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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:23

 



- Ce que j'adore chez toi, Stoni, c'est ta mordante, vigilante et exacerbée haine de classe.

  Quand j'entends mon pote prétendre cela, je m'écrie :

- NON ! J'ai pas de haine de classe, moi ! Chuis pas haineux, là !

- Bien sûr que si, voyons.


   Mon pote a raison.


   La haine de classe est un sentiment absolument normal, dialectique, matérialiste, historique et tout ce que vous voulez.

Le truc, c'est de ne pas l'ériger en système de pensée.





   Exemple typique de manifestation de haine de classe.


   Vous êtes au taf, et par hasard, vous croisez vos chefs. Des grands pontes (d'Avignon) en costume, cravate et mocassins qui coûtent vachement cher. Ils ne remarquent pas même votre existence, et c'est tant mieux. En fait, ils visitent la cuisine de l'entreprise.

La cuisine est dégueulasse. Comme le reste, d'ailleurs. Je ne vous décris même pas l'état des chiottes. Une aventure extérieure dans l'horreur, avec force poils pubiens, taches d'urines et traînées de merdes au fond de la cuvette.

Vous, vous vous ne prenez jamais un café dans la cuisine. Vous imaginez (avec réticence) la population bactériologique qui pullule dans la cafetière. En fait, les microbes ont même bâti une civilisation, là-dedans. Le terrain est si propice que leur civilisation en est à l'aube d'inventer l'arme nucléaire.

Vous êtes passé dans la cuisine histoire de vous laver les mains (vous évitez le lavabo des chiottes).

Les grands pontes vous lâchent un bonjour indifférent. Vous guignez leurs tasses de café et leurs clopes. Vous, vous n'avez pas le droit de fumer dans les locaux, évidemment.

HAINE DE CLASSE.

Puis, guignant leurs tasses de café, vous comprenez qu'ils se sont servis de la cafetière-arme-bactériologique. Vous refoulez un air méprisant.

- Beurk, pensez-vous en votre for intérieur. Ils sont crades, ces mecs-là. Putain, je pensais que les bourges faisaient au moins l'effort d'être propres. Ben non. Ils voient pas qu'elle est immonde, cette cuisine ?

La haine de classe culmine à son paroxysme quand vous enchainez mentalement :

- Moi, MES PARENTS ils étaient pauvres, mais toujours ON A ETE PROPRES. Ouais. Sales bourges. Nous les pauvres on est propres. Ma parole, si vous tolérez de boire un truc aussi sale, c'est que chez vous, ça doit être le même topo. Normal, vous payez quelqu'un pour vous faire le ménage, et comme vous en avez rien à en foutre, la bonne se gêne pas pour bâcler le travail. Bien fait. CHEZ MOI, ON ETAIT PAUVRES, OUAIS, MAIS ON AURAIT PU MANGER PAR TERRE, PUTAIN.

Ensuite, vous réalisez que ces grands pontes sont responsables de l'état déplorable et de la cuisine, et des chiottes, et de l'entreprise en général.

HAINE DE CLASSE.

- Aucun respect pour vos salariés, bande d'enfoirés. Ma parole, SI J'ETAIS CHEF D'ENTREPRISE, je me sentirais OBLIGE de fournir à mes employés UN MINIMUM DE PROPRETE. Que vous soyez sales, entre vous les bourges, je m'en tamponne le coquillard. Mais du moment que vous embauchez quelqu'un, faites un effort, putain de votre mère.

Tout cela est méchamment pensé tandis que vous vous lavez les mains et qu'un des grands pontes a la fantaisie de s'intéresser à votre petite personne rémunérée à peine plus que le SMIC (et encore, on vous a augmenté parce que vous avez menacé de démissionner).

- Dites jeune homme, c'est vous qui êtes romancier ?

Alors là, la haine de classe explose.

Vous vous retournez sur le grand ponte humaniste avec, dans le regard, toute la méfiance que votre classe laborieuse a entretenue depuis l'instauration de l'exploitation de l'homme par l'homme.

C'est-à-dire depuis un bail.

- Oué... murmurez-vous, aux aguets.

Mais votre œil tient, lui, un tout autre discours : Comment ça espèce de sale bourge inculte tu oses me parler littérature ? Toi qui lis Max Gallo et qui crois faire de l'histoire ? Allez, viens, on va parler littérature. Je vais te carrer du Pasolini entre deux virages de ton intestin grêle, tu vas adorer.

Sauf que le grand ponte ne lit que dalle, dans votre œil pourtant enflammé.

- Vous avez réussi à faire éditer votre roman ?

CATACLYSME DE HAINE DE CLASSE.

Comme si vous étiez un pauvre petit ouvrier de merde qui, foudroyé par la folie des grandeurs, en était encore à implorer le fabuleux monde de l'édition parisienne de lire son roman de merde.

Dans votre cervelle, c'est la Tempête de Shakespeare (« que t'as même jamais lue, connard ! »). COMMENT ÇA EST-CE QUE J'AI REUSSI A FAIRE EDITER MON ROMAN ? RACLURE DE TOILETTE, SACHE QUE TOUS LES PLUS GRANDS EDITEURS DE LA PLACE DE PARIS ME LECHENT LE CUL POUR QUE J'AILLE SIGNER CHEZ EUX ! OUAIS ! PARFAITEMENT ! CHUIS UN ANCIEN, J'EN SUIS PLUS A ENVOYER MES MANUSCRITS PAR LA POSTE, GROS MALPROPRE !

Sauf que, n'ayant pas envie de raconter votre vie à ce mec-là, vous vous contentez de répondre :

- Ben oui, en fait.

- Oh, félicitations !

Les autres grands pontes vous accordent un sourire condescendant.

LA HAINE DE CLASSE TE TUE, A CE MOMENT LA.

- Vous écrivez quel genre de livre ?

DES LIVRES QUI TE TROUERAIENT LE CUL, MON GARS.

- Bah. Y'a pas vraiment de genre.

- C'est à compte d'auteur ?

LA HAINE DE CLASSE TE FAIT CARREMENT MAL AU VENTRE.

Ça te fait si mal au ventre que, sur ta figure, ton orgueil et ton indignation leur sont déchiffrables. Les grands pontes s'assombrissent.

- Non ! vous exclamez-vous en forçant un sourire aussi condescendant que le leur. Non, c'est à compte d'éditeur. Je vous souhaite une bonne journée, messieurs.

Quand vous vous extirpez de la cuisine, les grands pontes reprennent leur discussion de grands pontes.

Ils parlent d'une pièce de théâtre qu'ils sont allés voir avec leurs femmes. Un truc débile avec un acteur connu, dans un théâtre pour riches sans aucun intérêt (mais que vos impôts subventionnent).

Mépris. HAINE DE CLASSE.


 

Bon. J'ai déjà dit que la haine de classe est un sentiment que toute personne lambda va expérimenter couramment dans sa vie (voire même plusieurs fois par jour).

Sauf que la haine, c'est chiant, et que ce n'est pas surdéterminant – au contraire de l'humour et de la poésie.


Restons d'un hyperréalisme radical radical.



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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 15:54


chiottes.jpg

Attention, ça rigole plus :

le niveau conceptuel est placé très haut


 

 

 


Ayons l'audace d'être hyperréalistes radicaux radicaux.


Comme j'utilise cette expression, hyperréalisme radical, à tire-larigot dans les pages de ce blog, de courageux, patients, curieux et ouverts internautes m'ont posé la question :

- Mais ça veut dire quoi, hyperréalisme radical ?


Je dis souvent qu'être hyperréaliste radical, c'est relever la lunette des chiottes quand on va pisser. On peut même s'asseoir, d'ailleurs, ce qui n'est pas plus mal.

Pisser debout, c'est marrant mais ça en fout partout.


L'hyperréaliste radical tente, autant que faire se peut, d'appliquer des concepts opératoires simples.

Le concept opératoire le plus simple au monde est celui de la dialectique de la production et de la consommation.

Dialectique, ça fait peur, n'est-ce pas ? Alors, disons que la dialectique de la production et de la consommation, c'est comprendre les relations entre la sphère de la production et la sphère de la consommation.


Tu manges (consommation), tu fais caca (production).

Tu cultives tes carottes (production), tu les manges (consommation).

Tu travailles (production), tu achètes ton engrais pour tes carottes (consommation).

Dans ces exemples, la dialectique est évidente. C'est le lien entre la consommation et la production.


Le marxisme s'est posé les questions : qui produit et qui consomme ? La dialectique est-elle équilibrée, dans telle société donnée ?


De la production, on tire le principe de réalité.

De la consommation, on tire le principe de plaisir.

Principe de réalité : je travaille.

Principe de plaisir : j'achète.


Le problème se pose lorsqu'une séparation est installée entre la production et la consommation, puis, entre le principe de plaisir et le principe de réalité.

Des gens achètent sans travailler.

Des gens éprouvent le principe de plaisir grâce au principe de réalité d'autrui.

C'est : la division de classes.

Une classe sociale consomme, l'autre produit.


Pour justifier sa position, la classe sociale qui consomme – et qui est classe dominante, puisqu'elle exploite la classe productive – va tenter de, et parvenir à, mettre la sphère de la production dans un non-dit.

Le système de la classe dominante fonctionne si elle peut faire oublier l'existence et la réalité de la sphère de la production.

Et si elle ne réussit pas entièrement à nier son existence, elle fera en sorte de minimiser son importance.


Avec, pour effets ultimes : l'inégale répartition des richesses par l'exploitation de l'homme par l'homme.


La dialectique de la production et de la consommation conduit à la conceptualisation de la lutte des classes. C'est ce que je viens de faire dans les lignes ci-dessus.


Etre hyperréaliste radical, c'est envisager chaque chose, chaque jour, chaque événement, chaque notion, chaque comportement, par la dialectique de la production et de la consommation.


Prenons maintenant l'exemple de la lunette des chiottes, qui a l'avantage d'être tout à fait facile à comprendre.


L'hyperréaliste radical sait que pisser debout sans relever la lunette des chiottes, c'est vachement marrant. Y'a des petites gouttes de pipi qui tombent sur la lunette – voire à côté. Trop drôle (consommation, principe de plaisir, on se fend la gueule).

L'hyperréaliste radical marxiste n'a aucun problème avec le fait de se fendre la gueule, ni avec la consommation, ni avec le principe de plaisir.

Ce que l'hyperréaliste radical marxiste n'oublie pas, en revanche, c'est la sphère de la production.

Quelle est la place de la sphère de la production dans le fait de pisser debout ?

Sa place, c'est celle de la personne qui va passer derrière le mec qui a pissé debout sans relever la lunette des chiottes. Sa place, c'est celle de la personne qui doit nettoyer les gouttes de pisse. Economie domestique. Travail. Production. Principe de réalité.

L'un a consommé (trop marrant, il s'est fendu la poire, il a eu la flemme de relever la lunette des chiottes, il n'en a rien à branler) l'autre a travaillé (super chiant, de nettoyer la pisse sur une lunette de chiottes, c'est dégueulasse).

Principe de plaisir contre principe de réalité.

Là où l'hyperréaliste radical marxiste voit un problème, c'est quand le principe de plaisir et le principe de réalité sont éprouvés respectivement par deux personnes différentes, relativement à un seul et même acte.


Si le mec qui veut pisser debout sans relever la lunette des chiottes, parce qu'il trouve ça vachement marrant et qu'il a la flemme, va ensuite nettoyer lui-même ses gouttes de pisse, ok.

A condition qu'il soit le seul à utiliser le cabinet de toilettes.

Mais si c'est quelqu'un d'autre qui nettoie, là, l'hyperréaliste radical marxiste n'est pas d'accord du tout.


Et nous savons bien, malheureusement, que la plupart du temps, c'est une autre personne qui va nettoyer.

Voilà, si l'on ose dire, l'illustration de la lutte de classes aux chiottes.


Etre hyperréaliste radical, c'est accepter de bien vouloir observer le monde à la hauteur de la lunette des chiottes.

Rien de très valorisant à cela, n'est-ce pas ?


De la lunette des chiottes, l'hyperréaliste radical peut passer, s'il le souhaite et s'il en a l'occasion, à la notion de fraternité.


Comme je l'ai déjà exposé dans l'article définition de « Fraternité », l'hyperréaliste radical va être confronté à la notion de fraternité, un beau jour.


Là, il se demande : quel rapport entre la notion de fraternité et la dialectique de la production et de la consommation ?


En examinant cette question, il réalise que la notion de fraternité a été inventée par la classe dominante au moment où elle en a eu besoin, pour justifier sa position parasitaire et l'exploitation de l'homme par l'homme.

Il en est ainsi de nombre de concepts intersubjectifs... L'amour, la liberté, la morale, etc.


L'hyperréaliste radical ne croit pas en la fraternité, en la liberté ou en l'amour, parce que ce sont des idéalismes – philosophiquement parlant. Des notions qui n'existent qu'au sein de l'intersubjectif, et qui n'ont aucun référent dans la sphère de la production.

Certes, là, ça se complique.

On va essayer d'expliquer.


La liberté est une idée. Rien ne signifie la liberté, dans le monde concret. Il n'y a de liberté que s'il n'y a des hommes pour bien vouloir en parler.


Qu'est-ce que la liberté par rapport à la dialectique de la production et de la consommation ? La liberté ne renvoie à aucun élément économique, à aucun élément concret, à aucun élément appartenant à la sphère de la production. La liberté n'a pas de référent dans la sphère de la production. La liberté ne se crée pas, ne se fabrique pas.


En revanche, le communisme – qui pour moi équivaut à ce que les gens imaginent quand ils pensent liberté – renvoie à un élément économique. Le communisme, c'est la collectivisation des moyens de production. Grosso merdo : ceux qui produisent consomment ce qu'ils produisent. Personne ne consomme sans avoir au préalable travaillé. Il n'y a plus de division de classes.

Le communisme trouve tous ses référents dans la sphère de la production. Le communisme est faisable dans le concret.


Bref, être hyperréaliste radical, c'est relever la lunette des chiottes quand on va pisser, tout en disant : rien à en foutre de la liberté.


C'est chelou, je sais.

 

 

 

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 14:48

 

 

 

 

marx_rouge.jpg

 

 



Un jeune camarade (genre une petite vingtaine d'années) claironne un beau jour :

- Moi, je suis pas marxiste, mais communiste.

Puisqu'il claironne cela pour ma pomme – nous sommes seuls – j'esquisse un sourire attendri.

- Ah bon ?

- Oui, je suis pas marxiste, je suis pas d'accord avec toute la pensée de Karl Marx.

Je commence à frétiller en écoutant le mot « pensée ».

Karl Marx, la pensée.

Ouais. Chelou.

- Je sais bien que toi, reprend-il, tu es marxiste-léniniste...

- Enfin, j'essaie...

- Donc tu va vouloir forcément me faire penser le contraire...

- Le contraire de quoi ?

- Eh bien, tu vas vouloir me convaincre d'être marxiste.

- Oh non !

Pour lui prouver à quel point je n'ai nulle intention de le convertir au marxisme, je m'allume une clope.

Il me regarde faire sans envie. Il ne fume pas.

- Tu veux pas me convaincre d'être marxiste ?

- Wola non ! Si t'es communiste, c'est déjà une belle tare. Je voudrais pas que tu deviennes marxiste, non plus. Et encore moins marxiste-léniniste.

- Là où je ne suis pas d'accord avec Karl Marx, c'est sur la religion.

- Pourquoi ?

- Je pense que la religion peut être un progressisme.

Et, comme il a la foi, il m'expose tout un cours magistral sur le caractère progressiste de sa religion.

J'écoute en hochant la tête.

- Mais toi, Stoni, t'as pas la foi ? Tu crois même pas en Dieu ?

- Je ne sais pas... Vraiment, je n'en sais rien.

- Et ça ne te choque pas, que je sois communiste et croyant ?

Je n'ai jamais compris pourquoi les gens veulent toujours « vous choquer ».

- Ben, il m'en faut un peu plus pour me choquer... Si tu savais d'où je venais... Hum.

- D'où tu viens ?

- J'ai vu, entendu et vécu des choses pires que le fait d'apprendre que tu es croyant. Disons ça comme ça.

- Tu penses que c'est compatible, d'être communiste et croyant ?

- Si pour toi ça l'est, oui.

- Mais pour toi ?

- Pour moi ? J'ai rien à en foutre, voilà tout.

- Pourtant, en tant que marxiste, tu devrais me...

- Ecoute, je sais pas comment tu vois le marxisme. Déjà, être marxiste, ce n'est pas être d'accord avec Karl Marx ! Tu me dis : je ne suis pas marxiste, parce que je ne suis pas d'accord avec Karl Marx sur la religion. Mais qui t'a obligé d'être d'accord avec Karl Marx sur la religion ?

- Mais dans La question juive il...

- Je sais que dans la La question juive il... Mais merde, c'est pas un dogme, là ! Qu'est-ce que vous vous imaginez ? T'es pas le premier à me sortir un truc pareil. Oh là là, moi je ne suis pas marxiste, parce que Marx il a dit ça, Marx il a fait ça... Marx il a engrossé la bonne, et il a fait reconnaître le gamin par Engels – ce brave Engels. Bordel de con, je suis marxiste et je vais pas pour autant engrosser une bonne que je n'ai pas !

- Il a fait quoi, Marx ??

- Engrossé la bonne. Tu vois, les Marx, ils avaient une bonne. Marx, qui était marié et avait toute une chiée de gamins, il a rien trouvé de mieux à foutre que d'engrosser la bonne. Super ! Alors, pour pas avoir trop d'emmerdes, il a demandé à son super pote Engels de reconnaître le môme. Histoire que sa femme lui en coule pas une pendule sur les gogues.

- Je savais pas !

- Eh ben tu sais, maintenant.

- Ouais, mais détourne pas la conversation...

- Je détourne pas la conversation, je t'explique.

- … ça n'empêche pas que si je ne suis vraiment pas d'accord avec Marx sur un point, je ne peux pas être marxiste et appliquer ses théories de...

- Mais quelles théories ? Vous croyez que Marx il a écrit le décalogue, ou quoi ? Non mais des fois, je me pose des questions. Le Capital, c'est pas le Lévitique, putain !

- Mais dans La question juive...

- Oui j'ai compris que ça ne t'avait pas plu, La question juive.

- Et même d'un simple point de vue économique, là où je ne suis pas d'accord avec Marx, c'est qu'il dit, sur la plus-value, que...

- Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre, de ce qu'il dit sur la plus-value ? C'est pas ça, être marxiste.

Déconfit, il se tord les mains et finit par lâcher :

- Bah c'est quoi alors ?

- C'est justement ne pas avoir de dogme, ni de morale, ni rien. Etre marxiste, c'est être hyperréaliste radical. Tu conçois ton vécu, la société, l'histoire, l'œuvre des hommes selon une matrice simple, réelle et concrète : la dialectique de la production et de la consommation. C'est ton unique point de départ.

- Mais la lutte des classes ?

- La lutte des classes, c'est une appréhension historique de la dialectique de la production et de la consommation. La lutte des classes, c'est la réponse à la question marxiste : qui produit, comment produit-on, qui consomme, et comment consomme-t-on ? Pourquoi tu veux t'emmerder à aller foutre ton bordel religieux là-dedans ? La religion, dans une dialectique de la production et de la consommation, tu vas bien sûr l'expliquer de façon hyperréaliste radicale. Mais rien ne t'empêche de croire en Dieu si t'en as envie. Rien n'a empêché Marx d'aller engrosser la bonne, puisqu'il en avait envie...

- Ce que j'aime pas, dans le marxisme, c'est que tout repose sur un homme.

- Non, c'est que deux hommes, à la base, ont fait table rase et permis l'hyperréalisme radical. Et puis, Marx, c'était un mec vachement marrant, malgré tout. Marx, c'est ce type qui a l'audace de dire : au début, il y avait marchandise-marchandise. Le troc. Puis, il y a eu marchandise-argent-marchandise. Le capitalisme primitif. Ensuite, argent-marchandise-argent. Capitalisme moderne. Enfin, argent-argent. Capitalisme de la fin du 20ième siècle. Marx, c'est le mec qui a dit : bon, maintenant les gars, on va essayer de se marrer !

- Euh, quel rapport avec ce que je te disais ?

- Ben, je te montre c'est quoi, l'hyperréalisme radical. Bien sûr, ça veut aussi dire que tu relèves la lunette des chiottes quand tu vas pisser.

- Pourquoi ?

- Economie domestique. Lutte de classes.

- Hein ?

- Laisse tomber.

- Enfin, quand même, admets que tu veux me convertir !

- Mais puisque t'es pas marxiste et que je t'ai dit que c'était tant mieux pour toi !

- Avoue que ça te choque, que je sois pas marxiste, non ?

Je me contente d'allumer une autre cigarette.


Il y a des fois où vous vous demandez pourquoi vous vous fatiguez à parler lunette de chiottes et argent-argent.

 

 

  POUR ALLER PLUS LOIN

DANS LA COMPREHENSION FACILE

DU MARXISME

 

 

C'EST ICI

 

 

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 14:46


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Ce matin je rédige un courriel à un camarade, et comme tous les communistes le font, je conclus avec un « Fraternellement, Stoni ».


Le « fraternellement », c'est notre « amicalement », « cordialement » à nous. Toute notre correspondance s'achève par ce mot.


Là, je me suis rendu compte que ce « fraternellement », ça représentait l'incommensurable retard pris par les communistes, d'un point de vue conceptuel, sur le thème de l'intersubjectivité.




Au douzième siècle, une classe sociale découvrit, formula, expérimenta et opéra un monde merveilleux : celui de l'intersubjectivité. Et cela se cristallisa dans un mot : l'amour.


La noblesse créa l'Amour courtois (j'en parle un peu ici).


L'intersubjectivité, univers du sentiment, avait l'avantage de faire croire qu'il échappait aux surdéterminations de classe. Un champ de l'ineffable, de la liberté, et de la spontanéité.


Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas...


Ou, plus idéologiquement :


Le cœur a ses lois que la loi ne connait pas...


L'amour s'affranchissait de la logique du concret, c'est-à-dire de toute tentative d'explication hyperréaliste radicale.


En gros, l'amour, et les sentiments (puis les Idées), seraient indépendants de l'infrastructural (l'univers de la production, donc, grosso merdo, le travail).


On pourrait aimer, sans que ce sentiment n'ait aucun rapport avec l'organisation des rapports de production, et donc, aucun rapport avec l'exploitation de l'homme par l'homme.


L'amour devint la valeur refuge pour justifier le crime – l'exploitation de l'homme par l'homme.


« Oui, ce monde est pourri, mais l'amour est possible... Le noble peut aimer la paysanne, plus tard, le bourgeois aimera la soubrette, la mondaine l'artiste maudit... Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'est pas applicable. Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'opère pas. Nous sommes libres dans le sentiment ! Alors, à quoi bon faire la révolution ? »


Comme le dit le Roi dans ce monument conceptuel qu'est le film le Roi et l'oiseau : « Et les bergères épousent les rois, pas des ramoneurs, c'est bien connu... ».


Oui, libres dans le sentiment !


Alors, la classe dominante occidentale inventa, dans l'amour, les notions de liberté et de fraternité.


Ces idées furent des mensonges.

On mesure mal à quel point le mentir est un concept fondamental. Il ne porte pas un nom compliqué, tout le monde peut le comprendre. Qui n'a jamais menti ? A qui n'a-t-on jamais menti ? Sa simplicité le rend suspect. Il faudrait pourtant systématiquement envisager la lutte des classes par le mentir.


C'est le mentir qui autorisa la division de classes.


C'est le mentir qui permit à la Révolution française – haut moment de l'intersubjectivité – d'introduire le règne bourgeois, et la mise en place du capitalisme.


La bourgeoisie énonça : « Liberté, égalité, fraternité ».


Moi, là-dedans, je veux bien garder égalité, à la limite.

Puisque nous sommes tous égaux, apprenons à respecter nos différences, bordel de merde.


Le reste ? Non merci.


Je ne sais pas ce que signifie la notion de liberté, après avoir lu Marx. Je ne sais pas ce que signifie non plus celle de fraternité, quand j'analyse mon vécu par la lutte des classes.


Comme l'a dit Marx, que je cite de mémoire : « Il y a des hommes dont je ne veux pas être le frère... »


Liberté, égalité, fraternité, c'est beau comme un œuvre d'art. C'est une œuvre d'art. Mais ça ne veut rien dire.


L'artiste fut inventé pour justifier le crime : il accomplit le mensonge.


L'artiste est là pour donner une forme concrète au mensonge. L'artiste dit : la fraternité, c'est l'amour des hommes. L'artiste dit : vous verrez comme ce sera beau, la fraternité. Aussi beau que l'amour, vous savez, cet endroit où vous avez le droit d'échapper à la lutte des classes... Ce domaine de l'impossible... Là où vous pouvez faire la révolution sentimentale, quand vous aimez au-delà de votre classe... Alors, inutile de la faire ailleurs... Inutile de la faire dans le concret... Inutile de la faire dans le travail...


Pendant ce temps, le crime se poursuit. Tant pis. Puisque nous avons la liberté et la fraternité.


C'est tellement beau, putain de con.







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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 17:56




 

 Tout ce qui ne concoure pas au progrès humain, à la construction du bien-être collectif, est réactionnaire.

 

 La réaction, ça n’est pas compliqué : retour en arrière, négation de l’Histoire (et pourrissement de l’Histoire), arrêt sur image, boum ! On ne progresse pas.

Les freudiens appellent ça la régression.

Les marxistes diront que c’est contre-révolutionnaire : la réaction n’aide pas la Révolution, on est d’accord.

 

 La marche de l’Histoire, ce n’est pas compliqué non plus. C’est l’avancée vers un mode de production plus efficace (en termes démographiques, un système économique qui nourrira au mieux le maximum de monde). Notre avenir est promis dans un mode qui conciliera production et consommation, sans intermédiaire. Comprenez : ce que vous produirez vous appartiendra de plein droit.

Les marxistes appellent ça le communisme.

 

 Une fois posées ces définitions essentielles, vous pouvez affirmer : la beauté est réactionnaire.

 

D’une, la beauté n’existe pas.

Il n’y a pas de beauté, nulle part. C’est un concept intersubjectif : la beauté n’a de valeur que celle que l’esprit humain (le sujet, le subjectif) voudra bien lui accorder. La beauté est un consensus de plusieurs subjectivités, en l’occurrence d’une société (intersujbectif).

Et c’est d’ailleurs aussi l’exacte définition du fric, d’où l’expression monnaie fiduciaire, monnaie de confiance.

 

 Personnellement, le concept de beauté me dérange beaucoup plus lorsqu’il est appliqué à l’être humain.

Après tout, je m’en balance pas mal qu’on trouve un tabouret magnifique. Tant pis pour le tabouret ! Mais un être humain, merde, ça me fait chier quand même.

 

 Ici arrivent : les Tronches de Steak.

 

 

La Tronche de Steak

 

 

La Tronche de Steak est, à l’heure actuelle, le physique hollywoodien, et le consensus du beau contemporain.

 

Ce qui est beau est : la Tronche de Steak.

 

Il nous fallait une définition, pour rendre le concept plus palpable. Et force est d’admettre que l’expression « Tronche de Steak » est un peu plus marrante que « Physique Hollywoodien ».

 

Donc, la Tronche de Steak sera le critère de beauté façonné par le code de notre époque.

 

Pour la femme, la Tronche de Steak « éternelle » reste Marilyn Monroe (dont le destin romantico-tragique ajoute un zeste de mythologie – et la mythologie est réactionnaire).

 

Pour l’homme, la Tronche de Steak est assez bien symbolisée par Brad Pitt.

 

Bref, des nénettes et des gus devant lesquels vous êtes censés vous extasier, et auxquels vous devriez rêver de ressembler, bien entendu !

 

 

Pourquoi « Tronche de Steak » ?

 

 

Allumez votre télé, et vous ne zapperez pas longtemps avant de tomber sur une Tronche de Steak. La beauté physique est, de toute manière, fatalement vouée à occuper la fonction visuelle du bout de viande, et peu importent ses critères.

 

La Tronche de Steak n’est pas, en tant que personne, coupable de son état. Ne soyez pas méchant envers les Tronches de Steak. Ils n’y sont pour rien, les pauvres. Le hasard, ou la chirurgie plastique, ou les deux conjugués, ont fait d’un individu quelconque une Tronche de Steak en puissance. De ce fait, cette personne exerce un métier de Tronche de Steak (acteur, chanteur, journaliste présentateur du 20 heures, animateur télé, mannequin, etc.).

 

Pire encore, si votre visage s’avère correspondre aux critères de beauté, vous êtes vous-même une Tronche de Steak involontaire ! Sans pour autant que ce soit votre métier, je vous l’accorde. Mais les gens vous traiteront en Tronche de Steak du bas peuple prolétaire, et, cela est surtout flagrant chez les femmes, votre vie en sera un peu plus facilitée.

 

Vous aurez compris que le problème, ce n’est pas la Tronche de Steak en soi, mais le code épistémologique, bref, la culture, qui va produire le concept de Tronche de Steak.

 

 

En quoi le concept de Tronche de Steak est réactionnaire ?

 

 

Comme je l’ai dit plus haut, ce qui est réactionnaire ne concoure pas à l’établissement du bien-être collectif.

 

La beauté est, à ce titre, un exemple édifiant : ceux qui ne sont pas « beaux » s’en prennent plein dans leur gueule (de moches). J’ai toujours eu une pensée émue pour ces filles qui ne correspondent pas au « beau » (petits yeux, gros sourcils, gros menton et gros pif), et ce qu’elles doivent endurer chaque jour.

 

Eh oui, la beauté est aussi réactionnaire en cela qu’elle concourre à l’oppression de la femme.

 

 


Ne croyez pourtant pas que la beauté opprime la femme parce que ces salauds de mecs l’ont décidé, un beau jour, et s’y sont donné à cœur joie.

 

La beauté opprime la femme en raison de la place qu’elle a toujours occupée dans les rapports de production, depuis l’établissement de la propriété privée : elle est l’enjeu de la transmission du patrimoine.

 

Ainsi, la conduite politique de féminité naquit, car l’homme contrôla, boucla et surveilla la femme qui devait enfanter son fils, et pas celui d’un autre : ça aurait fait chier le propriétaire qu’un bâtard hérite de son patrimoine, n’est-ce pas. Depuis ce jour-là, la femme fut l’inférieure de l’homme (pour en savoir plus, lisez Engels L’origine de la famille…).

 

Chez les pauvres, la femme devait néanmoins bosser (économie domestique) et n’était pas tout à fait coupée des rapports de production.

D’où la moindre importance de la beauté chez des paysans de l’an 647, dont la femme avait les orteils enduits de mycoses, les mains ridées et tavelées par le travail, l’haleine pas extrêmement fraîche et quatre marmots dans les bras (plus les projections de vomi sur son tablier).

 

Chez les riches, la femme devint rapidement un surplus démographique qui ne servait à rien, puisqu’elle n’avait rien à faire chez elle (des servantes s’en occupaient à sa place, et des nourrices allaitaient les chiards).

 

La gente dame fut coupée des rapports de production à fond du ballon.

 

De plus, la fille de lignée noble devint rapidement un enjeu dynastique (le regroupement des familles, donc des terres), et se métamorphosa en valeur d’échange (en pognon, quoi).

Croyez-moi, question sexisme, la richarde en a bien plus bavé que la pauvresse, pendant le haut Moyen Age.

 

Cela dit, la femme, en tant que surplus démographique, était potentiellement dangereuse. Un surplus démographique, s’il n’est pas occupé et ne trouve pas son compte dans une société, est susceptible de se rebeller et de déclencher une révolution, pour justement trouver sa place.

 

Alors, on occupa la femme en inventant la féminité : la broderie, la coquetterie, l’amour galant (où un autre surplus démographique trouva aussi son emploi : le chevalier) et la beauté.

 

De ce modeste cours d’histoire pour les nuls (et professé par un nul), retenez une bonne chose : la beauté a été inventée pour retarder, voire annuler, une potentielle Révolution progressiste.

 

 

QUE FAIRE CONTRE LE CONCEPT DE TRONCHE DE STEAK ??

 

 

 Malheureusement, avec un tel matraquage idéologique, vous n’y couperez pas : vous êtes rongé par le concept de beauté physique, et cela durera certainement jusqu’à trépas.

 

 Moi-même, je tente de me révolutionner et de ne plus croire au beau physique.

Résultat : j’ai créé une catégorie de mon blog toute dévouée aux beaux gosses.

J’ai voulu faire table rase de la beauté, et voyez un peu ce que ça a donné. Un fiasco total.

 

Alors, ne vous flagellez pas, ce n’est pas si grave que ça.

L’important, c’est que désormais vous savez que la beauté c’est de la connerie.

En marxisme, la connerie, on l’appelle l’aliénation.

 

Bien sûr, comme ça, ça a pas l’air transcendant, comme prise de conscience.

Mais vous vous sentirez mieux. Et principalement, vous vous inscrirez dans une démarche potentiellement révolutionnaire (potentiellement, je le répète).

 

Vous marcherez sur la voie de la désaliénation.

Peut-être que vous n’arriverez jamais à vous désaliéner pour de bon.

Mais vous aurez au moins posé les bases théoriques de cette désaliénation, et d’autres, après vous, peut-être vos petits chiards, sauront concrétiser ce travail.

 

Ce qui s’incarnera en cela : quand vos chiards verront les vieilles photos des stars, de mannequins, et toutes ces conneries, ils soupireront : putain, j’ai rien à en foutre !

 

Ce seront des révolutionnaires.

 

L’IMPASSE REACTIONNAIRE DE L’ANTI-THESE A LA TRONCHE DE STEAK

 

 

Ce qu’il ne faut surtout pas faire, en revanche, mes chers lecteurs, c’est adopter la stratégie anti-thèse de la Tronche de Steak.

 

Soit, d’envoyer chier la beauté Tronche de Steak, mais d’en inventer une autre !

 

Cela n’aurait aucun intérêt, puisque vous ne feriez que répéter la même aliénation, mais sous une autre présentation formelle.

 

Par exemple, face à Marilyn Monroe, vous décidez de considérer comme beau l’exact contraire.

Ou alors, vous érigez le monstre comme acmé de la beauté.

 

Ainsi apparut le canon « brindille Kate Moss » (déjà annoncé par Twiggy). Loin d’être une révolution esthétique, le mannequin filiforme n’est qu’une négation de la mamelue Marilyn Monroe.

 

Là, vous répétez le même, vous ne faites pas avancer l’Histoire !

 

Ceci est d’ailleurs une parfaite illustration de la dialectique hégélienne :

 

Thèse : Marilyn Monroe

Anti-thèse : Kate Moss

 

Thèse + anti-thèse = impasse, pourrissement de l’Histoire.

 

Sortie de l’impasse = synthèse

 

Synthèse = ni Marilyn Monroe, ni Kate Moss, mais l’abolition de notre croyance au concept de la beauté, qui lui, est le vrai problème.

 

Tabula rasa.

 

L’Histoire avance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 18:17


Il ne s'agit pas d'une position sexuelle complexe.

Avoir la tête dans le cul, fam. : être fatigué et / ou ensuqué.
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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 23:02

C’est quoi, l’épistémologie ?

 

C’est l’étude du savoir et de la connaissance.

 

Comment vas-tu interpréter le réel, analyser le concret et anticiper le métaphysique (= ce qui n’est pas sensible, ce que l’on ne peut pas voir, expérimenter) ?

C’est ça, l’épistémologie.

Langage philosophique, aventure d’intellectuels, voilà l’épistémologie avec un grand E.

 


VA TE FAIRE EPISTEMOLOGUER, DUCON !!!

 


Ton balai de chiottes, acceptes-tu qu’il existe, déjà ?

En tabula rasa, tu dis non, le balai de chiottes n’existe pas.

(exemple de rasage de table sur l’article « Rien à en foutre de Home »)

Epistémologie cartésienne.

 

Ton balai de chiottes, crois-tu pouvoir un jour l’expérimenter pour de vrai ?

Non, le balai de chiottes n’est pour toi ce que tu peux en expérimenter, avec tes cinq sens. Le vrai balai de chiottes, tel qu’il existe en soi, en dehors de tes sens, tu ne l’expérimenteras jamais.

Le balai de chiottes que tu n’expérimenteras jamais, le vrai balai de chiottes, c’est le noumène.

Epistémologie kantienne.

 

Ton balai de chiottes, que représente-t-il en lutte des classes ?

Par qui a-t-il été produit ? Comment est-il consommé ? De quels rapports de production surgit-il, le balai de chiotte en plastique que t’as acheté chez Carrefour ?

Et avec quel argent tu l’achètes ?

Que cristallise-t-il, en tant que marchandise, comme capital objectif et intersubjectif ?

Epistémologie marxienne.

 

Plusieurs fois dans l’histoire de l’humanité, des gens sont arrivés et ont dit :

« Oh putain, j’ai trouvé, j’ai compris… je sais un nouveau truc sur le balai de chiottes que personne n’a trouvé avant ! »

Ces gens-là ont suscité une coupure épistémologique.

La coupure épistémologique est l’eurêka philosophique.

Tu coupes l’épistémologie en affirmant :

« Je sais et intègre un nouvel élément. »

C’est l’épistémologie du pionnier.

Ou en contestant :

« Tout le monde s’est trompé sur le balai de chiottes. Moi, j’ai compris. »

C’est l’épistémologie du rebelle.

 

L’épistémologie appartient à la bourgeoisie, comme classe dominante.

En faculté de philosophie, tu ingères et intègres l’épistémologie bourgeoise.

D’aucuns crieront : « mais on y étudie Marx ! »

Ma foi, je n’en sais rien. Je n’ai pas été à la faculté de philosophie.

Mais l’épistémologie bourgeoise, quand bien même permet-elle l’étude de Marx, le récupère en fonction de ses intérêts.

Concrètement, ça donne Althusser, ou les freudo-marxistes (vieillerie soixante-huitarde).

 

Mais toi, tu t’en fous pas mal d’Althusser et des freudo-marxistes, et t’as tout juste.

Tu restes à t’interroger sur le balai de chiottes.


Ton épistémologie, c'est tout ce que tu sais, aujourd'hui, du balai de chiottes.

 

 

SUR MON EPISTEMOLOGIE PERSONNELLE

 


Je tâche de pratiquer la tabula rasa, par goût de l’aventure.

 

De ce processus, je retire une seule réalité : la lutte des classes.

En fouillant un peu, j’admets que l’humour et la poésie sont à garder.

La paix, aussi. Parce qu’on me l’a conseillée.

J’ai des tendances guerrières.

 

J’essaie de provoquer ma grande coupure épistémologique : ne plus croire en la beauté du type humain que je qualifie de beau gosse.




On y croit tous.

On y travaille.

 

ENVOYEZ VOS DONS POUR FINANCER CETTE MONUMENTALE ŒUVRE EPISTEMOLOGIQUE.

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 14:53

 

 

D’où tiennent-ils ce titre, « intellectuels » ?

D’une publication. Ou de leurs fréquentations. De leur cursus universitaire. Voire, d’eux-mêmes.

Des fois, c’est les quatre à la fois.

Ils l’ont décrété, un jour. Je suis un intellectuel.

 

Je fréquente des intellectuels.

Marxistes.

 

Je me suis retrouvé parmi eux, autour d’une table, parce que nous apprécions tous la lecture d’un certain philosophe contemporain. Nous travaillâmes ensemble, pour faire connaître son œuvre, et pour le plaisir d’en parler.

Moi, j’étais le chien dans ce jeu de quilles lettrées. Ils disaient de moi beaucoup de choses, vraies, et fausses, je crois qu’ils étaient contents que je sois là.

J’étais l’argument prolétarien. La caution de garantie.

 

Je ne me suis donc jamais senti des leurs.

Ni n’en ai ressenti l’envie.

 

Les intellectuels ne sont pas alléchants.

 

Certains ont de l’imagination, et inventent des scissions contre-révolutionnaires en leur sein.

Ils sont volubiles, surtout au sujet de la classe ouvrière élargie (le salariat), dont ils ne font pas partie.

Ils se traitent facilement de fascistes, ou de néo-stals.

Logiquement (dans son sens hégélien, logique, bien entendu), leur propre vision des faits est la bonne. Si vous n’êtes pas d’accord, ma foi… Vous servez l’idéologie dominante, faites des concessions politico-mondaines, ou pire encore, pratiquez de la trahison de classe.

 

Les intellectuels sont pénibles.

 

Ils ont tout compris, tout fait, tout vu, mais n’ont pas travaillé une seule fois dans leur vie.

Ils réfléchissaient tant sur la classe ouvrière élargie, que je leur conseillais :

 - Tu devrais travailler dans une entreprise, peut-être que ça t’aiderait à comprendre ton sujet d’études.

Ils répondaient, pas même embarrassés :

 - Mais voyons, je n’ai pas le temps ! Je suis un intellectuel. Mon travail, c’est de réfléchir et d’écrire.

Je me demandai par quel exploit je parvenais, pour ma part, à accumuler les fonctions de : salarié, militant politique, lecteur autodidacte et écrivain  - cela dans une seule et même journée (et je ne compte pas les tâches ménagères).

 

Me considérant comme un presque-inculte, ils se piquèrent d’assurer « ma formation ».

 - Tu dois absolument commencer par tel livre de Kant, ou ce bouquin de Deleuze de l’époque où il était encore intéressant.

Je ne répondais pas.

Et ne suivis quasiment aucune de leurs bibliographies.

Pourtant, ils me complimentaient, lorsque nous nous voyions :

 - C’est bien Stoni, tu fais des progrès.

J’étais très heureux de l’apprendre.

Leur place n’était pas la mienne, et ils n’omirent jamais de me le rappeler.

J’en surpris un, dernièrement, en train de confier à un jeune étudiant :

 - Oui, tu pourrais nous rejoindre. Mais il faudra alors que tu participes au travail que nous faisons. Regarde Stoni, par exemple. Il n’a que le bac, mais si je le garde dans mon équipe, c’est parce qu’il s’implique et assure une petite charge de travail.

Je ne le pris pas mal.

Mais je n’acceptai plus de « petites charges » de travail, ni des grosses, d’ailleurs.

 

Les intellectuels sont prétentieux, et condescendants.

 

Ils établissent des hiérarchies, entre eux, entre les gens.

Eux qui pensent être à l’avant-garde la pensée socialiste, ils débitent des banalités d’un conformisme épatant.

Quand je leur fais entendre ce que j’en pense, ils recourent à des accusations dignes d’une cour de récréation.

 - Tu ne peux pas être communiste et dire ce genre de choses !

 - Eh bien, si, puisque c’est ce que je suis en train de faire.

 - De toute façon, tu ne peux pas comprendre l’œuvre de Machin, et te prononcer à ce sujet, étant donné que tu n’as pas lu Bidule – et que Bidule surdétermine Machin.

 

Ils sont toujours très bien renseignés sur ce que j’ai lu ou pas, moi qui ne leur en parle jamais.

 

Quand ils sont très en colère, ils envoient des lettres où ils font connaître le contenu de leur bibliothèque.

 

Les intellectuels sont amusants.

 

Cher Stoni,

 

Je reste sur ma position, après  notre débat au sujet de l’Education Nationale. Cependant, tu te trompes – j’en suis bel et bien sûr aujourd’hui.

Afin d’éclairer tes lumières prolétariennes (et nous savons malheureusement à quel point le prolétariat a été endoctriné par l’idéologie dominante), je pioche un livre de Lukacs dans ma bibliothèque (bien garnie comme chacun le sait), et au chapitre 14, je trouve ce passage qui, je l’espère, t’extirpera de ton erreur :

« Fondamentalement, épistémologiquement, la généricité décrite par Marx se caractérise par bla bla bla… »

Je suis certain que tu feras encore des progrès à l’avenir.

Bien à toi,

 

L’Intellectuel.

 

Dans leur vie privée, ce sont des gens seuls, éclopés, qui ont beaucoup raté et bien peu réussi.

 

Les intellectuels  ne sont pas détestables.

 

Entre eux, ils sont d’une dureté impressionnante. Ils se bizutent, régulièrement. Ils s’insultent, l’un ayant provoqué « une rupture épistémologique » que l’autre n’a pas eu l’élégance de détecter.

Les intellectuels se querellent donc pour des raisons épistémologiques.

C’est qu’on ne les comprend pas, vous savez. Ce n’est pas de leur faute.

 

Tous, ils gardent des réflexes de petits-bourgeois.

 

Les intellectuels auraient bien du mal à travailler avec leurs mains, déjà qu’ils ne sont pas tout à fait au point avec leur tête.

 

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 11:09


Nom masculin :

"C'est un peu comme un kiné, mais chiant."

(Aniki, 2009)
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 11:10

 

Aniki : surnom masculin signifiant mon frère en japonais.

 

 Il a l'air très sérieux.




J’ai rencontré Aniki en 2003. Il avait vingt-quatre ans, et moi dix-neuf.

Lui, confiant, percutant, rieur et travailleur. Moi, gamin, provocateur, seul et encore un peu poète.

Je l’ai suivi.

 

Si grand, de stature mince, il donne toutefois (en bon natif du taureau) l’impression que sa masse l’enracine au sol, dont il ne décollera pas. C’est un rationnel. Il me semblait croire en Dieu, quand nous nous sommes trouvés, mais lui ne versa jamais dans de telles mystifications. J’avais de l’imagination. Et je n’étais pas encore marxiste.

Il marche, donc. Tout droit. Décidé. Il est l’homme qui avance.

Je me suis mis à le talonner.

Parce qu’il m’invita à le faire. J’étais trop fier pour en prendre seul l’initiative.

 - Tu viens ? me dit-il au bout de deux semaines.

Je vins. Avec lui. Je marchai dans ses traces. Au Canada, aux Etats-Unis, et en France. Je le suivis à Montréal, à Québec, à New York, à San Francisco, à Berkeley.

 

Nous nous aimons avec une constance de petites gens. Nous ne sommes pas compliqués. Je fus – je le confesse – persuadé de l’être moi-même, et me montrai souvent pénible. Je cessai. Il patienta. Il m’aime, et il reste le seul à l’avoir fait, je crois.

J’anticipe ses pensées, ses réactions, ses éclats de rire et ses ruminations à la seconde près. Il a, envers mes petites particularités puériles, la sagesse d’un vieux chien qui laisse des enfants lui tirer les oreilles. Les oreilles qu’il dresse, s’il sent la moindre menace. Envers moi. En retour, je l’écoute. J’ai toujours voulu l’écouter. Il a la voix naturellement cassée, ce qui m’a beaucoup surpris au début.

Comme moi, il a une physionomie qui ne fait pas « français ». Méditerranéenne, pour le teint de la peau. Judaïque, pour les traits du visage. Il est tout cela à la fois.

 

Nous goûtons le quotidien, les jours et les nuits qui se répètent. Nous lever ensemble, chaque matin, nous est un privilège.

Mes amis s’en étonnent.

J’ai longtemps nourri des passions, mais coléreuses, mais sociales. Lui est trop concret. Les écarts et les déviances libidineuses ne nous tentèrent pas. Nous maîtrisons la science d’un amour simple, et nos rapports sont d’une évidence totale.

Mes amis s’en étonnent aussi.

Nous menons un train de petits vieux.

 

Nous sommes studieux, et travailleurs. Nous sommes des gens soi-disant sérieux qui, dans leur intimité, pratiquent l’humour absurde et l’ironie de haut et petit vols. Nous inventons des gadgets commerciaux improbables, que nous trouvons drôlissimes.

J’ai l’air d’un révolutionnaire, et lui d’un honnête salarié.

Mais, si Robespierre nous voyait, il nous ferait guillotiner !

Tiens, la Révolution.

J’ai toujours pensé que notre couple était profondément révolutionnaire, tant nous étions bien accordés.

Mes amis s’en étonnent – encore.

(Lui n’a pas vraiment d’amis, il n’a pas le temps, il doit trop penser à moi.)

Nous parlons beaucoup, et « pratiquons le concept » (en artistes).

C’est moi qui lis. Je raconte. Il enregistre et récupère ces concepts.

Cela m’énerve, quand il les utilise, car il n’est pas communiste.

 - Mais c’est toi qui es communiste ici, rétorque-t-il en désignant l’appartement. Tu l’es pour nous deux. Ça suffit, non ?

 - Tu fais une belle économie, soufflé-je avec rancœur.

Etre communiste pour deux, ça pèse. Etre communiste tout court également.

Mais ça pèse aussi d’être celui sur qui je me repose, l’aîné, le commandant et le capitaine. Je lui en sais gré et oublie trop souvent de le lui dire.

 

J’en suis venu à douter que nous sommes deux personnes différentes.

Je me sens avec son corps comme s’il s’agissait du mien. Je le préfère, même. Heureusement.

Tout ce qui le compose, je le manipule et me l’approprie avec une permissivité de propriétaire. Je suis en lui chez moi.

Il m’admire, et je m’en contente bien.

Il ne sait pas tellement s’habiller. Je dois l’inspecter, avant qu’il ne franchisse la porte au petit matin. Ses associations vestimentaires sont hasardeuses. Pourquoi je ne le laisse pas faire ? Je n’en sais rien. Les dégâts de la pratique libérale, sûrement.

Il est étourdi, mais n’oublie jamais ce que je lui demande.

Il aime le sport, l’endurance du cyclisme, et il l’aime encore plus depuis que je lui ai dévoilé le concept du « sport en tant qu’éthique de la praxis ».

Encore un concept qu’il réutilise gratuitement, sans s’engager en politique.

 

Il me trouve intelligent. Il sait être naïf.

 

Il m’apprit à faire la cuisine.

Il m’apprit à me sociabiliser.

Il possède un charisme de politicien. Je ne connais personne qui ne l’apprécie pas. Il peut s’accointer avec tout un chacun. Sa capacité à papoter avec le premier quidam venu me sidère.

Il aurait fait un bon gendre. Je me sens coupable.

Les femmes matures (et instantanément amoureuses de lui) me tuent du regard en songeant :

 - Dommage, qu’il se soit amouraché d’un petit communiste bizarre.

Ses défauts sont, en fait, des qualités. Il n’a aucun goût en musique, ne joue pas d’instrument, n’a pas le moindre sens de l’esthétique. Il n’est pas élégant, ou sinon, d’une façon si classique. S’il plaît, c’est par bonhomie, et non par charme. Avant de me connaître, il était parfaitement étranger à l’underground, aux sous-cultures et aux modes. Il est d’une sincérité parfois désarmante, tout en sachant, si nécessaire, se plier à de modestes compromis idéologiques.

 - Quelle importance ? m’interroge-t-il en haussant les épaules, si je viens à protester.

Il est radin avec lui-même, et généreux avec moi. Il n’est pas susceptible. Son amour-propre ressemble davantage à de l’estime de soi qu’à de la fierté. Il a l’honnêteté de ceux qui ont grandi sans luxe, sans superflu et dans des valeurs simples.

Il est gourmand, mais sans excès. Il aima toujours les plaisirs raisonnables.

 

Il considère mes créations diverses et variées avec une humilité emplie de respect.

Il me trouve grand artiste. Il est un amoureux acharné.

Il m’accompagne, indifférent, dans les festivals littéraires, aux rendez-vous professionnels et chez des éditeurs, toujours aussi spontané et lui-même. Je le sens un peu mon garde du corps prolétarien, au cas où mes interlocuteurs n’auraient pas compris que je ne veux pas changer de camp. Il plaisante avec de puissants politico-mondains, car la lutte des classes lui tient moins à cœur. De plus, il sait très bien pisser sur les mythes culturels de la bourgeoisie.

 

Je l’aime. Nous vivons ensemble. C’est très bien ainsi.

 

 

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