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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 19:10


CLIQUE SUR L'IMAGE POUR AFFICHER DANS UNE FENETRE ET AVOIR UNE LOUPE TROP BIEN POUR LIRE EN GRAND.


















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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 15:34



 

  Quand vous écrivez des romans, des fois, les gens vous posent des questions.

Sur votre travail.

En général, mes réponses les déçoivent.

 

 - Comment tu fais, pour écrire ?

 - Ben, j’écris quoi…

 - Mais, concrètement, comment tu t’y prends ? Quand tu as l’inspiration, tu te mets écrire d’un coup, d’affilée, aussi longtemps que ça dure ?

 - Oh non !

 - Alors comment ?

 - Déjà, procédons par élimination. Il y a beaucoup de moments où je ne peux pas écrire. Quand je suis au taf, quand je fais la cuisine, quand je suis fatigué – c’est-à-dire le soir à partir de vingt heures…

 - Si j’ai bien compris, t’as des horaires réguliers d’écriture ? Tu veux dire que, tous les jours, tu te poses à heure fixe devant ton ordinateur et tu écris ?

 - C’est à peu près ça, ouais. Il y a des jours où ça dure plus ou moins longtemps. Ça dépend de ce que j’ai à écrire, si ça se passe bien, ou mal, si je le sens, ou pas…

 - Ah, l’inspiration…

 - Non… En fait, je n’ai jamais raisonné en termes d’inspiration. Quand c’est ton métier, il n’y a pas vraiment d’inspiration en jeu… Je n’ai pas de moment où je me dis : ça y est j’ai l’inspiration ! Par contre, j’ai des moments où éclot une idée. C’est différent. Ça peut être n’importe quand. D’un coup, là, j’ai une idée. Un simple détail, ou un gros enjeu pour mon histoire. Je réfléchis dessus pendant un certain temps, et puis je la stocke dans un coin de ma cervelle. Ça ressort toujours quand j’en ai besoin.

 - Tu n’as pas un carnet de notes où tu les écris ?

 - Ça m’arrive, quand j’ai un bout de papier à portée de main, mais c’est rare… Je la mémorise, c’est tout. Sinon, comme je te l’ai dit, j’écris tous les jours, pendant la même tranche horaire, et voilà.

 - Tu as des horaires réservés ?

 - Oui, enfin, le moment de la journée où je suis chez moi et quand je peux écrire…

 - C’est comme un emploi de bureau !

 - Non… Enfin, si, d’un point de vue strictement horaire, mais…

 - Je trouve que c’est pas très artistique.

 - Ah bon ?

 - Je pensais que c’étaient les écrivains commerciaux qui procédaient comme ça. Je pensais que les vrais écrivains n’avaient pas d’horaires.

 - Mais on a pas le choix, si on travaille à côté… Et puis, dans mon cas, ce ne serait pas faisable. Quand tu as un rythme fixe, ton cerveau, ton imagination, va s’y conformer. C’est très confortable. Tu sais qu’à treize heures, tu commences à travailler – à écrire, je veux dire. Alors, toute la matinée, même si t’es au taf ou ailleurs, tu commences à bosser, dans un petit coin de ta caboche. Inconsciemment, tu réfléchis à ce que tu dois écrire, l’après-midi venue. Ensuite, quand tu es face à ton traitement de texte, tu es mieux préparé. Puis, le soir, tu repenses à ce que tu as fait dans la journée, pour l’évaluer mentalement. Voir si ça te convient, ou pas, ou partiellement.

 - Bon, d’accord… Mais quand t’es en train d’écrire… Tu fais quoi ?

 - Ma foi, j’écris… Qu’est-ce que tu voudrais que je fasse d’autre ?

 - T’as rien pour te stimuler ?

 - Si, les clopes… Condition indispensable à toute séance d’écriture chez moi. Si je n’ai pas de cigarettes, je n’écris pas.

 - Ok, mais sinon ?

 - Mon traitement de texte, du calme et du silence – autant que faire se peut.

 - T’écoutes pas de musique ??

 - Ah non, surtout pas…

 - Et t’as pas un petit rituel, avant de commencer ? Pour trouver l’inspiration ?

 - Puisque que je te dis que je n’ai pas d’inspiration…

 - Et le petit rituel ?

 - Ben, avant de commencer, je me pète une bonne clope et je relis ce que j’ai fait la veille.  Des fois je prends cinq minutes pour bien revoir mes idées. Ensuite, je m’y colle.

 - Tu fais pas de pause ?

 - Bof, pour me préparer une tisane, ouais.

 - Une tisane ?

 - Et ouais… Très bien les tisanes…

 - Oh… En fait, c’est pas très intéressant de te voir écrire, je suppose ?

 - Pas vraiment, non.

 - Oh. Ah bon. Je pensais pas… D’accord.

 - En fait, je t’ai baratiné. La vérité, c’est qu’avant d’écrire, je me roule un spliff, puis je m’envoie un petit shoot d’héro, bien tranquillou. Après, je décapsule une bouteille de bière, puis deux, puis trois, puis quatre… Alors tu vois, là, je suis bien défoncé et beurré. Faut dire que tout ça, je le fais à quatre heures du mat, parce que ça craint de bosser la journée comme un petit employé de bureau, nan ? Entre temps, je me tape une branlette, style, en allant surfer sur des sites pornos super trash. Là je suis à bloc, tu vois !! Alors, je fous la zic à fond. Je réécris Junky de Burroughs, sachant que je suis à peu près le millionième écrivain à le faire depuis 1952. Quand j’ai fini, je me fais une séance de méditation transcendantale indienne.

 - Ah ouais ???

 - Nan, je rigole.

 - Oh.

 

Je ne me suis jamais excusé pour ne pas être assez « artiste ».

 

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 18:01

CLIQUE SUR LA BD POUR VOIR EN GRAND !!!

 


Cette bande très rapidement dessinée est tirée d’un fait réel (et autobiographique).


En tout cas, ce n’était pas la première fois qu’on me demandait de rajouter des éléments sexuo-éroto-pornos dans mes bouquins (mais je n’ai jamais travaillé avec un éditeur X, qu’on le sache !).


J’ai toujours trouvé les scènes de cul, dans les livres et dans les films, suprêmement chiantes.


Ainsi en est-il du film A History of violence, qui serait parfait sans les débâcles des scènes dites du « 69 » et des « escaliers ».


A mon avis, autant expédier la chose en trois lignes (ou en trois plans).



Quand tu commences à bosser avec un éditeur sérieux et tout, tu penses naïvement que les conversations sur le texte vont être pleines de profondeur, de complexité et d’intelligence.


Bon, pour l’instant, je suis assez resté sur ma faim.

 

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 15:59




Cliquer sur la planche pour l'afficher en taille réelle.

Suite de l'article : " La condition féminine ".


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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 14:09

 


Bébé, écris-moi un livre

Chéri, écris-moi une œuvre

 

Pour ce qui est de

Te payer

T’attendras

Les hors-d’œuvre

 

Salons et petits fours

A Paris

C’est fou ce qu’on s’amuse

Toi et moi

Bébé

Toi et Moi

 

Danse un coup

Ma loute

Décontracte-toi

 

Bébé, écris-moi un livre

Chéri, écris-moi une œuvre

J’adore ta fiction !

Fais-moi confiance

Car je détiens

Les moyens de production

 

C’est marrant, tes bouquins

Ça m’a bouleversé

Mais ça n’empêche pas

Que tu vas tout recommencer

 

Peu m’importe

Mon amour

Qui tu es ou d’où tu viens

On te convertira

Quoi qu’il en soit

Avec les petits fours mondains

 

J’ai ni l’être, ni le code

Et toi, tu crois que tu les as ?

Moi en tout cas

J’élève un iguane

Dans mon loft

 

Je l’ai acheté

A Katmandou

Quand j’écoutais

Iggy Pop

L’iguane m’a fait les yeux doux

 

Allez bébé

Ecris-moi un livre

Allez chéri

Ecris-moi une œuvre

 

On est sympas

Nous les Editeurs

On est drôlement cool

On prend soin

De nos auteurs

Comme de nos poules

 

Je te trouve plutôt bien traité

Pour un caca

Faudrait pas non plus abuser

Et faire comme Kafka

 

Il faut te soumettre

Mon chéri

Il faut bien t’y plier

Y aura-t-il un Max Brod

Après ta mort

Pour te faire publier ?

 

La postérité

Elle te paierait mieux que moi

T’avais pas qu’à

Etre communiste

C’est tant pis pour toi

 

C’est fou ce qu’on s'éclate

A Paris

Et qu’est-ce qu’on a bien ri

Avec les Lecteurs

Sur ton dernier manuscrit

 

Danse, valse

Dans le politco-mondain

Je connais Emmanuel Valls

C’est un bon copain

 

Je fais ça pour ton bien

Va, ne t’en fais pas

On parlera

Coke

Salons

Petits fours

Amour

La quadrilogie, quoi !

 

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:19

 

Dans mon premier article introductif du blog de Stoni, j’énumérai les deux plombes de mon quotidien :

 

- l’engagement politique premièrement,

- le travail romanesque sous la houlette d’un Grand Editeur deuxièmement.

 

Cette seconde plombe est l’histoire d’un manuscrit.

 


Quand vous avez pondu un joli petit roman dont vous êtes bien fier, vous le convertissez en format manuscrit (ou tapuscrit) afin de le soumettre aux Editeurs de France et de Navarre.

 

Personnellement, je me lançai dans l’aventure à vingt-trois ans, mal dégrossi et absolument ignorant de toutes les finesses du monde littéraire.

 

Un manuscrit, c’est un récit en police Time New Roman taille 12, avec un interligne 1,5.

 

Et vous envoyez tout ça par la poste.

 

Vous recevez des lettres de refus qui se résument à peu près à ça :

 




EDITIONS MACHIN

 

Monsieur Stoni,

 

Nous vous remercions de nous avoir transmis votre manuscrit Une histoire avec des guns, mais malheureusement il ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

 

Veuillez agréer, blabla,

 

LE SERVICE MANUSCRITS.

 



Ce qui en gros signifie : ton manuscrit, tu peux te le foutre au cul !

 

Seulement, un Grand Editeur remarqua mon manuscrit et le trouva presque à son goût.

Ici débuta un long travail d’adaptation du roman aux exigences de sa collection.

 

L’auteur est un caca.

 

Ce que je vais détailler ici, lecteurs que je devine ô combien incrédules ! je ne l’ai pas inventé à partir de ma courte expérience personnelle.

 

J’ai un ami qui a travaillé très longtemps dans le mirifique univers de l’édition parisienne, et il sut très vite me dépuceler des pratiques du milieu.

 

La première chose qu’il m’apprit fut donc :

 - Stoni, tu es un caca. Je suis désolé de te le dire aussi sèchement, mais c’est important que tu le saches, maintenant que tu vas traiter – ou essayer de traiter – avec un Grand Editeur.

 - Pourquoi un caca ? fis-je, estomaqué.

 - Car pour l’éditeur, l’auteur est toujours un caca. Tu n’es absolument RIEN pour lui, en tant que personne. La seule chose qui l’intéresse, c’est ton manuscrit. Toi, ma foi, il n’en aura rien à foutre. Ce que je te dévoile s’applique à presque tous les éditeurs, petits ou grands, prestigieux ou pas. Disons que dans la profession, il y a peut-être 5% des éditeurs qui sont des gens bien et humains, qui n’agiront pas avec toi en caca. Sinon…

- Wo putain !

 

Mon ami me demanda de lui lire une page au hasard de mon livre.

Je pris mon manuscrit et lus deux phrases.

 - Ok, prends une autre page, bien plus loin dans le livre.

Je m’exécutai. Il m’interrompit au milieu de la deuxième phrase, encore une fois.

 - J’ai été éditeur, me dit-il, et c’est ainsi que je procédais quand je recevais des manuscrits. En quatre phrases, je vois le genre que tu fais. Mais ça, c’est en fait le travail du Lecteur. Tu sais ce que c’est, un Lecteur ?

 

Quand le manuscrit arrive dans une maison d’édition, il y a des gens payés pour les lire. Payés au nombre de pages lues. Ce sont les Lecteurs.

 - Si ton manuscrit est parvenu jusque sur le bureau du Grand Editeur en personne, c’est qu’un Lecteur l’a lu en entier. Il s’est déjà fait du blé sur ton dos, le mec ! Le Grand Editeur n’a aucune idée des manuscrits qui arrivent, par la poste ou par des agents. On lui dit vite fait combien il y en a par an, pour le tenir au courant. Lui, il touche seulement ceux qui ont été sélectionnés. Le Lecteur lui les donne avec une fiche de lecture rédigée par ses petites mains pleines d’humilité. Après, le Grand Editeur décide : s’il rappelle l’auteur, s’il lui envoie un petit mot d’encouragement, s’il lui retourne le manuscrit (signe de qualité !) ou s’il jette son travail à la poubelle. Tu vois, la seule chose importante là-dedans, c’est le manuscrit. Et c’est pour ça que toi, Stoni, personne de chair et de sang, douée d’une conscience et d’une subjectivité, tu es très encombrant pour l’Editeur et qu’il te traitera comme de la merde. Tu es un frein, pour lui. Parce que tu auras des attentes et des exigences de créateur. L’Editeur rêve d’un robot qui enchaînerait des romans conformes à ses attentes. Un robot, ça ne s’énerve pas, ni ne s’impatiente. Et de la patience, il va falloir que tu en fasses un sacré stock pour les années à venir.

 - Les années ? échappai-je.

 - L’Editeur n’est pas pressé. Un manuscrit peut attendre des dizaines de mois. Un manuscrit ne pense pas. Un manuscrit c’est deux cents pages de papier. Le manuscrit n’attend pas. Quant à l’auteur, tant pis pour sa pomme, puisqu’il est un caca ! Tu commences à saisir la mentalité ?

 - Je crains que oui…

 - D’autant plus que toi, tu pars mal ! Jeune, pauvre, sans diplôme, sans relations et provincial. Tu es une merde en splendeur, pour les Editeurs ! Alors pourquoi t’accorder un minimum de respect ? Et toute ta vie d’écrivain, tu vas en bouffer. Tu pourrais avoir publié ton quinzième livre et avoir vendu 500 000 exemplaires, tu serais toujours une jolie merde sur un plateau.

 - Tu déconnes ? Même publié, même connu et reconnu ?

 - Pour eux, c’est encore pire. Tu serais alors un caca avec des prétentions. La seule chose qui compte, qui comptera, c’est ton boulot. Tes romans. Et là encore, sur la qualité de ton travail, tu vas tomber des nues. Je vais te dire une bonne chose : l’Editeur se fout pas mal que ton livre soit bon ou pas. Quant au talent, je ne t’en parle même pas ! L’Editeur cherche des romans qui correspondent aux critères de sa collection, et qu’il pourra vendre. Les coups de foudre littéraires, genre : quand j’ai trouvé Machin je l’ai publié tout de suite, même si je prenais des risques, c’est de la pure connerie. Un Editeur ne prend pas de risques. Un Editeur veut une histoire qui se conforme à sa ligne éditoriale. Point barre. Chasse toute métaphysique de ta petite cervelle impressionnable. Il n’y a pas de métaphysique. Un Editeur n’est pas un métaphysicien. Tu as vingt-quatre ans et tu crois avoir du talent ? Parce que tu travailles pour un Grand Editeur ? Mon cul Stoni ! Le talent, ça n’existe pas. Il s’est trouvé que ton livre pouvait éventuellement s’insérer dans une ligne éditoriale. Le reste ? Narcissisme d’écrivain… Et baratin d’Editeur. Abandonne ces visions dégoulinantes de grandeur. Attèle-toi au réel, mon vieux. Euh, mon jeune, pardon.

 - Mais j’en savais rien, quand j’ai écrit l’histoire, si ça collerait ou pas avec telles éditions, et puis je m’en foutais pas mal, j’écrivais, c’est tout…

 - Oui, ce que je te dis n’empêche pas le plaisir d’écrire, ni celui de lire. C’est juste une question de pure coïncidence. Il y a des choses éditées pour êtres vendues – tout est édité pour être vendu – qui sont très bonnes. Tu comprends ? Je ne t’accuse pas de vouloir faire du marketing. Ça, c’est le boulot de l’Editeur. Toi, tu fais ton bordel dans ton coin, et après, au petit bonheur la chance ! Est-ce que ça collera ou pas ? La grande question… Il n’y a pas d’écrivain raté. Les gens qui écrivent, et qui n’arrivent pas à être publiés, ne doivent pas penser en terme de : j’ai pas de talent. Le jour où un Editeur se souciera du talent… L’Editeur fournit des livres à son lectorat, qui attend tel type d’histoire. Il peut parfois en sortir du très bon, de ce mécanisme.

 - Oui, je vois. Tu n’émets pas un jugement de valeur sur l’édition, mais tu m’exposes froidement son fonctionnement.

 - Et heureusement que je le fais. Toi, tu partais la fleur au fusil. La fleur, c’est ton manuscrit et tout ce que tu as dire – écrire – en tant qu’auteur. Le fusil, c’est ton envie de faire ce boulot-là, écrivain. Alors charge-le bien, ton fusil. Astique-le. Démonte et monte-le, tous les soirs. Parce que tu entres en guerre… Tu fais partie des mille conscrits de l’écriture. Les Editeurs Français disposent d’un panel d’un bon millier de guerriers, comme toi, qu’ils ont repérés et qu’ils ont sous la main. Comme dans l’armée, l’Editeur, ton officier, va tout faire pour te casser en tant que personne. Il va te frapper, te molester – psychiquement on s’entend, dans ton amour propre et ton enthousiasme d’écrire. Pourquoi ? Pour que tu sois à sa merci. En bon petit soldat des lettres. Pour que, brisé, tu pondes exactement les bouquins dont il a envie lui (et non pas ceux dont tu as envie toi). Il fera de toi sa chose. A toi de voir si tu tiendras le coup. N’arrête jamais d’écrire. Parce qu’il voudra que tu arrêtes. Il est fondamentalement jaloux de toi.

 - Jaloux ?

 - Toi tu rêves d’une relation constructive, fertile et littéraire. Lui, il ne te convoite que pour une romance sado-masochiste. Un Editeur est bien souvent quelqu’un qui n’a jamais su écrire. Passionné par son boulot, la littérature, il faut l’espérer pour lui ! Mais un écrivain raté. Il ne sait pas faire. Il n’a pas le pouvoir. Il vit d’une force qu’il ne maîtrise pas. Il est aigri, comme tous les parasites… Le mot est méchant, mais je l’utilise plutôt dans un sens biologique. Il vit de ce qu’il ne produit pas.

 - C’est la lutte des classes !

 - Tu es communiste, moi aussi, et tu sais de quoi je parle. Voilà, tu comprends très bien. Sur toi, il va assouvir ses pulsions créatrices, qu’il n’a jamais pu concrétiser. Tu seras son nègre. Dans le pire des cas ? Il a repéré que toi tu sais écrire, mais se fout royalement de ton roman. Alors il te demandera : « ok, tu écris très bien et tout, mais moi ce qui m’intéresserait, c’est un roman sur…. » Et là il va te sortir un sujet qui ne fait pas du tout bander ! Je sais pas… « Sur la Reine Margot ! » Et il va préciser : « Mais dans ce roman, je veux que tu insistes beaucoup sur les chapeaux que la Reine Margot porte. Je veux des descriptions de chacun de ses chapeaux. Moi je trouve ça très intéressant ! Tu peux me l’écrire, Stoni ? »

 - J’ai eu de la chance qu’il me laisse mon histoire, alors !

 - Tu es un caca assez bien traité, je dois l’avouer ! Dans le cas où, en effet, tu as la chance inestimable que ton histoire lui plaise, il va quand même vouloir y apporter sa patte. Les vrais écrivains ratés, ce ne sont pas les auteurs refusés systématiquement, en fait, ce sont les Editeurs ! Ton histoire, il va la tripatouiller, la triturer… Concrètement ? Il va te demander de reprendre tel chapitre. De rajouter telle scène. De couper tant de pages. D’y insérer ses idées à lui. Un soldat, je te le dis. Et au cas où tu ne serais pas encore lessivé, il va te démoraliser. Il te fera toujours des critiques négatives. Jamais, il ne te dira que ce que tu écris est bon. Ou alors très vite fait en passant. Il va s’attarder sur tous les défauts du manuscrit, au point que tu auras l’impression d’avoir écrit de la merde !

 - Mais c’est justement ce qui s’est passé !

 - Attends-toi à aller de désillusion en désillusion. Si ton manuscrit est refusé ? Tu seras déçu. Si ton manuscrit est accepté ? Tu auras du mal à me croire, mais je te le garantis : tu seras très déçu aussi. Dans quelle maison tu entres, c’est toi qui le verras. Sûrement une maison fissurée, branlante, et qui finira par s’écrouler. Mais ce n’est pas si grave. N’arrête jamais d’écrire.

 - Il faut que j’adopte la bonne attitude, en fait.

 - Oui. Adopte, envers l’Editeur, la même attitude qu’il aura envers toi : s’en foutre de lui et chercher ton intérêt dans votre relation. Rien de plus.

 - Bordel, et moi qui pleurais de reconnaissance envers l’Editeur.

 - Tu débutes. C’est normal. Une dernière chose : un auteur touche à peu près 5% du prix de vente d’un livre. Inutile de préciser qu’ils se feront un fric mortel sur ton dos… En attendant, tu fais partie de l’armée de réserve. Quand t’enverra-t-il au front, et quand te fera-t-il signer un contrat d’édition ? Tu es dans son écurie. Tu es son poulain. Il te sortira de l’écurie quand il l’aura décidé. Dans toute guerre, des gens gardent la perspective de la paix. Bats-toi en pacifiste dans l’âme. Bon courage.

 

 

 

 

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