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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 13:53

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Les plus assidus d'entre mes lecteurs savent que, depuis plusieurs mois, je m'initie aux délicatesses insoupçonnées de la langue boche – hum, pardon, de la langue allemande.

 

Germanisant ainsi, je me suis souvenu que, dans une autre vie, c'est-à-dire à l'école, j'avais appris l'italien. Et que je le parlais pas mal du tout.

 

Cela faisait plus de dix ans que je ne l'avais pas pratiqué.

En bon masochiste, j'ai décidé de m'y remettre.

 

Après quelques semaines de remise à niveau, je suis désormais capable de lire en italien. J'ai commencé avec des contes ou des classiques destinés aux enfants. Entre autres, les Aventures de Pinocchio de Collodi.

 

Ma mère me l'avait lu avant même que je sache écrire. Gamin, j'ai dû le dévorer plusieurs fois et je l'avais relu en français il y a deux ou trois ans.

J'aime beaucoup cette histoire, surtout l'aspect social, l'omniprésence de la pauvreté et les rappels constants que fait l'auteur à la dialectique de la production et de la consommation.

 

Quand j'étais gosse, j'avais vu le film de Comencini (en vérité une télésérie) que j'avais adoré.

Je ne me souviens pas avoir vu le Walt Disney dans mon enfance. Je n'ai jamais été un fanatique de Disney.

 

Donc, lisant en italien, j'ai emprunté à la bibliothèque une version bilingue commentée. Plusieurs articles critiques ponctuent le bouquin, dont un petit texte sur le film de Disney dont j'ai décidé de vous retranscrire des extraits.

 

Je suis particulièrement d'accord avec l'auteur.

Totalement d'acord, même.

 

(Tout le dossier rédigé par Jean-Claude Zancarini est d'ailleurs d'une rare érudition.)

 

 

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Le Pinocchio de Walt Disney ou se méfier des contrefaçons

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Par Jean-Claude Zancarini

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En 1940, l''équipe de Walt Disney produit une adaptation de Pinocchio, "inspirée du conte de Collodi". Ce dessin animé contribue indubitablement au maintien du succès de notre pantin préféré, au point que Pinocchio est bien souvent perçu comme un personnage "inventé" par Walt Disney, mais l'adaptation modifie à ce point les caractéristiques du livre de Collodi qu'on peut parler d'un arraisonnement du personnage, voire d'une contrefaçon.

Pour le dire vite et sans fard, on passe de Pinocchio l'aventureux à Pinocchio le gentil benêt, d'un monde socialement déterminé à l'univers vidé de substance d'une fable, d'un récit efficace mais varié, souple, nuancé à une écriture cinématographique qui privilégie l'effet et la pathos simplificateur.

 

Les indices sont nombreux de cet arraisonnement de Pinocchio par le moralisme de Walt Disney. Le premier, par ordre d'entrée en scène, tient au rôle déterminant de Jiminy Cricket, il Grillo Parlante, qui est rien moins que le narrateur du récit [...]. C'est lui qui tire la leçon poétique de l'histoire qu'il raconte lui-même : "l'espoir est dans les cieux", ainsi que l'énonce la chansonnette qui ouvre et clôt le dessiné animé. Dans Les Aventures de Pinocchio [de Collodi], le pauvre Grillo Parlante subit les effets de la colère d'un Pinocchio plus pugnace et plus réticent à parcourir "la route droite" : il est écrasé contre le mur par un maillet lancé par le pantin !

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(Saisissant contraste entre les deux vidéos, n'est-ce pas ?)

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Quand Jiminy Cricket entre dans la maison du "sculpteur" (et fabricant d'automate) [ du dessin animé], il est attiré par le bon feu qui ronfle dans la cheminée : le lecteur de Pinocchio se souvient que la situation est bien différente dans la maison décrite par Collodi, où le feu et la marmite qui fume sont "dessinés" au fond du foyer ! Il est vrai que lorsque Mangiafocco demande [dans le livre] à "notre" Pinocchio quel métier fait son père, celui-ci répond "le pauvre" et que Gepetto avait justifié le nom donné au pantin en faisant référence à tous les membres d'une famille de Pinocchio qui s'en sortaient fort bien puisque le plus riche d'entre eux vivait en demandant l'aumône.

 

Cet aspect social, si présent dans le livre de Collodi et souligné par toute la critique, est donc complètement gommé dans l'adaptation de Disney : plus d'enfants pauvres, plus de Toscane paysanne, même plus de gendarmes ! [...] A l'évocation de la pauvreté et de la faim, les scénaristes de Walt Disney préfèrent les ballets des automates et les effets mélodramatiques à l'oeuvre dans la séquence de la fuite de Pinocchio et Gepetto du ventre de la baleine (puisque baleine il y a, et non plus requin) [...]

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Si toi non plus tu kiffes pas trop Disney
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:15

 

 

 


Jean slim : pantalon de toile denim coupé étroit, destiné à coller le corps de la taille aux mollets.

Inconvénient : très désagréable à porter (surtout quand il est neuf ou qu'il sort du repassage).
Même en taille basse, le jean slim ne convient pas à une soirée raclette.

De plus, pour les porteurs de jeans slim de sexe masculin, beaucoup de gens vous demanderont : "mais où est-ce que tu la mets, bordel ???"

Avantage : je n'en vois aucun.

Le jean slim illustre parfaitement les dégâts de la pratique libérale.

Cela fait plus de six mois que je n'en porte plus ! Du progrès !

 

 

Définition de jean slim

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 13:22

 

 

 

http://www.le-livre.fr/photos/RO4/RO40151013.jpg

 

 

 

 

Difficile d’expliquer à des non communistes ce que signifie un « gauchiste » dans notre jargon.

 

Ça ne veut pas dire « quelqu’un de gauche », comme dans le langage courant.

 

 

 

Ça veut dire quelqu’un qui est de gauche mais qui n’est pas communiste. Ça veut dire les gens de gauche qui veulent que « ça change » mais qui récusent l’URSS (pourtant une économie, avec ses qualités et ses défauts certes, où les choses ont considérablement changé). Ceux qui veulent une autre révolution, un dépassement du capitalisme… les mélenchonistes… puis, les alters de tout poil, les marginaux plus ou moins volontaires… Aux gauchistes, j’assimile volontiers les rebelles sans cause et les anars.

 

Le terme nous vient de Lénine qui rédigea Le gauchisme, la maladie infantile du communisme, dans un contexte assez différent.

 

 

 

Il y a certains gauchistes qui ne me dérangent pas.

Je les respecte lorsqu’ils s’assument.

 

Par exemple, les mecs qui tiennent l’épicerie bio que je fréquente. Des écolos, des anars… Politiquement, on est pas du tout sur la même ligne. Mais je les aime bien car ce sont de vrais écolos, de vrais anars. Ils ont fondé leur coopérative, ils vivent réellement de façon alternative, ils vivent pauvrement, ils vivent selon leurs convictions.

Toutes les petites gens, un peu alter, un peu rêveuses, qui travaillent dans le social, qui vivotent, qui restent en dehors des marges... Qui ne gagnent pas beaucoup...

Ils ont voulu vivre autrement et ils le font pour de bon.

Question de courage, de dignité, d’honnêteté.

 

Ceux que je respecte beaucoup moins, ce sont les gauchistes qui ne s’assument pas.

Hélas, j’ai été amené à en croiser pas mal.

Ils critiquent « le système » - certains allant même jusqu’à se déclarer « anarchistes » - mais ne perdent jamais le nord, ça non : issus des classes moyennes petites-bourgeoises, ils ont bien sûr fait les études qu’il faut pour ne pas devenir pauvre. Ils auront un emploi qui les maintiendront dans leur classe. Certains « anars » bossent même pour l’Etat. Après avoir fait une école d’ingénieur. On crache sur « le système » quand ça arrange, n’est-ce pas.

A trente ans, ils consomment de temps à autre du cannabis (qui est, je le rappelle, le produit petit-bourgeois par excellence) à l’abri du regard de leurs enfants (ils se sont reproduits, en bons conformistes), mais lundi matin ils retourneront au travail pour gagner leurs 3500 € mensuels.

Faut pas déconner, hé.

 

Chez les auteurs, c’est pareil. Gauchistes devant l’éternel, rebelles, anars, pseudo-guévaristes, évidemment anti-soviétiques, mais qui n’ont jamais refusé les honneurs institutionnels prout-prout, qui n’ont jamais foutu le pied dans une entreprise de leur vie, et qui sont toujours enclins à accepter une bourse accordée par un Etat qu’ils n’ont de cesse de critiquer.

 

 

Ça me fait aussi penser aux communistes. A certains camarades. Toujours là pour défendre la classe ouvrière et donner de grandes leçons à son sujet... mais beaucoup choisissent soigneusement de faire les études qui leur promettront de ne surtout pas intégrer cette dite classe…

Je n’aime pas ça.

Et j’ai l’habitude qu’on me traite d’ouvriériste.

 

 

 

 

 

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 13:27

 

 

Apprentis, lycéens, collégiens,

unissez-vous contre Baudelaire !

 

Révoltez-vous !

 

 

 

Vous, forces vives de notre société, ne vous laissez pas abattre par Charles Baudelaire !

 

Moi qui ne suis plus des vôtres, je vous dédie ce texte, en toute solidarité, en toute compassion et dans le plus grand respect !

 

Je me rappelle !

 

Le lycée. Première technologique, cours de français.

Ou cours de lettres. Je ne sais plus quelle était l’appellation alors employée.

En vue du baccalauréat (français à l’oral : coefficient 4), nous étudiâmes Charles Baudelaire.

Les Fleurs du mal (si bien nommées…).

 

Dans une salle de classe bondée, l’auditoire s’endormait, ou papotait, ou faisait les cons.

Le professeur, ce vieux mec pas bien méchant mais salement rasoir, s’enhardissait sur le poème Parfum exotique.

Il lisait les mots « ton sein chaleureux » en bavant, et précisait : « oui parce qu’il faut imaginer une belle poitrine épanouie, pleine, abondante… ».

 

Et les filles, qu’on les salue au passage, n’écoutaient pas. Elles se remaquillaient.

Ni nous, d’ailleurs. On écoutait notre baladeur cassette (c’était une autre époque).

 

Et le professeur disait : « les enfants, un peu d’attention ! »

Les enfants, c’étaient nous, surplus démographique poilu, flemmard, déconneur, adolescent, si bête, si marrant, si con.

La salle empestait le fauve. Nous sortions de gym.

Ce que l’on s’emmerdait !

Le professeur reprenait sa récitation du poème.

 

Et là, dans l’inspiration d’un grand moment, ô combien subversif, ô combien révolutionnaire, et parce que l’humour et la poésie sont surdéterminants, mon meilleur pote lâcha un gros rot.

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un tel rot. Une déflagration oesophagienne. Nos bureaux en vibrèrent. Le rot résonna, tel un cri – caverneux, profond, lyrique – et se répercuta contre les murs de la salle, puis, dans un écho magnifique, explosa aux oreilles de tout un chacun.

Les filles cessèrent de se remaquiller. Nous entendîmes le rot, malgré l’écouteur du baladeur discrètement logé dans notre oreille.

Il y eut un instant de silence. Nous encaissions le coup.

Mon meilleur pote lui-même se stupéfia muettement de la puissance de son renvoi.

Le professeur s’était interrompu. Il guettait la salle en tout effroi.

Les regards des élèves se braquèrent sur mon meilleur pote.

Le professeur suivit ces regards, et localisa le foyer du rot.

Nous éclatâmes de rire.

« Ali, nom de Dieu, ça te fait rire ? Tu trouves ça intelligent ? » s’écria le professeur.

« Ali, je vous parle de Baudelaire, merde ! »

 

Oui, il parlait de Baudelaire : le rot était donc salutaire.

 

 

 

LA VIE DE BAUDELAIRE :

JE TE SALUE, Ô VIEILLE CANAILLE !

 

baudelaire-ca-le-fait.jpg

 

 

Baudelaire présente un curieux intérêt : sa biographie prouve que le vécu bourgeois n’a guère évolué, depuis son décès.

 

Baudelaire aimait sa maman.

Un peu trop.

Nous reviendrons une autre fois sur le non-dit de l’Œdipe freudien, mais disons que cette adoration incestueuse n’avait rien d’étonnant pour un bourgeois de sa trempe. La maman, c’est la consommation. Le papa, c’est la production. (Pour l’enfant élevé dans une société de classes).

Le papa de Baudelaire mourut tandis que notre petit Charles avait six ans.

Hélas ! Maman Baudelaire se remaria avec un homme autoritaire et viril : un militaire, l’officier Aupick.

Toute sa vie, Charlie nourrit contre cet homme, et cette union, une haine jalouse. Mais, n’ayant jamais eu les couilles de se confronter au beau-père, il se choisit une victime bien plus facile à mater, histoire d’assouvir ses pulsions de mort : lui-même.

 

Devenu jeune homme, Baudelaire fit du droit. Ce privilège de classe qu’étaient les études universitaires ne satisfit pas son penchant autodestructeur. Il rejoignit alors le monde de la « bohème ».

Il mena la vie d’artiste.

En gros, il dépensa beaucoup, attrapa la syphilis, et ne travailla point.

Très inquiétés, ses parents eurent la gentillesse (et la bêtise) de lui offrir un voyage aux Indes, afin de l’écarter de ce train de vie désordonné.

Un peu comme les gosses de riches d’aujourd’hui, dont les vieux se fendent d’une année « d’immersion » aux Etats-Unis, en Angleterre, ou partout où vous voulez.

A l’époque, aller aux Indes n’était pas à la portée de tout le monde (ni aujourd’hui d’ailleurs, alors figurez-vous ce que c’était en 1841). Mais Baudelaire n’y trouva qu’ennui et morosité. Il revint en France blasé de tout.

 

 

 

Il se dépêcha de replonger dans la « bohème » parisienne. Une vie pseudo mondaine déclinée en restaurants, cafés, vernissages, théâtres, salons, partouzes. Cela dit, Baudelaire ne participait pas aux partouzes. Nous y viendrons plus tard.

 

Désormais majeur, Charlie avait touché le jackpot de son héritage. Hé oui ! Son père naturel lui avait en effet légué une jolie petite fortune. A l’image de tous les gens qui n’ont jamais travaillé, Charlie était malheureusement incapable de se représenter la valeur de l’argent. Il dépensa le pactole n’importe comment.

En vivant bien au-dessus de ses moyens, il dilapida la somme en seulement deux années.

Sa mère et son beau-père décidèrent alors de le placer sous tutelle. Le pauvre Charlie rétrograda au statut juridique de mineur. Le peu qu’il restait de l’héritage lui passa sous le nez ! En bon enfant gâté et capricieux, cet évènement le rendit d’autant plus amer. On avait osé toucher à son privilège d’hérédité des charges ! A partir de là, il trouva à redire à « l’ordre social des bourgeois ». Marrant qu’il n’y ait jamais pensé avant !

 

 

 

LE SUPERMAN DE LA POESIE FRANÇAISE :

UNE VIEILLE PLEUREUSE !

 

 

 

baudelaire FUME PETARD

 

Après quoi, Charlie opta pour une carrière d’Artiste Maudit.

 

Ce fut d’ailleurs la seule chose qu’il réussit dans sa vie, il faut le reconnaître.

 

Focalisé sur le paraître, il devint dandy (l’ancêtre du branché d’aujourd’hui, rien de bien subversif je vous rassure). Dans sa grande œuvre littéraire, il se mit à déblatérer sur l’esthétique (comme critique d’art chiant).  Dans sa grande œuvre poétique, il pérora à tout va sur la marginalité et le « spleen ».

 

Le « spleen », c’est une dépression d’ennui profond qu’un travailleur n’aurait jamais eu la chance de connaître, en ce temps.

 

Dans l’incapacité totale de s’assumer, sa marque de fabrique était d’emprunter (beaucoup) et de ne pas rembourser (ouais ouais pas un kopeck !).

On imagine qu’il se fit beaucoup d’amis de la sorte.

Comme il n’avait rien d’autre à foutre, il s’adonna à l’alcool, et en moindre mesure, au haschich (dont, en dépit de la légende, il n’abusa pas mais qu’il expérimenta). Et s’il consomma du laudanum, ce fut uniquement pour pallier des douleurs physiques.

 

A ce stade, Baudelaire était un mondain centré sur lui-même, c’est-à-dire sur le spleen – que nous traduirons par le néant.

Quand survinrent les révolutions de 1848, il n’eut pas grand-chose à en foutre du socialisme et de toutes ces affaires.

S’il alla sur les barricades – comble de mauvais goût, surtout pour un esthète ! – c’était pour motif personnel. Toujours tourmenté par son complexe d’Œdipe (en cela il était volontaire), il harangua les insurgés pour les inviter à… tirer sur son beau-père, l’officier Aupick !

Les insurgés l’ignorèrent et Aupick survécut.

 

Charlie se déclara alors « dégoûté par l’expérience politique » (oui parce qu’un dandy bourré en train de s’agiter sur une barricade, et qui par ailleurs gêne tout le monde, c’est une expérience politique vous voyez). L’instauration du Second Empire le « lassa ». Le pauvre !

Très officiellement, tel Jospin en 2002, il se « retira de la vie politique ». Retrait pour le moins culotté de la part d’un mec qui avait affronté les baïonnettes dans la seule optique de régler ses problèmes de famille.

 

 

 

LE BOULET SUPER RELOU !!!

 

baudelaire on nique

 

Dans sa vie sentimentale, notre ami Charlie décrochait le pompon.

Eternel soupirant de sa mère, il se réfugia dans l’abstinence pour éviter toute confrontation avec le réel.

Puis, une fois tous les cinq ans, il niquait. Acte de nique qui, bien sûr, le laissait « amer, dégoûté d’une expérience si éloignée de l’Idéal » !

 

Sa méthode, c’était de se cramponner à une femme inaccessible (en général, une semi-mondaine pourvue de toute une cour de galants). Charlie la draguait pendant des années (genre le vrai boulet). Un beau soir, la femme exaspérée « se donnait » (genre le boulet dont on prend pitié une nuit d’ivresse).

 

Au lendemain de « la première étreinte », Charlie envoyait alors à la femme ce genre de lettres :

 

 

 

Chérie,

 

Il y a quelque jours, tu étais une divinité. Te voilà femme maintenant.

 

Comme tu l’auras compris, je te plaque, niquer avec toi m’a déçu à fond du ballon.

 

Bien amicalement,

 

Crois-moi bien ton petit

 

Charlie.

 

 

 

 

 

LA POESIE : TOUT UN PROGRAMME !

 

 

 

 

Parallèlement à toutes ces non-aventures, il continua à faire de la poésie.

 

Pour « faire quelque chose de sa vie », comme il le résuma si bien. Ce vide béant de boulet privilégié, il voulut le combler, et cherchant que faire, se déclara poète. Son programme littéraire était d’exorciser ses « démons » - ce qui, comme le reste, échoua lamentablement en tant qu’exorcisme : la paresse ( ! ), la luxure ( !! ) et le goût du néant ( !!! ). Ainsi, il rédigea ces poésies, en vers et en proses, dont on vous a farci la tête au lycée, les sempiternels gémissements de petit garçon jaloux, les complaintes d’homme raté, les litanies de riche parasitaire, les quasi-ridicules « poèmes lesbiens », ces fascinations émasculées pour « l’Idéal » qui rappellent tant la passivité sociale du chrétien magistralement démontrée par Rousseau, les jérémiades du blasé…

 

 

 

ELEVES DE TOUS LES CYCLES, TOUS LES AGES ET TOUS LES PAYS,

NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE !

 

 

Quand vous finirez de lire les Fleurs du Mal, déchiffrez entre les lignes :

 

 

  " Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !

 

(et comment, tu m’as fait chier depuis 150 pages, vas-y casse-toi putain !)

 

Ce pays nous ennuie,

 

(je te le fais pas dire ! )

 

ô Mort ! Appareillons !

[…]

 

 

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

 

(ouais ben l’Enfer j’ai connu, moi, en devant lire ton truc, bordel de topinambour !)

 

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! "

 

(mais c’est une idée, trouve un nouveau truc à faire, on  ne te demande que ça, mon vieux !)

 

 

 

 

 

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 15:00



Pardonnez-moi, mais j’écris Rimbaud Rimbo : ça fait clown. Il aurait adoré.

 



rimbaud.jpg 

 

 

Invité chez Verlaine, Rimbo y cassait les bibelots.

 

Geste d’attardé, de petit garçon triste à l’horizon fermé, dédain de gauchiste et fausse idiotie d’adolescent.

 

Je dis fausse idiotie, car Rimbo n’était pas idiot.

Il voulait dire l’ineffable. Bien sûr, ça ne fonctionna pas.

Il voulait dire l’impossible. Bien sûr, il n’y parvint pas.

Il voulait « le dérèglement de tous les sens ». Autant dire, Nerval rue de la Vieille-Lanterne, les pieds dans le vide, la corde au cou, le givre sur le visage.

 

Il écrivit : on n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.

Il mentait.

 

Il l’était bien, lui, sérieux. Puisqu’il ne mourut pas pendu rue de la Vieille-Lanterne, mais après avoir arrêté la poésie, et fait du trafic d’armes.

 

Rimbo fit croire qu’il était contre tout. Contre sa mère, la bourgeoisie, l’ordre et le travail.

Contre les bibelots, aussi.

Mais il n’était pas contre le trafic d’armes, ni contre l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

 

 

Un autre homme très sérieux se chargea de l’adapter pour le  20ème siècle : Sartre.

 

Tous les deux eurent la grande carrière que nous leur connaissons.

 

 

 

 

  Lire aussi sur mon magnifique blog :

 

Aragon contre Rimbo

 

 


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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 13:32

 

Depuis quelques jours, la photo du "baiser de Marseille" circule sur Internet.

 

http://blogs.afp.com/makingof/public/derriere-image/.baiser-marseille-manif_m.jpg

 

Deux jeunes femmes correspondant à nos critères de beauté échangent un baiser sur la bouche devant des militants opposés au mariage homosexuel.

 

L'image est vendeuse. Les femmes sont, comme je l'ai précisé, jeunes et "jolies". Certains militants opposés au mariage homosexuel, en arrière plan, sont très choqués. Le baiser est pourtant correct, timide, il ne s'agit pas d'un baiser avec la langue.

 

L'image est vendeuse : elle ne choquera pas les hétéros. Le lesbianisme reste un des fantasmes hétérosexuels les plus répandus - quand il est pratiqué par des femmes jeunes et correspondant aux critères de beauté, évidemment.

 

Les deux jeunes femmes ont été "retrouvées" et ont avoué "nous sommes hétéros".

 

Alors là, c'est parfait. Non seulement elles sont femmes, jeunes, jolies, mais hétéros. Tout va bien. Tout s'explique. C'est propre, c'est lissé, c'est hétérocentré.

 

Moi, j'aurais trouvé ça plus rigolo, et plus subversif, qu'internet s'enflamme pour deux mecs vieux qui se roulent un putain de patin dégueulasse.

 

Et puis, je me suis rappelé que le communisme l'avait déjà fait.

 

Voilà mon baiser de Marseille à moi.


 

http://oldpptd.surlebout.net/dotclear/public/Brejnev/cop-breznef-honecker1.jpg

 

 

 

 

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 13:28

 

 

http://www.le-webmarketeur.com/wp-content/uploads/2012/01/3-suisses-chouchou.jpg?25a3a7

 

Comment j'ai travaillé chez ces putains de 3 Suisses.

 

 

Deuxième partie : quand Bernard et Bianca ne sont pas venus me sauver mais ils auraient pu quand même.

 

 

 

 

 

bernard-et-bianca-1977-04-g.jpg

 

 

 

 

Dans le cadre d'une mission intérimaire, le jeune Stoni subit une « formation » afin d'officier dans un centre d'appels des 3 Suisses. Très vite, il réalise que la formation tient surtout d'un lavage de cerveau éhonté... Le lien vers la première partie est ici.

 

 

 

 

 


Le soir, dans le métro, je recourais à des cures de musique au baladeur pour tenter de me dépêtrer de cette faconde sectaire. Car je puis maintenant l’assurer : un tel lavage de cerveau, même si vous y êtes réfractaire, même si vous décidez d’appréhender la chose comme une expérience de type sociologique, ça reste lourd, pesant, minant, déstabilisant. Le pire, finalement, demeurait le fait que mes camarades paraissaient y adhérer corps et âme. Simulaient-ils ? Je ne sais pas. J'espère que oui.


L’enthousiasme de leurs interventions
feedback sidérait. Car, au terme de chacun des grands chapitres de la Bible Managériale, afin de s’assurer de notre attention, la formatrice nous relançait avec un ricanant :

-Allez, feedback! Vous avez des questions ? Des commentaires ?

Et là, ça n’en finissait plus. Pas des questions, car mes camarades n’en avaient aucune à poser. Mais des commentaires, par pléthores ! Et des commentaires apologétiques, pour couronner le tout. Le principe des moments de feedback s’avéra donc être l’occasion de faire remarquer à quel point les candidats intérimaires étaient honorés d'être le peuple de candidats élu par la Personne Morale Supérieure. Au début, je trouvai cela plutôt fendard. A la fin, c’était insoutenable.

-Ce qu’on se rend compte avec l’histoire des 3 Suisses, c’est que c’est vraiment une belle histoire. Et moi chuis super contente de participer à cette belle histoire. Des gens qui sont partis avec une petite idée, pour en faire une grande réussite ! C’est magique !

-C’est dingue cette organisation ! On voit vraiment que tout chez nous est fait pour plus d’efficacité ! C’est sensationnel !

-J’espère que je serai à la hauteur !

-Alors comme ça Laetitia Casta est cliente ! Ouah, j’espère qu’elle tombera sur moi quand elle appellera ! Comme quoi, nos produits, c’est de la qualité !

-De toute façon, on voit bien que c’est un esprit d’équipe, parce que déjà, nous, j’ai l’impression qu’on forme une super équipe, et qu’on est tous super liés.

Tandis qu’ils débitaient leurs éloges, la formatrice avait immanquablement un petit hochement de tête professoral, d’une hypocrisie toute à gerber.

Mon nouveau gros problème fut ainsi de me manifester moi aussi au cours du feedback. D’une, j’étais le seul à ne pas le faire. De deux, si je me tenais tranquille dans mon coin, en espérant me faire oublier, la formatrice se hâtait de me remettre au pas.

-Et toi Stoni t’as pas quelque chose à dire ? T’as bien écouté au moins, n’est-ce pas ?

Là, je trouvai une question à poser. N’importe quoi. Des trucs du genre : y’a combien de clients en tout ? ça prend combien de temps un appel en moyenne ? Inutile de préciser que je me foutais royalement de la réponse, mais me fendre d’une élégie, ça m’était impossible. Au pire des cas, si ma question ne suffisait pas, je reprenais un thème introduit par l’un de mes camarades : Ben en fait je suis totalement d’accord avec Marion, cette efficacité, ça me dépasse complètement, enfin je veux dire, c’est impressionnant.



La formatrice nous accordait de courtes séances de pause, que nous devions passer avec elle, hélas. Là, elle nous dévoilait le contexte de sa vie privée sur laquelle je ne m’attarderai pas…

 

 

Dites-vous bien qu’arrivé à l’ultime demi-journée, j’étreignais une sorte de félicité planante. Plus que trois heures à ce train-là, et c’en était fini.

De fait, je planais dans mon coin, tout sourire, lançant des bonjours exaltés au premier quidam qui croisait mon chemin !

 

 

Cette dernière tranche de formation mit terme au lavage de cerveau, puisque, finalement, nous nous attelâmes à l’apprentissage du logiciel – la seule chose utile que nous ayons faite.

La formatrice nous posta chacun devant un ordinateur, et introduisit la chose avec un optimisme du feu de dieu :

-Alors je vous préviens…

J’eus peur qu’elle ne rejouât sa partition menaçante sur le travail alimentaire. Ce ne fut pas le cas.

-Alors je vous préviens, le logiciel, il est très complexe ! Ça va vous demander beaucoup de travail pour l’apprendre ! J’espère que vous vous en sortirez !

-Bah avec l’équipe qu’on forme, déclaré-je subitement, on va s’en sortir, j’en suis certain ! On est tellement soudés les uns aux autres, y’a pas à dire, on va s’épauler !

Je planais, je le répète.


En vérité, le logiciel n’avait rien de très compliqué. Au bout d’une heure, tout le monde maîtrisait la chose. Sauf une chômeuse de longue durée, envoyée en stage « de réinsertion » par les Assedic, autrement plus âgée que nous et pas tellement habituée à l’informatique.

La formatrice lui imposa une heure supplémentaire d’apprentissage, en me la flanquant sur le dos. Puisque j’étais le plus à l’aise avec le monstre informatique, je devais la faire profiter de mes talents. Chose que je fis à la place de l’autre dont c’était le boulot. La pauvre chômeuse manquait de toutes les bases, or, au bout d’un moment, elle y parvenait, certes difficilement, mais quand même !

La formatrice revint vers nous pour lui demander son feedback.

-C’est dur, glissa la chômeuse avec un sourire forcé et plein de tristesse. J’espère que je vais y arriver…

-T’as des notions à rattraper, trancha la formatrice. Ce que je te propose, c’est que tu viennes ici en dehors de tes heures de travail. Le samedi et le dimanche, ou le soir. Je te laisserai un ordinateur à disposition et tu t’entraîneras. Ne me remercie pas, c’est normal, c’est la moindre des choses.

-Oh c’est vrai, tu me permettrais ça ? s’exclama la chômeuse.

-Puis comme ça t’auras des heures sup, dis-je.

La formatrice me transperça du regard. Je battis des cils, avec tout l’air du type qui ne comprend pas !

-Anne est rémunérée par les ASSEDIC, vociféra la formatrice. C’est un salaire fixe.

-Autant pour moi, murmurai-je.

Au départ de la formatrice, je tentai d'expliquer à la chômeuse que, bosser gratos en dehors des heures de boulot, ça s'appelle de l'exploitation crasse et du travail au noir.

C'est pas pour bosser, rétorqua-t-elle, c'est pour me permettre de m'entraîner avec l'ordinateur.

Mais tu n'as pas à prendre sur ton temps personnel pour ça ! C'est à l'entreprise de te former ! Les formations sont rémunérées !

Mais non ! C'est une chance pour moi, au contraire !

J'abandonnai.

Il ne restait plus qu’une heure avant la fin de la formation. Nous eûmes donc droit à notre énième séance de feedback, il nous fallait bien ça !

Nous nous assîmes en demi-cercle face à la formatrice, et débuta un enchaînement de panégyriques visant à résumer le contenu de la formation. Il y eut les sempiternelles louanges adressées à l’entreprise, mais, en inédit, mes camarades introduisirent une variante : les louanges adressées à la formatrice, laquelle recevait ces mots avec un naturel sidérant ! Au nom du Capital, de l’Entreprise et du Manager, Amen

Chaque intervention dura bien dix minutes.



C’était formidable ! Ça me donne encore plus envie de travailler chez nous ! Au niveau du logiciel, c’est la seule chose que je trouve compliquée, mais avec la pratique… Chuis pressé(e) d’être cet après-midi, de commencer à travailler ! Y’a une super ambiance ! Tout le monde a l’air tellement sympa ! Et t’as fait du super boulot ! Vraiment, on a tout bien compris avec toi ! Oh, je voulais te demander, tu l’as acheté où ton tailleur ? Sinon, qu’est-ce que c’était intéressant


Comme je me faisais chier à cent francs de l’heure, je m’amusai à composer mon propre panégyrique, en mon for intérieur.


C’était formidable, y’a pas à dire ! Putain l’ambiance ! Comme illustration des vices du capitalisme, y’a pas mieux ! Non mais faut inviter tous les économistes ici ! Et des sociologues ! Ils auraient matière à bosser, bordel ! Invitez des intellectuels marxistes, ça les intéressera, et comment ! Faut que vous fassiez venir la presse et la télé, TOUT LE MONDE ! Déjà vous madame, non parce que je vous vouvoie, vous tutoyer, merde alors, ça me fait mal au cul de faire comme si t’étais ma pote, vu que vous l’êtes pas… Donc vous madame, vous êtes à vous toute seule le sujet d'une thèse sur la manipulation des esprits ! Le plus édifiant, c’est de découvrir la politique de votre DIVINE INSTITUTION. C’est bien, vous vous mouillez pas en prenant des intérimaires et des stagiaires, comme ça, vous nous éjectez quand vous voulez… Au cas où on serait PAS A LA HAUTEUR, comme disait l’autre… Et faudrait pas que ce soit un travail alimentaire, non non, faut qu’on se vende corps et âmes ! Normal quoi ! La cerise sur le gâteau, c’est de pousser l’exploitation au point de faire venir les gens le dimanche, histoire qu’ils s’entraînent : le plus grandiose foutage de gueule que j’aie jamais vu ! C’est tout, j’ai fini ! Amen !


Je passai le dernier et, comme il était midi moins cinq, j’affichai un grand sourire béat et me résignai à articuler :

-En conclusion, je dirais qu’il y avait beaucoup d’informations.

Et je refermai la bouche. Toujours souriant comme pas permis.

-Et c’est tout ? me railla la formatrice.

-Oui c’est tout. Il y avait beaucoup d’informations. Voilà. Sinon, il y a combien de clients au total ?

Ô gloire des gloires : ce fut midi et on nous relâcha pour le repas. Les autres se dirigèrent vers une pizzeria, quant à moi, je filai à toute vitesse.

 

Jamais plus je ne revis mes camarades, ni la formatrice, ni Monsieur Costume, ni le plateau téléphonique.


Mon contrat de formation touchait à son terme. J’étais libre.



Dans l’après-midi, tandis que j’écoutais de la zique à fond dans mon salon, allongé à même le parquet, la tête entre les deux enceintes (il me fallait bien ça pour me remettre), mon portable sonna. Je baissai le volume, sachant fort bien à qui j’avais affaire.

-Stoni ! s’égosilla la jeune employée bien mise d’Intérim SA. Mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’ai eu trois appels des 3 Suisses, ils vous attendent pour travailler depuis quatorze heures, et vous, vous n’y êtes pas ! Qu’est-ce qui se passe ?

-Ben finalement, répondis-je d’une voix neutre, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de faire ce travail de conseiller clientèle.

-COMMENT ÇA ÇA VOUS INTERESSE PAS ??!!!

Ben non, ça me dit pas trop.

Mais vous avez fait la formation en entier ! Il fallait le dire avant !

-Au niveau des horaires, je ne veux pas travailler le samedi. Je suis désolé. Je ne veux pas signer un deuxième contrat de mission intérimaire. Merci quand même. Au revoir.

Et je coupai mon portable sur-le-champ.



Dès le lendemain, j’entrepris de chercher un autre emploi, présumant pouvoir tirer un trait sur l’affaire définitivement.
Que nenni, dernière édition !

 


Au cours de la semaine suivante, un beau matin, l’on sonna à ma porte d’entrée. Plutôt étonné, j’accourus pour ouvrir à un fonctionnaire de la Poste, qui me présenta un accusé de réception à signer pour un envoi recommandé.

Ces formalités accomplies, j'ouvris le pli qui provenait d’Intérim SA.

C’était un courrier truffé de fautes d’orthographe et de grammaire dont je vous restitue le contenu :

 

 

M. Stoni,

Récement, vous avez été sélectionner par notre entreprise INTERIM SA pour une mission intérimaire pour notre clients les 3 Suisses.

La formation faite, vous avez refuser de signer un nouveau contrat pour la suite de vôtre mission.

Notre entreprise INTERIM SA et notre client les 3 Suisses ont dépensés beaucoup de temps et d’argents pour réalisé votre formation. Votre attitude est incompréhensive.

C’est pourquoi nous vous convoquons à un entretien à telle date dans nos loquaux avec madame TRUCMUCHE, directrice de l’agence, pour que vous expliquiez votre attitude.

Veuillez agréées nos sentiments sincères,

Madame l’employée bien mise.

 

Aussitôt, je corrigeai les fautes au feutre rouge et quittai mon domicile, le courrier à la main.


Une vingtaine de minutes plus tard, j’étais dans les loquaux (sic) d’Intérim SA, face à une autre employée un peu surprise de me voir débouler d’aussi mauvais poil.

Je demandai à voir l’employée bien mise, mais l’employée surprise me répondit qu’elle était en RTT.

Las, je lui rendis le courrier recommandé.

-C’est une mesure coercitive ? lui demandai-je.

Elle m’adressa un de ces regards de merlan frit ! Puis elle parcourut le courrier.

-Ah bah oui, minauda-t-elle, c’est parce que vous avez juste fait la formation, alors ça coûte de l’argent et…

-Je me suis permis de corriger les fautes, l’interrompis-je en feignant ne pas l’avoir écoutée. Ma question est : est-ce une mesure coercitive ?

A nouveau, le regard de merlan frit !

- Vous savez ce que signifie coercitif ?

Suivit un grand silence.

-Coercitif, ça signifie qui veut contraindre quelqu’un à faire quelque chose. Je veux savoir si ce courrier vise à me contraindre à accepter un emploi dont je ne veux pas, et pour lequel je n’ai signé aucun autre contrat.

-Ben euh…

-Bon, vous êtes incapable de me répondre. On va essayer avec une autre question. Est-ce une mesure disciplinaire ?

Suivit un deuxième grand silence.

-Autrement dit : est-ce que l’entretien vise à me punir pour avoir refusé une mission ?

-Non mais c’est juste que c’est pas bien normal de faire la formation et de…

-J’ai signé un contrat, je l’ai respecté. Je n’ai rien à me reprocher. Vous transmettrez mes salutations à Madame Trucmuche et lui ferez savoir que je ne viendrai pas à son entretien. En outre, vous me retirerez de votre fichier. Je ne veux plus travailler avec vous à l’avenir.

Cette dernière phrase la scia littéralement en deux. Je lui souhaitai une bonne journée et m’en allai.

 

 

 

 

 

Cette histoire pourrait reposer sur un syllogisme : il est normal de travailler, et, il n’est pas normal d’être au chômage, donc, le travail n’est pas un cadeau accordé par l’entreprise.

En d’autres termes, une offre d’emploi n’a jamais relevé d’un excès de gentillesse patronale.

Ce qui, pour les jeunes gens de ma génération et ceux, plus âgés, que la crise a frappés, est un fait un peu dur à intégrer.


Comme mes congénères, j’ai grandi dans les années 90, au milieu du chômage de masse, aux côtés de millions de chercheurs d’emploi, dans la spirale infinie des journaux télévisés qui, chaque soir, se répandaient sur « la pénurie de l’emploi », parmi l’ampleur des débats politiques sur « la réduction du chômage », à l’ombre des paroles des adultes qui nous imposaient « une orientation dans un secteur qui recrute », en compagnie du martèlement constant sur « le sacrifice de notre génération».

-De toute façon, vous aurez pas de boulot…

-Faut faire des études, t’auras plus de chances de trouver un emploi…

-Même si tu fais des études, bah, tu pourras quand même être au chômage…

-Quand moi j’étais gamin, avec le brevet tu faisais facteur aux PTT : maintenant, c’est bac+3 minimum…

-Avec les délocalisations…

-Avec la robotisation…



Marx :



Si l’accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l’accumulation, une condition d’existence de la production capitaliste dans son développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais.

 

L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression que la concurrence de cette dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital.

 

Pendant les périodes de stagnation et d’activité moyenne, l’armée de réserve industrielle pèse sur l’armée active, pour en réfréner les prétentions pendant la période de surproduction et de haute prospérité.

 

Et c’est là l’effet général de toutes les méthodes qui concourent à rendre des travailleurs surnuméraires. Grâce à elles, l’offre et la demande de travail cessent d’être des mouvements partant des deux côtés opposés, celui du capital et de la force ouvrière. Le capital agit des deux côtés à la fois. Si son accumulation augmente la demande de bras, elle en augmente aussi l’offre en fabriquant des surnuméraires. Ses dés sont pipés. Dans ces conditions la loi de l’offre et de la demande de travail consomme le despotisme capitaliste.

 

(Mis en gras par mes soins, tirés du Capital, Livre I, septième section, chapitre XXV)



Aujourd'hui, j’ai une pensée émue.

J’ai une pensée émue pour tous ceux qui, comme la chômeuse de longue durée, remercient leurs employeurs de les faire travailler sans rémunération. J’ai une pensée émue pour tous ceux qui croient trouver une nouvelle famille parmi ceux qui les exploitent. J’ai une pensée émue pour tous les intérimaires, sources d’un double profit paroxysme de parasitisme. J’ai une pensée émue pour tous ceux qui se sont fait engueuler pour avoir osé refuser une offre d’emploi.

 

 

 

 

J'ai une pensée émue pour tous les salariés, contractuels ou intérimaires, des centres d'appels des 3 Suisses qui, même pas trois ans plus tard, ont subi un plan de licenciement massif. En 2009, 850 personnes sont licenciées. Les autres voient certains de leurs « acquis » sucrés. Les centres sont fermés et délocalisés.

 

 

 

 

Ni merci, ni merde. Au débarras.

 

C'était bien la peine de laver le cerveau de ces pauvres gens qui demandaient juste un boulot et un salaire.

 

 

 

 

 

 

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Published by stoni - dans Définitions
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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 13:34

 

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Comment j'ai travaillé chez les putains de 3 suisses

 

 

 

 

Première partie : un premier pas dans la secte

 

 

 

 

 

 

C'était en 2006. J'étais jeune, j'étais naïf, j'étais pauvre. Je fus traumatisé.

C’est un peu mon Vietnam de salarié, que je vais vous raconter. Mon seul vrai trauma professionnel. Cela dura trois jours. Trois jours en enfer.



Tout frais émoulu de ma vingt-troisième année, je cherchais un emploi à temps partiel. N'importe quoi. En petits boulots, j'ai à peu près tout fait. Livreur, distributeur de journaux, manard, etc, etc. Bêtement, je me tournai vers l'intérim. Je me pointai avec mon petit CV dans une de ces succursales ô combien parasitaires que nous appellerons
Intérim SA.

Je me trouvai face à une jeune employée bien mise.

- Vous avez été télé-enquêteur ? Releva-t-elle dans mes dizaines d'emplois divers et variés.

En effet, j'avais fait des enquêtes par téléphone, entre autres aventures professionnelles exaltantes au cours de ma jeune existence.

L'employée bien mise me soumit aussitôt une offre d’emploi.

-Il s’agit d’un poste de conseiller clientèle, en réalité, vous réceptionnez des appels de clients pour un leader français de la VPC. Vous enregistrerez les commandes et…

Interloqué, je demandai ce que signifiait VPC : vente par correspondance. L’entreprise concernée : les 3 Suisses.

Je demandai si j’aurais à assurer une quelconque responsabilité de vente, ce à quoi je me refusai. La jeune employée d’Intérim SA me répondit par la négative. En gros, je serais le type que vous avez au bout du fil quand vous appelez pour commander la doudoune vert pomme référence 345BA230 et la cafetière Brandt 830HL173. Ce programme ne me dégoûta pas, mais je spécifiai que je désirais travailler à temps partiel, en journée et surtout pas le week-end. La jeune femme acquiesça, encore plus enthousiaste que moi. Elle me servit tout un baratin sur la possible reconduction de mon contrat intérimaire en  CDI , ce qui, à ses yeux, semblait être une sorte de manne céleste octroyée par un autorité managériale excessivement magnanime.

Candide, je m’attendais à être envoyé chez les 3 Suisses  dès le lendemain, afin de commencer mon boulot. Que nenni ! Au lieu de me faire signer un contrat de mission intérimaire, la jeune employée me fixa un entretien, non pas avec les 3 Suisses, mais avec Intérim SA. Ces derniers désiraient s’assurer de mes compétences grâce à un test.


Je revins quelques jours plus tard pour une simulation de situation professionnelle. Ce qui, concrètement, se déroula de la sorte : la jeune employée bien mise m’enferma dans un bureau aveugle, où je commençai à prendre peur (allais-je être assailli par une meute de voleurs, de violeurs, d’assassins ?). Le téléphone du bureau sonna et je décrochai, hébété.

- Voilà la mise en situation ! ricana la voix de la jeune employée au bout du fil. Je suis une cliente, vous voulez bien ? Bon, je veux commander une machine à laver. Laquelle vous me conseillez, M. Stoni ?

Toujours hébété, je récupérai la documentation qu’elle m’avait fournie avant de me foutre en quarantaine. J’y trouvai trois pages photocopiées, illisibles, au sujet de plusieurs machines à laver, assorties de leurs caractéristiques. Nous poursuivîmes notre simulation tandis que, tout en retenant un fou rire, je l’interrogeai sur son budget et sur la machine à laver dont elle rêvait. Ma conversation la convainquit, car, une fois qu’elle se fit l’heureuse acheteuse d’une Miele réf. 574FN298, elle me délivra de mon emprisonnement pour me refiler un test de personnalité.

Face à ces trente pages de QCM, je me demandai si je postulais pour faire agent des RG ou pour un simple emploi de conseiller clientèle (l’euphémisme pour désigner le type qui prend vos commandes).

Etant d’un naturel assez obstiné, cette mascarade ne m’avait pas encore découragé, et convoitant donc toujours ma mission intérimaire, je mentis copieusement pour feindre un profil commercial.

 

Question 23 : Vos occupations le week-end ? a) lecture b) ciné tout seul c) sorties festives avec mes nombreux amis

 

Je cochai c), ce qui était d’une fiction notoire, etc.

dès que j’en eus fini de me réinventer en mec inculte, extrêmement sociable et féru d'esprit de compétition, la jeune employée bien mise corrigea mon test de personnalité, pour ensuite m’annoncer (tandis que j’imitais un air agréablement surpris) que je correspondais pile poil au profil du poste (un mec inculte, extrêmement sociable et féru d'esprit de compétition, donc) – j’en avais de la chance, dites donc !

Là, je m’attendais une nouvelle fois à être expédié dès le lendemain chez les 3 Suisses pour enfin commencer mon travail. Que nenni, deuxième édition ! La jeune employée préféra me fixer un autre entretien, mais cette fois avec LE DIRECTEUR DU PLATEAU TELEPHONIQUE des 3 Suisses, s’il vous plaît. Je refoulai mon impatience et approuvai d’un son de gorge atrophié.


Le surlendemain, je me pointai au rendez-vous. Le directeur, un gus en costume, me fit visiter le plateau téléphonique avec un enthousiasme qui me porta à l’interrogation : était-il sous cocaïne ? Des quarante postes de travail, soit, un ordinateur, un téléphone et un casque équipé d’un micro, tous les mystères me furent livrés. Puis il me conduisit dans la grandiose salle de réunion, lui assis à l'extrémité d’une table prévue pour une trentaine d’intervenants, moi assis à l’autre bout, ce qui nous obligea à nous hurler les phrases que nous nous échangions. Ces phrases s’articulèrent d’abord sur des considérations indispensables sur la pluie et le beau temps (« il pleut pas mal depuis la semaine dernière, non ? »), moins initiées par moi que par lui, cela va de soi. Puis il en vint au fait et me mitrailla de questions sur ma personnalité (que je prétendis être celle d’un mec inculte, extrêmement sociable et féru d'esprit de compétition, vous l’aurez deviné) et sur mon parcours professionnel (soit, des petits jobs de merde). Bref, ce superbe baratin s’étendit sur une bonne heure, au terme de laquelle je ne savais toujours pas si j’étais sélectionné ou non pour cette mission d’intérim.

Il eut néanmoins la prévenance de me confier que c’était Intérim SA qui me communiquerait la fameuse information, dont la décision lui nécessitait un certain temps de réflexion, apparemment.

 

 

 

 

tchekhov

 

 

 

 

Je repartis donc chez moi quelque peu dubitatif.

A peine revenu dans mon deux pièces, mon portable sonna et la voix de la jeune employée bien mise me salua tout miel.

- Excellente nouvelle, M. Stoni : vous êtes pris chez les 3 Suisses!

- Euh, en intérim, c’est d’intérim dont on parle, hein ?

Car, vu l’euphorie amphétaminique dont cette fille faisait preuve, je me demandais si je n’avais pas été directement engagé via le providentiel-miraculaire-canonisable CDI !

-Pardon ? qu’elle expectora.

-Non rien… Alors, d’accord, c’est une bonne nouvelle, hum.

-Y’a juste un tout petit problème. Vous avez dit à M. Costume que vous n’étiez pas disponible le samedi. Et il faut être disponible le samedi. Vraiment. Sinon vous commencez mercredi.

Stupéfait, je me souvins lui avoir clairement dit que je ne désirais pas travailler pendant les week-end. Bon, j’acceptai quand même, en espérant pouvoir m’arranger avec l’employeur une fois sur place.

-Quand est-ce que je peux venir signer le contrat ?

-Oh mais vous viendrez la semaine prochaine, pour ça, on est pas pressés…

-Ben si, je ne commence pas une mission sans avoir signé un contrat. J’ai eu une mésaventure avec ça une fois, je ne veux pas que ça se reproduise.

-Mais puisque vous êtes pris !

-Si la mission est annulée au dernier moment, la loi oblige l’agence d’intérim à me rémunérer tout de même, mais pour ça je dois avoir signé le contrat…

-Bon, bon ! Venez cet après-midi !

Là-dessus, elle raccrocha, en boule, soupçonnant probablement en moi un sectateur cégétiste patenté. Je retournai la voir pour parapher mon contrat, lequel concernait uniquement ma période de formation, qui je l’appris avec consternation, allait durer trois jours ! Quelle science secrète allait-on m’inculquer, pour que cela requît deux longues journées et une non moins longue demi-journée ? Dix-huit heures ? Je me souvins avoir été formé aux sondages par téléphone en deux heures, et il ne me semblait pas que la prise de commande fût tellement plus compliquée.


Et ces trois jours, ce sont ceux dont j’ai parlé en introduction, car je n’étais pas destiné à aller au-delà.

 

 

Si quelque science secrète on tenta de m’inculquer pendant cette vingtaine d’heures, ce n’est point celle de la prise de commande, mais celle du lavage de cerveau et du bourrage de crâne.

 

 

 

 

 

Au terme de ces plusieurs entretiens vétilleux non rémunérés, j’arrivai un beau matin au plateau téléphonique.

Immédiatement, on m’enferma (une nouvelle fois) dans une salle de réunion, non plus seul, mais en compagnie de quatre personnes dans la même situation que moi.

Toutes attendaient le formateur, trépidantes d’impatience. Le formateur s’avéra être une formatrice, quinquagénaire en tailleur easy relax, qui se pointa avec une VHS, alluma la télévision, et nous imposa un visionnage. Elle nous annonça qu’il s’agissait d’un reportage sur les 3 Suisses, au cas où nous ne connaîtrions pas. Puis, la démoniaque VHS lancée, elle disparut.

 

 

 

 

Dans un silence respectueux, nous assistâmes à trente minutes de célébration ininterrompue à la gloire des 3 Suisses. Leur histoire incroyable : partant de rien du tout, quelques messagers avaient monté une petite boîte de vente par correspondance (le pathos misérabiliste) qui en quelques décennies, était devenue un véritable empire de la doudoune vert pomme et de la cafetière Brandt livrées par la poste (l’irrésistible ascension qui ferait passer Tony Montana pour un amateur). Les chiffes d’affaires pharaoniques nous furent débités sur fond de diagrammes abscons. Des reportages dévoilèrent des employés thuriféraires louant la qualité de leurs conditions de travail (« j’ai des RTT deux fois par semaine ! » ou « les 3 Suisses, c’est bien plus qu’une entreprise, c’est un esprit de famille »). Après quoi, le reportage s’intéressa aux produits, plus spécifiquement aux vêtements, ligne phare retravaillée par des designers de mode à lunettes (« cette année, nous avons misé sur les teintes automnales, car nous visons la jeune femme dynamique qui travaille, la Bridget Jones française, hi hi hi ! »). Pour finir, nous eûmes droit à la valorisation de l’outil téléphone, avec des images filmées au plateau téléphonique (que je ne reconnus pas), truffées de conseillers clientèle ravis (« nous sommes le premier contact avec le client, nous sommes la clé de voûte de les 3 Suisses !») et visiblement drogués (« les 3 Suisses, c’est cooool ! »).

Pendant cette infâme vidéo, je haussai les sourcils en refoulant des ricanements sidérés.

La vidéo arrivée à son soulageant terme, j’espérai pouvoir respirer un peu. Hélas, la formatrice se fit attendre, aussi mes camarades entamèrent-ils une discussion sur les
3 Suisses, et cela avec un amour passionné.

-C’est vraiment une opportunité pour nous ! Ils nous proposent un super poste.

Je précise que tous avaient été engagés en intérim pour le même emploi que moi, celui de conseiller clientèle, rémunéré au SMIC, bien entendu.

-Y’a des possibilités d’évolution géniales ! On peut peut-être arriver à être chef d’équipe ! Vous vous rendez compte ?

-Et puis ça se voit qu’y a une bonne ambiance, les patrons ont l’air super cool, chuis trop contente !

Dans mon coin, je me contentais de hocher la tête en me demandant si Intérim SA avait oublié de me fournir des pilules euphorisantes, type ectasy et consorts.

 


La formatrice revint au bout d’une autre longue demi-heure, et nous demanda notre feedback quant à la vidéo. Chacun notre tour. Mes camarades s’étendirent en superlatifs mélioratifs, et quand mon tour vint, je lâchai un mou : « Ouais, on a appris pas mal de trucs. » Là, la formatrice eut un regard circonspect et nota ma réponse sur l’une de ses secrètes fiches. J’entrepris de penser que nous étions repérés, ma sobriété et moi.

Ensuite, nous fûmes obligés de nous présenter. Mes camarades ne se contentèrent pas de livrer leur nom et leur âge : ils distillèrent également toutes les étapes de leur parcours professionnel, leurs motivations pour rejoindre les 3 Suisses(qui, apparemment, marquait un nouveau tournant dans leurs vies), puis leurs passions diverses et variées (animaux de compagnie, sports, mode, etc…). Je fus mortifié quand mon tour vint, ne sachant que dire au juste sinon mon prénom et mon patronyme. Puis je me tus. La formatrice attendait une potentielle suite, ses yeux grand ouverts dardés sur ma pomme. Cela dura, alors je rouvris la bouche pour accoucher d’un pitoyable :

-Pour l’instant j’ai surtout fait des petits boulots. Ben voilà quoi.

Que pouvais-je raconter d’autre ?

J’eus droit à cinq paires d’yeux interloqués, dont une paire davantage assassine qu’interloquée : celle de la formatrice.

Elle oublia son indignation pour introduire l’heure des questions. Eh oui, si nous avions des questions, c’était le moment ou jamais ! Je m’attendais à des choses très prosaïques, par exemple au sujet de la rémunération, des horaires. Manqué-je d’imagination ? Car mes camarades ne s’encombrèrent pas une seconde de ces sujets-là, leur préférant des préoccupations qui me laissèrent pantois.

-Sur la vidéo, on voit bien que les 3 Suisses veut cibler un public plus jeune. Franchement, vous avez encore beaucoup de travail à faire à ce niveau-là ! Non je dis ça parce que je suis assez fashion quoi, vous voyez, et c’est dommage parce que j’aimerais trop m’habiller chez vous, c’est quand même plus pratique, et puis, on aura droit à des réductions, non ?

Au sujet des réductions, tout le monde se réveilla dans des accès utopiques.

-Ah bah oui, on a droit à quoi comme réductions ?

-On peut en faire profiter nos amis ?

-Sur toutes les pages du catalogue ?

Eh bien, ils furent déçus, car ils n’avaient droit à rien ! La formatrice les endormit avec un baratin sur le fait que, si nous passions en salutaire-providentiel CDI, nous aurions droit à de misérables pourcentages de ristourne sur un produit chaque mois, ce qui eut toutefois l’efficacité de soulager toute la bande.


Après quoi, nous entamâmes la formation proprement dite.



Nous pénétrâmes dans une salle pourvue d’ordinateurs, et, innocent jeune homme que j’étais ! je pensais que nous allions nous mettre au boulot, apprendre les rudiments du logiciel, je ne sais trop quoi.
Que nenni, troisième édition ! La formatrice nous fit disposer les sièges en demi-cercle devant elle, qui trônait ainsi en vénérable déesse devant nos prunelles ébahies.

Tout la journée durant, jusqu’à six heures du soir, nous restâmes assis dans cette position. Et toute la journée durant, nous l’écoutâmes nous asséner la divine parole de l’entreprise.

D’abord, son discours se fit offensif.

-Avant de commencer, je tiens à vous dire que nous, on cherche des gens vraiment motivés. Si pour vous le poste de conseiller clientèle c’est uniquement un travail alimentaire, je vais être sincère : levez-vous et prenez la porte. Nous on veut des gens qui ont envie de se défoncer, qui vont au-delà d’un salaire pour manger. Si c’est ça que vous cherchez, vous prenez vos affaires et vous vous en allez. C’est bien clair ?

Je puis vous assurer qu’à ces mots, ma cervelle exécuta une sensationnelle pirouette sur elle-même. J’étais tellement scié que je dus me concentrer pour ne pas blêmir.



Nous étions des intérimaires.

L’une d’entre nous n’était même pas rémunérée à quelque niveau que ce soit par les 3 Suisses, mais par les ASSEDIC (principe du stage de « réinsertion » en entreprise, pain béni pour les patrons qui jouissent ainsi d’une main-d’œuvre totalement gratuite).

Nous étions payés au SMIC.

 

 

Et on osait exiger de notre part de ne pas considérer ce travail merdique comme un travail alimentaire. Précarité, salaire de misère, et par-dessus le marché, allégeance totale au patronat !

Mon envie de cracher à la gueule de notre formatrice prit une ampleur effarante.

Et j’hésitai à en effet me lever et me tirer, tant je me sentais insulté.

Pendant plusieurs secondes qui requirent toute mon énergie intellectuelle, je pesai le pour et le contre. Une chose était sûre : je quitterais cet enfer au plus vite. Mais où était mon réel avantage ? Me tirer dès la première matinée et me faire sucrer ma rémunération pour la période de formation ? Ou bien, prendre mon courage à bras le corps, finir la formation, respecter le contrat que j’avais signé et me faire payer en totalité ?



Je décidai donc de rester jusqu’au terme de ces trois jours.

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/Chiens-suspicieux010.jpg

 

La formatrice nous distribua une documentation d’une centaine de pages sur la culture d’entreprise. La grand-guignolesque célébration de la VHS me parut bien inoffensive, dès lors. Car ce fut un soliloque interminable qui s’instaura, sur tous les bienfaits des 3 Suisses, qui visait à faire de cette société notre nouvelle religion. Avec sa Genèse : les trois quatre coursiers qui ont monté leur petite boîte, donc. Son Exode : la fièvre de l’accumulation capitaliste, les millions de clients, l’établissement à l’étranger. Ses Prophètes : les différents patrons bien sympathiques qui s’étaient succédés, et tous les changements révolutionnaires qu’ils introduisirent. Son Lévitique : l’institution divine sous toutes ses coutures et ses actions sociales et humanitaires de par le monde. Son Deutéronome : fort de son propre décalogue, les 3S (sourire, sympathie, spontanéité) auxquels nous devrions nous conformer corps et âmes, plus tous les codes sociaux à intégrer (la bise sur les deux joues quand on souhaite bonjour à un collègue, le tutoiement, le déjeuner pris en société…).

En ce qui concernait la bise sur les deux joues, cela me posa un gros problème. De fait, dès que je croisais quelqu’un dans les couloirs (quand nous étions relâchés des séances de lavage de cerveau pour aller aux toilettes, par exemple), je m’excusai en prétendant que je souffrais d’une grippe virale...

 

 

 

 

Stoni finira-t-il la démoniaque formation ? Rejoindra-t-il la secte des 3 Suisses ? En deviendra-t-il grand sachem ? Bernard et Bianca voleront-ils à son secours ?

 

 

La suite est ici !

 

 

 

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 13:39

 

 

 

the-beatles1.jpg

 

Une chose à savoir sur les Beatles :

ils aimaient se déguiser.

Ça tombe bien, moi aussi.

 

 

 

 

 

 

Les Beatles étaient quatre jeunes gens britanniques, ma foi fort sympathiques, issus de la classe ouvrière, qui firent de la musique pop de 1960 à 1970.

 

Ainsi, ils gagnèrent beaucoup d'argent.

 

L'époque voulut qu'ils se convertissent aux drogues plus ou moins dures, à l'hindouisme (pour George Harrison), au végétarisme (pour Paul McCartney) et à l'agit-prop politico-mondaine (pour John Lennon). Ringo Starr, lui, se convertit uniquement à être Ringo Starr, c'est-à-dire lui-même.

 

Ils se séparèrent.

Tous continuèrent à gagner beaucoup d'argent, tout du long de leur existence.

 

 

 

 

http://britishcars.files.wordpress.com/2012/03/rolls.jpg

John Lennon, sa progéniture et sa Roll's-Royce.

Une chose à savoir sur les Beatles :

ils étaient claqués de pognon.

Ça tombe mal, pas moi.

 

 

 

 

 

 

Paul McCartney poursuivit son existence pépère de végétarien fortuné, tandis que Ringo Starr persista à être Ringo Starr.

 

En 2011, Scorcese consacra un long-métrage documentaire à George Harrison intitulé Living in the material world – vivre dans le monde matériel. A la base Living in the material world était un album solo de George Harrison dédié entre autres aux philosophies orientales.

 

Ce film porte bien son nom, quand on sait qu'il retrace l'existence du Beatle. Car, malgré tout, Harrison vivait bel et bien dans le monde matériel. Malgré tout : malgré les drogues plus ou moins dures, malgré l'hindouisme, malgré la « coolitude » qu'il se plaisait à revendiquer. Vous comprenez, après les Beatles, George Harrison pratiqua la course automobile comme hobby de millionnaire. Pour investir son fric, il produisit des films de cinéma.

Il fallait bien qu'il s'occupe.

 

John Lennon, lui, s'adonna au militantisme de riche pour la paix et contre la guerre. Il écrivit une chanson Working class hero, soit, le héros de la classe ouvrière. Le héros de la classe ouvrière vécut dans un immeuble de luxe à Manhattan et plaça son fils en pension en Suisse (75 000 € l'année de scolarité).

 

Comme quoi, lui aussi vivait malgré tout dans le monde matériel.

 

 

 

Tels furent les Beatles, le groupe de musique occidental le plus célèbre du vingtième siècle.

 

 

 

 

 

 

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 13:31

 

http://images-00.delcampe-static.net/img_large/auction/000/092/612/009_001.jpgStyle genre.

 

 

 

 

Quand j’étais petit, mon père avait trouvé un très bon moyen de me calmer lorsque je foutais le boxon. Il me disait :

- Si tu continues, je vais t'envoyer en pension en Suisse !

J’avais quoi ? Trois, quatre, cinq ans.

Et j’y croyais.

Je n’avais pas compris qu’il était ironique. Il prononçait cette menace avec tout le sérieux de son autorité paternelle. Vu le ton lugubre, vociférant, qu’il empruntait, j’avais comme une légère tendance à redouter cette perspective.

Dans certains jours audacieux, je lui demandais :

- C’est comment, la pension en Suisse ?

Le regard sombre et légèrement détourné, il répondait :

- Vaut mieux pas que tu le saches.

Mon imagination prenait logiquement le relais – mon imagination a d’ailleurs toujours pris le relais, au point que j’en fasse mon métier.

 

De la Suisse, je ne savais pas grand-chose à l’époque. Excepté ce que j’avais vu dans les dessins animés – genre les enfants qui couraient parmi les alpages pour aller traire les vaches.

 

La pension en Suisse, je m’en construisis rapidement toute une représentation mentale. Une immense ferme pénitentiaire, envahie par des milliers de gamins renvoyés par leurs parents. Ces gosses, habillés de sordides bermudas en toile de jute, étaient pour ainsi dire abandonnés à eux-mêmes, sales, la culotte trouée, les pieds nus. La nourriture consistait en une sorte de gruau versé dans des auges autour desquelles les enfants se bagarraient pour puiser une simple bouchée. Le reste de la journée, ils étaient assignés à des tâches agricoles immondes. En petit citadin, je connaissais mal la vie à la campagne, plus mal encore la vie à la ferme, et me figurais qu’on cultivait toujours la terre comme on le faisait au Moyen-Âge. La pension en Suisse occupait les enfants à bêcher d’incommensurables jardins, à faucher des hectares de blé et à conduire des bovins récalcitrants dans des prairies boueuses, cela dans des conditions climatiques extrêmes.

 


 

children-farm.jpg

 

Ma pension en Suisse, c'était à peu près comme ça.

 

 

 

 

 

 

Je ne sais plus après quel forfait mon père s’exclama :

- La pension en Suisse, c’est pour demain !

Ce qui eut pour effet immédiat de me faire filer dans ma chambre. J’étais terrorisé. Puis je repris mes esprits en pensant : ok, la pension en Suisse, cette fois t'y couperas pas, mon sagouin. Maintenant, tu dois juste réfléchir à la meilleure façon de te faire la belle.

Je me promis de bien étudier les lieux une fois arrivé dans la ferme pénitentiaire. Il y aurait forcément une faille. Je dressai l’inventaire de tous les moyens d’évasion que je connaissais. La corde, les draps noués, le travestissement, etc.

 

Passés mes six ans, je perçus la dimension blagueuse de la pension en Suisse, jusqu’à ne plus lui accorder aucun crédit. N’empêche, je ne voyais toujours pas ce que c’était exactement, cette pension en Suisse. Je questionnais mes amis à l’école, personne n’avait jamais entendu parler d’une pension en Suisse.

Et puis, un jour, j’ai su. Ce qu’était réellement une pension en Suisse. Soit, une école de luxe pour les classes très supérieures.

Je fus muettement consterné.

C’est comme si toute ma petite enfance, mon père m’avait dit « si tu continues, je t'expédie sur la lune en Roll’s Royce ! » et que j’y avais cru. Autant trembler à l’idée de toucher un million d’euros… cela n’avait pas la moindre chance de se produire.

 

 

 

 

 

http://www.ouest-france.fr/of-photos/2009/11/21/SIDE_2880174_1_apx_470_.jpg

 

Le truc le pire qui aurait pu m'arriver dans une vraie pension en Suisse

c'était de m'acoquiner avec les Strokes.

 

 

 

 

D’ailleurs, avec le recul de l’âge adulte, je trouve cette histoire de pension en Suisse assez cynique de la part de mon père, surtout quand on sait à quel point nous étions pauvres.

 

 

 

 

 

 



Toi aussi ton père t'a traumatisé avec la pension en Suisse ?

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