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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 15:54


chiottes.jpg

Attention, ça rigole plus :

le niveau conceptuel est placé très haut


 

 

 


Ayons l'audace d'être hyperréalistes radicaux radicaux.


Comme j'utilise cette expression, hyperréalisme radical, à tire-larigot dans les pages de ce blog, de courageux, patients, curieux et ouverts internautes m'ont posé la question :

- Mais ça veut dire quoi, hyperréalisme radical ?


Je dis souvent qu'être hyperréaliste radical, c'est relever la lunette des chiottes quand on va pisser. On peut même s'asseoir, d'ailleurs, ce qui n'est pas plus mal.

Pisser debout, c'est marrant mais ça en fout partout.


L'hyperréaliste radical tente, autant que faire se peut, d'appliquer des concepts opératoires simples.

Le concept opératoire le plus simple au monde est celui de la dialectique de la production et de la consommation.

Dialectique, ça fait peur, n'est-ce pas ? Alors, disons que la dialectique de la production et de la consommation, c'est comprendre les relations entre la sphère de la production et la sphère de la consommation.


Tu manges (consommation), tu fais caca (production).

Tu cultives tes carottes (production), tu les manges (consommation).

Tu travailles (production), tu achètes ton engrais pour tes carottes (consommation).

Dans ces exemples, la dialectique est évidente. C'est le lien entre la consommation et la production.


Le marxisme s'est posé les questions : qui produit et qui consomme ? La dialectique est-elle équilibrée, dans telle société donnée ?


De la production, on tire le principe de réalité.

De la consommation, on tire le principe de plaisir.

Principe de réalité : je travaille.

Principe de plaisir : j'achète.


Le problème se pose lorsqu'une séparation est installée entre la production et la consommation, puis, entre le principe de plaisir et le principe de réalité.

Des gens achètent sans travailler.

Des gens éprouvent le principe de plaisir grâce au principe de réalité d'autrui.

C'est : la division de classes.

Une classe sociale consomme, l'autre produit.


Pour justifier sa position, la classe sociale qui consomme – et qui est classe dominante, puisqu'elle exploite la classe productive – va tenter de, et parvenir à, mettre la sphère de la production dans un non-dit.

Le système de la classe dominante fonctionne si elle peut faire oublier l'existence et la réalité de la sphère de la production.

Et si elle ne réussit pas entièrement à nier son existence, elle fera en sorte de minimiser son importance.


Avec, pour effets ultimes : l'inégale répartition des richesses par l'exploitation de l'homme par l'homme.


La dialectique de la production et de la consommation conduit à la conceptualisation de la lutte des classes. C'est ce que je viens de faire dans les lignes ci-dessus.


Etre hyperréaliste radical, c'est envisager chaque chose, chaque jour, chaque événement, chaque notion, chaque comportement, par la dialectique de la production et de la consommation.


Prenons maintenant l'exemple de la lunette des chiottes, qui a l'avantage d'être tout à fait facile à comprendre.


L'hyperréaliste radical sait que pisser debout sans relever la lunette des chiottes, c'est vachement marrant. Y'a des petites gouttes de pipi qui tombent sur la lunette – voire à côté. Trop drôle (consommation, principe de plaisir, on se fend la gueule).

L'hyperréaliste radical marxiste n'a aucun problème avec le fait de se fendre la gueule, ni avec la consommation, ni avec le principe de plaisir.

Ce que l'hyperréaliste radical marxiste n'oublie pas, en revanche, c'est la sphère de la production.

Quelle est la place de la sphère de la production dans le fait de pisser debout ?

Sa place, c'est celle de la personne qui va passer derrière le mec qui a pissé debout sans relever la lunette des chiottes. Sa place, c'est celle de la personne qui doit nettoyer les gouttes de pisse. Economie domestique. Travail. Production. Principe de réalité.

L'un a consommé (trop marrant, il s'est fendu la poire, il a eu la flemme de relever la lunette des chiottes, il n'en a rien à branler) l'autre a travaillé (super chiant, de nettoyer la pisse sur une lunette de chiottes, c'est dégueulasse).

Principe de plaisir contre principe de réalité.

Là où l'hyperréaliste radical marxiste voit un problème, c'est quand le principe de plaisir et le principe de réalité sont éprouvés respectivement par deux personnes différentes, relativement à un seul et même acte.


Si le mec qui veut pisser debout sans relever la lunette des chiottes, parce qu'il trouve ça vachement marrant et qu'il a la flemme, va ensuite nettoyer lui-même ses gouttes de pisse, ok.

A condition qu'il soit le seul à utiliser le cabinet de toilettes.

Mais si c'est quelqu'un d'autre qui nettoie, là, l'hyperréaliste radical marxiste n'est pas d'accord du tout.


Et nous savons bien, malheureusement, que la plupart du temps, c'est une autre personne qui va nettoyer.

Voilà, si l'on ose dire, l'illustration de la lutte de classes aux chiottes.


Etre hyperréaliste radical, c'est accepter de bien vouloir observer le monde à la hauteur de la lunette des chiottes.

Rien de très valorisant à cela, n'est-ce pas ?


De la lunette des chiottes, l'hyperréaliste radical peut passer, s'il le souhaite et s'il en a l'occasion, à la notion de fraternité.


Comme je l'ai déjà exposé dans l'article définition de « Fraternité », l'hyperréaliste radical va être confronté à la notion de fraternité, un beau jour.


Là, il se demande : quel rapport entre la notion de fraternité et la dialectique de la production et de la consommation ?


En examinant cette question, il réalise que la notion de fraternité a été inventée par la classe dominante au moment où elle en a eu besoin, pour justifier sa position parasitaire et l'exploitation de l'homme par l'homme.

Il en est ainsi de nombre de concepts intersubjectifs... L'amour, la liberté, la morale, etc.


L'hyperréaliste radical ne croit pas en la fraternité, en la liberté ou en l'amour, parce que ce sont des idéalismes – philosophiquement parlant. Des notions qui n'existent qu'au sein de l'intersubjectif, et qui n'ont aucun référent dans la sphère de la production.

Certes, là, ça se complique.

On va essayer d'expliquer.


La liberté est une idée. Rien ne signifie la liberté, dans le monde concret. Il n'y a de liberté que s'il n'y a des hommes pour bien vouloir en parler.


Qu'est-ce que la liberté par rapport à la dialectique de la production et de la consommation ? La liberté ne renvoie à aucun élément économique, à aucun élément concret, à aucun élément appartenant à la sphère de la production. La liberté n'a pas de référent dans la sphère de la production. La liberté ne se crée pas, ne se fabrique pas.


En revanche, le communisme – qui pour moi équivaut à ce que les gens imaginent quand ils pensent liberté – renvoie à un élément économique. Le communisme, c'est la collectivisation des moyens de production. Grosso merdo : ceux qui produisent consomment ce qu'ils produisent. Personne ne consomme sans avoir au préalable travaillé. Il n'y a plus de division de classes.

Le communisme trouve tous ses référents dans la sphère de la production. Le communisme est faisable dans le concret.


Bref, être hyperréaliste radical, c'est relever la lunette des chiottes quand on va pisser, tout en disant : rien à en foutre de la liberté.


C'est chelou, je sais.

 

 

 

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 14:48

 

 

 

 

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Un jeune camarade (genre une petite vingtaine d'années) claironne un beau jour :

- Moi, je suis pas marxiste, mais communiste.

Puisqu'il claironne cela pour ma pomme – nous sommes seuls – j'esquisse un sourire attendri.

- Ah bon ?

- Oui, je suis pas marxiste, je suis pas d'accord avec toute la pensée de Karl Marx.

Je commence à frétiller en écoutant le mot « pensée ».

Karl Marx, la pensée.

Ouais. Chelou.

- Je sais bien que toi, reprend-il, tu es marxiste-léniniste...

- Enfin, j'essaie...

- Donc tu va vouloir forcément me faire penser le contraire...

- Le contraire de quoi ?

- Eh bien, tu vas vouloir me convaincre d'être marxiste.

- Oh non !

Pour lui prouver à quel point je n'ai nulle intention de le convertir au marxisme, je m'allume une clope.

Il me regarde faire sans envie. Il ne fume pas.

- Tu veux pas me convaincre d'être marxiste ?

- Wola non ! Si t'es communiste, c'est déjà une belle tare. Je voudrais pas que tu deviennes marxiste, non plus. Et encore moins marxiste-léniniste.

- Là où je ne suis pas d'accord avec Karl Marx, c'est sur la religion.

- Pourquoi ?

- Je pense que la religion peut être un progressisme.

Et, comme il a la foi, il m'expose tout un cours magistral sur le caractère progressiste de sa religion.

J'écoute en hochant la tête.

- Mais toi, Stoni, t'as pas la foi ? Tu crois même pas en Dieu ?

- Je ne sais pas... Vraiment, je n'en sais rien.

- Et ça ne te choque pas, que je sois communiste et croyant ?

Je n'ai jamais compris pourquoi les gens veulent toujours « vous choquer ».

- Ben, il m'en faut un peu plus pour me choquer... Si tu savais d'où je venais... Hum.

- D'où tu viens ?

- J'ai vu, entendu et vécu des choses pires que le fait d'apprendre que tu es croyant. Disons ça comme ça.

- Tu penses que c'est compatible, d'être communiste et croyant ?

- Si pour toi ça l'est, oui.

- Mais pour toi ?

- Pour moi ? J'ai rien à en foutre, voilà tout.

- Pourtant, en tant que marxiste, tu devrais me...

- Ecoute, je sais pas comment tu vois le marxisme. Déjà, être marxiste, ce n'est pas être d'accord avec Karl Marx ! Tu me dis : je ne suis pas marxiste, parce que je ne suis pas d'accord avec Karl Marx sur la religion. Mais qui t'a obligé d'être d'accord avec Karl Marx sur la religion ?

- Mais dans La question juive il...

- Je sais que dans la La question juive il... Mais merde, c'est pas un dogme, là ! Qu'est-ce que vous vous imaginez ? T'es pas le premier à me sortir un truc pareil. Oh là là, moi je ne suis pas marxiste, parce que Marx il a dit ça, Marx il a fait ça... Marx il a engrossé la bonne, et il a fait reconnaître le gamin par Engels – ce brave Engels. Bordel de con, je suis marxiste et je vais pas pour autant engrosser une bonne que je n'ai pas !

- Il a fait quoi, Marx ??

- Engrossé la bonne. Tu vois, les Marx, ils avaient une bonne. Marx, qui était marié et avait toute une chiée de gamins, il a rien trouvé de mieux à foutre que d'engrosser la bonne. Super ! Alors, pour pas avoir trop d'emmerdes, il a demandé à son super pote Engels de reconnaître le môme. Histoire que sa femme lui en coule pas une pendule sur les gogues.

- Je savais pas !

- Eh ben tu sais, maintenant.

- Ouais, mais détourne pas la conversation...

- Je détourne pas la conversation, je t'explique.

- … ça n'empêche pas que si je ne suis vraiment pas d'accord avec Marx sur un point, je ne peux pas être marxiste et appliquer ses théories de...

- Mais quelles théories ? Vous croyez que Marx il a écrit le décalogue, ou quoi ? Non mais des fois, je me pose des questions. Le Capital, c'est pas le Lévitique, putain !

- Mais dans La question juive...

- Oui j'ai compris que ça ne t'avait pas plu, La question juive.

- Et même d'un simple point de vue économique, là où je ne suis pas d'accord avec Marx, c'est qu'il dit, sur la plus-value, que...

- Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre, de ce qu'il dit sur la plus-value ? C'est pas ça, être marxiste.

Déconfit, il se tord les mains et finit par lâcher :

- Bah c'est quoi alors ?

- C'est justement ne pas avoir de dogme, ni de morale, ni rien. Etre marxiste, c'est être hyperréaliste radical. Tu conçois ton vécu, la société, l'histoire, l'œuvre des hommes selon une matrice simple, réelle et concrète : la dialectique de la production et de la consommation. C'est ton unique point de départ.

- Mais la lutte des classes ?

- La lutte des classes, c'est une appréhension historique de la dialectique de la production et de la consommation. La lutte des classes, c'est la réponse à la question marxiste : qui produit, comment produit-on, qui consomme, et comment consomme-t-on ? Pourquoi tu veux t'emmerder à aller foutre ton bordel religieux là-dedans ? La religion, dans une dialectique de la production et de la consommation, tu vas bien sûr l'expliquer de façon hyperréaliste radicale. Mais rien ne t'empêche de croire en Dieu si t'en as envie. Rien n'a empêché Marx d'aller engrosser la bonne, puisqu'il en avait envie...

- Ce que j'aime pas, dans le marxisme, c'est que tout repose sur un homme.

- Non, c'est que deux hommes, à la base, ont fait table rase et permis l'hyperréalisme radical. Et puis, Marx, c'était un mec vachement marrant, malgré tout. Marx, c'est ce type qui a l'audace de dire : au début, il y avait marchandise-marchandise. Le troc. Puis, il y a eu marchandise-argent-marchandise. Le capitalisme primitif. Ensuite, argent-marchandise-argent. Capitalisme moderne. Enfin, argent-argent. Capitalisme de la fin du 20ième siècle. Marx, c'est le mec qui a dit : bon, maintenant les gars, on va essayer de se marrer !

- Euh, quel rapport avec ce que je te disais ?

- Ben, je te montre c'est quoi, l'hyperréalisme radical. Bien sûr, ça veut aussi dire que tu relèves la lunette des chiottes quand tu vas pisser.

- Pourquoi ?

- Economie domestique. Lutte de classes.

- Hein ?

- Laisse tomber.

- Enfin, quand même, admets que tu veux me convertir !

- Mais puisque t'es pas marxiste et que je t'ai dit que c'était tant mieux pour toi !

- Avoue que ça te choque, que je sois pas marxiste, non ?

Je me contente d'allumer une autre cigarette.


Il y a des fois où vous vous demandez pourquoi vous vous fatiguez à parler lunette de chiottes et argent-argent.

 

 

  POUR ALLER PLUS LOIN

DANS LA COMPREHENSION FACILE

DU MARXISME

 

 

C'EST ICI

 

 

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 14:19

 

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Avec Aniki, nous regardons un documentaire sur Art Spiegelman.


A la fin, l'illustrateur témoigne :

- Je ne suis jamais en paix. J'ai toujours de l'angoisse. Quand je dessinais Maus, j'avais peur de ne pas le finir.

Face à l'écran d'ordinateur (nous n'avons pas de télé), je brandis ma cigarette en l'air :

- C'est tout à fait ça, mec !

Spiegelman se fout bien de ma réaction, puisqu'il poursuit :

- Quand j'ai dû dessiner la suite de Maus, j'avais peur d'en être incapable...

- Oh putain c'est ça !

- Chaque jour, j'ai peur de ne pas réussir à dessiner ce que je veux dessiner...

- Ouaaais !

- Quand Maus est sorti, j'avais peur de ne pas réussir à passer à autre chose...

- Exaaact !

- J'avais peur de ne plus être capable d'inventer autre chose...

- Putain mais c'est trop ça !


Tu es un jeune auteur, tu n'es pas encore édité. T'as peur d'envoyer tes manuscrits à des éditeurs. T'as peur de la réponse – négative – t'as peur qu'on te dise : arrêtez ça, c'est une catastrophe. T'envoies tes manuscrits et t'as peur. Tu guettes ta boîte aux lettres et t'as peur. Tu reçois des lettres de refus et t'as peur de continuer à écrire, malgré tout. Et puis un jour un premier éditeur te rappelle. T'as peur de ne pas être à la hauteur. T'as peur de ce qui t'arrive, t'as peur de ne pas réussir à tenir le coup. T'as peur de la réalité. T'as peur de ton livre. T'as peur de ton roman. T'as peur de ce qu'il te dit, l'éditeur. T'as peur de le décevoir. T'as peur quand tu retravailles ton manuscrit, de ne pas réussir à produire ce qu'attend l'éditeur. T'as peur quand tu rencontres l'éditeur.

Aujourd'hui encore, j'ai envie de vomir à chaque fois que je dois voir mes éditeurs.

Après tu signes ton premier contrat d'édition. Mais avant ça t'as peur. T'as peur de ne pas réussir à te rendre dans la maison d'édition pour signer. T'as peur d'être malade, ce jour-là. T'as peur de péter un câble, et de foutre ton poing dans la gueule de l'éditeur. De ne plus te contrôler. De tout faire rater. T'as peur de prononcer une phrase qui va tout foutre en l'air. T'as peur que ce soit pas le bon contrat, pas le bon éditeur, t'as peur de l'avenir.

Ensuite, t'as peur que le manuscrit final soit pas accepté. T'as peur que ton éditeur te fasse un coup de pute et refuse de sortir le bouquin. Pourquoi le ferait-il ? Tu te méfies de tout, et t'as peur. T'as peur qu'on modifie le texte sans ton accord. T'as peur de plus reconnaître le roman. T'as peur d'être déçu. T'as peur de ne pas être capable de retravailler le manuscrit final. T'as peur d'être incapable de faire bouger tes doigts, sur le clavier, au moment où tu te remettras devant ton traitement de texte, pour composer ce qui sera ta dernière version du roman. T'as peur du roman. T'as peur de tes personnages. T'as peur qu'ils ne t'obéissent plus. T'as peur de ce que les gens vont te dire. Parce que t'y penses un peu, quand même.

T'as peur de comment le livre va être reçu. T'as peur des avis. T'as peur qu'il n'y ait aucun avis. T'as peur de le voir dans une librairie.

Tu te dis : putain, mais comment j'ai pu me foutre tout seul dans une telle merde.

T'as peur quand tu te dis : quand le livre sera sorti, après, il faudra bien que je fasse autre chose. T'as peur de ne plus être capable de réécrire un autre livre. T'as peur d'avoir perdu ton imagination. T'as peur de faire moins bien. T'as peur de faire jamais aussi bien.

T'as peur quand le livre est diffusé. T'as peur qu'on ne te communique pas les vrais chiffres de vente. T'as peur parce qu'il faut te remettre au boulot. Sur autre chose. Où sont les idées ? T'as peur des lecteurs dans les festivals littéraires. T'as peur de les décevoir. T'as peur de soumettre un nouveau roman à ton éditeur. T'as peur de son refus. Mais quel nouveau roman, au fait ? Puisque t'as peur d'avoir perdu ton imagination...

Le soir, quand tu te couches, normalement, tu rejoins ton monde d'histoires, où tu inventes de nouvelles situations. Mais en ce moment, tu t'endors trop vite, et tu ne restes pas longtemps dans ton monde imaginaire. Ce n'est pas bien. T'as peur de perdre ton monde imaginaire.

T'as peur quand les éditeurs sont tous après toi pour récolter un nouveau manuscrit. T'as peur de ce nouveau manuscrit.

T'as peur, chaque jour, quand tu te mets devant ton traitement de texte.


T'as peur, parce qu'il y a toujours quelque chose à faire qui n'a pas encore été fait.


Cela dit, y'a pire comme situation, et si t'es pas trop con, t'en es conscient.

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 14:46


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Ce matin je rédige un courriel à un camarade, et comme tous les communistes le font, je conclus avec un « Fraternellement, Stoni ».


Le « fraternellement », c'est notre « amicalement », « cordialement » à nous. Toute notre correspondance s'achève par ce mot.


Là, je me suis rendu compte que ce « fraternellement », ça représentait l'incommensurable retard pris par les communistes, d'un point de vue conceptuel, sur le thème de l'intersubjectivité.




Au douzième siècle, une classe sociale découvrit, formula, expérimenta et opéra un monde merveilleux : celui de l'intersubjectivité. Et cela se cristallisa dans un mot : l'amour.


La noblesse créa l'Amour courtois (j'en parle un peu ici).


L'intersubjectivité, univers du sentiment, avait l'avantage de faire croire qu'il échappait aux surdéterminations de classe. Un champ de l'ineffable, de la liberté, et de la spontanéité.


Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas...


Ou, plus idéologiquement :


Le cœur a ses lois que la loi ne connait pas...


L'amour s'affranchissait de la logique du concret, c'est-à-dire de toute tentative d'explication hyperréaliste radicale.


En gros, l'amour, et les sentiments (puis les Idées), seraient indépendants de l'infrastructural (l'univers de la production, donc, grosso merdo, le travail).


On pourrait aimer, sans que ce sentiment n'ait aucun rapport avec l'organisation des rapports de production, et donc, aucun rapport avec l'exploitation de l'homme par l'homme.


L'amour devint la valeur refuge pour justifier le crime – l'exploitation de l'homme par l'homme.


« Oui, ce monde est pourri, mais l'amour est possible... Le noble peut aimer la paysanne, plus tard, le bourgeois aimera la soubrette, la mondaine l'artiste maudit... Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'est pas applicable. Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'opère pas. Nous sommes libres dans le sentiment ! Alors, à quoi bon faire la révolution ? »


Comme le dit le Roi dans ce monument conceptuel qu'est le film le Roi et l'oiseau : « Et les bergères épousent les rois, pas des ramoneurs, c'est bien connu... ».


Oui, libres dans le sentiment !


Alors, la classe dominante occidentale inventa, dans l'amour, les notions de liberté et de fraternité.


Ces idées furent des mensonges.

On mesure mal à quel point le mentir est un concept fondamental. Il ne porte pas un nom compliqué, tout le monde peut le comprendre. Qui n'a jamais menti ? A qui n'a-t-on jamais menti ? Sa simplicité le rend suspect. Il faudrait pourtant systématiquement envisager la lutte des classes par le mentir.


C'est le mentir qui autorisa la division de classes.


C'est le mentir qui permit à la Révolution française – haut moment de l'intersubjectivité – d'introduire le règne bourgeois, et la mise en place du capitalisme.


La bourgeoisie énonça : « Liberté, égalité, fraternité ».


Moi, là-dedans, je veux bien garder égalité, à la limite.

Puisque nous sommes tous égaux, apprenons à respecter nos différences, bordel de merde.


Le reste ? Non merci.


Je ne sais pas ce que signifie la notion de liberté, après avoir lu Marx. Je ne sais pas ce que signifie non plus celle de fraternité, quand j'analyse mon vécu par la lutte des classes.


Comme l'a dit Marx, que je cite de mémoire : « Il y a des hommes dont je ne veux pas être le frère... »


Liberté, égalité, fraternité, c'est beau comme un œuvre d'art. C'est une œuvre d'art. Mais ça ne veut rien dire.


L'artiste fut inventé pour justifier le crime : il accomplit le mensonge.


L'artiste est là pour donner une forme concrète au mensonge. L'artiste dit : la fraternité, c'est l'amour des hommes. L'artiste dit : vous verrez comme ce sera beau, la fraternité. Aussi beau que l'amour, vous savez, cet endroit où vous avez le droit d'échapper à la lutte des classes... Ce domaine de l'impossible... Là où vous pouvez faire la révolution sentimentale, quand vous aimez au-delà de votre classe... Alors, inutile de la faire ailleurs... Inutile de la faire dans le concret... Inutile de la faire dans le travail...


Pendant ce temps, le crime se poursuit. Tant pis. Puisque nous avons la liberté et la fraternité.


C'est tellement beau, putain de con.







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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 17:14




Un jour, j'étais allé voir ma mère.

Je parlais du film Phantom of the paradise.

- Je me le suis mis hier soir. Comme j'étais tout seul, j'ai pu chanter en direct, je me suis éclaté, c'était génial. Même si ça fait la deux cent quarantième fois que je le vois...


Oui deux cent quarantième, puisque mes parents, quand nous étions petits, avaient enregistré le film en VHS. Avec mon frère et ma sœur, nous eûmes vite fait de jouer à Phantom of the paradise. J'étais le Fantôme, ma sœur Phoenix, mon frère... le chat de Phoenix ou le frère caché du Fantôme (il était trop bébé pour que nous lui donnions un rôle conséquent).

Bien sûr, je tombai amoureux fou du Fantôme, et lui vouai un culte païen. Je le dessinais partout. Mes buvards en étaient recouverts.

Sincèrement, je le dessinais plutôt bien.

Quand mes parents n'étaient pas là, nous nous mettions la VHS pour que ma sœur fasse « pause » sur un gros plan du Fantôme. Alors, je roulai un patin à l'écran de télévision.

J'avais huit ans. Déjà, c'était grave.


Ma mère m'écouta encore parler du film pendant dix minutes (j'étais très enthousiaste). Puis, elle observa d'un ton tout à fait naturel :

- La première fois que j'ai vu ce film, j'étais sous acide. On était allés le voir au cinéma, avec mon petit ami de l'époque... Tu sais, celui qui était dealer. Les couleurs dégoulinaient de l'écran. Les musiques sont rentrées dans nos corps. C'est marrant, parce que la musique, on avait vraiment la sensation qu'elle répondait aux couleurs.... On s'est tapé un trip formidable. Alors, on est allés le revoir plusieurs fois, toujours sous acide. Après, j'ai revu le film avec papa. J'ai été surprise de le trouver toujours aussi bien, à jeun. Tu reprends une tisane, dis ?


Ce qui m'a choqué, sur le coup, c'est qu'elle emploie encore le mot « papa » pour parler de mon père.







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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 17:11




Un jour, quand j'étais adolescent, je me promenai avec mes parents en centre-ville.


Ils croisèrent un couple d'amis qu'ils n'avaient pas revus depuis longtemps.


Les amis trimballaient leurs propres enfants. Une fille de douze ans, boutonneuse, affligée de lunettes en culs de bouteille, les cheveux gras et mal peignés, les dents armées d'un appareil.

Puis, un garçon de huit ans, le crâne rasé au millième avec une houppette au dessus du front.

La dernière fois que mes parents avaient vus ces mômes, l'une était bébé, l'autre pas même conçu.


Mon père tirait la gueule, en bon ours. Ma mère se forçait à faire la conversation avec des gens dont elle n'avait plus grand-chose à foutre.


Ma mère s'adressa à la fillette en lui demandant si l'école marchait bien.

(Je tiens ça d'elle : quand je m'emmerde avec des adultes, je m'occupe en me rabattant sur les chiards.)

La fillette allait répondre quand son frère intervint, claironnant d'une voix nasale, bien articulée, débordante de confiance en soi :

- Oh ma soeur ! Non l'école ça marche pas bien du tout ! Elle a de mauvais résultats, mes parents ne sont pas contents du tout ! Hein papa ?

Le père eut un sourire consentant.

Honteuse, la fillette baissa la tête.

Mes parents et moi attendions que ses géniteurs l'encouragent à répondre, malgré l'irruption orale de son frère.

Que dalle.

- Alors, hasarda ma mère en s'adressant encore à elle, tu as peut-être des activités en dehors de l'école ?

Les joues rouges, elle ouvrit la bouche, prit son inspiration...

- Elle fait jamais rien ! ricana le frère. Toute la journée, elle reste dans sa chambre à regarder la télé. Elle a bien fait de la danse classique, passé un temps, mais elle était trop nulle ! Ha ha ha ! Moi, par contre, je fais du football, je suis dans l'équipe de...

- On t'a posé une question, toi ?

Cette intervention, nous la dûmes à mon père, de la voix la plus bourrue dont il est capable, le ton sec, la phrase tranchante, l'air sombre : il avait alors tout l'air d'un mafieux.

Il sait faire franchement peur. Dans ces moments là, on s'attend à ce qu'il claque des doigts, que deux gonzes hochent la tête en coulisse, et que trois jours plus tard, une voiture explose quand son conducteur met le contact.

- Tu peux pas la laisser répondre, non ? ajouta-t-il. Elle sait parler, ta frangine, pas vrai ?

- Vrai, dit la frangine d'un tout petit filet de voix.

- On l'a pas sonné celui-là, conclut mon père dans un mépris souverain.


Rien à en foutre que c'était un gosse : mon père fut d'un dédain total.

 

Le frère blêmit et se tut.

Derrière les verres épais de la fillette, je remarquai le triomphe allumer quelques étincelles.

Ses parents disposèrent d'un air pincé.


Mon père a bien des défauts.

Toujours est-il qu'il est parfois un héros.


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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 18:37


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Pour « Claire 1987 ».


On sonne à ma porte, un après-midi.

Dans l'œilleton, je discerne une jeune femme à l'air perdu (et non pas un pompier bardé de calendriers).

J'ouvre.

- Bonjour ! Je fais un sondage sur la lecture, vous auriez quelques instants pour répondre ?

Elle tient un papelard rempli de cases où cocher où je déchiffre, à l'envers, le logo de France Loisirs. Puis, sous son papelard, je devine une liasse de prospectus.

Visiblement, il ne s'agira pas que d'un sondage. Mais elle a cet air perdu, elle se force à sourire, et je n'ai pas le cœur assez dur pour la planter à ce stade, tout de suite, sans humanité(s).


Pour mes lecteurs étrangers à la France et à sa magnifique culture de vente par correspondance, France Loisirs est un catalogue de produits culturels.

Vous vous inscrivez, et vous recevez ledit catalogue. Des bouquins grand public, ou des classiques. Comme ce sont de grands formats, ça vous coûte une tuile. Et, chaque mois, vous recevez la sélection du mois, que l'on vous facture, que vous vouliez le bouquin ou pas.

Une belle arnaque, en somme.

Je connais bien le principe de France Loisirs. Au lycée, certains de mes poteaux s'y étaient abonnés – sous mon influence néfaste, ils étaient entrés dans une phase « je veux me culturer bordel de merde ». Dès qu'ils eurent la mauvaise surprise de recevoir la première sélection du mois, et surtout de recevoir la note afférente, ils vinrent pleurer dans mon giron, histoire que je règle la chose. J'avais alors, dans mon adolescence ô combien tumultueuse, la réputation d'être procédurier. A mes heures perdues, j'excellai dans la rédaction de courriers de consommateur indigné, histoire de taper un remboursement ici et là, ou de récolter les excuses d'une société dont la publicité à la télévision m'avait « personnellement offensé ».

J'eus ainsi l'occasion de rédiger moult lettres de désinscription à France Loisirs.


La fille qui bossait pour France Loisirs, plantée sur le seuil de mon appartement, ne le savait pas.

J'acceptai de répondre au sondage sur la lecture.

- Vous lisez combien de livres par an ?

- Euh... Attendez faut que je calcule...

Tandis que je calculais, je ne pouvais m'empêcher d'observer sa tenue vestimentaire. Elle avait des lanières partout, qui pendouillaient. Ses bottes avaient des lanières partout qui pendouillaient. Son pantalon avait des lanières partout qui pendouillaient. Son manteau avait des lanières partout qui pendouillaient.

Je pensai que ça devait être coton à porter, dans la vie de tous les jours.

Cela dit, quand on porte des jeans slim, on ferme sa gueule.


Je revins à mon calcul.

- Ben... Euh... Deux fois... Ouais... Je sais pas, soixante-dix.

Elle décilla.

- Pardon ?

- Soixante-dix livres, approximativement.

- J'ai dit : par an.

- Oui, mais je lis deux livres à la fois. Un le jour, un le soir.

- Quoi ?

Elle clignait des yeux, complètement égarée.

- Ben en fait le jour, je lis un livre différent du soir. Le jour c'est dans les transports en commun, quand je déjeune... Le soir c'est au lit avant de me coucher.

- Soixante-dix par an ?

- Ben, ouais.

Je n'étais pas très fier de moi.

- Vous êtes prof, c'est ça ?

- Quoi ? m'étranglai-je.

- Vous êtes prof de fac, pas vrai ?

Je me demandai quel âge elle me donnait.

- Ah non non ! Je suis pas prof de fac ! Vous m'insultez, là.

- Non mais pourquoi vous lisez autant, alors ?

- Ben, comme ça, chais pas... c'est un peu mon métier...

- Vous êtes libraire ? Parce que, vous savez, la moyenne des Français, c'est deux livres par an. Vous vous rendez compte de l'écart ?

Là-dessus, elle me dégaina un diagramme illustrant la moyenne des Français, deux livres par an. Je consultai la chose en simulant l'étonnement.

- Ah oui, d'accord... Très bien...

- Alors, vous êtes libraire ? Ou bibliothécaire ?

- Non, j'écris en fait.

- Ah bon ?

- Ben ouais, je fais ça.

- Vous écrivez quoi ?

- Des romans...

Je suis toujours très gêné quand j'en parle, et je me balançais bêtement d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches.

- Vous avez des fourmis dans les jambes ? s'inquiéta-t-elle.

- Non, tout va bien... Alors euh, c'est quoi la suite du sond...

- Vous écrivez quoi comme romans ?

Je lui exposai mon œuvre littéraire en quelques mots lapidaires.

- C'est vrai, vous vous moquez pas de moi ?

- Ben non...

- Ca alors, c'est la première fois que je tombe sur un écrivain !

- Ah...

- Vous devez vraiment aimer lire, hein ? Vous allez être très intéressé par ce que je vais vous proposer, après.

Elle semblait être convaincue par ce qu'elle disait, et cela m'attrista beaucoup.


Je pensais qu'elle était sûrement étudiante, en lettres, et qu'elle faisait ça pendant ses vacances scolaires. Parce que, ce genre de jobs, on ne les donne pas à n'importe qui. Chômage de masse oblige. Je voyais d'ici l'annonce de France Loisirs : « Embauche démarcheur H/F, bac + 2 mini, formation lettres appréciée, bonne culture générale, salaire 10 € / heure plus primes ».


Alors, j'avais cru qu'elle abandonnerait le truc, avec moi.

Un étudiant en lettres se doute qu'un auteur ne va pas s'abonner à France Loisirs.

Ben non.

J'ai toujours surestimé les étudiants en lettres.


- D'abord, je vais vous citer des genres, et vous allez me dire si vous les lisez : jamais, rarement, de temps en temps, souvent. Alors ! Littérature française.

- De temps en temps.

- Littérature étrangère...

- Souvent.

- Histoire.

- Souvent.

- Science-fiction.

- Souvent.

Elle énuméra ainsi ses « genres », puis conclut :

- Mais vous lisez de tout ! C'est la première fois que j'ai quelqu'un qui lit de tout !

- Ah...

- Alors là, ce que je vais vous proposer, ça va encore plus vous plaire. Vous connaissez France Loisirs ?

Elle dégaina son prospectus.

J'émis un sourire tordu.

- Ben oui, je connais...

J'avais envie d'ajouter : malheureusement.

- Vous avez déjà commandé chez nous ?

- Ah non...

- Vous connaissez des gens qui ont commandé chez nous ?

- Hum, oui, j'en ai connu...

- Vos parents ?

- Woula, non !

Imaginer mes vieux abonnés à France Loisirs, c'est comme imaginer Jean-François Bizot en train d'écrire au courrier des lecteurs de Télé sept jours.

Ça fait bizarre, quoi.

- Des amis ?

- Oui, c'est ça, en fait.

- Vous connaissez le principe ?

- Bon... Pour tout vous dire, j'achèterai jamais mes livres chez France Loisirs, c'est pas que j'en ai pas une bonne image, c'est qu'en fait ce n'est pas tout à fait mon...

- Mais vous ne connaissez pas tout ! Regardez. Vous qui aimez l'histoire... Quelle est votre période préférée ?

- La Révolution française, mais je ne crois pas que...

- Eh bien justement, une de nos meilleurs ventes, c'est ce livre.

Elle ouvrit son catalogue sur un truc de Max Gallo.

Wo putain.

Il va falloir lui expliquer.

- D'accord, mais en réalité ce n'est...

- Vous connaissez ce livre ? Vous l'avez lu ?

- Ça non...

- Et en littérature. Nous avons les meilleures traductions du moment. Et vous avez en exclusivité de grands auteurs français comme Anna Gavalda.

J'en plissai les yeux d'embarras.

- Vous connaissez Anna Gavalda ?

- Non.

- Non ?

- Je lis pas ce genre de choses...

- Mais c'est vraiment très réputé !

- Oui oui j'en doute pas... Ecoutez, je ne voudrais pas vous...

- Alexandre Jardin, aussi.

- Très bien, mais sincèrement je...

- Vous connaissez Alexandre Jardin ?

- Non.

- Non ? C'est impossible ! Vous êtes écrivain !

- Je lis plus des livres étrangers mais... non n'ouvrez pas votre catalogue, c'est pas utile...

- C'est la grande sensation : Connelly. Personnellement, j'ai adoré ! Vous m'aviez dit que vous lisiez souvent du roman policier. Alors ?

- Mais je ne lis pas ça.

- Si vous ne connaissez pas, c'est l'occasion de le découvrir !

- Non, c'est que je lis un autre... euh... je lis plutôt des auteurs comme Chester Himes, Harry Crews, c'est différent, ce n'est pas le même genre d'univers, je ne sais pas... en tout cas voilà...

Elle resta pantoise.

- Bon, et nos livres d'histoire, alors ? Avouez que le Max Gallo, vous ne l'avez pas lu !

- Non, parce qu'en fait, je lis des livres d'un autre... hum... niveau. Par exemple, sur la Révolution française, ce sont des ouvrages de recherche universitaire... et orientés politiquement... J'essayais de vous dire que France Loisirs, ce n'est pas fait pour moi. Je pense que c'est très bien pour d'autres lecteurs, peut-être moins exigeants, mais je suis désolé, je ne lis pas ce genre de livres.

J'étais très emmerdé d'avoir à dire ça.

Elle déchanta.

- Vous pensez que ce n'est pas d'un niveau intellectuel assez haut ?

Elle était terrorisée par la possibilité que je réponde oui. Et toute honteuse, aussi.

- Non, je pense que ça vise des gens qui n'ont pas la même façon de lire que moi. Je pense que c'est fait pour se détendre, et c'est très bien ainsi.

- Vous ne lisez pas pour vous détendre ?

- Si... Enfin, non ! Enfin, j'en sais rien. J'achète mes livres d'occasion, en plus.

- Vous ne lisez aucun des auteurs que je vous ai montrés ?

- Pas vraiment, non.

- Alors là, je ne comprends pas.

Elle était dépitée.

- Pourquoi pas Anna Gavalda ? Ce n'est pas bien, en vrai ?

- Je sais pas, je connais pas du tout...

- Mais pourquoi vous ne voudriez pas la lire ?

- Eh bien... Je lis autre chose...

- Bon... Je crois que je comprends. Je ne vous laisse pas de documentation ?

- Si ça peut vous aider, je veux bien la prendre.

- Oui, c'est toujours mieux qu'un refus, pour mes statistiques.

Je pris son dépliant.

- Mais sinon, vous pouvez me donner le titre d'un de vos livres ?

Elle n'était plus du tout dépitée.

Moi si, un peu, quand même.




 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 18:01

 

 

 


Mes connaissances politico-mondaines (soit, mes connaissances du monde fabuleux de la littérature française) adorent me demander « des nouvelles du Parti ».


Un communiste, c'est tellement rigolo !


Et ils aiment d'autant plus le fait que je sois un « dissident » dans mon groupe politique. Dissident, c'est eux qui emploient ce mot.

Moi, je dis simplement que « je ne suis pas en odeur de sainteté ».

Eux, ils frémissent en imaginant que je puisse être un rebelle. Problème : un communiste est tout sauf un rebelle (dialectiquement parlant, ouais, bon, on s'en fout...).


A chaque fois que je suis présenté à un nouveau personnage politico-mondain-littéraire, on me fait réciter toutes les avanies dont m'ont accablé les camarades.


Alors, je fais ma liste à la Prévert.

Moi, vous savez, je m'en fous.

- Bien sûr, on m'a traité de « stal », mais aussi de pornographe, de provocateur, de contestataire, de gauchiste, de cynique, d'inculte, d'incapable, d'espion...

Celle-là, ils l'adorent : l'espion.

- Vas-y Stoni, raconte pourquoi l'espion !! Dis-lui !

- Ben, ils ont prétendu que j'étais un espion envoyé par une autre section. Une section avec un positionnement politique différent, évidemment. J'aimerais bien avoir une vie aussi trépidante. Ce n'est hélas pas le cas. Bof, je m'en inspirerais pour faire un roman sur un vrai espion communiste...

- Quelle bonne idée ! commente mon éditeur, qui a très envie que je me foute au boulot sur un nouveau roman, un de ces quatre (histoire de pouvoir me dire que c'est de la merde en barre, chacun ses plaisirs).

On m'interroge alors sur les « positionnements politiques » existant au Parti.

Je m'exécute. Autre liste à la Prévet. Les huistes (dits « mutants »), les réformistes, les stals...

- Et toi, t'es dans quel courant ?

- Chez « les stals »...

- Tous ces courants, à mes yeux, c'est autant de petites églises qui défendent leurs dogmes et leurs clergés.

Ils cherchent à vous provoquer, dans ces discussions-là...

Ca tombe comme un flanc, chez moi. Encore une fois, je m'en fous.

- Ben si c'est comme ça que tu le vois...

- Et pourquoi t'es chez « les stals », alors ?

- Parce que je suis ni mutant ni réformiste... Et c'est les moins dingos de tous...

Mon manque d'enthousiasme les laisse pantois.

- Raconte aussi que t'es le seul stal de ta section !

- Mais je suis pas le seul stal de ma section, bordel de prune !

- Mais raconte, quoi ! Quand ils t'ont exclu !

- Non non, je n'ai jamais été exclu... De toute façon, maintenant, ça va être difficile d'exclure quelqu'un.

- Pourquoi ?

Alors je raconte le principe de l'exclusion.

Auparavant, nous avions une nouvelle carte tous les ans. Si l'on était « exclu », on ne vous donnait pas votre carte.

Mais cette année, la carte est prévue à long terme. Mesure d'économie, peut-être. Elle est censée nous suivre pendant une bonne décennie.

- Et tu l'as eue, la carte longue durée ?

- Oui, parce que le camarade qui s'occupait des cartes m'appréciait.

- T'as été exclu, pourtant ? Pas vrai ?

- Tacitement. Exclu tacitement. Ca veut dire que, d'un coup, vous recevez plus la doc, ni les invitations, ni les annonces, ni les coups de téléphone, ni rien. Et que, quand vous vous pointez à la section, on vous appelle « Joseph ».

- Pourquoi « Joseph » ?

- Joseph Staline.

- Aaaaah...

Un silence admirateur s'instaure.

- Ils ont pas été tendres, avec toi, quand même ! Pourquoi tu quittes pas le Parti ?

Cette question-là, on me l'a posée cent fois.


Mes poteaux :

- Qu'est-ce tu fous encore dans ce parti à deux francs, et en plus personne t'aime là-dedans ?

Mes parents :

- Qu'est-ce tu fous encore dans ce parti de vieux stals ? Notre propre fils ? On t'a pas assez fait écouter Jimi Hendrix, bordel de merde ?

Mon frère :

- Mais qu'est-ce tu te fais encore chier à faire de la politique ? Merde !

(Mon frère ce traître qui s'est acheté une chapka de l'armée rouge, avec la faucille et le marteau, qui tire profit de toute l'esthétique communiste, mais qui n'est pas encarté – petite précision.)

Ma sœur :

- Mais qu'est-ce tu te prends la tête à être marxiste-léniniste ? Fous le camp de ce parti à la noix !

Aniki :

- Bof, après tout, fais comme tu veux.

Merci Aniki.


Et à chaque fois, je réponds la même chose :

- Ben, je peux pas partir, chuis communiste.

- Mais tu dis toi-même que tu votes pas aux élections !

- Pas quand la ligne présentée par mon parti est réformiste.

- Bon, ça veut dire jamais, ça !

- Ben pas spécialement souvent, non. Enfin, vous savez, moi, les élections...

- Ils t'ont traité de pornographe !

- Ouais, mais bon. Ils sont pas obligés d'aimer ce que j'écris, hein.

- Ils t'ont traité d'inculte !

- Bah, je m'en fous. J'ai rien contre les incultes, moi.

- T'as pas eu envie de les envoyer chier, des fois ?

- Sur le coup, quand on s'accroche, ou quand j'entends des trucs sur moi, j'apprécie pas. C'est normal. Enfin, bon... J'irais pas passer mon week-end avec eux, voilà tout.

- C'est dingue que, malgré tout, tu restes !

- Je reste pourtant communiste, oui... Tu veux que j'aille où ?

- Nulle part.

- Chuis communiste, j'ai ma carte, voilà. Et puis y'a des camarades avec qui je m'entends bien, faut pas tout noircir, non plus.

- Mais t'as pas la haine ???

- Oh non ! Surtout pas !

- C'est vrai ?

- Mais pourquoi la haine ? J'ai pas envie d'avoir la haine, ça va. J'ai envie de rigoler, moi.

- Non mais avoue, des fois, t'es en colère...

- Comme tout le monde. Enfin. Tu passes à autre chose, après.

- Ces types-là, ils t'insultent, et tu t'en fous ?

- C'est du cynisme, suggère un mec.

- Peut-être de la lâcheté, propose un autre.

- Ecoutez, je me prends assez la tête comme ça dans ma vie quotidienne. J'ai pas envie de me mettre en colère contre ces mecs-là. Je m'en fous, d'eux, moi ! Vous voulez que je fasse quoi, de toute façon ? Que je les tue ? Que je me défenestre ? Woula. Merci bien. Je préfère mater un bon film pénard.

- Mais en tant que communiste, tu dois être en colère contre le monde, quand même !

- J'aimerais bien qu'il soit différent.

- Mais tu dois détester les capitalistes !!!

- Non ! Je m'en fous, d'eux. Je veux juste qu'on change le système. Tu sais, ces bonshommes-là... Et puis c'est quoi, un capitaliste ? Ca veut rien dire.

- Stoni, intervient mon éditeur, avoue que tu détestes Sartre et Baudelaire.

- Ouais, enfin bon, je vais pas non plus en faire un ulcère ! C'est bon, je suis passé à autre chose, là. Putain les mecs, l'humour et la poésie sont surdéterminants, quoi.

- Pardon ?

- Faut rigoler, dans la vie. Si tu te marres pas, c'est pas rigolo. Et si c'est pas rigolo, c'est pas marrant... C'est un pote qui m'a appris ça. Un communiste. Vous savez quoi, on est exploités, le crime de l'exploitation de l'homme par l'homme se déroule chaque jour, partout, ok...

- Je t'exploite pas, marmonne mon éditeur en se trémoussant sur son siège.

- C'était un on général... Bon. C'est pas la joie, quoi. Mais si en plus de ça, tu rigoles pas... Putain ! Tu t'en sors jamais.

- Alors, ça te fait rire, ce qui t'arrive dans ton parti ?

- Quitte à faire. Si tu prends pas la chose avec humour, tu te tires une balle. Chuis jeune, encore. Contrairement à ce que certains croient, je suis pas né en 1973.

- Hein ? Qui croit ça ?

- Laisse béton... Enfin, je veux pas mourir maintenant. J'ai encore envie d'essayer de me marrer, merde. Vous savez, quand tu es né pauvre, que t'as toujours été pauvre... t'es pas à une vacherie près.

- T'es résigné, quoi.

- Non, mais tu fais en sorte de ne pas souffrir pour des cons. Règle numéro un.

 

Mon éditeur me lance un regard contrit.

Je sais pas pourquoi, en ce moment, je l'aime bien.



 

 

 

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 16:56

!! 1983 !!

 

 

 

 

Une précision à l'attention de ceux qui me cherchent sur Google.


C'est Stoni 1983 et non pas Stoni 1973.


Pourquoi vous voulez me vieillir comme ça, les mecs ?


Ca suffit d'avoir vingt-six ans, vous voulez pas que j'en aie trente-six, non plus ?


1973, c'était le premier choc pétrolier.


1983, c'était la Rigueur et la découverte du sida. C'était aussi Le retour du Jedi, et c'était moi.


Ok ?


Désormais, le premier qui tape Stoni 1973 dans Google, il n'aura plus aucune excuse.


Stoni 1983, en direct depuis les tréfonds de la praxis, point barre.


 

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 16:16




Dans la branche locale de mon parti politique, il y a un problème.


On pourrait même dire qu'il y en a beaucoup – comme ailleurs.


Seulement, il y a plusieurs sortes de problèmes.


Entre autres, les problèmes du type « rideau coincé dans la fenêtre ».


L'expression « j'ai le rideau coincé dans la fenêtre », je la dois à une pote du lycée, qui exprimait ainsi le malaise, et la désagréable sensation, occasionnés lorsque sa culotte lui rentrait dans la raie des fesses.

Eh oui, ça arrive à tout le monde.


Quand on est en société, on est très gêné par le slip qui rentre dans la raie des fesses.

Mais que faire ?

On ne peut tout de même pas se lever, baisser son froc, réajuster son slob, se rhabiller et se rassoir comme si de rien n'était.

Donc on reste à se tortiller sur son siège sans jamais exprimer son désarroi !


Dans la même série, nous trouvons : la couille mal placée, le pet super bruyant sur le point d'éclore, etc.


Les problèmes du type « rideau coincé dans la fenêtre » sont ceux que l'on ne peut pas exprimer, mais qui vous foutent sacrément mal.


Dans mon parti, un des problèmes « rideau coincé dans la fenêtre », c'est que, pendant très longtemps, l'organisation se revendiqua « prolétarienne », mais qu'aujourd'hui, il y a bien peu de prolétaires dans ses rangs.


Autant vous dire, les ouvriers et les employés manquent cruellement à l'appel.


En revanche, nous comptons une surabondance de profs – et de tous niveaux.


Personne n'en parle trop. Ça dérange.


Et puis, un jour, ça explose.


Et ça se fritte sur les origines sociales des uns et des autres.


L'autre jour, j'étais en compagnie de deux camarades, d'habitude bien poteaux.

Un désaccord idéologique était passé par là. Ils se mirent à se hurler après avec une violence lyrique peu commune.

- C'est LAMENTABLE ! Tu devrais avoir HONTE ! Je n'ai jamais entendu une pareille LOGHORREE soi-disant marxiste léniniste !

- HA HA HA ! Comme c'est drôle de t'entendre TE POSER LÀ EN MORALISTE ! Autant dire C'EST L'HÔPITAL QUI SE FOUT DE LA CHARITE !

Oui, parce que quand deux profs s'engueulent, le niveau de langue reste haut.

Moi, pendant ce temps, je me fumais une clope en plissant les yeux.

Nous étions dehors. On pouvait fumer.

Mais, la honte, quand même, devant les passants et tout.

- RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER !

- Que c'est facile, de ta part, de critiquer mon engagement POLITICO-SOCIAL !

Je haussai des sourcils admiratifs en écoutant ce « politico-social » que je n'avais jamais entendu jusque lors.

- Ton engagement ça vaut PEAU DE BALLE !

- Euh, vous pouvez arrêter de vous insulter comme dans les années quarante, c'est trop la honte, là ?

Ils ne m'écoutèrent pas.

- Je rendrai ma CARTE DU PARTI !

- Je n'attends que ça !!

- Tu m'as bien entendu ? Je rendrai ma CARTE DU PARTI !

- Franchement, vous me rappelez mes parents, vous allez me faire retomber dans les souvenirs traumatiques de mon enfance que, pour le salut de ma fragile structure narcissique, j'ai dû difficilement refouler.

- Ton IMPOSTURE sera révélée du jour au lendemain !

- Ah, c'est toi qui dis ça... Toi qui ES FILS DE BANQUIERS !


Je fermai les yeux de consternation.

Quand les camarades se lancent dans la série « espèce de fils de... », vous êtes partis pour trois heures.


Les camarades sont obnubilés par leurs origines sociales, puisqu'elles ne sont pas prolétariennes, et adorent trouver chez les autres de semblables tares, histoire de faire des comparaisons.


Ce qui ne manqua pas de se dérouler :

- Oh oh oh ! C'est toi, le FILS D'UN COUPLE D'INSTITUTEURS, avec toute la culture médiocre de la petite-bourgeoisie française, qui va m'apprendre la révolution ?

- Putain vous êtes lourds, les mecs, là.

- Fils d'un couple d'instituteurs, et fier de l'être ! Au moins je n'ai pas été pistonné pour occuper tel poste dans telle institution publique, à l'aide de tel élu municipal coco que je connaissais bien !

- Ah bon ? Et la place de ton fils en crèche, alors ? Parce que c'est pas avec deux mille cinq cents euros mensuels – je sais combien gagne un prof agrégé ! - que t'aurais eu une place en crèche sans piston, va !

- Moi je suis fils de banquiers, c'est vrai, mais je me suis assumé seul ! Mes parents ne m'ont jamais soutenu ! Quand j'étais étudiant, j'étais pauvre !

Je finis par crier :

- DIS DONC LES DEUX FILS DE BOURGEASSES, VOUS ALLEZ PAS FERMER VOS GUEULES PUTAIN DE VOTRE MERE ???

Stupéfait, ils se turent.

- Sérieusement les mecs. D'une, vous nous foutez la honte. Y'a trois ados qui se sont cachés derrière les thuyas, là-bas, et qui vous filment avec leurs téléphones portables. De deux, je vois vraiment pas ce qu'il y a d'original à être des petits-bourgeois ou des fils de bourgeois au Parti. Franchement j'ai jamais rencontré un camarade ouvrier ou employé ! Alors, vous pouvez passer à autre chose, maintenant ? Sinon, je vous prends à la lettre. Et moi, le prolo fils de prolos, je m'accapare la tête du Parti, j'établis une dictature du prolétariat et je vous fais emprisonner. C'est clair ?


Je disais donc qu'il y avait beaucoup de problèmes dans mon parti politique.


Des fois, ça me fait peur.

 

 


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