcteur, c’est lui qui le rémunère, et vous, vous avez juste à valider le truc avant de signer le BAT( « bon à tirer »).

 

Mais ça, c'est après la signature d'un contrat.

 

Avant, on fait un effort, merci !

 

 

 

 

Pour la route (et pour les anglophones) :

 

 

 

 

 

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:32

 

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Mon cher Stoni,

 

Je me présente : Fabrice, publié l'année dernière chez un petit éditeur, j'habite depuis peu une commune de la banlieue parisienne truffée d'écrivains. Cela va du plus petit : l'intello bidon de chez l'Harmattan, en passant par le moyen : l'auteur "robotisé" édité par une maison de taille honorable qui pond dans le genre Harlequinades pour ménagères frustrées, jusqu'au grand auteur édité chez un géant, aigri et désenchanté (ex : il n'a jamais eu le Goncourt).

 

Il y a les auteurs et les auteures, de ceux et de celles qui ont le pied à l'étrier, et rien à attendre ni des uns ni des autres, au contraire :

Les presque vieillardes rances et auto-satisfaites du premier groupe sont prêtes à me mettre en contact avec leur éditeur, mais c'est donnant-donnant ; même si pas spécialement futé, pas trop dur de comprendre que je dois être très gentil avec certaines d'entre elles ! Les blondins du second groupe font ami-ami, mais sont prêts à sortir les griffes et à mordre, sans raisons apparentes pour le bel idiot que je suis.

 

J'ai un minable bouquin à mon actif : "Une si jolie rhinotillexomaniaque", et deux nouveautés prêtes à proposer à l'édition. La première a pour sujet les carottes :"Tout ce que j'ai fait avec des carottes". Pourquoi ? Mon actuel éditeur fut à la recherche d'un roman sur ce sujet, et, lorsque j'étais encore plein d'illusions et de bonne volonté, j'ai donc rédigé ce manuscrit dont il ne veut plus aujourd'hui ; et ça tombe bien, puisque moi, je ne veux plus non plus de lui. La seconde nouveauté s'intitule :"Lupanar au paradis"

 

D'autre part, lors d'une lecture dans un café littéraire parisien, j'ai invité deux auteurs de mon entourage (la quarantaine) qui sont venus par obligation : je m'étais rendu aux leurs. Tiens, l'un d'eux, publié plusieurs fois chez un grand (Harlequinades à peine améliorées & autres platitudes) avait un air zarbi à la lecture publique des passages de mon bouquin. Comment se fait-ce? Bientôt, j'allais devoir essuyer trois déboires à la fois : les indélicatesses (voulues) de cet auteur que nous appellerons Ignace, celles, notoires, de la directrice littéraire de sa maison d'édition qu'on nommera Mélusine, et pour finir, celles de ma conseillère littéraire, surnommée Berthe.

 

Berthe reçoit mes deux manuscrits afin de me faire une fiche de lecture et d'en corriger les éventuelles fautes et coquilles. Simultanément, Ignace m'invite à un nouveau café littéraire, car ça marche fort pour lui, et Mélusine est là pour présenter le chef d'œuvre qui vient tout juste de voir le jour. Mais tout va partir en vrille...

 

 

Je suis venu avec Kevin – un auteur voisin qui a publié, plusieurs années auparavant, une saga en trois volumes chez un minuscule éditeur berrichon - voituré par ma conjointe. A la fin de la présentation, je vais à Ignace pour lui prendre un exemplaire et lui demande pourquoi il a choisi ce thème (cliché de l'apocalypse - tout le monde mort sauf le héros). Son regard est mal assuré et il baragouine une incohérence. Je m'en retourne vers Kevin. Ignace interpelle Mélusine, ils viennent à nous : "Mélusine, je vous présente Kevin, auteur de trois excellents romans qui ont été repris chez Maxi livres et qui a un manuscrit à vous soumettre..." Je m'imagine qu'elle va passer à moi : "Et voici Fabrice, qui a écrit un livre surprenant chez un éditeur parisien et a deux manuscrits à vous proposer". Mais pas du tout, sans un regard et sans un mot, il me laisse sur place. Je me sens grotesque. Je suis vert. Ma femme me toise de biais, si je ne fais rien, je vais me faire sermonner en rentrant, et redoublant de ridicule, je m'impose : "Puis-je, comme Kevin avoir votre email, Madame, afin de vous faire parvenir l'un de mes tapuscrits ?"

Eh bien, j'aurais mieux fait de me casser une guibole...

 

J'envoie le texte "Lupanar au paradis" à Mélusine par email (selon ses souhaits), sans me presser (je ne veux pas avoir l'air de) et n'ai plus qu'à attendre des nouvelles - et de Berthe et de Mélusine.

 

La première me fait parvenir ses corrections et m'écrit : "Laissez tomber votre manuscrit sur les carottes, il ne vaut pas un clou, en revanche, concentrez-vous sur l'autre : "Lupanar au paradis" me parait avoir toutes ses chances d'être retenu par une maison d'édition".

 

Je croise bientôt mon éditeur dans un salon littéraire et apprends de lui les deux choses suivantes :

Tout d'abord, il a reçu un manuscrit accompagné d'une lettre au siège de sa boite, (ouverte par mégarde, selon lui) provenant du comité de lecture de Mélusine qui dit ceci : "Nous avons bien reçu votre roman "Une si jolie rhinotillexomaniaque" (N'importe quoi, : c'est le titre de mon livre déjà paru!) Vous restituez avec talent l'atmosphère délétère qui règne au paradis, mais le héros manque de fantaisie romanesque, nous ne pourrons donc vous accompagner dans votre projet éditorial" Signé Mélusine. Mais tiens donc, l'écriture est celle d'une gamine, non pas d'une femme mûre. J'en déduis que Mélusine n'a jamais rien lu de moi, a sorti le roman sur papier et l'a négligemment refourgué à une stagiaire, qui l'a réexpédié à mon éditeur avec je-m'en-foutisme (maintenant au courant de mes faits et gestes) alors qu'il était on ne peut plus logique d'avoir une réponse par email ! Gros foutage de gueule ! (Les coordonnées de mon éditeur se trouvaient sur le communiqué de presse de "Une si jolie r..." que j'avais mis en PJ pour info).

Mais ce n'est pas tout...

 

Deuxio : mon éditeur m'informe ensuite, et ce par le plus grand des hasards, qu'il a reçu un manuscrit en provenance de Belgique sur le thème "carottes" et il se trouve que ma chère conseillère crèche justement dans ce pays. "Mais c'est Berthe?" je m'esclaffe. L'éditeur est tellement étonné qu'il me demande s'il ne s'agirait pas de l'une de mes ex, peut-être la fameuse rhinotillexomaniaque qui veut se venger !!! Trop fort, non ? Pour ceux qui seraient longs à la détente, cette petite dame ayant elle aussi écrit quelque chose sur le même sujet (encore un pur concours de circonstances et mon éternel manque de bol), m'avait affirmé que ma version carottes était absconse et a envoyé la sienne à ma place. Bien joué. Heureusement, elle a été refoulée.. Résultat des courses : j'ai eu un peu (mais doublement) l'air d'un gros con face à mon éditeur!

 

Mais ce n'est là qu'une infime partie des risques du métier...

 

 

 

 

 

 

 

J'ai publié cette petite histoire sur le blog, car d'une elle est marrante, de deux elle reflète avec une exactitude criante l'ambiance qui règne dans l'édition.

 

Petits coups de putes entre amis, fausses solidarités et mesquines trahisons. N'est-ce pas ainsi que sont régis tous les milieux un tant soi peu mondains ?

 

 

 

 

 

 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 10:41

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/Chiens-suspicieux005.jpg

 

La tronche que tu tires quand tu t'es fait plagier.

 

 

 

 

Je reçois maintes missives électroniques de mes lecteurs. Ces jeunes et moins jeunes gens, qui écrivent, me narrent leurs déboires d'auteurs – édités ou pas encore édités. Le sujet le plus récurrent reste, bien entendu, les tortures immondes imposées par les éditeurs.

Sinon, un autre thème revient : celui du petit plagiat.

 

 

 

 

Pour moi, il y a deux sortes de plagiat.

 

Le gros plagiat, ou le type qui te pompe tout un bouquin : le concept, les personnages, l'histoire, le début, le dénouement, à quelques variantes près.

Quand cela t'arrive, tu peux toujours poursuivre le type au tribunal, et lancer une procédure qui durera des années, te coûtera un max de pognon et dont l'issue est incertaine.

Cela reste, heureusement, assez rare.

 

Nous trouvons ensuite le petit plagiat, beaucoup plus fréquent.

Dans le petit plagiat, le type se contente de te piquer une ou deux idées. Un concept. Un personnage. Ou plusieurs. Un truc narratif, un truc scénaristique, un truc, quoi.

Quand cela t'arrive, il est absolument inutile – à mon sens – de poursuivre le type au tribunal. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Le mec t'a piqué un truc, deux trucs, trois trucs. Et alors ? Tu n'as pas fait la même chose quand t'as lu Bidule Chouette, Philip K. Dick, ou la Bible ? Sans déconner, la Bible est pillée sans arrêt. Les pauvres prophètes qui se sont fait chier à la propager par voie orale, voilà plusieurs milliers d'années, seraient dégoutés en contemplant l'étendue des dégâts. Regarde Terminator, qu'est-ce que c'est sinon un remake du massacre des Innocents ?

 

Bref.

 

Tel les patriaches bibliques, tout auteur se verra un jour ou l'autre pomper une idée.

 

Je considère que le petit plagiat est une sorte de rituel initiatique du monde de l'édition. Un dépucelage.

 

J'y suis moi-même passé.

 

 

D'où qu'il vienne, le petit plagiat ne fait pas plaisir.

Mais il t'énerve particulièrement quand il a été commis par un écrivain que tu ne peux pas encadrer. C'est ce qui m'est arrivé.

 

Disons que j'avais publié un roman qui se déroulait dans une usine de chocolat. Mon éditeur me dit à l'occasion : " oh tu sais, Bidule que je viens de signer, eh bien il a lu ton bouquin dans l'usine de chocolat et il a beaucoup aimé ". Deux ans plus tard, je découvre que Bidule fait paraître un bouquin qui se déroule lui aussi dans une usine de chocolat. L'histoire n'est pas la même : le décor, si. Faut dire qu'elle était bien, cette idée d'usine de chocolat – la mienne ! - et que pas mal de lecteurs m'avaient dit que ça rythmait bien le roman et tout.

Ben ouais, elle était tellement bien que Bidule nous a pondu une deuxième petite usine de chocolat, chez le même éditeur qui plus est.

 

Wallah.

C'était mon idée, putain. Mon idée à moi ! IL AVAIT PAS LE DROIT DE ME LA PIQUER, CE BIDULE A LA CON !

J'ai été super véner pendant une semaine ou deux.

Et puis ça m'a passé.

 

Aujourd'hui, j'y repense avec curiosité, et presque avec fierté. Sans déconner. Je peux au moins me vanter qu'on m'ait piqué une idée. C'est mieux que rien, non ?

 

Sérieux, je considère que le petit plagiat est un passage obligé. Si cela t'arrive, ne sois pas idiot à ma façon : ne plonge pas dans une fureur noire. A quoi bon ? Prends-le plutôt comme tout petit plagiat doit se prendre : comme un compliment. Souviens-toi que la vengeance est un plat qui se mange froid. Dans quelques années, quand ton bouquin petit-plagié et celui du petit-plagieur auront été oubliés, tu croiseras ce fourbe voleur dans un salon, lui serreras la main avec un grand sourire et déclareras d'un ton bonhomme : "Vous aussi vous donnez dans les usines de chocolat, m'a-t-on dit ?". Et, peut-être, tu te délecteras de la tronche déconfite qu'il aborera.

 

Mais, tu sais quoi ?

Il y a encore plus de chances pour que, dans quelques années, tu aies tout oublié et que tu ne remarques même pas le nom du plagieur sur la liste des auteurs invités au salon.

 

On s'habitue vraiment à tout. Surtout dans un milieu comme l'édition.

 

 

 

 

 

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 14:09

 

 

 

J’ai posté, en début de semaine, un témoignage accablant d’une consœur sur sa première expérience éditoriale.

Pour compenser un peu, aujourd’hui j’ai décidé de te raconter, ami lecteur, un truc positif lié au métier d’auteur. Mais pour trouver une anecdote heureuse, j’ai dû chercher longtemps, très longtemps, très très longtemps… non je déconne.

 

 

L’autre jour je me baladais tranquille dans la rue. Et pis, y’a un couple qui m’interpelle sous mon nom d’auteur. Et c’est marrant car je réagis normal, style genre c’est mon vrai blaze, et je regarde ce couple sans les remettre tout de suite. Puis je me répète le nom avec lequel ils m’ont appelé et je me dis : ok, c’est des lecteurs. Là, je me souviens très bien d’eux. Ils étaient venus me rencontrer lors d'un salon du livre.

Ils sont tous contents de tomber sur moi par hasard, ils viennent de lire mon dernier bouquin. Ils ont adoré, ils n’ont pas lâché le livre avant la fin, le truc de malade, quoi. Je souris bêtement en disant « ah, tant mieux, je suis content que ça vous ait intéressé, merci ». Dans ces moments-là, je ne sais jamais trop quoi dire. C’est con mais je me sens tout pataud et tout bizarre quand des lecteurs viennent me dire qu’ils ont surkiffé mes romans. De toute façon, qu’y a-t-il à répondre ? Rien. Tu les laisses parler, voilà tout.

Ce couple, c’est des gens bien. Je sais pas, des fois, y’a des gens qui vous tapent dans l’œil plus que d’autres. Eux, c’est leur cas. Des gens simples, polis – je crains assez les lecteurs qui te tutoient et te racontent leur dernier plan cul alors que, pour toi, au cas où ils auraient oublié et objectivement ils ont oublié, ce sont juste de parfaits inconnus – charmants, pas des bourges, juste des gens normaux, je sais pas trop comment les qualifier, des gens qui pourraient être mes voisins. Je suis heureux que mes romans séduisent ce genre de personnes. Ils ont l’enthousiasme un peu naïf des lecteurs qui ne savent rien du monde de l’édition, et je les envie. Ils me demandent pourquoi, depuis un certain temps, je ne fais plus de salon ni de signature. Je réponds que je travaille beaucoup sur un projet, je ne glisse pas la moindre allusion à la répulsion que m’inspire le milieu littéraire – quelle putain de victoire sur moi-même. Rester positif, ne pas déballer des trucs négatifs à des gens qui n’ont pas demandé à connaître l’envers du décor.

Ils me posent des tas de questions à propos du projet sur lequel je travaille, je réponds un peu, pas trop, je n’aime pas parler d’un texte dont je ne suis même pas certain qu’il sera un jour édité.

La femme me raconte alors :

- La semaine dernière j’étais dans le métro et je terminais votre roman. La personne à côté de moi lisait à la dérobée et se trémoussait sur son siège… Je voyais que le livre l’interpellait et je lui ai montré la couverture en disant : c’est un jeune auteur fantastique, vous devriez absolument le lire. Et mon voisin de siège a répondu qu’il vous connaissait très bien, car il était bibliothécaire, et qu’il trouvait vos livres abominables… Si vous saviez comme j’ai pris votre défense ! Jusqu’au terme du trajet, je me suis fait un malin plaisir à chanter vos louanges rien que pour l’ennuyer. Celui-là, il saura que vous avez un lectorat derrière vous, à l'avenir !

 

 

 

Voilà, maintenant je sais qu’il y a des gens, quelque part en France, qui vont argumenter des heures sur mes qualités d’écrivain, juste histoire de faire bien chier mes détracteurs.

 

 

Ben moi, ça m’a fait plaisir.

 

 

 

 

 

 

Des questions ? Ou un simple besoin d'affection ?

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 14:00

 

 

 

 

Chers camarades lecteurs, j’ai reçu ces derniers jours un témoignage édifiant.

Une auteur m’a fait parvenir le récit de l’édition de son premier recueil de nouvelles. Sa volonté de témoignage était simple. Elle désirait, comme moi, faire part de sa réalité de l’édition.

 

Cette histoire, hélas vraie, recoupe bien des articles de mon blog.

 

En voici le texte intégral. Mes remarques personnelles et mes renvois vers d'autres billets figurent dans une autre couleur.

 

 

 

 

Comment j'ai fini par être éditée...chez un VRAI éditeur!

 

 

 

Je suis ex-pigiste de presse, ayant publié des ouvrages "alimentaires" chez des éditeurs spécialisés. Il s'agissait, bien entendu, de commandes. Par ailleurs, j'écris pour mon plaisir depuis toujours et ai commencé à envoyer régulièrement des manuscrits de littérature générale dans ma jeunesse, en pure perte. Vous aurez compris que j'ai toujours eu le virus...

 

En 2007, je tombe dans le panneau d'un concours national de nouvelles d'un magazine féminin très réputé avec sujet imposé qui m'inspire à fond et j'ai la ferme intention de gagner le premier prix : une façon d'être enfin éditée chez un grand. Je travaille donc d'arrache-pied pendant plusieurs mois, nuit et jour, afin de fournir un truc chiadé : quatre nouvelles très abouties que je dépose moi-même au journal, pour éviter une éventuelle perte. Loin de gagner le concours, je reçois gracieusement, en tant que prix de consolation, le recueil publié... consternation à sa lecture... un pet de rat, une sous-merde!

 

 

 

A ce sujet, lire mon article sur la pertinence, la réalité et l’utilité des concours de nouvelles.

 

 

 

 

Je digère. Que faire avec mon petit chef d'œuvre ? Je ne me démonte pas : le peaufiner encore et l'envoyer aux éditeurs!

Entre 2008 et 2009, je le fais parvenir à presque 40 maisons et encaisse des réponses-bateau les unes sur les autres, comme tout le monde. Enfin, un grand éditeur parisien m'envoie un carton signé de ses graphes : " Madame, nous avons beaucoup aimé votre manuscrit "X" : alacrité, humour, noirceur, maitrise du sujet, tout y est... mais aussi parfois un peu trop d'ostentation, et vous savez, les nouvelles... Croyez, en tous cas, à toute notre considération ". Totalement néophyte, j'ai tenté d'entrer en contact avec la directrice littéraire auteure du billet, avant de battre en retraite : barrage. C'est ce qu'il ne fallait surtout pas faire!

 

 

 

Lire mon article sur la difficulté de l’édition des nouvelles. C’est ce que voulait signifier cette directrice littéraire à notre amie écrivaine, je pense. Je crois cependant que la prise de contact avec un éditeur qui vous envoie ce genre de petit mot reste une bonne idée. Parfois, cela n’aboutira pas, mais c’est bien d’essayer. Une courte lettre de remerciement sera probablement appréciée.

 

 

 

 

En 2009, n'y croyant plus, je décide de m'auto-éditer, tandis que mon mari, en déplacement en province, rencontre chez des amis une jeune femme qui lui apprend, au cours de la conversation, qu'elle a été éditée en 2008 chez un petit éditeur parisien, puis chez France Loisirs, soit au total : 40 000 exemplaires vendus! Mais l'écriture, ce n'est pas son truc, juste une expérience, pour le fun, elle est passée à autre chose, et décline même le nom de la maison. J'envoie le BAT papier de mon bouquin autoédité, sans aucune illusion, puis j'oublie. Entre temps, j'ai déjà vendu autour de moi la moitié des exemplaires reçus, soit 150. Les gens adorent, certains me repassent des commandes pour faire des cadeaux, je reçois des mails très positifs : comment, personne ne vous a éditée ? C'est impensable! Quel gâchis!

 

 

 

 

Lire mon article sur l’auto-édition, qui reste en effet la meilleure « solution » quand on décide d’abandonner (à court ou long termes) le parcours de l’édition à compte d’éditeur.

 

Sur France Loisirs, il faut bien comprendre leur fonctionnement. France Loisirs réédite des ouvrages publiés chez d’autres éditeurs. Il s’agit un peu du même fonctionnement qu’un éditeur de poche. Les ventes de France Loisirs peuvent en effet s’élever à des chiffres impressionnants, même si celui donné par cette auteur – 40 000 – me semble assez excessif. Ça reste possible, mais bon… Les auteurs ont toujours tendance à gonfler leurs chiffres de ventes…

 

 

 

Puis, fin 2009, contre toute attente, le téléphone sonne : « C'est vous qui avez écrit "X"? Oui, pourquoi ? Je suis éditeur et intéressé par la moitié de votre livre, soit les nouvelles 2 et 4 qui sont géniales. Acceptez-vous ces conditions ? » Tu parles si j'accepte, je suis prête à baisser mon froc, d'autant plus qu'il s'agit d'un petit éditeur, soit, mais avec une super réputation de sérieux. Je suis entre de bonnes mains, m'ont confirmé des auteurs de ma connaissance eux-mêmes confirmés... alors ?

 

 

 

Lire mon article  A l’aide un éditeur m’a rappelé.

 

 

 

 

Cette personne me donne rendez-vous deux semaines plus tard dans un bistrot en bas de ses bureaux. J'accepte tout et n'importe quoi, car c'est ça ou rien, autrement dit : pas d'à-valoir et du 6% : « Nous sommes une petite structure et vous n'êtes pas connue, vous comprenez, mais votre vie va totalement changer : journalistes, radios, télés, etc. Vous avez une bonne image, il va falloir vous investir à 100%, êtes-vous prête ? » Un peu mon n'veu que j'suis prête, même si je suis un peu sceptique... mais je n'ai rien à perdre, hein? Je crois en vous, insiste le gars, vous allez faire un tabac.. Et puis, me dit mon mari, la larme à l'œil, tu as enfin gravi la première marche... un tremplin pour la suite...

 

 

 

 

 

On voit bien là les contrats totalement abusifs dont nombre d’éditeurs profitent, prétextant le marché du livre en crise ou, comme dans ce cas, leur petite taille. Un petit éditeur DOIT vous fournir un à-valoir conséquent, sans quoi il ne s’agit pas d’un bon éditeur ! Je rappelle qu’un à-valoir normal s’élève à environ 1 500 € : ce n’est même pas le coût d’un salarié à temps plein ! Faut pas déconner !

A ce sujet, lire impérativement mes articles sur l’à-valoir et la négociation de l’à-valoir.

 

On notera le baratin bien formulé de l’éditeur sur la télé et la radio…

 

 

 

 

Nous nous revoyons au même endroit peu de temps après lui avoir retourné le BAT de sa version. J'ai droit à 10 exemplaires gratos. Arrivée chez moi, j'ouvre des pages au hasard, et je constate qu'il s'est permis de faire des modifications et même de me rajouter des fautes de français qui plombent le bouquin!!! Dégoûtée, je l'appelle dans la foulée pour les lui signaler, la réponse ne se fait pas attendre : "Ce n'est pas grave, nous rectifierons dès le premier retirage qui ne tardera pas!" Quant à la couv, elle est cliché et prête à confusion sur le genre (un livre de cul ou un polar ? pas du tout ..), alors que la quatrième de couverture est premier degré. J'ai honte.

 

 

 

 

Hélas ces pratiques sont courantes. Concernant la couverture, je donne quelques astuces pour garder un contrôle sur le processus dans l’article sur le contrat d’édition.

 

 

 

 

Le bouquin sort 6 mois plus tard. Aucune promo en amont, malgré mes demandes réitérées. La distribution est médiocre (malgré un distributeur soi-disant correct) : quelques centaines, alors que le tirage est de 2500 et aucun attaché de presse : l'attachée, ce sera moi. Deux ou trois semaines après la sortie, la maison commence seulement à faire parvenir des exemplaires de presse aux magazines nationaux : " Débordé, je n'ai pas eu le temps de m'en occuper avant ! " J'apprends par une journaliste de ma connaissance que c'est trop tard, mon bébé est déjà pour ainsi dire mort et prêt à être enterré, et je retrouve rapidement ces exemplaires soldés sur eBay! Rien ne se perd, dans le milieu...

 

 

 

L’impéritie éditoriale sur la presse est encore une fois très répandue, surtout depuis l’avènement d’internet. Les éditeurs se reposent sur des envois aux blogueurs, mais hélas, un blog ne remplace pas une critique dans un véritable média d’information. J’ai déjà abordé le sujet dans cet article.

Néanmoins, il faut rester conscient que certains livres bien chroniqués dans la presse se vendent mal, quand d’autres se vendent bien sans aucune critique mais seulement sur le bouche à oreille. De bonnes coupures n’ont toutefois jamais ralenti les ventes, nous sommes d’accord…

Le véritable intérêt de la presse est, pour l’auteur, de se constituer un petit dossier de presse potable qui lui sera fort utile le jour où il devra changer d’éditeur : ainsi pourra-t-il démontrer qu’il « compte » dans le marché de l’édition.

 

 

 

Mais je fais des pieds et des mains : je bosse comme une conne pour tenter de sauver le moribond, décroche seule une douzaine d'articles de presse dans des journaux de province et de banlieue, fais un max de salons et de dédicaces, y compris la Fnac et le salon de Paris. Parfois, je craque, je pleure, mais prends tout de même l'initiative de vendre en librairie, sur mon lieu de vacances, tous les soirs. Puis l'heure des comptes arrive, non sens retard : même pas 300 exemplaires, et que j'ai tous vendus moi-même !!! On m'envoie enfin mon chèque, Agessa déduite, je touche la misère de 143 euros (soit beaucoup moins qu'avec un de mes ouvrages alimentaires ou même celui autoédité).

 

 

 

Une cinglante illustration du baromètre Stoni des ventes de premier roman.

 

 

 

 

Mais ne vous inquiétez pas, me dit l'éditeur, je vais refourguer votre bouquin à France Loisirs et vous allez enfin toucher le pactole, soit 50 % des droits qui me seront versés. Voici la réponse de France Loisirs :" Nous sommes actuellement dans une politique d'augmentation des prix et celui de votre ouvrage "X" est trop bas pour apparaitre dans notre catalogue ". Ben oui mon bon monsieur, un livre constitué de deux nouvelles ne peut pas être bien épais!

 

 

 

Ou comment le baratin lénifiant de l’éditeur a été cruellement démonté…

 

 

 

 

Il est question depuis peu que mon livre soit pilonné, puisqu'il coûte trop cher à stocker.

 

Etre éditée ne m'a strictement servi à rien, pas même à pouvoir l'être à nouveau. J'ai perdu mes droits et le livre n'existe pas, pourtant, je ne suis pas tombée dans les arnaques : comptes d'auteur, éditeurs avec participation, éditeurs en ligne et faux éditeurs à compte d'éditeurs. J'ai été publiée chez un éditeur classique et me croyais donc en sécurité…

 

 

 

 

Cette histoire est difficile mais elle ne doit pas vous décourager si vous souhaitez réellement être édité.

Parfois, ça ne se passe pas trop mal !

Si je l’ai restituée sur mon blog, avec l’accord de sa protagoniste, c’est pour démystifier notre profession. Trop d’auteurs pas encore édités s’imaginent monts et merveilles sur l’édition. Or, l’édition est un univers marchand, où le livre est un produit, le lecteur un client, l’écrivain un salarié et l’éditeur un patron. Dans ce contexte, personne ne vous fera de cadeaux !

 

Quand on reçoit un appel d’un éditeur, ce n’est pas le début d’un conte de fée, c’est le début d’une expérience culturo-économique... Bien sûr, vous aurez tendance à le vivre en rêve éveillé, car c’est votre but ultime et quelque part, c’est normal. Mais tâchez de garder les pieds sur terre autant que faire se peut… Armez-vous de méfiance et soyez tatillons. N’acceptez pas n’importe quel contrat.

 

 

 

 

 

Des questions ? Ou un simple besoin d'affection ?

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 14:13

 

 

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Panique pas : le blog de Stoni est là pour toi.

 

 

 

Cher et vénérable Stoni,

En ce jour, une question m’assaille. Je lis Claude Simon, écrivain au départ oublié qui a reçu le prix Nobel, qui disait que s’il y avait eu toute cette agitation médiatique autour de lui plutôt, ben, il n’aurait pas pu écrire ses chefs-d’œuvre tellement ça lui aurait coupé la chique… Je lis à peu près les mêmes exemples de pression sur ton blog*… Donc, pour quelqu’un d’angoissé comme moi, est-ce que cela vaut le coup d’essayer de se faire publier (si tant est que l’on ait des réponses positives), ou ne vaut-il pas mieux continuer à créer dans toute cette merveilleuse liberté que permet l’anonymat ? C’est la question que je me pose après avoir envoyé des manuscrits aux maisons d’éditions,  ce qui montre que j’ai de sérieux problèmes de synchronisation…

Tu me vois ton éternelle obligée,

Une charmante jeune femme.

 

 

 

* Notre amie lectrice doit faire référence à cet article, par exemple.

 

 

 

 

 

 

Comme toujours, notre ami Stoni en mode Saint-Bernard se pliera à l’exercice de la réponse au courrier des lecteurs. Cette réponse est d’autant plus prompte à venir, sachez-le mes chers amis, quand la question a été formulée en termes courtois, voire obséquieux, et tout mâtinés de respect. Elle sera encore plus diligente, ma réponse, si la question émane d’une charmante jeune personne (oui, je ne vous vois pas, mais mon imaginaire demeure).

 

Aussi répondons à cette jeune femme en l’occurrence charmante – comme quoi le hasard fait bien les choses – en deux temps.

 

 

 

 

Premier temps de réponse.

 

En effet, charmante jeune femme, ton manque de synchronisation m’atterre. Attends qu’on te propose un putain de contrat d’édition pour te poser de telles questions existentielles !

 

 

 

 

Deuxième temps de réponse.

 

Admettons que tu me poses cette question alors que tu te vois bel et bien proposer un contrat d’édition.

 

Évidemment, tout le monde se la pose, cette question. Avec, entre autres questions relous… Mon roman va-t-il rencontrer son public ? Vais-je arriver à draguer grâce à ce nouveau statut d’écrivain édité ? Dois-je changer le rouleau de PQ une fois qu’il est fini ?

(A la dernière, la réponse est oui. Je vous assure, quand le rouleau est fini et que la personne laisse en plan le pauvre cylindre de carton sur le distributeur, ben putain ça fait grave chier celui qui vient après. Les autres questions trouveront leur réponse dans un avenir proche.)

 

 

 

Est-il préférable de rester dans l’anonymat lorsqu’on est peu sûr de soi ?

 

 

Permets-moi d’être direct, jeune lectrice. Le problème, c’est que si tu étais si peu confiante, si peu sûre de toi, tu n’aurais pas envoyé tes petits manus par la poste, alors c’est un peu tard pour jouer les pucelles effarouchées.

 

 

En outre, l’exemple du prix Nobel est le mauvais exemple par excellence. Personne ne décroche un prix Nobel en début de carrière. D’ailleurs, tu as de grandes chances pour que ton premier roman édité ne décroche rien : ni lecteurs ou si peu, ni coupures de presse, ni que dalle (voir mon article sur les ventes de premier roman). Même lorsque l’on est édité par une maison correcte, voire par un grand éditeur, se faire connaître reste une mission fort difficile.

 

En revanche, ce premier roman édité va te foutre un sacré coup dans tes habitudes d’écriture, ça, c’est certain.

Pendant quelques mois, tu vas être totalement absorbée par ce roman et les choses à reprendre dessus, puis par le processus éditorial, et tes autres projets seront abandonnés du jour au lendemain.

Une fois ce processus éditorial terminé, quand le bouquin sera paru et tout et tout, eh bien il se peut que tu mettes un certain temps à recouvrer ta faconde littéraire – rassure-toi, rien de plus normal. Personnellement, pour ma première parution, j’ai mis six mois avant de pouvoir travailler sur autre chose. J’étais tout remué d’un point de vue écriture. L’expérience du premier roman est tellement prenante, il est très difficile de transiter vers un nouveau texte. D’autres auteurs mettent parfois un an ou deux avant de pouvoir entamer un autre manuscrit.

 

 

Quant aux critiques, je conseille bien évidemment de ne pas les lire dans la mesure du possible… Comme j’en parlais dans cet article, elles n’apportent pas grand-chose, y compris quand elles sont positives. On peut lire les premières pour s’amuser mais, à mon avis, mieux vaut les éviter par la suite. Scruter la moindre ligne pondue sur son roman, que ce soit dans les journaux ou sur les forums de lecteurs, devient rapidement un exercice fort glauque d’égocentrisme.

 

Quant aux lecteurs lors des signatures, en général ils viennent vous voir pour vous dire du bien de votre livre. Tous ceux qui m’ont contacté par internet le faisaient pour me confier des choses positives.

 

Méfiez-vous aussi des messages de confrères que vous pourrez recevoir, surtout s’ils sont dithyrambiques. Bon, c’est cool, ça fait plaisir, surtout quand ledit confrère est plus âgé et plus réputé, mais il faut savoir s’en foutre un peu. Moi, les adoubements, ça me fait relativement chier.

 

Voilà l’erreur que j’ai commise lors de mes tous premiers romans. Je me suis trop intéressé à ce qu’on écrivait / disait sur mes bouquins. Aujourd’hui, si c’était à refaire, je me protégerais davantage.

Bien sûr, il s’agit là de mon opinion personnelle. D’autres auteurs doivent probablement se régaler des critiques, c’est tout à fait leur droit.

Quant à moi, je considère tout cela comme de l’agitation mentale et de l’énergie perdue. L’important est de travailler, de fournir une œuvre – du moins quand on est inspiré ! L’important c’est la relation que l’on a avec son éditeur, puisque, si elle est confortable – ce qui est rare – le travail d’écrivain se déroule d’autant mieux. L’important, c’est de trouver un lectorat, donc de pouvoir poursuivre son cheminement littéraire, petit à petit. Ensuite, ce que les autres disent de vous… Il y en aura toujours qui aimeront et d’autres qui haïront. Vous n’y pourrez rien. Voyez un peu comme j’ai taillé ce pauvre Hemingway et son soleil de plomb. Pourtant, des millions de gens ont adoré ce bouquin. Ben pas moi. C’est ainsi.

 

 

Tout ce qui va se passer lors d'une première expérience d'édition va obligatoirement remuer un auteur, et quelque part, c’est une bonne chose. Il faut en passer par là.

Je ne crois pas que ces petites turbulences pourront vous couper la chique définitivement. Elles vous la couperont quelque temps, mais voilà une période qui pourra s’avérer salutaire par la suite.

Car, n'oubliez pas : il faut bien savoir se reposer de temps en temps…





 

 

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 14:01

 

http://image.toutlecine.com/photos/f/e/s/festin-nu-1991-02-g.jpg

juste un conseil : quand tu te prends

la tête sur des questions existentielles,

mets des chaussettes, sinon tu peux vite attraper froid

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin même, à l'aube, une lectrice m'écrivait :

 

 


Ô divin et génialissime Stoni,

Quand tu écris un livre, est-il possible d’en être satisfait ? Beaucoup disent qu’on doit sentir quand un livre est fini, qu’on doit savoir qu’on a fait le maximum. Or, moi, j’ai souvent tendance à me dire « c’est nul ». Car il n’est pas à la hauteur de ce que j’espérais, de ce que j’imaginais avant d’entreprendre le projet. Qu’en penses-tu ?

Signé : ton éternelle admiratrice.

 

 

 

 

Ce que j’en pense, chers camarades lecteurs ?

J’en pense que, si vous voulez être écrivains, vous avez intérêt à vous habituer à ce genre de questionnement existentiel.

 

 

 

Suis-je satisfait quand j’ai fini d’écrire un livre ?

Je crois que, comme pour la plupart des sujets traités sur mon blog, il y a autant de réponses différentes à cette question qu’il n’y a d’écrivains.

 

Mais je crois surtout que la réponse dépend beaucoup du statut de l’écrivain. A savoir, s’il a déjà été édité ou s’il n’a pas encore été édité.

 

 

 

 

Quand j’étais un auteur jeune et naïf, pas encore édité, je ne crois pas que j’aie jamais été totalement satisfait d’un manuscrit. A cette époque, j’avais très peu de lecteurs. Je n’en avais même qu’un, ou presque : mon mec. J'ai pris la décision de tenter l’édition et j’ai demandé à deux ou trois autres personnes de me lire, mais ce cercle resta tout à fait restreint.

J’étais assez satisfait du roman dans la mesure où il avait intéressé, jusqu’à sa dernière page, ce petit lectorat. Pour moi, j’avais à peu près rempli ma mission.

Ensuite, je ne me rendais pas compte si mes textes avaient de la valeur, ou une certaine qualité. Je n’en savais rien, tout simplement ! J’étais très humble.

 

 

Sauf orgueil démesuré (dans ce cas, je vous envie assez), un auteur non édité qui veut être édité a beaucoup de mal à être satisfait de son roman. Pour la plupart des gens qui écrivent, l’objectif reste la publication. Tant qu’il n’a pas été atteint, on ne sait quoi penser de son travail.

 

 

Quand tu es édité, les choses changent. Tu as reçu une certaine caution de qualité. Tu as donc un peu plus tendance à penser que ta prose vaut quelque chose – en l’occurrence, qu’elle vaut le montant de ton à-valoir. Cela ne m’a pas non plus conduit à être automatiquement très satisfait de mes manuscrits, mais ça aide assez.

Passé ce cap de l’édition, tes préoccupations se modifient. La question n’est pas tant « d’être satisfait de son manuscrit ». Moi, je me demande plutôt si en l’état, le roman est « présentable à un éditeur ». Cette évolution est bon signe : elle signifie que j’ai bien pigé les règles de l’édition. Un manuscrit n’est pas édité parce qu’il est « bon » ou « talentueux », mais parce qu’il saura se conformer au marché qu’est l’édition – et cela s’applique même aux éditeurs « indépendants », underground, avant-gardistes et tout ce que vous voulez, l’avant-garde restant un marché comme un autre, certes restreint et élitiste, mais un marché tout de même !

 

Je bosse ainsi sur mes manuscrits jusqu’à ce que je les juge « présentables » à un éditeur.

Chez moi, ce processus est très long. Je l’ai déjà détaillé ailleurs mais je le rappelle brièvement. Premier jet, deuxième jet, troisième jet, quatrième jet, relecture, travail sur l’ossature, rééquilibrage de l’ossature, première réécriture, deuxième réécriture, troisième réécriture, corrections, première relecture, deuxième relecture, troisième relecture, corrections, première lecture à voix haute, deuxième lecture à voix haute, troisième lecture à voix haute..

Je caricature un peu, je n’ai pas compté au juste combien de jets, de réécritures, de relectures, je consacre à un manuscrit, mais je suis du genre acharné.

Je connais des auteurs qui écrivent un manuscrit en trois semaines et le présentent aussitôt à leurs éditeurs. D’autres y passent plusieurs années.

Comme quoi, y’a pas de règles.

 

 

J’ai quelques manuscrits, terminés, que je n’ai jamais soumis à un éditeur. Là, vraiment, je ne les sens pas du tout. Je n’en suis pas fier, je ne les apprécie pas tellement, en vérité je suis conscient que je les ai écrits dans de mauvaises conditions et qu’ils ne valent pas la peine que j’affronte, pour eux, le processus éditorial. Parce qu’éditer un bouquin, c’est long et, fréquemment, très pénible. Déjà, il y a la présentation aux éditeurs : je te raconte pas l’effet que ça te fait lorsque le manuscrit est systématiquement refusé. C’est comme vous, les auteurs pas édités, quand vous envoyez votre manuscrit et que vous n’avez aucune réponse… A chaque nouveau bouquin, nous devons nous aussi, auteurs édités, prendre sur nous et soumettre le texte ici et là. En cas de refus chez ton éditeur du moment, tu dois aller voir ailleurs, avec la super impression « mendions aux portes » qui va avec… J’exècre cette étape. Ensuite, il faut le retravailler car souvent l’éditeur veut changer ceci, cela, faut négocier, faut te battre pour imposer tes vues, te battre pour que l’éditeur le promeuve correctement. Bien sûr la préparation éditoriale, c’est sympa parfois, mais c’est aussi relou. En gros, c'est du boulot.

 

 

 

Une chose reste invariable, que l’on soit édité ou pas : le sentiment que notre travail n’a aucun intérêt et que c’est nul à chier.

Personne n’y coupe.

Chez moi, ça vient et ça passe. J’ai des jours avec, des jours sans. Par moment, j’ai confiance en ce que je fais, en moi, je me dis que la thématique est intéressante, je suis motivé, j’y crois. Puis, pour une bonne raison – une contrariété en rapport ou pas avec l’édition – ou par pur hasard, j’ai tout à coup honte du texte sur lequel je travaille, je trouve que c’est merdique, que ça n’a aucune originalité, et là, c’est un malstrom sans fin. Les idées noires, les questions insolubles, m’assaillent. Pourquoi écrire ? A quoi bon ? Quel sens a ce roman ? Que m’apporte-t-il ? Qu’apportera-t-il aux lecteurs ? Est-ce un bon projet ? Ne vais-je pas griller ma carrière avec ce roman ? Etc. Etc. Etc.

Tiens, l’autre jour par exemple. J’ai appris une mauvaise nouvelle qui n’avait rien à voir avec l’écriture ou l’édition, mais qui m’a terriblement découragé. Or, très vite mon désespoir s’est orienté vers mon travail, et voilà, j’étais parti pour la soirée entière à dévaloriser le roman sur lequel je bosse. Je n’y trouvais plus aucun sens, plus aucune saveur. Les personnages me semblaient grossiers, stéréotypés, dépourvus de toute épaisseur. J’étais en colère. J’ai commencé à penser à mes anciens romans, et au lieu de voir le verre à moitié plein, je le voyais à moitié vide. J’ai ressassé tous les ennuis que j’ai eus avec ces bouquins et ai soigneusement oublié tous les bons souvenirs, toutes les bonnes choses que j’ai vécues grâce à eux. Je déteste ce genre de soirée, mais il en faut, de temps en temps. C’est ainsi.

Et puis, le lendemain, ça allait un peu mieux.

 

Il y a des jours où le texte me semble cohérent, l’univers romanesque bien défini, l’ossature bien travaillée. D’autres où ce machin.doc me semble être un cafouillis indigeste de signes, de caractères et de ponctuation. Mais s’il reste mon amour et ma reconnaissance envers mes personnages, je continue à bosser jusqu’à ce qu’il soit présentable.

 

 

Ma réponse n'en est pas une, j'en suis désolé. Mais le doute, le dénigrement, la peur, sont des constantes chez un auteur et particulièrement lorsqu'il n'est pas encore édité. Ces sentiments restent par la suite, mais sous d'autres formes – où la vanité tient un rôle plus ou moins important...

 

Les jeunes auteurs qui souhaitent faire éditer un premier roman peuvent donc se questionner sur le bien-fondé de soumettre un manuscrit ou pas.

 

J'ai délivré mon expérience à ce propos. Mais, quelque part, c'est un faux problème. Je veux dire, qu'est-ce qui t'empêche de soumettre un manuscrit mais de continuer parallèlement à le travailler si cela te fait envie ? Tu abandonneras un jour ce texte si tu as assez d'idées pour en entamer un autre.

 

Ah ! Ne vous inquiétez pas. Les faux problèmes sont banals chez les artistes. Il faudra peut-être vous y accoutumer, voilà tout.

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 13:49

 

 

 

 

 

 

Nombreux sont ceux qui, parmi les lecteurs de mon blog, s’adonnent à l’écriture de nouvelles. Je leur ai déjà consacré un article sur l’édition de cette forme littéraire bien spécifique.

 

Récemment, une sémillante lectrice m’interpellait sur une autre thématique liée à la nouvelle : le concours.

 

Je n’ai jamais écrit de nouvelles et connais fort mal tout ce qui s’y rattache. Grâce à cette lectrice, je découvris un univers parfois effrayant, souvent consternant : le monde maléfique du concours de nouvelles pour écrivains non édités (ou « amateurs » comme aiment à le préciser ces dits concours).

 

 

Mais pourquoi diable fus-je effrayé, ou consterné, par cette découverte, me demanderas-tu, camarade lecteur ?

 

Comme d’habitude, je t'explique tout.

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’un concours de nouvelles ?

 

Un concours de nouvelles est une compétition « littéraire » organisée par un magazine, une radio, un salon du livre, un site web, etc, pour faire parler de lui.

Le principe en est simple.

Un thème est donné. Disons : « la nature ». Puis des exigences : de une à quatre pages, tant de signes, un délai pour rendre sa copie. Les participants sont priés, en général, de ne « jamais avoir été édités ».

Un « jury » lira les nouvelles et les classera sur un podium. Le premier prix se verra refourguer, par exemple, un bouquin, le deuxième prix un stylo, le troisième je-ne-sais-quoi. Et tous les autres garderont le plaisir d’avoir participé – ou la cuisante humiliation de ne pas avoir été choisis…

 

Moi, personnellement, ce baratin, ça me fait penser aux rédactions à l’école. T'as un sujet, deux heures de composition et puis t'es noté. Y’a le premier de la classe, puis ceux qui viennent après.

 

Bon. Je reconnais ne pas avoir une estime très romantique de la littérature, ou du moins, je reconnais être très pragmatique à son égard. Mais quand même. De là à considérer la chose comme une rédac à l’école…

Rien que le principe me semble bizarre.

 

Le concours de nouvelle garde toutefois un intérêt à mes yeux : ça peut donner des idées aux gens qui pratiquent l’écriture en hobby. Voilà, tu as un sujet, et ceux qui aiment bien rédiger de petites histoires seront tout contents de participer.  Dans cette perspective, je n’ai rien contre le concours de nouvelles. Hélas, bien souvent, le concours de nouvelles se donne d’autres ambitions.

 

 

http://perlbal.hi-pi.com/blog-images/201226/gd/1215407689/Culturisme-Podium-des-championnats-de-France-avec-Guy-Salassa-Jacques-Champagne-et-Aneau.jpg

Ces mecs-là auraient gagné le concours

de nouvelles de livresetmuscles.org

 

 

 

 

 

 

 

Les concours de nouvelles m’aideront-ils à faire éditer mon premier roman  ?

 

Je te le dis du cash : la réponse est NON. Je me demande qui vous a mis cette idée dans la tête, je le lis souvent, beaucoup de lecteurs m’envoient des messages avec cette question. Désolé de vous décevoir, mais franchement, faut arrêter cinq minutes avec cette légende.

 

Un concours de nouvelles organisé par un magazine (Télérama, Le Chasseur français), un salon du livre (Rencontres littéraires de Besançon), un site web (fousdelivres.net), quand bien même tu en gagnerais le premier prix, ne t'aidera pas à être édité.

 

L’exception reste peut-être le milieu de la SF - Fantasy (que je connais mal), qui me semble-t-il compte des revues d’assez bonne qualité qui doivent être lues par les éditeurs de ce genre. De même pour les revues littéraires un peu prestigieuses (LMDA et consorts) : bon, ça te fera toujours plaisir d’avoir été sélectionné dans leur concours. Je doute néanmoins qu’une nouvelle éditée dans une revue aussi prestigieuse soit-elle te facilite réellement l’obtention d’un contrat d’édition pour un manuscrit de roman. Oui, si tu as gagné ce genre de concours, tu pourras le signaler dans la lettre d’accompagnement de ton manuscrit, ça peut toujours inciter l’éditeur à accorder plus d’attention à ton bouquin. Mais ce sera le manuscrit qui déterminera tout, rien d’autre, absolument rien d’autre, et c’est la règle numéro un à apprendre quand on souhaite se faire éditer.

 

Concernant les concours de nouvelles obscurs, organisés par des sites webs ou de petits salons de province, franchement, aucun intérêt pour un éditeur…

 

Si tu as gagné un concours de nouvelles dans le cadre des Rencontres littéraires de Bensançon, ou un autre concours lancé par le site web fousdelecture.org, inutile de le mentionner dans tes lettres d’accompagnement. Tout le monde s’en fout comme de l’an quarante.

Après si t'y tiens vraiment, fais-le, c’est comme tu veux.

 

 

 

 

Les concours de nouvelles organisés dans le cadre d’un salon du livre : Stoni a vu de l’intérieur et te dit toute la vérité

 

 

Dans ma magnifique carrière d’écrivain, j’eus l’occasion d’être invité sur plusieurs évènements type salons du livre / festivals littéraires – petits, moyens, gros – qui organisaient, à chaque fois, des concours de nouvelles.

 

Et j’ai vu comment se déroulait la chose. J’eus alors une pensée émue pour tous les pauvres hères qui avaient participé à cette mascarade en se fendant d’une nouvelle écrite exprès pour l'occasion.

 

Le jury était composé d’écrivains invités sur ledit salon.

Or, les écrivains sont des feignasses. Si tu ne le savais pas encore, maintenant tu es définitivement au courant. La plupart d’entre eux n’avaient pas lu la moitié des textes envoyés par le public. Le prix était attribué à la ouanagaine à une nouvelle, comme ça, un peu par hasard, celle que tout le monde avait lue en vérité, la première sur la pile…

 

 

A ce stade, tu comprendras que le concours de nouvelles, c’est bien pour les gens qui aiment s’entraîner à écrire comme hobby, c’est sympa et gratifiant quand tu le gagnes dans le cadre d’une revue un peu classe, mais ça n’a aucun intérêt dans une démarche d’édition.

 

Mais il y a encore pire.

 

 

 

Les concours de nouvelles payants : et puis quoi encore ?

 

 

 

NE PAYEZ PAS POUR PARTICIPER A UN CONCOURS DE NOUVELLES ! Après tout ce que j’ai expliqué, tu comprendras que ça n’a strictement aucun intérêt ! Sans déconner, y’a des gens qui passent des centaines d’euros dans ces conneries chaque année !

 

Après c’est comme tu veux. Si ton hobby c’est les concours de nouvelles, que t'es à fond là-dedans et que tu kiffes trop, vas-y, fais-toi plaisir. Moi j’ai bien dépensé 300 boules pour un vélo, après tout.

Mais ne dépense pas de fric en vue de « participer aux concours de nouvelles pour être repéré par un éditeur » : ça n’arrivera pas. Enfin, tu seras peut-être repéré par un éditeur pourri, mais pas par un éditeur sérieux.

 

On m’a aussi signalé de petites manœuvres frauduleuses autour des concours de nouvelles. Voici l’extrait d’un mail à ce sujet :

 

« J'ai participé au prix du jeune écrivain francophone qui s'adresse aux 18-26 ans seulement. Il se vante d'avoir sorti de nombreuses jeunes pousses qui sont depuis devenues des écrivains reconnus par la profession, et proposent dans tous les cas d'envoyer une fiche de lecture personnalisée de ta nouvelle. Le concours est normalement anonyme, mais à peine un mois après avoir participé, je reçois un coup de téléphone. On m'annonce que ma nouvelle a été repérée, car de qualité, qu'ils ne peuvent se prononcer pour l'instant sur les lauréats, mais qu'ils m'invitent à participer à un atelier d'écriture qui aura lieu en compagnie de prix Renaudot, Mallarmé, Goncourt, etc... Mon copain me presse de participer, me disant que cela me fera du "réseau". Mais le prix est trop élevé pour ma bourse d'étudiante 150 à 200 euros je crois. Qui plus est, je sens une tentative de me soutirer de l'argent, je refuse donc (poliment). Plus de nouvelles d'eux, et là, je viens de voir que lors du classement définitif, je ne fais même pas partie des demi-finalistes ! »

Etrange pour une nouvelle « repérée, de qualité »…

 

A l’image de cette charmante jeune lectrice, méfie-toi constamment de ce genre de démarches abusives.

 

Pour se faire éditer, la seule chose qui doit te coûter de l’argent, ce sont les photocopies et les envois du manuscrit ! Je le dis une bonne fois pour toutes !

 

 

 

 

 

 

 

 

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(le seul, le vrai, l'unique)



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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 14:04

 

 


 

Nombreux sont les auteurs en quête d'éditeur qui me contactent pour me raconter leurs soucis et glaner un petit conseil par-ci par-là. Ils ont alors obtenu une réponse « positive » d'un éditeur et souhaitent avoir mon avis. Une cruelle majorité est, hélas, tombée sur un éditeur pourri. Statistiquement, tu as beaucoup plus de « chances » de tomber sur un éditeur pourri que sur un éditeur qui tient la route, car en ce bas monde il y a beaucoup plus de pourris que de corrects. D'où ce dossier.


 

Pourri est à comprendre dans les deux sens du terme. Certains éditeurs pourris sont des pourris car ils sont malhonnêtes. D'autres sont qualifiés de pourris car ils s'avèrent tout simplement incompétents. Dans les deux cas, le fruit est avarié et il ne faut point le manger.


 


 

J'abordais rapidement les éditeurs pourris dans l'article A l'aide ! Un éditeur m'a rappelé. Les messages que j'ai reçus m'ont prouvé que je n'avais pas assez développé le sujet. Réparation est faite aujourd'hui.

 

 

 

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Qui est l'éditeur pourri ?


 

La définition est simple : l'éditeur pourri est un type qui prétend être éditeur sans en avoir la véritable étoffe.


 

L'éditeur pourri est à la tête d'une petite structure mal distribuée et mal diffusée. Seulement, comme tu n'y connais rien en édition, pauvre jeune auteur, tu ne t'en rends pas compte, toi, qu'elle est mal distribuée et mal diffusée.


 

A l'origine, tu as trouvé les coordonnées de l'éditeur pourri sur internet, un peu par hasard, et tu lui as envoyé ton manuscrit car tu veux être publié. L'éditeur pourri te contacte et te dit « oh mon dieu c'est magnifique, je vous signe sur-le-champ ».


 

Or, si jamais tu signes chez lui (trop vite et sans avoir bien relu mon article sur le contrat d'édition...), tu te rendras compte qu'il y a un souci. Un gros souci. L'éditeur pourri bâcle le boulot. L'éditeur pourri est incapable de fournir des réponses précises à des questions essentielles (date de parution, tirage, date du versement de l'à-valoir...). Bien entendu, l'éditeur pourri rechigne à te verser ton chèque d'à-valoir. Si toutefois il te propose un à-valoir, ce qui ne va pas de soi... Finalement, l'éditeur pourri commence à t'annoncer que la parution de ton bouquin est fortement compromise par le contexte économique ou je-ne-sais-quel autre balourd...

Bref, tu en viens à regretter ton geste. L'aventure éditoriale de ton premier roman, qui devait normalement débuter dans la joie et le trac inhérent aux initiations, tourne au cauchemar tout court.

C'est la catastrophe.

Tu réalises prestement que l'éditeur pourri est en vérité une structure plus ou moins fantôme, qui fabrique des bouquins mais qui se trouve incapable de les vendre. Parce qu'elle n'est pas présente en librairie, nationalement parlant. Il s'agit d'une petite boîte qui vivote et qui menace de déposer le bilan tôt ou tard.


 

Cette découverte sera douloureuse pour les auteurs qui auront signé un contrat avec un éditeur pourri. Et elle sera toujours très décevante pour ceux qui s'apprêtaient à le faire.

L'éditeur pourri a un seul objectif : acquérir les droits de ton roman pour t'en aliéner à jamais. C'est aussi le cas d'un éditeur pas pourri (le contrat d'édition encadrant cette cession de droits). Mais l'éditeur pas pourri t'en aliène pour faire quelque chose avec le bouquin : l'imprimer, le diffuser et le vendre – autant que faire se peut. L'éditeur pourri, lui, t'en aliène pour NE RIEN EN FAIRE. C'est là tout le drame des éditeurs pourris.


 

Je ne citerai pas de noms, mais les commentaires en bas sont ouverts pour ceux qui ont envie de le faire.


 

Pourquoi tant de haine ? Quelles sont les motivations de l'éditeur pourri ?


 

Comprendre le mécanisme d'un phénomène permet de mieux le reconnaître. Intéressons-nous aux racines du mal.


 

Laisse-moi te dresser le portrait de l'éditeur pourri type que nous surnommerons Pourrito (car écrire « éditeur pourri » à chaque fois c'est chiant).


 

Pourrito a toujours rêvé d'écrire, ou de travailler dans l'édition. Hélas, les contingences de la vie l'ont écarté de cet objectif. Jamais Pourrito n'a côtoyé l'intelligentsia parisienne. Ce rêve lui trotte néanmoins dans la tête.

Après une carrière professionnelle qui n'a aucun rapport (décorateur, barman, architecte, prof, etc.), Pourrito décide de se jeter à l'eau : suite à un licenciement – ou une démission pour les plus frappadingues – notre ami fonde sa maison d'édition.


 

Le premier problème, c'est que Pourrito, il n'y comprend rien, à l'édition. Et il s'y connait encore moins. Du coup, il emprunte des livres à la bibliothèque. Cent conseils pour se faire publier – Pourrito n'écrit pas, mais ce genre de bouquin lui permet de cerner comment marche l'industrie du livre – ou L'édition de A à Z. La Chambre de Commerce locale, Pôle Emploi, lui fournissent au passage une formation de deux jours sur les métiers du livre qui n'a aucun intérêt, mais Pourrito est tout content, désormais il se sent apte à lancer des écrivains.


 

Deuxième problème : Pourrito a pas un rond, ou Pourrito est radin.

Du coup, Pourrito va lancer une structure en auto-entrepreneur, vu que ça coûte que dalle, voire en entreprise individuelle.


 

La maison d'édition est créée. Pour imprimer ses livres, la première imprimerie du coin fera l'affaire. Mais comment les distribuer-diffuser ?

Pourrito ne veut pas se faire distribuer par un truc qui lui coûte cher, donc un truc bien. Il va plutôt se tourner vers un distributeur à deux francs dont le réseau se limite à quarante librairies en Loir-et-Cher, qui certes ne lui coûte pas un rond. Chanmé.

Faut que tu comprennes que le choix du distributeur-diffuseur, pour un éditeur, c'est essentiel. Le mec sérieux qui lance sa maison d'édition va prendre rendez-vous avec des gros distributeurs, c'est-à-dire, dans la plupart des cas, des filiales des géants du livre (Interforum, Volumen, Hachette Diffusion, Sodis, etc.). Il doit convaincre, avec un projet travaillé et tout et tout, ces mastodontes de le distribuer-diffuser. Parce que ces dits mastodontes lui permettront d'avoir accès à un putain de réseau national de librairies et donc de vendre à peu près correctement ses bouquins. Or, le mastodonte de la distribution ponctionne une part sur le prix de vente HT du bouquin, une part importante, et Pourrito, en bon radin, ça lui casse les bonbons de céder autant du prix de vente HT au distributeur.

Pourrito a tort. Sans bonne distribution, une maison d'édition n'existe pas.

Mais Pourrito s'en fout d'avoir une bonne maison d'édition, car Pourrito est avant tout un illuminé feignant qui s'est piqué d'une lubie : devenir éditeur – pour flatter son ego.

Pourrito fait les choses n'importe comment.

Avec sa petite structure d'auto-entrepreneur et son diffuseur à deux balles qui ne vaut rien, Pourrito est heureux, il ne demande pas davantage. Et là, il commence à signer des auteurs.

Mais, pour payer des auteurs, encore faut-il vendre un minimum de livres. En étant présent dans trente-deux librairies en Loir-et-Cher, la mission est ardue. Au fil des ans, Pourrito peine à joindre les deux bouts, Pourrito ne paie plus ses auteurs, Pourrito fait n'importe quoi.

En 2015, Pourrito déposera le bilan et se lancera, je sais pas, dans la vente de savonnettes sur les marchés estivaux. Ou dans la décoration intérieure.


 

Résumons : les éditeurs pourris sont des incompétents ambitieux, mal formés, sans expérience, qui font nawak et bousillent les romans des pauvres auteurs qui ont le malheur de leur faire confiance.


 


 

Tu es sûr que tu veux signer chez Pourrito ?


 

 

 

 

 

La parabole de la boulangerie.


 

D'aucuns me répondront : Stoni tu es trop dur, pour les tout jeunes éditeurs, il faut bien leur laisser le temps de se lancer ! Oui mais non.


 

Laissez-moi vous conter la parabole de la boulangerie.


 

Il était une fois un mec qui voulait devenir boulanger. A l'époque, le pain était entouré d'un grand prestige social et culturel. Notre aspirant boulanger se renseigna donc sur le prix d'un fournil et d'un local commercial pour recevoir la clientèle. En effet, une boulangerie est toujours composée de deux espaces : un petit espace avec une vitrine et une caisse enregistreuse pour la vente, puis l'atelier derrière pour la fabrication.

Mais notre ami boulanger se rendit compte que, les deux espaces, ça coûtait cher à la location. Il loua seulement l'atelier afin de réaliser des économies. Comment vendrait-il le pain ? Eh bien, il pensait que les clients entreraient dans l'atelier pour lui acheter une baguette et qu'il procèderait à la vente entre deux fournées. Quand son investissement fut réalisé, les clients ne se hâtèrent pas. On les comprend : un atelier, c'est plein de farine, c'est salissant, et le four, ça fait une chaleur de ouf. Le client lambda n'a pas envie d'affronter de tels supplices pour aller quérir une pauvre petite baguette de pain.

Le boulanger de notre histoire fabriqua du pain, certes, mais n'en vendit pas.


 

Dans notre affaire, le boulanger c'est l'éditeur pourri, l'atelier c'est sa micro-structure, le pain c'est ton bouquin et l'espace commercial qu'il n'a pas voulu financer c'est un bon distributeur.

Ni plus, ni moins.

Un éditeur mal distribué ne vend pas de livres. Techniquement, n'importe quelle imprimerie peut en fabriquer. Mais les refourguer, c'est une autre affaire.

La parabole de la boulangerie a pour seule intention de te faire saisir toute l'importance de la distribution dans l'édition.


 


 


 

Comment repérer les éditeurs pourris?


 

Il existe des moyens très simples de repérer les éditeurs pourris. Dès que l'on te propose un contrat d'édition, camarade auteur, je te conseille vivement de procéder à l'examen complet de l'éditeur en question. Je ne rappellerai jamais assez souvent que, en signant un contrat d'édition, on cède les droits sur son œuvre. Plus jamais tu ne pourras faire éditer cette œuvre ailleurs. C'est l'éditeur qui la possède désormais. Aussi on ne signe pas n'importe quoi n'importe comment. Avant, on se renseigne !

 

 

 

 

 

ONZE TUYAUX POUR REPERER UN POURRI


 

1 / Il ne te contacte pas par téléphone.


 

Après avoir lu ton manuscrit et l'avoir « retenu pour publication », Pourrito te passe un mail, ou pire encore, t'envoie un courrier postal !

Un éditeur sérieux te contactera toujours par téléphone. Une longue conversation s'en suivra, restituée dans mon article Au secours, je vais signer un contrat d'édition.


 

2 / Pourrito ne te parle pas de tirage, ni de date de sortie, et encore moins de fric.


 

Le tirage ? La parution ? Forcément il n'en parle pas, puisqu'il n'en a pas la moindre idée ! N'oublie pas que Pourrito est un incompétent notoire. Quant au fric, il préfère ne pas t'en causer, vu qu'il n'en a pas à te filer.

Un éditeur sérieux, au cours de votre première conversation téléphonique, t'indiquera le tirage, la date approximative de parution (ou l'année), le montant de l'à-valoir.


 

3 / Il ne te donne pas d'à-valoir ou un très faible à-valoir.


 

Un éditeur sérieux paie ses auteurs. Combien de fois devrai-je le répéter ?


 

4 / L'éditeur n'est pas répertorié sur societe.com (ou infogreffe).


 

Vérifie toujours la présence de l'éditeur dans le registre du commerce et des sociétés. Une maison d'édition est une entreprise. Si l'éditeur n'y figure pas, c'est qu'il s'agit probablement d'une auto-entreprise. Je rappelle que l'auto-entreprise, c'est la formule qu'on a inventée pour les actifs qui fabriquent des bijoux en hobby et qui voudraient bien les vendre sur internet... Je caricature, mais bon, une petite maison d'édition ce devrait plutôt être une SARL.


 

J'ai pris l'exemple sur ce lien d'un petit éditeur qui était entré en contact avec mon blog. Comme on pourra le lire, l'éditeur est une SARL, gage de sérieux. Dans ce cas précis, l'examen est ok.


 

5 / L'éditeur est répertorié sur societe.com ou infogreffe, mais son activité déclarée ne correspond pas à l'édition.


 

Sans déconner, une de mes lectrices avait découvert en cherchant le nom d'un petit éditeur sur ces sites qu'il était enregistré comme... débit de boisson ! Tu veux te faire éditer par un débit de boisson, toi ?


 

6 / L'éditeur pourri est distribué - diffusé par Bidule Diffusion (c'est-à-dire par personne).


 

Demande à l'éditeur qui le distribue et le diffuse puis renseigne-toi. S'il ne s'agit pas d'un gros distributeur, bon courage pour vendre tes bouquins...


 

Je reprends comme exemple le petit éditeur qui m'avait contacté. Sur son site web, on peut lire qu'il est diffusé par Volumen. C'est très bien !


 

7 / Tu vas à la Fnac ou à la grosse librairie de ton quartier, et tu ne trouves AUCUN bouquin de l'éditeur pourri.


 

Car l'éditeur est mal distribué. AVANT DE SIGNER CHEZ UN EDITEUR, ALLEZ TOUJOURS VERIFIER DANS UNE GROSSE LIBRAIRIE SI SES DERNIERES PARUTIONS SONT PRESENTES !


 

8 / Ton libraire ne connait pas l'éditeur pourri.


 

Avant de signer, demande toujours à un libraire ce qu'il en pense. Pour être honnête, j'ai beaucoup de mal avec les libraires. La plupart sont braques ou complètement cons (je ne demande qu'à être contredit...). Mais bon, là, c'est une question de vie ou de mort. Le libraire est censé savoir si un éditeur est bien ou mal distribué. Son avis est un élément à prendre en compte.


 

9 / L'éditeur pourri ne te propose pas de le rencontrer dans ses locaux.


 

Eh oui, il n'en a pas, de locaux...

Un éditeur sérieux te proposera tout de suite de vous rencontrer dans son bureau. D'ailleurs je conseille fortement d'aller le voir, mais pour ça, lire : Au secours ! Je vais signer un contrat d'édition...


 

10 / L'éditeur pourri ne te donne pas son numéro de fixe, ni de portable.


 

Un éditeur sérieux te donnera ses coordonnées complètes : fixe, portable, email.


 

11 / Le premier tirage est inférieur à 1000 exemplaires.


 

Ou une production artisanale... En-dessous de 1000 exemplaires, je déconseille très très très fortement de signer un contrat...


 

 

 

 

ATTENTION : la plupart des éditeurs numériques (qui éditent sur internet soi-disant à compte d'éditeur) sont à classer dans la catégorie Pourrito. Lire l'article que leur consacre le blogueur Ludovic Mir (et ça te fait un autre avis sur la question comme ça).

 

 

Nous voici au terme de ce dossier sur les éditeurs pourris. Ces infos devraient te permettre d'éviter de faire une grosse connerie au moment venu... N'hésite pas à me contacter via facebook, ou par ici, si t'as besoin de quoi que ce soit.

 

 

 

 

 

 

  Pour aller plus loin sur les éditeurs pourris, lire les courriels que j'ai échangés avec un monsieur qui s'est senti visé. ça creuse le sujet comme qui dirait.

 

 

A lire aussi : un éditeur pourri me propose un contrat, que faire ?


 

 

 

 

 

 

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