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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 14:09

 


Bébé, écris-moi un livre

Chéri, écris-moi une œuvre

 

Pour ce qui est de

Te payer

T’attendras

Les hors-d’œuvre

 

Salons et petits fours

A Paris

C’est fou ce qu’on s’amuse

Toi et moi

Bébé

Toi et Moi

 

Danse un coup

Ma loute

Décontracte-toi

 

Bébé, écris-moi un livre

Chéri, écris-moi une œuvre

J’adore ta fiction !

Fais-moi confiance

Car je détiens

Les moyens de production

 

C’est marrant, tes bouquins

Ça m’a bouleversé

Mais ça n’empêche pas

Que tu vas tout recommencer

 

Peu m’importe

Mon amour

Qui tu es ou d’où tu viens

On te convertira

Quoi qu’il en soit

Avec les petits fours mondains

 

J’ai ni l’être, ni le code

Et toi, tu crois que tu les as ?

Moi en tout cas

J’élève un iguane

Dans mon loft

 

Je l’ai acheté

A Katmandou

Quand j’écoutais

Iggy Pop

L’iguane m’a fait les yeux doux

 

Allez bébé

Ecris-moi un livre

Allez chéri

Ecris-moi une œuvre

 

On est sympas

Nous les Editeurs

On est drôlement cool

On prend soin

De nos auteurs

Comme de nos poules

 

Je te trouve plutôt bien traité

Pour un caca

Faudrait pas non plus abuser

Et faire comme Kafka

 

Il faut te soumettre

Mon chéri

Il faut bien t’y plier

Y aura-t-il un Max Brod

Après ta mort

Pour te faire publier ?

 

La postérité

Elle te paierait mieux que moi

T’avais pas qu’à

Etre communiste

C’est tant pis pour toi

 

C’est fou ce qu’on s'éclate

A Paris

Et qu’est-ce qu’on a bien ri

Avec les Lecteurs

Sur ton dernier manuscrit

 

Danse, valse

Dans le politco-mondain

Je connais Emmanuel Valls

C’est un bon copain

 

Je fais ça pour ton bien

Va, ne t’en fais pas

On parlera

Coke

Salons

Petits fours

Amour

La quadrilogie, quoi !

 

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 11:09


Nom masculin :

"C'est un peu comme un kiné, mais chiant."

(Aniki, 2009)
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 00:00

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 11:10

 

Aniki : surnom masculin signifiant mon frère en japonais.

 

 Il a l'air très sérieux.




J’ai rencontré Aniki en 2003. Il avait vingt-quatre ans, et moi dix-neuf.

Lui, confiant, percutant, rieur et travailleur. Moi, gamin, provocateur, seul et encore un peu poète.

Je l’ai suivi.

 

Si grand, de stature mince, il donne toutefois (en bon natif du taureau) l’impression que sa masse l’enracine au sol, dont il ne décollera pas. C’est un rationnel. Il me semblait croire en Dieu, quand nous nous sommes trouvés, mais lui ne versa jamais dans de telles mystifications. J’avais de l’imagination. Et je n’étais pas encore marxiste.

Il marche, donc. Tout droit. Décidé. Il est l’homme qui avance.

Je me suis mis à le talonner.

Parce qu’il m’invita à le faire. J’étais trop fier pour en prendre seul l’initiative.

 - Tu viens ? me dit-il au bout de deux semaines.

Je vins. Avec lui. Je marchai dans ses traces. Au Canada, aux Etats-Unis, et en France. Je le suivis à Montréal, à Québec, à New York, à San Francisco, à Berkeley.

 

Nous nous aimons avec une constance de petites gens. Nous ne sommes pas compliqués. Je fus – je le confesse – persuadé de l’être moi-même, et me montrai souvent pénible. Je cessai. Il patienta. Il m’aime, et il reste le seul à l’avoir fait, je crois.

J’anticipe ses pensées, ses réactions, ses éclats de rire et ses ruminations à la seconde près. Il a, envers mes petites particularités puériles, la sagesse d’un vieux chien qui laisse des enfants lui tirer les oreilles. Les oreilles qu’il dresse, s’il sent la moindre menace. Envers moi. En retour, je l’écoute. J’ai toujours voulu l’écouter. Il a la voix naturellement cassée, ce qui m’a beaucoup surpris au début.

Comme moi, il a une physionomie qui ne fait pas « français ». Méditerranéenne, pour le teint de la peau. Judaïque, pour les traits du visage. Il est tout cela à la fois.

 

Nous goûtons le quotidien, les jours et les nuits qui se répètent. Nous lever ensemble, chaque matin, nous est un privilège.

Mes amis s’en étonnent.

J’ai longtemps nourri des passions, mais coléreuses, mais sociales. Lui est trop concret. Les écarts et les déviances libidineuses ne nous tentèrent pas. Nous maîtrisons la science d’un amour simple, et nos rapports sont d’une évidence totale.

Mes amis s’en étonnent aussi.

Nous menons un train de petits vieux.

 

Nous sommes studieux, et travailleurs. Nous sommes des gens soi-disant sérieux qui, dans leur intimité, pratiquent l’humour absurde et l’ironie de haut et petit vols. Nous inventons des gadgets commerciaux improbables, que nous trouvons drôlissimes.

J’ai l’air d’un révolutionnaire, et lui d’un honnête salarié.

Mais, si Robespierre nous voyait, il nous ferait guillotiner !

Tiens, la Révolution.

J’ai toujours pensé que notre couple était profondément révolutionnaire, tant nous étions bien accordés.

Mes amis s’en étonnent – encore.

(Lui n’a pas vraiment d’amis, il n’a pas le temps, il doit trop penser à moi.)

Nous parlons beaucoup, et « pratiquons le concept » (en artistes).

C’est moi qui lis. Je raconte. Il enregistre et récupère ces concepts.

Cela m’énerve, quand il les utilise, car il n’est pas communiste.

 - Mais c’est toi qui es communiste ici, rétorque-t-il en désignant l’appartement. Tu l’es pour nous deux. Ça suffit, non ?

 - Tu fais une belle économie, soufflé-je avec rancœur.

Etre communiste pour deux, ça pèse. Etre communiste tout court également.

Mais ça pèse aussi d’être celui sur qui je me repose, l’aîné, le commandant et le capitaine. Je lui en sais gré et oublie trop souvent de le lui dire.

 

J’en suis venu à douter que nous sommes deux personnes différentes.

Je me sens avec son corps comme s’il s’agissait du mien. Je le préfère, même. Heureusement.

Tout ce qui le compose, je le manipule et me l’approprie avec une permissivité de propriétaire. Je suis en lui chez moi.

Il m’admire, et je m’en contente bien.

Il ne sait pas tellement s’habiller. Je dois l’inspecter, avant qu’il ne franchisse la porte au petit matin. Ses associations vestimentaires sont hasardeuses. Pourquoi je ne le laisse pas faire ? Je n’en sais rien. Les dégâts de la pratique libérale, sûrement.

Il est étourdi, mais n’oublie jamais ce que je lui demande.

Il aime le sport, l’endurance du cyclisme, et il l’aime encore plus depuis que je lui ai dévoilé le concept du « sport en tant qu’éthique de la praxis ».

Encore un concept qu’il réutilise gratuitement, sans s’engager en politique.

 

Il me trouve intelligent. Il sait être naïf.

 

Il m’apprit à faire la cuisine.

Il m’apprit à me sociabiliser.

Il possède un charisme de politicien. Je ne connais personne qui ne l’apprécie pas. Il peut s’accointer avec tout un chacun. Sa capacité à papoter avec le premier quidam venu me sidère.

Il aurait fait un bon gendre. Je me sens coupable.

Les femmes matures (et instantanément amoureuses de lui) me tuent du regard en songeant :

 - Dommage, qu’il se soit amouraché d’un petit communiste bizarre.

Ses défauts sont, en fait, des qualités. Il n’a aucun goût en musique, ne joue pas d’instrument, n’a pas le moindre sens de l’esthétique. Il n’est pas élégant, ou sinon, d’une façon si classique. S’il plaît, c’est par bonhomie, et non par charme. Avant de me connaître, il était parfaitement étranger à l’underground, aux sous-cultures et aux modes. Il est d’une sincérité parfois désarmante, tout en sachant, si nécessaire, se plier à de modestes compromis idéologiques.

 - Quelle importance ? m’interroge-t-il en haussant les épaules, si je viens à protester.

Il est radin avec lui-même, et généreux avec moi. Il n’est pas susceptible. Son amour-propre ressemble davantage à de l’estime de soi qu’à de la fierté. Il a l’honnêteté de ceux qui ont grandi sans luxe, sans superflu et dans des valeurs simples.

Il est gourmand, mais sans excès. Il aima toujours les plaisirs raisonnables.

 

Il considère mes créations diverses et variées avec une humilité emplie de respect.

Il me trouve grand artiste. Il est un amoureux acharné.

Il m’accompagne, indifférent, dans les festivals littéraires, aux rendez-vous professionnels et chez des éditeurs, toujours aussi spontané et lui-même. Je le sens un peu mon garde du corps prolétarien, au cas où mes interlocuteurs n’auraient pas compris que je ne veux pas changer de camp. Il plaisante avec de puissants politico-mondains, car la lutte des classes lui tient moins à cœur. De plus, il sait très bien pisser sur les mythes culturels de la bourgeoisie.

 

Je l’aime. Nous vivons ensemble. C’est très bien ainsi.

 

 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 09:42





WINUX DOS 2.0

Sytème d'exploitation hybride, prenant autant à  Windows, Linux et MS DOS - en application sur le web 2.0.

Marque déposée par mes soins en 2007.

 

CLIQUER SUR L'IMAGE POUR VOIR EN ENTIER.

 

Pour illustrer tout ça, une vieille BD marrante que j'avais faite... sur la magie de l'informatique.

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 17:18

Cours connard, la grippe porcine arrive !
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 21:18


Branlette
Voilà qui n'est pas très propre sur soi.

 

 


Aux communistes conformistes :


Comme on est propre, comme on est beau, quand on est comme toi.

 

Bien, tu ne fumes pas. Tu bois, mais comme tous les Français, sans être alcoolique. Tu es lisse et toujours souriant.

Tu as la poignée de main adaptable, le sens de la stratégie et les concessions faciles.

Il faut savoir se sociabiliser, c’est vrai.

 

Tu ne sais pas rire, et ce qui te fait rire me met mal à l’aise.

 

Tu caches à peine ton mépris pour les pauvres, les incultes, les ratés et les feignants.

Continue.

Je m’en fous.

 

Tu es diplômé, tu as reçu tes gratifications de la superstructure. Tu affiches ta médaille : master 2. Tant mieux.

Tu es « formé », très bien formé, tu soutiens les professeurs et les étudiants, tu n’as rien à te reprocher.

J’en suis ravi, mon frère.

 

Car tu te dis « fraternel », mais tu refoules les grimaces en croisant ceux qui portent des survêts, des vêtements soi-disant à la mode et qui mangent chez McDo : tu ne veux surtout pas avoir affaire à eux, et tu ne veux surtout pas les connaître.

Eux non plus, que je te rassure.

Qui représentes-tu, toi qui crois détenir le « concept » et parler au nom du peuple ? Où est le peuple derrière toi, je ne le vois pas.

 

Tu me considères avec méfiance, tu murmures que je suis un stal pornographe.

(Tu te trompes. Je suis bien moins que cela.

Seulement, je ne suis pas toi.)

Mais comme l'a souligné un ami, que dirais-tu de Rousseau, qui osa écrire La Nouvelle Héloïse  et Du Contrat social ?

Rousseau, tu le balaies d’un revers de la main. Tu préfères tes penseurs contemporains dont je n’ai rien à foutre, qui ne m’agacent même pas.

Et tu me dis que je n’ai pas compris Rousseau. C’est vrai, je ne suis pas diplômé.

Je n’ai pas ma médaille : DESS en lettres modernes.

Tant pis. Pour toi.

 

Quand je te regarde, je me demande s’il t’arrive de faire l’amour, et de baiser.

Sûrement.

 

Mais il ne faut pas que ça se sache.

 

Je voudrais t’offrir des romans de Jean Genet et Portnoy et son complexe, pour que tu entrevoies seulement un instant ce que sont la subversion, et le sexe rigolard.

Tu ne les lirais pas.

Ou tu n’y comprendrais rien.

Ce n’était pas dans le programme, à la fac.

 

Tu lis ta presse politiquement correcte pour marxiste gauchisant.

As-tu bien compris Marx, qui engrossa sa bonne ?

Et si je te parle de Pasolini, tu changes de sujet.

Il allait voir des putes, c’est vrai, ce n’est pas bien.

Et c’est vieux. Et ça sent la lutte des classes. Ça la pue, même, à plein nez.

Pasolini faisait de l’art, et prenait le parti des policiers, face aux manifestants de mai 68.

Ce n’est pas correct, n’est-ce pas.

Un artiste… On est pas sérieux, quand on écrit des romans.

 

Toi tu as un chien, et ta maison, et ta famille.

Ton salaire de fonctionnaire.

Ou de politicien.

Tes parents étaient des gens sympathiques, et cultivés.

(Chez toi, on ne disait pas : « bordel ».)

Ils ne voulaient pas que tu deviennes ouvrier.

Et toi, tu ne voulais surtout pas te frotter aux rapports de production.

Cela dit, tu aimes les pauvres.

Tu pratiques la charité politique.

Les banlieusards n’ont jamais été aussi sympas que lorsqu’ils montent des spectacles de hip-hop. A l’Opéra National.

Le rap sera lamartinien, et la chanson gauchiste.

Surtout s’ils sont subventionnés.

C’est plus sûr.

 

Sais-tu rêver ?

Et bander ?

 

Avec tes comparses, vous partagez des connivences d’affidés bien insérés.

Je n’ai jamais su vous imiter.

Vous employez le langage désincarné de la technostructure.

Vous vous entendez.

Une fois, je vous ai dit que vous « faisiez de la scolastique ».

A vos réactions, vous ne saviez pas ce que ça voulait dire.

Ma foi.

 

Ne te trompe pas.

Je n’ai rien contre toi.

Tant que tu ne m’insultes pas, et ne cherches pas à me manipuler.

Ce qui est déjà arrivé.

Va, je m’en remettrai.

 

Je t’aime bien, mon frère.

Et si je reste à tes côtés, ce n’est pas que pour t’emmerder.

 

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 18:27

 

  J’attends le tramway, après le boulot. J’écoute mon lecteur mp3, les écouteurs enfoncés dans les oreilles.

Je vois un mec s’approcher. Je cille. Il tique. Je sourcille, cette fois. Il finit par esquisser un sourire. Ses lèvres articulent des syllabes, probablement mon prénom. J’arrête le lecteur.

C’est Fred, qui vient à moi, tout sourire.

 

  Il porte un jean un peu trop large, un tee-shirt et des sandales. Les cheveux plus courts qu’avant. Je comprends qu’il a vieilli, et qu’il a trouvé un travail. Fixe. Stable.

On hésite à se serrer la main. On a flirté, autrefois, et je ne crois pas que nous nous soyons jamais embrassés. Je ne suis pas trop certain de mes souvenirs, tout de suite, face à lui.

Il a plus de trente ans, désormais. Je calcule rapidement. Là aussi, je ne suis pas sûr de mon coup.

Je force un sourire de circonstance, mais je dois avoir l’air méfiant. Il perd de son assurance et explique :

 - Tu te rappelles ?

Ça pour m’en rappeler, je m’en rappelle.

 

Une fois j'avais fait une BD sur lui.


J’avais alors dix-neuf ans, lorsqu’on s’est rencontrés dans un bar pseudo alternatif pour jeunes. Je traînais là avec un pote, et je l’ai repéré. Fred. Vingt-cinq ans à cette époque – l’âge que j’ai aujourd’hui. Grand, maigre, le visage en biseau, la barbe claire naissante, blanc, pâle, décoloré par ses gènes des cheveux jusqu’à l’épiderme : pour moi, sa blondeur était fabuleusement exotique. Je me suis assis à côté de lui, en faisant mine de rien. Ses yeux étaient bleus, longs et intelligents. J’ai trouvé moyen de lui adresser la parole.

Nous nous étions engueulés, au sujet d’un film qui n’a aucune importance.

Ça partait mal.

Il s’est excusé.

J’avais haussé les épaules. J’étais habitué.

Il devait s’en aller, et il m’a promis de m’offrir une bière pour se faire pardonner. Il m’a offert une cigarette – en ce temps, on fumait dans les bars. Et puis il a suggéré :

 - Pour qu’on se revoie, tu me files ton numéro de portable ?

A débuté alors une partie de cache-cache assez épuisante, puisque, comme je l’ai écrit plus haut, il ne m’a jamais accordé un seul baiser.

 

  - J’ai une copine…

  A cette nouvelle, j’ai affecté de ne pas réagir.

 - Mais on ne se voit pas souvent… Je travaille dans le tourisme, et je suis saisonnier. Alors je pars, de temps en temps, ici et là… J’essaie d’aller en Inde, aussi, passer quelques mois, au moins une fois par an. D’ailleurs faut que je m’achète une caméra DV, pour filmer mes voyages. Mais, c’est pas évident avec elle. Ma copine. Tu comprends ?

J’ai répondu que oui. Je craignais de voir où il voulait en venir.

 - On s’est séparés, mais là on vient de se remettre ensemble…

 - Pourquoi elle part pas avec toi ?

La question l’avait surpris.

 - Où ça ? En Inde ?

J’ai réalisé qu’il portait des bagues à chaque doigt, des grosses pierres de fille. Ma mère m’avait raconté que les freaks (les hippies) mâles les collectionnaient.

Il était né à la mauvaise époque, apparemment.

 - Oui, pourquoi elle ne te suit pas en Inde, ou même dans tes déplacement saisonniers ?

 - Je sais pas… Ben elle travaille, aussi…

 - Ouais, c’est chiant.

 - T’as quelqu’un, toi ?

 - Non. Sinon je serais pas venu, quand tu m’as invité ce soir.

Il n’apprécia pas une approche aussi directe du sujet crucial. Il s’alluma une cigarette, l’expression pincée.

 - T’as fait exprès de t’asseoir à côté de moi, l’autre soir au bar ? Quand on s’est rencontrés.

J’ai menti :

 - Non. Pourquoi ?

 - Pour rien. Je voulais savoir, je pensais que si.

 - Non, j’ai pas fait exprès.

Il était déçu. Je n’y comprenais rien, à ce mec.

J’allais mettre six mois à ne toujours rien y comprendre.

Il témoignait d’une prévenance très virile, avec moi. Il refusait que je paye mes demis, quand nous nous voyions. Il me laissait toujours des cigarettes pour remplir mon paquet, quand nous nous quittions.

  - Tiens, ça te fera pour la soirée.

Il fumait des joints, à la pelle. Je n’aimais pas ça. Il avait des langueurs agaçantes, dans sa façon de parler, et dans sa gestuelle. Mou, un peu emprunté. Je lui trouvais l’air bourgeois.

A l’époque, je ne savais rien du marxisme.

J’avais envie de lui arracher ses bagouzes, esthétisantes, et efféminées. Comme les hippies des années soixante sauvegardés par les vidéos documentaires, il minaudait, dressait de vagues gestes avec ses mains, au fil de ses mots.

Pourtant, je l’aimais bien.

Je lorgnais ses bras, longs et osseux, recouverts d’un poil jaune.

Lui, il me craignait comme la peste. Il se méfiait de mes paroles, et les redoutait. Souvent, il les repoussait d’un revers de la main. Souple et indolent, le geste. Il était vaporeux comme la fumée bleutée d’un joint. En bon apprenti freak.

Je connaissais d’ailleurs bien le sujet, ce qui ne cessait pas de l’impressionner.

Il voyageait en Inde, à la quête d’un mode de vie qui n’avait pu et ne pourrait jamais être.

Et il se rendait compte que, depuis ma banlieue, j’en savais bien plus là-dessus que n’importe qui d’autre.

Je lui avais fait des cassettes avec des morceaux du Grateful Dead, de Amon Düül, de Jethro Tull, de Santana et j’en passe…

 - On entend le crachotement de l’aiguille sur le vinyle, m’avait-il dit, émerveillé.

 - Ouais, c’est les disques de ma mère.

 - T’en as beaucoup, comme ça ?

Les yeux pleins de rêves. Les yeux communicatifs. J’étais très fier, tout à coup.

 - Une centaine.

 - La chance…

Je n’ai jamais craché sur la contre-culture de mes parents, mais j’en avais bien senti l’arnaque. Mes parents, eux-mêmes, les premiers.

Je lui ai donc répété ce qu’ils m’avaient toujours raconté :

 - C’était pas possible, Fred. L’utopie hippie.

Prononcer le mot hippie me mettait toujours mal à l’aise. C’était un vocable adapté au monde extérieur, qui trahissait toute la réalité du terme qu’employait ma mère : les freaks. J’étais freak, nous étions freak, c’était complètement freak, on vivait freak

Des monstres.

 - Si, m’avait-il rétorqué. Il y a des gens qui refont ça. A Goa. Je les ai vus. Et même les mouvements altermondialistes…

Ce dernier argument me gêna.

Il le vit et ricana :

 - Je sais que t’aimes pas José Bové… Vendu, va.

 - On parle pas de ça, ok ? On va encore s’engueuler. Ce que je veux te dire, c’est que ce n’est pas un mode de vie. L’héroïne n’est pas un mode de vie. Les acides non plus… Quand on se pique, on meurt. Tu saisis ?

 - Mais les drogues dures ont été justement introduites pour pulvériser le mouvement hippy…

Et il partait dans de grandes tirades nostalgiques, dialectiquement creuses et plates. Aujourd’hui, je lui répondrais :

 - Fred, consommer sans produire, ce n’est pas possible.

J’avais un grand mépris pour l’herbe qu’il consommait – le verbe est on ne peut plus juste. Il s’étonnait que je ne fume pas de spliffs.

 - J’ai pas les moyens, répondais-je (ce qui était vrai). Et puis, des fois avec mes potes, on s’en achetait au lycée. Quand on avait réussi à voler des cd et à les revendre. Franchement, j’ai toujours trouvé ça naze. Moi, pour décoller, j’écoute de la musique. Il me suffit d’un disque.

Il en fut très jaloux, car il prétendait aimer la musique, et s’y connaître.

 - J’aimerais parler à ta mère, s’insurgea-t-il. Je suis sûr que elle, elle sera d’accord avec moi.

Je lui avais dit que ma mère avait vécu d’acides, d’héro, de concerts et de communautés, à la fin des années soixante-dix.

 - Toi, reprit-il, tu es trop moderne. Tu t’es vendu au contemporain. T’écoutes du rap et tu parles comme une racaille.

Je fus piqué. Je faisais très attention à mon vocabulaire, en sa compagnie. Je ne voulais pas l’effrayer.

 - Au lycée, le rap, je n’avais que ça. Et parler comme une racaille, ça ne coûte pas cher. Contrairement à ton herbe.

 - Tu manges chez McDonald.

 - Ma mère aussi. Les pauvres, ils mangent chez McDo. T’as jamais fait gaffe à ça ?

 - Mais tu te rends compte, de ce que t’es en train de dire ?

Il était désespéré. Je le désespérais. Cela me désolait, moi aussi.

J’oubliais ses prétentions petites-bourgeoises – il venait d’une famille aisée, comparée à la mienne – en convoitant ses lèvres minces, bordées de barbe blonde.

Certaines nuits, je recevais un SMS :

 

Je pense à toi, j’ai envie d’essayer avec toi, il faut qu’on se voit.

 

Essayer quoi ?

Je le rappelais, nous nous fixions un rendez-vous.

Qu’il inaugurait toujours par cette phrase :

 - Je me suis remis avec ma copine…

Nous n’essayâmes donc jamais.

 

Lorsqu’il partait travailler dans une station balnéaire, il m’appelait souvent, à l’aube, et me parlait de lui. Un peu de moi.

 - Tu me manques, disait-il.

Je ne l’aimais plus vraiment, après plusieurs mois à ce rythme. Avant, je l’aimais bien. Je ne l’ai pas aimé tout court, heureusement.

A la montagne, il faisait du « surf des neiges », ce que je trouvais étrange pour un aspirant hippy.

 

Je rencontrai Aniki, par un splendide jour de septembre, tout à fait par hasard, dans un bus.

C’était le bon. Et le premier, et le seul, avec qui j’entamai une vraie histoire.

Nous passâmes les semaines suivantes à baiser sans interruption.

Fred me rappela :

 - Je suis revenu en ville. Ça te dit qu’on se voit ?

A la longue, et dans les bras d’Aniki, j’en étais venu à considérer Fred comme un vague poteau. J’ai donc accepté.

On s’est revus.

 - Je pars au Canada, ai-je annoncé à Fred.

 - Ah bon ?

 - Oui, j’ai rencontré un mec, ça colle bien. Il immigre, je pars avec lui. Dans un mois.

Il devint méchant :

 - Toi qui adorais les Etats-Unis impérialistes, c’est bien, tu t’en rapproches.

 - Je suis super content.

 - Tu l’as rencontré quand, ce mec ?

 - Y’a deux ou trois semaines.

 - Et tu le suis au bout du monde ?

 - Qu’est-ce que j’ai à perdre ?

 - Ecoute, je te paye ton coca. Tu ne devrais pas boire du coca. C’est de la merde américaine.

 - Non, je me le paie, ça va.

 - Il sait que t’es venu me voir, aujourd’hui, ton copain ?

 - Non. Je sais pas. J’ai pas pensé à lui en parler. Pourquoi ?

 - Je vois. Bon, j’espère que ça se passera bien, au Canada.

Il eut un sourire tordu.

 

Et aujourd’hui je revois Fred, à la station de tramway.

 - Fred… Tu te rappelles de moi, Stoni ? C’était quand ? En 2002, 2003, un truc comme ça…

Je me dégourdis et hoche la tête.

 - Ouais, je sais. Comment tu vas ?

Il mène toujours la même vie, sauf qu’il a emménagé avec une fille, et qu’il occupe un emploi subventionné par l’Etat. En CDD. Un post emploi jeune, en gros.

J’ai envie de lui demander s’il s’agit toujours de la même copine, mais je m’abstiens.

Il me contemple et échappe :

 - T’as vachement changé.

 - Pas tant que ça visiblement, sinon tu m’aurais pas reconnu.

 - Je sais pas, t’as l’air tellement… adulte. Alors, qu’est-ce que tu fais ?

Je lève une épaule.

 - J’écris.

 - Ah oui, tu continues ?

 - Ouais, c’est sérieux maintenant. C’est bien, je suis heureux.

 - Sur quoi t’écris ?

Je résume brièvement mon genre littéraire.

Il cherche quelque chose dans mon regard, tandis que je parle par allusions.

 - Et sinon ? Toujours branché vinyles ?

 - Je prends moins le temps d’écouter de la musique. Je lis et étudie beaucoup.

 - T’es à la fac ?

 - Non, chez moi. Tout seul. La Révolution française et le marxisme, surtout.

 - Pourquoi ?

 - Eh bien, je suis communiste.

 - Ah bon ?

Il est scié.

 - Communiste communiste ?

 - Oui, enfin, pas trotskyste ni rien d’autre comme ça, quoi. Marxiste. Au Parti. Point.

 - J’aurais jamais dit ça de toi. Tu mangeais chez McDonald…

Il s’en rappelle ! Je souris.

 - Je mange toujours chez McDonald.

 - Non ?

 - Ben si, en fait. Ça t’a marqué à ce point-là ?

Je ne prends plus de gants, et ça le désarçonne.

 - Ben t’étais bien le seul jeune que je connaissais qui mangeait chez…

 - On ne devait pas être issus du même milieu, alors.

Il entame une réplique amère.

 - C’est pas grave, dis-je. Je le prends pas mal du tout, je trouvais ça marrant que tu t’en rappelles, rien d’autre.

 - Ah… Quand ton prochain bouquin sort, tiens-moi au courant.

On ne pense surtout pas à s’échanger nos numéros de portable.

Mon tramway arrive.

On ne se serre pas la main.

 

 

 

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 20:45


Je suis marxiste… je suis un stal !

 



Diminutif de stalinien.

 

Terme très péjoratif utilisé par les gauchistes soixante-huitards pour désigner les membres du Parti Communiste Français, et par extension, ses sympathisants.

 

Exemples lus sur le site d’un auteur de romans policiers :

 

« Didier Daeninckx était un des pires stals du monde du polar. »

 

Traduction : Didier Daeninckx était un sympathisant communiste.

 

« Les méchants stals prirent le pouvoir en 1981. »

 

Traduction : des communistes participèrent au gouvernement Mitterrand, en 1981.

 

Aujourd’hui, le mot stal est surtout utilisé… par les membres du PCF eux-mêmes.

 

Les « réformistes » du parti (une écrasante majorité) qui préfèrent  substituer aux mots luttes des classes, ceux de luttes sociales, désignent leurs camarades de tendance plus « orthodoxe » par ce terme.

 

Exemple :

 

« André Gerin, quel stal ! »

 

A traduire par :

 

André Gerin ne fait pas dans la dentelle, il oser parler de Karl Marx !

 

Comme le dit mon ami qui collectionne 40 années d’adhésion au parti :

 

« Auparavant, dans les années cinquante, tout le monde devait être stal au PCF. Sinon, t’étais mal vu. D’un coup, après le rapport Khrouchtchev, c’était à qui serait le moins stal que les autres ! Ceux qui avant n’étaient pas stals et se le faisaient reprocher, sont alors devenus les stals de service. Stals ou pas stals, telle est la question ! »

 

Stals ou pas stals, certes, nous restons tous, réformistes ou orthodoxes ou tout ce que vous voulez, des stals aux yeux des militants de divers partis de gauche.

 

« Salut les Stals ! », nous lançaient toujours les militants trotskystes quand nous nous croisions, en pleines distributions de tracts, sur les marchés.

 

Ce à quoi, hélas, j’étais le seul à répondre :

« Salut les Trotskos ! »

 

Bref, des définitions indispensables, envoyées depuis les tréfonds du monde heureux de la politique.

 

Ce qui est assez chiant j’en conviens.


 

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Published by stoni - dans Définitions
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:19

 

Dans mon premier article introductif du blog de Stoni, j’énumérai les deux plombes de mon quotidien :

 

- l’engagement politique premièrement,

- le travail romanesque sous la houlette d’un Grand Editeur deuxièmement.

 

Cette seconde plombe est l’histoire d’un manuscrit.

 


Quand vous avez pondu un joli petit roman dont vous êtes bien fier, vous le convertissez en format manuscrit (ou tapuscrit) afin de le soumettre aux Editeurs de France et de Navarre.

 

Personnellement, je me lançai dans l’aventure à vingt-trois ans, mal dégrossi et absolument ignorant de toutes les finesses du monde littéraire.

 

Un manuscrit, c’est un récit en police Time New Roman taille 12, avec un interligne 1,5.

 

Et vous envoyez tout ça par la poste.

 

Vous recevez des lettres de refus qui se résument à peu près à ça :

 




EDITIONS MACHIN

 

Monsieur Stoni,

 

Nous vous remercions de nous avoir transmis votre manuscrit Une histoire avec des guns, mais malheureusement il ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

 

Veuillez agréer, blabla,

 

LE SERVICE MANUSCRITS.

 



Ce qui en gros signifie : ton manuscrit, tu peux te le foutre au cul !

 

Seulement, un Grand Editeur remarqua mon manuscrit et le trouva presque à son goût.

Ici débuta un long travail d’adaptation du roman aux exigences de sa collection.

 

L’auteur est un caca.

 

Ce que je vais détailler ici, lecteurs que je devine ô combien incrédules ! je ne l’ai pas inventé à partir de ma courte expérience personnelle.

 

J’ai un ami qui a travaillé très longtemps dans le mirifique univers de l’édition parisienne, et il sut très vite me dépuceler des pratiques du milieu.

 

La première chose qu’il m’apprit fut donc :

 - Stoni, tu es un caca. Je suis désolé de te le dire aussi sèchement, mais c’est important que tu le saches, maintenant que tu vas traiter – ou essayer de traiter – avec un Grand Editeur.

 - Pourquoi un caca ? fis-je, estomaqué.

 - Car pour l’éditeur, l’auteur est toujours un caca. Tu n’es absolument RIEN pour lui, en tant que personne. La seule chose qui l’intéresse, c’est ton manuscrit. Toi, ma foi, il n’en aura rien à foutre. Ce que je te dévoile s’applique à presque tous les éditeurs, petits ou grands, prestigieux ou pas. Disons que dans la profession, il y a peut-être 5% des éditeurs qui sont des gens bien et humains, qui n’agiront pas avec toi en caca. Sinon…

- Wo putain !

 

Mon ami me demanda de lui lire une page au hasard de mon livre.

Je pris mon manuscrit et lus deux phrases.

 - Ok, prends une autre page, bien plus loin dans le livre.

Je m’exécutai. Il m’interrompit au milieu de la deuxième phrase, encore une fois.

 - J’ai été éditeur, me dit-il, et c’est ainsi que je procédais quand je recevais des manuscrits. En quatre phrases, je vois le genre que tu fais. Mais ça, c’est en fait le travail du Lecteur. Tu sais ce que c’est, un Lecteur ?

 

Quand le manuscrit arrive dans une maison d’édition, il y a des gens payés pour les lire. Payés au nombre de pages lues. Ce sont les Lecteurs.

 - Si ton manuscrit est parvenu jusque sur le bureau du Grand Editeur en personne, c’est qu’un Lecteur l’a lu en entier. Il s’est déjà fait du blé sur ton dos, le mec ! Le Grand Editeur n’a aucune idée des manuscrits qui arrivent, par la poste ou par des agents. On lui dit vite fait combien il y en a par an, pour le tenir au courant. Lui, il touche seulement ceux qui ont été sélectionnés. Le Lecteur lui les donne avec une fiche de lecture rédigée par ses petites mains pleines d’humilité. Après, le Grand Editeur décide : s’il rappelle l’auteur, s’il lui envoie un petit mot d’encouragement, s’il lui retourne le manuscrit (signe de qualité !) ou s’il jette son travail à la poubelle. Tu vois, la seule chose importante là-dedans, c’est le manuscrit. Et c’est pour ça que toi, Stoni, personne de chair et de sang, douée d’une conscience et d’une subjectivité, tu es très encombrant pour l’Editeur et qu’il te traitera comme de la merde. Tu es un frein, pour lui. Parce que tu auras des attentes et des exigences de créateur. L’Editeur rêve d’un robot qui enchaînerait des romans conformes à ses attentes. Un robot, ça ne s’énerve pas, ni ne s’impatiente. Et de la patience, il va falloir que tu en fasses un sacré stock pour les années à venir.

 - Les années ? échappai-je.

 - L’Editeur n’est pas pressé. Un manuscrit peut attendre des dizaines de mois. Un manuscrit ne pense pas. Un manuscrit c’est deux cents pages de papier. Le manuscrit n’attend pas. Quant à l’auteur, tant pis pour sa pomme, puisqu’il est un caca ! Tu commences à saisir la mentalité ?

 - Je crains que oui…

 - D’autant plus que toi, tu pars mal ! Jeune, pauvre, sans diplôme, sans relations et provincial. Tu es une merde en splendeur, pour les Editeurs ! Alors pourquoi t’accorder un minimum de respect ? Et toute ta vie d’écrivain, tu vas en bouffer. Tu pourrais avoir publié ton quinzième livre et avoir vendu 500 000 exemplaires, tu serais toujours une jolie merde sur un plateau.

 - Tu déconnes ? Même publié, même connu et reconnu ?

 - Pour eux, c’est encore pire. Tu serais alors un caca avec des prétentions. La seule chose qui compte, qui comptera, c’est ton boulot. Tes romans. Et là encore, sur la qualité de ton travail, tu vas tomber des nues. Je vais te dire une bonne chose : l’Editeur se fout pas mal que ton livre soit bon ou pas. Quant au talent, je ne t’en parle même pas ! L’Editeur cherche des romans qui correspondent aux critères de sa collection, et qu’il pourra vendre. Les coups de foudre littéraires, genre : quand j’ai trouvé Machin je l’ai publié tout de suite, même si je prenais des risques, c’est de la pure connerie. Un Editeur ne prend pas de risques. Un Editeur veut une histoire qui se conforme à sa ligne éditoriale. Point barre. Chasse toute métaphysique de ta petite cervelle impressionnable. Il n’y a pas de métaphysique. Un Editeur n’est pas un métaphysicien. Tu as vingt-quatre ans et tu crois avoir du talent ? Parce que tu travailles pour un Grand Editeur ? Mon cul Stoni ! Le talent, ça n’existe pas. Il s’est trouvé que ton livre pouvait éventuellement s’insérer dans une ligne éditoriale. Le reste ? Narcissisme d’écrivain… Et baratin d’Editeur. Abandonne ces visions dégoulinantes de grandeur. Attèle-toi au réel, mon vieux. Euh, mon jeune, pardon.

 - Mais j’en savais rien, quand j’ai écrit l’histoire, si ça collerait ou pas avec telles éditions, et puis je m’en foutais pas mal, j’écrivais, c’est tout…

 - Oui, ce que je te dis n’empêche pas le plaisir d’écrire, ni celui de lire. C’est juste une question de pure coïncidence. Il y a des choses éditées pour êtres vendues – tout est édité pour être vendu – qui sont très bonnes. Tu comprends ? Je ne t’accuse pas de vouloir faire du marketing. Ça, c’est le boulot de l’Editeur. Toi, tu fais ton bordel dans ton coin, et après, au petit bonheur la chance ! Est-ce que ça collera ou pas ? La grande question… Il n’y a pas d’écrivain raté. Les gens qui écrivent, et qui n’arrivent pas à être publiés, ne doivent pas penser en terme de : j’ai pas de talent. Le jour où un Editeur se souciera du talent… L’Editeur fournit des livres à son lectorat, qui attend tel type d’histoire. Il peut parfois en sortir du très bon, de ce mécanisme.

 - Oui, je vois. Tu n’émets pas un jugement de valeur sur l’édition, mais tu m’exposes froidement son fonctionnement.

 - Et heureusement que je le fais. Toi, tu partais la fleur au fusil. La fleur, c’est ton manuscrit et tout ce que tu as dire – écrire – en tant qu’auteur. Le fusil, c’est ton envie de faire ce boulot-là, écrivain. Alors charge-le bien, ton fusil. Astique-le. Démonte et monte-le, tous les soirs. Parce que tu entres en guerre… Tu fais partie des mille conscrits de l’écriture. Les Editeurs Français disposent d’un panel d’un bon millier de guerriers, comme toi, qu’ils ont repérés et qu’ils ont sous la main. Comme dans l’armée, l’Editeur, ton officier, va tout faire pour te casser en tant que personne. Il va te frapper, te molester – psychiquement on s’entend, dans ton amour propre et ton enthousiasme d’écrire. Pourquoi ? Pour que tu sois à sa merci. En bon petit soldat des lettres. Pour que, brisé, tu pondes exactement les bouquins dont il a envie lui (et non pas ceux dont tu as envie toi). Il fera de toi sa chose. A toi de voir si tu tiendras le coup. N’arrête jamais d’écrire. Parce qu’il voudra que tu arrêtes. Il est fondamentalement jaloux de toi.

 - Jaloux ?

 - Toi tu rêves d’une relation constructive, fertile et littéraire. Lui, il ne te convoite que pour une romance sado-masochiste. Un Editeur est bien souvent quelqu’un qui n’a jamais su écrire. Passionné par son boulot, la littérature, il faut l’espérer pour lui ! Mais un écrivain raté. Il ne sait pas faire. Il n’a pas le pouvoir. Il vit d’une force qu’il ne maîtrise pas. Il est aigri, comme tous les parasites… Le mot est méchant, mais je l’utilise plutôt dans un sens biologique. Il vit de ce qu’il ne produit pas.

 - C’est la lutte des classes !

 - Tu es communiste, moi aussi, et tu sais de quoi je parle. Voilà, tu comprends très bien. Sur toi, il va assouvir ses pulsions créatrices, qu’il n’a jamais pu concrétiser. Tu seras son nègre. Dans le pire des cas ? Il a repéré que toi tu sais écrire, mais se fout royalement de ton roman. Alors il te demandera : « ok, tu écris très bien et tout, mais moi ce qui m’intéresserait, c’est un roman sur…. » Et là il va te sortir un sujet qui ne fait pas du tout bander ! Je sais pas… « Sur la Reine Margot ! » Et il va préciser : « Mais dans ce roman, je veux que tu insistes beaucoup sur les chapeaux que la Reine Margot porte. Je veux des descriptions de chacun de ses chapeaux. Moi je trouve ça très intéressant ! Tu peux me l’écrire, Stoni ? »

 - J’ai eu de la chance qu’il me laisse mon histoire, alors !

 - Tu es un caca assez bien traité, je dois l’avouer ! Dans le cas où, en effet, tu as la chance inestimable que ton histoire lui plaise, il va quand même vouloir y apporter sa patte. Les vrais écrivains ratés, ce ne sont pas les auteurs refusés systématiquement, en fait, ce sont les Editeurs ! Ton histoire, il va la tripatouiller, la triturer… Concrètement ? Il va te demander de reprendre tel chapitre. De rajouter telle scène. De couper tant de pages. D’y insérer ses idées à lui. Un soldat, je te le dis. Et au cas où tu ne serais pas encore lessivé, il va te démoraliser. Il te fera toujours des critiques négatives. Jamais, il ne te dira que ce que tu écris est bon. Ou alors très vite fait en passant. Il va s’attarder sur tous les défauts du manuscrit, au point que tu auras l’impression d’avoir écrit de la merde !

 - Mais c’est justement ce qui s’est passé !

 - Attends-toi à aller de désillusion en désillusion. Si ton manuscrit est refusé ? Tu seras déçu. Si ton manuscrit est accepté ? Tu auras du mal à me croire, mais je te le garantis : tu seras très déçu aussi. Dans quelle maison tu entres, c’est toi qui le verras. Sûrement une maison fissurée, branlante, et qui finira par s’écrouler. Mais ce n’est pas si grave. N’arrête jamais d’écrire.

 - Il faut que j’adopte la bonne attitude, en fait.

 - Oui. Adopte, envers l’Editeur, la même attitude qu’il aura envers toi : s’en foutre de lui et chercher ton intérêt dans votre relation. Rien de plus.

 - Bordel, et moi qui pleurais de reconnaissance envers l’Editeur.

 - Tu débutes. C’est normal. Une dernière chose : un auteur touche à peu près 5% du prix de vente d’un livre. Inutile de préciser qu’ils se feront un fric mortel sur ton dos… En attendant, tu fais partie de l’armée de réserve. Quand t’enverra-t-il au front, et quand te fera-t-il signer un contrat d’édition ? Tu es dans son écurie. Tu es son poulain. Il te sortira de l’écurie quand il l’aura décidé. Dans toute guerre, des gens gardent la perspective de la paix. Bats-toi en pacifiste dans l’âme. Bon courage.

 

 

 

 

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