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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 15:29



L'auto-croissant c'est un mec qui est décroissant mais qui vit en autosuffisance. Donc son autosuffisance est décroissante, ce qui nous donne une auto-décroissance, sauf que comme elle est en autosuffisance, finalement il y a croissance grâce à l'autosuffisance, car qui dit suffisance dit satisfaction de besoins.


A la fin, nous obtenons l'auto-croissant.

 




 

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 16:18

 


 

carte-pcf.jpg




Quand j’ai adhéré au Parti, j’avais vingt-quatre ans, j’étais jeune, pauvre, naïf et plein de bonne volonté.


Ensuite je l’ai annoncé à mes parents.

Comme ils ne me croyaient pas, j’ai brandi ma carte rouge et blanche.


Ma mère, habituée à mes frasques (et se souvenant que j’avais « été communiste » pendant mon année de seconde), ne s’en soucia guère.

Mon père, lui, n’était pas très content.

Tous les deux ont toujours voté Parti Socialiste – sans grande conviction, cela dit.

- Tu resteras jamais plus d’un an, présagea-t-il d’un ton bourru et rancunier.

Sur ce point-là, il avait tort.

J’y suis toujours, au Parti.

- Ils vont te détruire, continua-t-il.

Sur ce point-là, il n’était pas loin du compte, sauf qu’il a toujours sous-estimé ma légendaire force d’endurance…

Moi, j’étais étonné par sa hargne.

- Pourquoi tu dis tout ça ? T'es pas communiste, tu l’as jamais été. Qu’est-ce t'en sais ?

- J’en ai connus, des communistes. Dans les années soixante-dix et…

- Ah ouais mais ça compte pas, ça date de la guerre, tes infos, hé !

- Bref, il n’y avait pas plus bornés, rétrogrades, aveugles et inintéressants que les communistes.

- Je verrai bien ! S’ils me saoulent, je reprendrai pas ma carte l’an prochain.

- Ils vont te bouffer tout cru. Tu t'en rends compte ?

- Pourquoi ?

- Parce que tu es toi et que nous sommes nous. Tu penses vraiment qu’ils vont bien t'accueillir ? Regarde un peu ta vie, cinq minutes. Regarde d’où tu viens. Regarde-nous. Ils vont te haïr !

- Je vois pas pourquoi ils le feraient ?!

- Parce que t'es libre, jeune, plein d’imagination, cultivé et pauvre.

Sur ce point-là, je dois admettre qu’il avait foutrement raison.

- Mais, poursuivit-il, c’est peut-être le délire intellectuel qui t'attire ? Tu veux simplement trouver des gens avec qui discuter philo ? C’est bien ça, pas vrai ? Rassure-moi !

Si j’avais eu la moindre attente en ce sens, j’aurais été sacrément déçu.

- Ah non, répondis-je. J’ai adhéré juste parce que… voilà. J’ai lu Marx et ça le fait. Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre ?

- Tu me déçois, Stoni ! T'aurais dû aller à la LCR.

- Putain quelle horreur ! Jamais de la vie !

- A mon avis ils sont moins tartes ! Tu te rends compte : toi dans ce vieux parti de dinosaures staliniens ? Attends, il faut que je te prête un livre. Ça te fera sûrement revenir sur ta décision.

- Papa, j’ai déjà lu tous tes livres.

- Pas celui-là.

Il me tendit L’Aveu d’Artur London.

- Mais je l’ai aussi, chez moi ! Je l’ai lu.

- Ha ha ! Alors, qu’est-ce que t'en dis ?

- Ben au contraire, ça me donne encore plus envie d’adhérer. T'as vu ce qu’il dit au début du livre, le London ? Que le socialisme, ça devrait pas être ça et qu’il reste plus que jamais communiste.

Déçu, mon père rangea négligemment le bouquin dans sa bibliothèque.


Au fil du temps, le fait que leur fils soit communiste devint un détail croustillant que mes parents aiment toujours raconter à leurs rares connaissances.

Ils firent bien quelques tentatives pour me ramener à « la raison ». D'un coup, mon père voulut me léguer leur collection d'Actuel. Ma mère protesta, argumentant que c'était la sienne et qu'elle voulait encore la garder. Mon père se pointa chez moi, histoire de vérifier si, dans mes disques, j'avais toujours du Bob Dylan et du Lou Reed. Ma mère s'assura que je ne revendrais pas ses albums d'Amon Düül et du Grateful Dead, qu'elle m'avait donnés.

Ils m'offrirent le DVD de Woodstock, 3 days of peace and music à mon anniversaire.

Leur obstination à défendre leur héritage me portait à sourire, moi qui savais très bien en être pétri jusqu'à la moelle, pour le meilleur et pour le pire – le genre de truc dont on ne se débarrasse pas si facilement.



N'empêche que je déclenchai une véritable fronde familiale quand j'eus l'audace d'entraîner mon petit frère (dix-huit ans à l'époque) dans une réunion communiste.


Rassurez-vous.

Mon frère, lui, eut l'intelligence de fuir à toutes jambes.

 



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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 16:16

 


Si c'est pas une bonne tête de fils du peuple, ça !


(ouais le livre est en piteux état, mais je ne possède pas que la couverture, y'a les pages, sauf qu'elles se sont détachées)

 


  fils-du-peuple-copie-1.jpg


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:23

 



- Ce que j'adore chez toi, Stoni, c'est ta mordante, vigilante et exacerbée haine de classe.

  Quand j'entends mon pote prétendre cela, je m'écrie :

- NON ! J'ai pas de haine de classe, moi ! Chuis pas haineux, là !

- Bien sûr que si, voyons.


   Mon pote a raison.


   La haine de classe est un sentiment absolument normal, dialectique, matérialiste, historique et tout ce que vous voulez.

Le truc, c'est de ne pas l'ériger en système de pensée.





   Exemple typique de manifestation de haine de classe.


   Vous êtes au taf, et par hasard, vous croisez vos chefs. Des grands pontes (d'Avignon) en costume, cravate et mocassins qui coûtent vachement cher. Ils ne remarquent pas même votre existence, et c'est tant mieux. En fait, ils visitent la cuisine de l'entreprise.

La cuisine est dégueulasse. Comme le reste, d'ailleurs. Je ne vous décris même pas l'état des chiottes. Une aventure extérieure dans l'horreur, avec force poils pubiens, taches d'urines et traînées de merdes au fond de la cuvette.

Vous, vous vous ne prenez jamais un café dans la cuisine. Vous imaginez (avec réticence) la population bactériologique qui pullule dans la cafetière. En fait, les microbes ont même bâti une civilisation, là-dedans. Le terrain est si propice que leur civilisation en est à l'aube d'inventer l'arme nucléaire.

Vous êtes passé dans la cuisine histoire de vous laver les mains (vous évitez le lavabo des chiottes).

Les grands pontes vous lâchent un bonjour indifférent. Vous guignez leurs tasses de café et leurs clopes. Vous, vous n'avez pas le droit de fumer dans les locaux, évidemment.

HAINE DE CLASSE.

Puis, guignant leurs tasses de café, vous comprenez qu'ils se sont servis de la cafetière-arme-bactériologique. Vous refoulez un air méprisant.

- Beurk, pensez-vous en votre for intérieur. Ils sont crades, ces mecs-là. Putain, je pensais que les bourges faisaient au moins l'effort d'être propres. Ben non. Ils voient pas qu'elle est immonde, cette cuisine ?

La haine de classe culmine à son paroxysme quand vous enchainez mentalement :

- Moi, MES PARENTS ils étaient pauvres, mais toujours ON A ETE PROPRES. Ouais. Sales bourges. Nous les pauvres on est propres. Ma parole, si vous tolérez de boire un truc aussi sale, c'est que chez vous, ça doit être le même topo. Normal, vous payez quelqu'un pour vous faire le ménage, et comme vous en avez rien à en foutre, la bonne se gêne pas pour bâcler le travail. Bien fait. CHEZ MOI, ON ETAIT PAUVRES, OUAIS, MAIS ON AURAIT PU MANGER PAR TERRE, PUTAIN.

Ensuite, vous réalisez que ces grands pontes sont responsables de l'état déplorable et de la cuisine, et des chiottes, et de l'entreprise en général.

HAINE DE CLASSE.

- Aucun respect pour vos salariés, bande d'enfoirés. Ma parole, SI J'ETAIS CHEF D'ENTREPRISE, je me sentirais OBLIGE de fournir à mes employés UN MINIMUM DE PROPRETE. Que vous soyez sales, entre vous les bourges, je m'en tamponne le coquillard. Mais du moment que vous embauchez quelqu'un, faites un effort, putain de votre mère.

Tout cela est méchamment pensé tandis que vous vous lavez les mains et qu'un des grands pontes a la fantaisie de s'intéresser à votre petite personne rémunérée à peine plus que le SMIC (et encore, on vous a augmenté parce que vous avez menacé de démissionner).

- Dites jeune homme, c'est vous qui êtes romancier ?

Alors là, la haine de classe explose.

Vous vous retournez sur le grand ponte humaniste avec, dans le regard, toute la méfiance que votre classe laborieuse a entretenue depuis l'instauration de l'exploitation de l'homme par l'homme.

C'est-à-dire depuis un bail.

- Oué... murmurez-vous, aux aguets.

Mais votre œil tient, lui, un tout autre discours : Comment ça espèce de sale bourge inculte tu oses me parler littérature ? Toi qui lis Max Gallo et qui crois faire de l'histoire ? Allez, viens, on va parler littérature. Je vais te carrer du Pasolini entre deux virages de ton intestin grêle, tu vas adorer.

Sauf que le grand ponte ne lit que dalle, dans votre œil pourtant enflammé.

- Vous avez réussi à faire éditer votre roman ?

CATACLYSME DE HAINE DE CLASSE.

Comme si vous étiez un pauvre petit ouvrier de merde qui, foudroyé par la folie des grandeurs, en était encore à implorer le fabuleux monde de l'édition parisienne de lire son roman de merde.

Dans votre cervelle, c'est la Tempête de Shakespeare (« que t'as même jamais lue, connard ! »). COMMENT ÇA EST-CE QUE J'AI REUSSI A FAIRE EDITER MON ROMAN ? RACLURE DE TOILETTE, SACHE QUE TOUS LES PLUS GRANDS EDITEURS DE LA PLACE DE PARIS ME LECHENT LE CUL POUR QUE J'AILLE SIGNER CHEZ EUX ! OUAIS ! PARFAITEMENT ! CHUIS UN ANCIEN, J'EN SUIS PLUS A ENVOYER MES MANUSCRITS PAR LA POSTE, GROS MALPROPRE !

Sauf que, n'ayant pas envie de raconter votre vie à ce mec-là, vous vous contentez de répondre :

- Ben oui, en fait.

- Oh, félicitations !

Les autres grands pontes vous accordent un sourire condescendant.

LA HAINE DE CLASSE TE TUE, A CE MOMENT LA.

- Vous écrivez quel genre de livre ?

DES LIVRES QUI TE TROUERAIENT LE CUL, MON GARS.

- Bah. Y'a pas vraiment de genre.

- C'est à compte d'auteur ?

LA HAINE DE CLASSE TE FAIT CARREMENT MAL AU VENTRE.

Ça te fait si mal au ventre que, sur ta figure, ton orgueil et ton indignation leur sont déchiffrables. Les grands pontes s'assombrissent.

- Non ! vous exclamez-vous en forçant un sourire aussi condescendant que le leur. Non, c'est à compte d'éditeur. Je vous souhaite une bonne journée, messieurs.

Quand vous vous extirpez de la cuisine, les grands pontes reprennent leur discussion de grands pontes.

Ils parlent d'une pièce de théâtre qu'ils sont allés voir avec leurs femmes. Un truc débile avec un acteur connu, dans un théâtre pour riches sans aucun intérêt (mais que vos impôts subventionnent).

Mépris. HAINE DE CLASSE.


 

Bon. J'ai déjà dit que la haine de classe est un sentiment que toute personne lambda va expérimenter couramment dans sa vie (voire même plusieurs fois par jour).

Sauf que la haine, c'est chiant, et que ce n'est pas surdéterminant – au contraire de l'humour et de la poésie.


Restons d'un hyperréalisme radical radical.



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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 17:31

bureau.jpg

 


 




Tout écrivain un tant soi peu casanier rêve d'une chose : avoir son propre bureau.

Par bureau, j'entends une pièce dévouée à l'activité littéraire, chez soi. L'équivalent de l'atelier du peintre, comme l'a récemment si bien évoqué notre ami Narcisse Steiner.


Pour l'instant, je n'ai pas de bureau.

Et je n'en aurai probablement jamais.


Je travaille dans mon salon. L'après-midi en semaine, je suis seul chez moi et ne suis pas dérangé. Le samedi et le dimanche, Aniki a la bonté, la patience et la prévenance de ne pas faire de bruit, lorsque j'écris. Sa présence dans le salon m'est plutôt une source de soutien (voire d'inspiration) qu'un désagrément.


Pour travailler, j'ai besoin d'une table, de mon ordinateur portable, d'un siège, d'un cendrier et de mes cigarettes.

Tout cela est casé contre le mur, entre deux fenêtres.


La table est un modèle bas de gamme suédois IKEA « STROKLÜNG », qui depuis peu me tape sérieusement sur les nerfs. J'avais pris la moins chère, en emménageant : je me retrouve avec un truc en PVC blanc laqué copieusement hideux. Comme il m'arrive de dessiner, la table est recouverte de taches de feutre noir. Un pied est bancal, aussi ai-je glissé, dessous, un carton plié en quatre pour la maintenir stable.

En revanche, j'ai dépensé davantage dans mon fauteuil pivotant vachement classe qui fait trop intellectuel. Bon, en réalité, c'est un fauteuil rond pas très cher non plus, mais relativement confortable.

Le problème, c'est que j'ai un petit appartement. Et que la chaîne hi-fi se trouve sous la table blanche, ce qui me bouffe la moitié de l'espace où je suis censé glisser mes pauvres petites jambes.


Sur la table, se trouvent : l'ordinateur portable, mon dictionnaire Lexis, mon cendrier, mon paquet de clopes, un briquet, mon téléphone portable, mon agenda, une trousse remplie de feutres noirs et de critériums, puis, des bouquins (en ce moment, une biographie de Marat et le Dictionnaire historique de la Révolution française dirigé par Albert Soboul).


Sur le mur face à moi, j'ai affiché toute une série de photocopies établissant la chronologie de la Révolution française, depuis 1770 jusqu'à la fin de 1794. Les années sont surlignées au marqueur, afin que je puisse repérer rapidement celle qui m'intéresse.


Plus haut sur le mur, sont fixées deux étagères en bois. Toutes les deux supportent ma modeste collection d'ouvrages sur la Révolution française. Nous touchons là au point qui perturbe tout mon rangement bibliothécaire : j'ai des tendances psychorigides (des tendances seulement). J'y reviendrai plus tard.


Sur l'étagère du haut, se trouvent les ouvrages sur l'histoire générale de la Révolution, sur l'historiographie révolutionnaire, les biographies.

Sur l'étagère du bas, les ouvrages sur le Paris révolutionnaire, sur Thermidor, sur le jansénisme, sur la sociologie révolutionnaire (jacobinisme, mentalité, évolution des mœurs, déchristianisation, sans-culottisme), sur le Comité de Salut Public (CSP pour les intimes), sur les colonies, les ouvrages portant sur une année spécifique (1789... jusqu'à 1794) puis sur la vie quotidienne au temps de la Révolution française – et même sous le Directoire. (Hélas, mes magnifiques livres illustrés « La Révolution française, Images et récits » ont dû, en raison de leur volume, être alignés sur le linteau de la cheminée.)


Les deux étagères sont séparées par un portrait de Rousseau, Parrain De Mon Blog, que j'ai encadré (et j'ai d'ailleurs peint le cadre avec mes gentilles mimines attentionnées).



Je range mes livres par thèmes et par auteurs. Je ne supporte pas de les mélanger – sinon je mets des heures à les retrouver – donc chaque étagère est dévouée à un ou plusieurs thèmes donnés. Certaines étagères sont à moitié remplies, d'autres pleines à craquer.

Par exemple : je mets ensemble, côte à côte, tous mes Pasolini, tous mes Jean Genet, tous mes Volodine, tous mes Philip Roth... Sachant que j'ai créé des hiérarchies générales du genre : « poésie », « littérature », « littérature française 19ème », « littéraire française contemporaine », « littérature américaine », « policiers », etc.

Le problème, c'est que j'ai un petit appartement (bis) : j'ai réparti les bouquins entre la chambre et le salon.

C'est le gros bordel, laissez-moi vous le dire.

Toute la littérature est rapatriée dans la chambre, où mes meubles de rangement sont sur le point d'exploser. Un système alternatif provisoire a donc été instauré, à partir de cartons collés les uns sur les autres, et de cagettes de fruits. Des livres ont dû être relégués au secret dans un placard, chose d'autant plus cruelle et impardonnable qu'il s'agit de mes romans préférés (Chester Himes !). Je n'aime pas enfermer des livres dans un placard. Dès que tu veux vérifier un truc, tu mets beaucoup plus longtemps à consulter ton stock.

Dans le salon, l'étagère dévolue à « Histoire de l'URSS » n'a toujours pas été achetée, et les bouquins afférents traînent donc dans une malle temporaire. Comble de la honte, j'ai dû ranger mes Gore Vidal DANS LE SALON (alors que c'est de la littérature) à côté de la catégorie « Philosophie » - bref, Gore Vidal coudoie Kant. Ça ne me plait pas du tout. Ne serait-ce que pour Kant, meskin, il va être traumatisé au bout de cinq ans.

Fort heureusement, mon étagère « Karl Marx (et autres études marxistes) » n'a pas été profanée (pour l'instant).


Ensuite, mes archives éditoriales de manuscrits, de dossiers, sont mal rangées sur le rebord d'une fenêtre, en compagnie d'un magnifique portrait de Robespierre (Parrain De Mon Blog) encadré, et d'un autre d'Aniki et moi (c'est d'ailleurs la seule photo de nous qui se trouve exposée dans notre appartement).




Travailler dans le salon, ça ne me gêne pas.

La chose qui me fait envie, c'est une pièce où ranger mes bouquins. Une bibliothèque.

Bien sûr, si j'en avais une, je serais tenté de m'y installer pour écrire.

Mais, quand Aniki est là, j'aime travailler dans sa proximité. Ce qu'il me faudrait, tout compte fait, c'est un grand salon – genre, avec une alcôve. Pour installer une bibliothèque digne de ce nom. Avec des étages super hauts, plein de rayonnages et tous mes bouquins pas mélangés et bien classés comme je l'aime.

Le bureau idéal serait un super grand salon-bibliothèque-bureau.


Sauf que je l'ai pas, le super grand salon-bibliothèque-bureau.

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 19:35

 





 

Aniki s'en va. Pour le boulot. Pour quatre jours, quatre nuits.


On m'ampute.


Je vais me réfugier chez un copain. Un vieux camarade, plus de quarante années d'adhésion au Parti, des décennies passées dans l'édition parisienne. Je me prépare à écouter des heures d'anecdotes drolatiques sur la Sorbonne, mai 68, le politique, la politique, le politico-mondain, les livres, les auteurs, les éditeurs, les intellectuels...

Le copain habite dans le sud de la France, dans ce qu'on prétend être un paradis terrestre. Là-dessus, j'émets des doutes : ce n'est pas ma patrie.

Mes potes me jalousent.

- Tu passes deux jours à la campagne gratis ?

- Non, je paie le train...

- Mais t'es logé aux frais de la princesse !

Je hoche la tête sans enthousiasme...

Las de ces longues journées où il n'est pas là, las de souffrir, j'ai pris la grande décision de m'extirper de mon quotidien et de fuir.


Je décampe avec un statut de réfugié, démoli à l'idée de quitter ma patrie – les quatre-vingts kilos d'Aniki.


Je suis la victime universelle du mensonge ignoble qu'est l'amour.

Je hais l'amour.


Pendant quatre jours, il a été à mes côtés.

Dont trois à Paris, où j'étais appelé par l'avenir grandiose de la littérature française.

Il m'a suivi, patient, silencieux, admiratif. Comme je n'aime ni les mondanités, ni les rendez-vous importants, il a pris le temps d'écouter mes lamentations et de me réconforter.

Il a supporté les heures perdues à la terrasse des bars – car perdre des heures à la terrasse de bars, c'est ça le rendez-vous d'affaires de tout auteur qui se respecte – entre deux librairies, entre deux personnages importants, bref, partout où j'étais exhibé, moi, mes romans et mes intonations de banlieusard (la bourgeoisie germanopratine fut, bien entendu, enchantée).

J'avais envie de rentrer chez moi.

Il a encaissé les conversations codées, les potins « qui a signé quoi chez qui ? », les considérations indispensables sur « le dernier Machin paru chez Bidule », les critiques méchantes, les moqueries suffisantes – toutes ces petites habitudes dont je suis, désormais, un familier.


Tous les deux, nous avons traversé Paris du Sud au Nord, à pied.


De retour chez nous, dans le TGV, nous avons piqué un fou rire en nous moquant de l'Humanité Dimanche.

Ce qui n'est pas bien, je le sais.


J'écope d'un sursis, lundi. Son avion décolle beaucoup plus tard que prévu. Nous passons l'après-midi ensemble.


Puis, il s'en va.

Heureusement, le soleil n'est pas encore couché. Je renâcle à retirer la chaise qu'il place immanquablement devant le canapé, pour poser ses pieds.

Cela dit, elle me gêne, cette chaise.

Je la pousse. Le geste est d'une violence. Mentale.


L'appartement est vide, exondé de ses rires, de l'écho de sa voix, de sa présence saurienne – son pas lourd, lent, tranquille, son être immense, la tête dans les étoiles et les pieds bien sur terre, lui donnent l'assurance massive d'un gigantesque dinosaure herbivore. Un brachiosaure.

Je connais bien les dinosaures.

Au coucher, je dispose ses vêtements, empreints de son odeur, à côté de moi dans le lit.


Me rendre au boulot, et travailler, devient, quand il n'est pas là, un plaisir exquis.

Je ne pense pas. Je fais ce que j'ai à faire. Je l'oublie.


L'après-midi, je fais mes bagages.

Il y a bien longtemps, j'avais piqué à mon petit frère le « véritable chapeau d'Indiana Jones » – un feutre brun. Il l'avait obtenu en découpant patiemment des points sur les emballages d'une marque de chocolat.

Histoire de me convaincre de mon potentiel d'aventurier, je m'en coiffe.

Je n'aime pas partir de chez moi, je n'aime plus l'aventure, je n'aime pas briser la routine. Une adolescence plus ou moins errante, passée en grande partie sur le réseau ferré de France, une expatriation soudaine au Canada, puis de longues routes à travers l'Amérique du Nord, ont fait de moi un casanier exemplaire.

J'emporte l'épreuve de mon prochain bouquin, un Philip Roth, mes cigarettes et mon lecteur MP3.

A la gare, j'achète Le Monde, évidemment. Pour me tenir informé des états d'âme de la bourgeoisie.


Enfin, là-bas, je me retrouve en rase garrigue.

La maison du copain est chaleureuse. Des peintures, partout. Les siennes. Le chien, les chats.

Le soleil se couche sur les montagnes. Ce spectacle rousseauiste me laisse, je dois l'avouer, relativement indifférent.

La nuit, un silence total. Sinon le hibou du coin qui s'en donne à cœur joie. Je cherche en vain le sommeil, sans le ronronnement des voitures pour me bercer. Les cris de la faune nocturne propre à mon quartier me manquent presque.

J'ouvre la fenêtre. Pas un bruissement d'herbe.

C'est glaçant.

Le bitume, l'asphalte, les enseignes au néon, me manquent. Mais au moins, je cesse de penser à lui. Espèce de con.


Il m'appelle.

- J'arrive pas à dormir...

- Moi aussi. T'es à l'hôtel ?

- Mmh. Le lit est trop dur. T'es pas là. Comment tu veux que je dorme ?

- Moi, j'entends RIEN. Je te jure, y'a pas un bruit.

- Ça se passe bien ?

- Super. Le copain parle beaucoup... Ça m'occupe de l'écouter. J'arrête de penser tout le temps à toi. Sauf que tu m'appelles. Sale connard.

- Hé hé.

- Bon, j'ai Philip Roth avec moi.

- T'es bien accompagné.

- Je vais rallumer et le lire un peu.

- Un peu ?

- Mmh. Je veux me coucher tôt, enfin, avant une heure du matin. Sinon demain je vais me lever tard, et demain soir, j'arriverai pas à m'endormir non plus.

- Et qu'est-ce que ça peut faire ?

- Ca fait qu'après-demain, je dois me lever à sept heures pour aller bosser et que j'aimerais bien passer une nuit normale.

- T'as beau avoir traversé la moitié de la France, t'es toujours aussi psychorigide.

- Et toi, t'as beau avoir parcouru des milliers de putains de kilomètres, t'es toujours aussi insomniaque. Quelle heure c'est, chez toi ?

- Deux heures.

- Tu vois, ça te fait du mal de t'éloigner de moi. Quand je râle parce que tu t'en vas, c'est pas de l'égoïsme. C'est dans ton intérêt.

- T'es tout seul dans ta chambre ?

- Non. Il y a donc Philip Roth. Et le chien. Il a raclé à la porte jusqu'à ce que je lui ouvre. Je sais pas ce qu'il a. Enfin, si. Il est tombé amoureux de moi. Il dort au pied du lit, là.

- Je le comprends.

- Quel salaud tu es. Tu t'en rends compte ? Regarde ce que tu me fais faire. Moi. Paumé en rase campagne. C'est dingue et contre-nature.

- Mais tu es contre-nature. Puisque tu soutiens que du moment qu'il y a culture, il n'y a plus nature.

- T'es chiant, en plus de ça. Et au passage, c'est foutrement vrai ce que je soutiens sur la nature. Y'a pas de saloperie de nature nulle part. Putain, le hibou, il me gave. Raconte-moi ta journée.


Nous parlons pendant une bonne heure.


Lorsque je trouve finalement le sommeil, je dors comme un bébé.


A mon réveil, j'ai l'impression d'avoir dormi cent ans.

J'ai rarement vu une lumière aussi pure, aussi accueillante et aussi chaude, à huit heures du matin. J'évolue dans la maison au ralenti, afin de savourer au possible la plénitude de l'instant. Je déjeune d'un café et d'une brioche avec le copain.


Je prends le train en sens inverse.

Je retrouve la culture, envoie chier la nature, me délectant de l'odeur de gomme brûlée du métro, des klaxons, du bordel ambiant de mon quartier, de la super « junk food » que je m'envoie en investissant cinq euros dans un kébab.


Maintenant, il ne reste plus que tu sois rentré.


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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 20:28

 




Dans un grand éclair de lucidité, mon éditeur lance :

- C'est étrange, beaucoup de romans contemporains ont un rapport avec la musique.

Moi, prosaïque :

- C'est normal. Deux occupations de surplus démographique. Tout se rejoint.

- Deux occupations de QUOI ?

- De surplus démographique.

- Mais c'est immonde, de dire des choses pareilles !

Là, je décille et le regarde.

Nous sommes en train de cuire à la terrasse d'un café germanopratin fort bien fréquenté.

Tout le monde s'est retourné sur nous. Ou plutôt sur moi, qui ose visiblement « dire des choses pareilles ».

Le public attend une explication.

J'allume une cigarette.

- Bah ! Pas de quoi en déféquer une kilotonne de raisins espagnols. La littérature, c'est une occupation de surplus démographique. La musique aussi. Et alors ?

- C'est dégueulasse, de dire que des gens sont des surplus démographiques !

Mon éditeur est outré, le pauvre.

- C'est pas dégueulasse, c'est un constat. Les rapports de production, tels qu'ils sont organisés actuellement, engendrent forcément un surplus démographique. Faut bien l'occuper, ce con de surplus, sinon il est capable de déclencher une révolution.

- Alors t'es un surplus démographique ?

- Ben bien sûr, sinon je ne serais pas auteur. Toi aussi t'es un surplus démographique, puisque tu travailles dans l'édition.

- Mais non !

- Mais si, sauf que tu prends l'expression comme un jugement de valeur. C'est pas méchant, de dire « un surplus démographique ». C'est une analyse marxiste sur une couche de la population. Je t'assure, faut pas le prendre mal.

- Tu m'assures que je suis un surplus démographique, mais je dois pas le prendre mal ?

- Arrête d'insinuer du jugement de valeur là-dedans, putain. Si t'étais pas un surplus démographique, je sais pas... tu travaillerais dans l'industrie métallurgique. Ou dans une boulangerie.

- T'as une haute estime de ton travail d'écrivain, dis donc !

- Encore une fois, tu glisses un jugement de valeur. Il n'est pas question d'estime, mais de constat. Ça va faire la deuxième fois que je le répète...

- Mais toi, tu travailles aussi comme coursier.

- Vaut mieux, sinon je serais mort de faim depuis longtemps.

- Alors t'es pas vraiment un surplus démographique.

- Un peu quand même, puisque j'écris. J'occupe la place de l'artiste. Je suis là pour être cynique et nommer la crise.

S'en suit un grand silence.

Je précise que tout le public germanopratin à la terrasse a oublié notre dialogue pseudo-platonicien, dès l'instant où, dans la rue, s'est déroulée une altercation entre le conducteur d'une Smart et une cycliste.

- Tu es là pour être cynique et pour nommer la crise, articule mon éditeur en plissant des yeux dubitatifs.

- Eh ouais. Tout artiste est un cynique qui vient décrire la crise dans son œuvre, constater que les choses ne vont pas comme elles pourraient beaucoup mieux aller, et... point à la ligne. Sauf que, comme je suis communiste, mon cas est un peu moins grave que celui des autres artistes non communistes.

- Stoni, tu m'effraies, parfois.

- Ouais, l'hyperréalisme radical ça laisse beaucoup de mecs pantois. T'en fais pas. Et puis t'es pas obligé d'être d'accord avec ce que je pense.

- Je connais des marxistes qui ne tiennent pas du tout le même discours que toi. Surtout sur la littérature.

- Oh ? Tant mieux pour eux, ma foi.

- Je n'ai jamais entendu ces marxistes-là parler de « surplus démographique ». Alors, on en fait quoi, de tout ce surplus ? On le zigouille ?

- Woula ! Non. On change l'organisation des rapports de production, de façon à ce qu'ils ne génèrent pas de surplus démographique.

- C'est-à-dire ?

- On passe au socialisme, bordel de merde.

- C'est très poétique, de penser comme tu le fais.

- Mais l'humour et la poésie sont surdéterminants. Toi, tu appliques un système de jugement de valeur sur un matérialisme dialectique. Forcément, tu ne comprends pas. Forcément, t'en arrives à croire qu'il faut zigouiller le surplus démographique. Tu es dans une dynamique de justice immanente, de vengeance, de liberté et d'amour. Tu patines dans la semoule de l'intersubjectif. Tu chies dans la colle idéaliste.

- Si tu sors ces conneries pendant les interviews avec les journalistes, je te tue.

- T'inquiète. Je voudrais pas que t'aies mon meurtre sur la conscience.

Quand on parle du loup, il sort des bois. Un autre surplus démographique en puissance passe devant la terrasse, à cet instant : mon ancien éditeur. Logique, il travaille dans le quartier.

Son cri résonne contre les enceintes de la Sorbonne :

- Stoniiiiii !

Imaginez-vous un peu mon blase se répercuter contre les vénérables murs de pierre cernant le tabernacle de la Pensée Française.

Grandes retrouvailles. Embarras mal dissimulé de mon actuel éditeur. Comportement bizarre habituel de l'ancien. Tous les deux se jaugent d'un œil jaloux, cette ridicule jalousie dont je suis le si misérable enjeu.

Ils se sont, fut un temps, disputé les restes de mon cadavre...

Mon ancien éditeur s'intéresse finalement à ma pomme :

- Ma pauvre petite poule. J'espère qu'on te traite bien, chez ton nouvel éditeur ?

- Mais oui, ne t'en fais pas. Et toi, comment vas-tu ?

- Ma copine m'a quitté. C'est l'horreur.

Mon actuel éditeur refoule un soupir méprisant.

Pendant une heure, mon ancien éditeur détaille le chemin de croix de sa séparation amoureuse. En fait, c'est elle qui l'a quitté, mais c'était un peu de sa faute à lui. Enfin, non, tout compte fait, c'était pas du tout de sa faute à lui.... etc.

- Les gens croient que je suis insensible à l'amour, comme je change souvent de copine, et qu'elles sont toutes si... Enfin. Mais non. Celle-là, j'y tenais vraiment.

- Tu t'en remettras.

- Je ne sais pas. J'ai besoin de m'éloigner de Paris, tous ces Parisiens me dépriment, tout le monde se moque de moi. Non je te jure c'est vrai, ma poule. Je peux venir chez toi, la semaine prochaine ?

- Non.

Mon ancien éditeur bat des cils.

- Non non ?

- Non, je me casse à la campagne chez un pote. Désolé. Mais tu vas aller mieux, j'en suis sûr...

- Bon...

Le dos voûté, il prend congé de nos présences si peu consolantes. Inutile de décrire le grand soulagement de mon actuel éditeur.

Ne lui laissant pas le temps de placer son petit commentaire contempteur, je me tourne vers lui et assène :

- Ah oui, et outre le fait qu'il soit un magnifique exemple de surplus démographique – c'est ce que tu allais dire, n'est-ce pas – voici la parfaite illustration que l'amour est une saleté d'aliénation offensant tout hyperréaliste radical normalement constitué, et que l'amour est, avant tout, l'alibi du crime. L'alibi de tous les crimes.

- L'amour ? Quoi ? L'alibi du crime ?

- Oui, la formule n'est pas de moi, mais c'est vrai. Aniki repart la semaine prochaine, pendant quatre jours et quatre nuits. Je sais de quoi je parle.

- Pauvre Stoni.

- Je te le fais pas dire.


 

 





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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 15:47

 




Suite de l'article L'aventure de ton manuscrit dans une maison d'édition (ou : le critère de sélection, c'est la nature de la partouze)


 

editeur telephone



Vous avez envoyé votre manuscrit en trente-six exemplaires, inondant la France et la Navarre de votre prose.



Et, au bout d'un délai fort variable (une semaine à un an, voire plus...), un éditeur (ou un directeur de collection) vous appelle.


C'est là que les emmerdes vont commencer sérieusement, pour vous.

Croyez-moi, vous vous êtes foutu dans une belle merde. Et vous allez morfler joliment dans les mois, les années, qui suivront.


Je vous explique tout, bien entendu. Retrouvons notre ami Oussamo Bonladon et ses pérégrinations en compagnie de son manuscrit Le Grand roman champêtre.



Le coup de fil de l'éditeur


Oussamo est tranquille dans son bunker, en train de jouer au bridge.

Là, son téléphone portable sonne.

Oussamo jette un coup d'œil à l'écran du téléphone : 01 88 99 44 55. Mais qui donc peut l'appeler de Paris ?


- Allô ?

- Bonjour j'aimerais parler à Oussamo Bonladon.

- Mais c'est moi ! Bonjour.

- Je suis ravi de vous parler, Oussamo. Je suis Monsieur l'Editeur, j'ai reçu votre manuscrit Le Grand roman champêtre. Avez-vous trouvé un éditeur depuis ?


Bien sûr, Oussamo, en candide jeune écrivain inexpérimenté, répondra « non ».


- Ah c'est une bonne nouvelle pour moi, Oussamo ! Je suis très intéressé par votre manuscrit ! Quel talent ! C'est la première fois que je lis un manuscrit avec une partouze entre humains et lombrics. C'est très original ! Je suis enchanté.

- Ah oui, vraiment ?

Oussamo sue tout ce qu'il peut, le pauvre homme.

- Oui, c'est magnifique ! Vingt-cinq ans de métier, jamais vu ça ! Dites-moi sérieusement, vous n'avez pas eu d'autres retours d'éditeurs ? Peut-être que vous êtes en train de négocier, ou en train de travailler avec quelqu'un d'autre...

- Non, j'ai eu aucun retour... mis à part votre appel, bien sûr...

- Ah ah ! (très enthousiaste) Vous savez, ça m'a fait penser à Mouchaï Tsètsèv, votre roman. Le même genre d'écriture, percutante, la même exploration sans concession des vanités humaines... Vous connaissez Mouchaï Tsètsèv ?

- Euh... Oui... Enfin non...



Interrompons ici cette première conversation téléphonique.

Des choses très importantes sont à dire.


Premièrement, dans cette situation-là, vous allez tomber de votre chaise, vous mettre à trembler et à respirer par la bouche.

Votre élocution aura ainsi de fortes chances d'être désastreuse, vos propos incohérents, vos réponses stupides.


Ce n'est pas grave. L'éditeur est habitué à terroriser des auteurs débutants. Nous réagissons tous de la même manière, ou presque.

Les réponses monosyllabiques ne le refroidiront pas.


Il y en a même qui sont incapables de parler, au premier appel.

- Oussamo ?

- …..

- Oussamo je ne vous entends pas ?

- ….. Peux pas. …...... parler......

- Ah ah ! Vous êtes émotif, mon cher !

- …....

- Reprenez vos esprits, je vous rappelle demain !

- …..

- Au revoir.

- …...........


Là encore, ce n'est pas la fin du monde. L'éditeur – s'il est sérieux et réellement intéressé – vous rappellera.


Vous allez être tout chose, car vous considérez l'éditeur comme une sorte de thaumaturge capable de transcender votre vie.

Dans un sens, vous avez raison, mais il va surtout la transcender pour y foutre la merde.


Ne voyez jamais un éditeur comme un mec « sympa », qui « veut vous aider ». C'est plus facile à écrire, à dire, à conseiller, qu'à faire, j'en conviens. Mais essayez de vous mettre ce fait dans votre petite caboche, dès l'instant où vous envoyez des manuscrits par la poste : l'éditeur cherche son intérêt. Il ne va pas vous « sauver la vie », vous « faire sortir de l'anonymat », vous « prendre par la main ». Il va démolir votre vie, renâcler à vous faire sortir de l'anonymat et avant tout jalouser votre main, celle qui écrit.

Il faut réellement envisager la chose comme si vous cherchiez un travail. Moi, quand je cherche du travail, je pars du principe que j'organise un mariage de raison, et non pas un mariage d'amour. Je cherche un mec qui a besoin de moi. De l'autre côté, l'employeur cherche un salarié qui a besoin de lui. Je me méfie de l'employeur comme de la peste, étant donné que le rapport de forces est nettement à son avantage (c'est lui qui a les moyens de production et l'argent de mon salaire, et en plein chômage de masse, j'aurais du mal à mettre en œuvre mon seul moyen de pression : la grève). S'il me respecte, et que je le respecte, les choses devraient à peu près bien se passer. Nous sommes capables d'une collaboration un tant soi peu fructueuse.


Avec un éditeur, c'est exactement pareil. Il a besoin d'auteurs pour publier des livres. Vous, l'auteur, avez besoin d'un éditeur pour faire éditer votre livre et être rémunéré. Bien sûr, le rapport de forces est à son avantage. Il détient les moyens de production et l'argent de votre salaire. Quant à vous, vous êtes un auteur évoluant dans un contexte de chômage de masse littéraire intensif. Sur le marché du travail de l'écriture, l'offre en écrivains est de loin supérieure à la demande. Ok, vous en êtes conscient, mais rappelez-vous que vous officiez dans une industrie – qui est certes une industrie de la création, mais une industrie quand même. Vous n'êtes pas là pour ériger un autel dévoué à l'éditeur qui vous a rappelé. Il a besoin de vous. Très bien. Voyons un peu ce qu'il vous propose. En gardant toute votre méfiance.


Lors du premier appel, l'éditeur va vous faire quelques compliments (« magnifique », « jamais vu ça », « original », « jamais lu ça ailleurs ») et parfois quelques critiques (« c'est un peu trop long », « trop d'adverbes », « le style est quelques fois lourd »).

Je vous conseille de prendre un papier et un stylo, puis de tout noter ce que vous entendez.

Ne vous défendez pas sur les critiques négatives.

L'éditeur a besoin de vous critiquer. Il y a tout à parier qu'il ne pense même pas ce qu'il dit, en réalité. Ça lui fait plaisir, de vous trouver des défauts. Ça le rassure.

Contentez-vous de dire « oui oui », « d'accord », « ah bon ».


L'éditeur va aussi avoir tendance à vous comparer avec des auteurs que vous ne connaissez pas.

Ne faites pas semblant de connaître.

Oui, il vous prendra pour un plouc, mais il sera tout flatté d'avoir une culture littéraire supérieure à la vôtre.

Donc, quand il vous cite Mouchaï Tsètsèv et vous demande si vous connaissez, n'hésitez pas à répondre : non.

- Il faut que vous lisiez Mouchaï Tsètsèv ! s'enhardira-t-il.

Répondez oui et l'éditeur passera ensuite à autre chose.


Immanquablement, l'éditeur vous demandera si vous avez eu d'autres retours (positifs, on s'entend).

L'idéal, c'est de pouvoir répondre « oui ». Ça lui fout la pression.

Quand l'auteur répond très sincèrement « non personne ne m'a rappelé excepté vous, et comme vous pouvez l'entendre à ma voix, je suis quasiment prêt à vous tailler une pipe sur-le-champ tellement je suis plein de reconnaissance », l'éditeur est pénard. Sa première pensée, c'est « super, je suis pas obligé de le signer tout de suite. »

Et là, vous êtes grave dans la merde (voir plus loin le paragraphe sur l'option 2).

C'est à vous de voir.

Soit vous avez l'aplomb pour mentir, et vous pouvez répondre :

- Oui je suis en effet en contact avec une maison d'édition, mais leur proposition ne me semble pas très en adéquation avec ce que je souhaite et je suis donc toujours à la recherche d'un éditeur...

Auquel cas l'éditeur vous demandera :

- Je peux savoir qui est cet éditeur ?

- Eh bien, il m'a demandé une certaine discrétion, car ce serait pour le lancement d'une nouvelle collection dont le projet n'est pas, pour l'instant, rendu public. Mais parlons plutôt de vous...

Là il faut avoir des couilles, c'est vrai.


Soit vous n'avez pas l'aplomb pour mentir, et vous répondrez par la vérité.

Ce n'est pas très grave, encore une fois.

Mais l'éditeur pourra en profiter pour faire traîner les choses.


Le paradis, c'est quand en effet vous avez déjà eu un retour positif.

Ne serait-ce qu'un petit bristol avec une gentille appréciation du livre.

N'ayez aucun scrupule à « arranger » la vérité. Dites tout simplement :

- Oui, Monsieur Bidule des Editions Machin est intéressé par le roman. Je travaille sur une nouvelle version, plus en adéquation avec sa ligne éditoriale. Mais je suis libre comme l'air ( = je n'ai pas signé de contrat d'édition) et je reste ouvert à d'autres propositions.

Et si « la nouvelle version » n'existe pas, Monsieur Bidule ne vous l'ayant jamais réclamée, on s'en fout ! L'éditeur ne va pas aller vérifier. Et s'il le fait d'aventure, vous pourrez toujours plaider avoir mal compris le message griffonné sur le petit bristol de Monsieur Bidule.



Si, mieux encore, vous avez déjà eu un appel d'un éditeur intéressé, n'hésitez pas à le dire ! En arrangeant la vérité, s'il le faut, bien entendu.




Si au terme de l'entretien téléphonique, l'éditeur ne vous a pas donné ses coordonnées (numéro de ligne directe fixe, email, voire numéro de portable s'il n'est pas parano), ça sent très mauvais.





A ce stade du coup de téléphone, trois options s'offrent à vous.


1 / L'éditeur vous a appelé parce que vous êtes une jeune femme de 24 ans, et qu'il n'a pas réellement envie d'éditer votre livre. Ou bien, l'éditeur vous a appelé sur un coup de tête, mais il n'a pas les moyens d'éditer votre livre (typique des petites maisons d'édition).


2 / L'éditeur est réellement intéressé par votre livre, et a les moyens de l'éditer. Seulement, il ne peut pas éditer votre livre en l'état. Et il n'est pas près de vous faire signer un contrat d'édition. Il cherche plutôt un poulain à rajouter dans son écurie.


3 / L'éditeur vous propose directement un contrat d'édition.


L'option 3, c'est le jackpot (jackpot souvent pourri, mais jackpot quand même). Vous avez une chance sur dix pour que l'appel de l'éditeur relève de cette option.


Je me concentrerai donc sur l'option 3 dans le prochain article « Au secours, je vais signer un contrat d'édition ! ».


Pour l'instant, explorons les options 1 et 2.


 

 

 


Option 1 : ce connard d'éditeur se fout trop de ma gueule !

 

 


L'éditeur pervers


Au téléphone, l'éditeur insiste gravement sur votre âge, votre sexe, vous demande votre situation maritale, j'en passe et des meilleures.

Il vous donne ses coordonnées. Dans la foulée, il fixe un rendez-vous dans un café avec des rideaux très épais derrière la vitrine.

Comme vous êtes naïf et que vous n'avez rien senti venir, vous le rencontrez. L'éditeur vous déshabille du regard sans jamais parler de votre manuscrit. Il vous fait des avances.


FUYEZ.

Cet odieux personnage cherche un(e) amant(e), pas un auteur.



L'éditeur pas sérieux


Cas très fréquent des petites maisons d'édition dirigées par un mec qui se croit chez Gallimard (ou « DC » - directeur de collection – au Seuil).

L'éditeur vous appelle donc pour la première fois et commence à déblatérer n'importe quoi.

- Oui alors malheureusement je ne peux pas vous proposer de contrat d'édition... Enfin je ne suis pas sûr... Nous n'avons pas assez de financement pour cette année... Mais l'année prochaine ? Pourquoi pas ? Qu'en pensez-vous ?

Après quoi, pour noyer votre méfiance, il part dans une grande tirade sur les résultats de la Ligue 1 de football en Biélorussie.


FUYEZ.

Ce mec-là ne vous éditera jamais.

Et son petit jeu, il peut le faire durer longtemps – je connais des gens qui se sont accrochés à ces types-là pendant des années ! Sans avoir jamais vu le bout d'un contrat d'édition, il va de soi...


Un éditeur sérieux ne parle pas de son financement à un auteur. Quelle que soit la taille de la maison d'édition. Le financement d'un livre n'est pas votre problème, vous n'êtes pas concerné par ce domaine-là, et vous n'avez rien à savoir à ce sujet.


Acquiescez poliment, promettez de réfléchir à la situation et ne recontactez pas ce grossier personnage.

S'il propose une rencontre, vous pouvez toujours y aller, si cela ne vous coûte pas d'argent et que vous avez envie de vous marrer. Face à vous, il répétera le même baratin sur son impossibilité financière de vous éditer dans l'immédiat. Acquiescez poliment, promettez, etc...


Continuez à chercher ailleurs.



L'éditeur qui vous demande du pognon


- Alors oui, j'aime beaucoup votre manuscrit. Vous savez, nous sommes une petite structure et nos fins de mois sont difficiles... Vous serait-il possible d'avancer les frais d'édition et blablabla...


FUYEZ.


Un contrat à compte d'éditeur n'exige aucune implication financière de la part de l'auteur. C'est dit, c'est retenu et c'est appliqué une bonne fois pour toutes.






Ah, l'âcre goût d'échec qu'éprouve l'auteur tout juste réchappé de l'option 1 !

Vous vous sentez nul, vous êtes anéanti.

Vous aviez placé tant d'espoirs en cet être qui s'est : soit avéré être un pervers, soit un incompétent, soit un arnaqueur.

Vous songez à abandonner l'écriture.


Ne vous inquiétez pas. On est tous passés par là.

Tous les auteurs que je connais ont eu des débuts chaotiques. Editeur pervers, éditeur pas sérieux, éditeur arnaqueur, nous avons tous tâté de la chose, avons tous mordu la poussière un jour ou l'autre.


Vous vous en remettrez.

Continuez d'envoyer vos manuscrits. Ces viles personnages n'auront pas la joie de vous avoir poussé au hara-kiri littéraire, tout de même !




Option 2 : ce connard d'éditeur croit que je vais bosser gratuitement (et le pire c'est que je vais le faire) !



Reprenons notre premier appel téléphonique.


- Mais c'est magnifique, votre manuscrit, ça me rappelle Mouchaï Tsètsèv ! Pour ce style très percutant... Vous connaissez Mouchaï Tsètsèv ?

- Oui... Euh enfin, non...

- Il faut absolument que vous lisiez Mouchaï Tsètsèv !

- Oui oui...

- Bon, écoutez Oussamo, je suis bien embêté. J'ai pensé à éditer votre manuscrit dans ma collection mais...

Là, le cœur d'Oussamo fait un grand bond dans sa cage thoracique.

- En fait, ça ne correspond pas tout à fait à mes critères de collection... Eh oui... Je dois respecter certaines petites choses qui font tout le sel de mes bouquins, hé hé ! Mais je suis sûr qu'en le travaillant un peu, « on » pourrait arriver à en faire un roman tout à fait publiable pour moi. Ça vous dit ? Je ne veux pas vous forcer, mais bon...


Nous sommes là dans le cas de figure le plus récurrent : l'éditeur qui va vous faire réécrire plusieurs fois votre livre sans vous avoir fait signer de contrat d'édition.


Sachez-le définitivement : s'il ne vous le fait pas signer tout de suite, c'est parce qu'il y a de fortes chances qu'il ne le fasse jamais.


Lui, de cette cruelle vérité, il en est tout à fait conscient.


Vous, vous ne l'étiez pas, jusqu'à ce que vous deveniez un lecteur émérite du blog de Stoni.


Il y en a qui vous l'annonceront très sincèrement : « changeons le roman, peut-être que ça marchera, peut-être pas ».

Vous comprenez très vite qu'on vous demande de réécrire votre livre, sans vous rémunérer.


Il y en a qui vous le diront avec moins d'honnêteté : « vous devriez changer ceci, et cela, et ceci dans le manuscrit » – la somme des « ceci » et « cela » équivalant ni plus ni moins à réécrire entièrement votre livre.


Si l'éditeur qui vous propose ce petit jeu-là – car c'est un jeu, rien d'autre – est un éditeur d'une grande maison d'édition, ou d'une maison d'édition modeste mais bien réputée, ou un éditeur dont vous admirez particulièrement la ligne éditoriale, j'ai envie de vous dire : faites-le quand même.


Il est à savoir que l'option 2 est une spécialité des grandes maisons d'édition.


Si c'est Les Editions du Berry Bucolique qui vous le proposent, fuyez.


Bien entendu, ne jouez pas à ça si un autre éditeur (sérieux) vous a proposé un contrat d'édition !




Acceptez l'option 2 à la condition obligatoire que l'éditeur vous ait donné ses coordonnées (ligne directe fixe, email, portable), gage d'un minimum de sérieux, et d'autant plus s'il vous propose de vous rencontrer physiquement.




Ensuite, c'est votre choix d'auteur. Voulez-vous réécrire votre livre ? Acceptez-vous de travailler pour quelqu'un qui ne vous éditera certainement pas ? A vous de prendre la décision.


Dans tous les cas, quoi qu'il en soit, vous êtes grave dans la merde.





Pourquoi, moi, je conseille d'accepter ce genre de collaboration ?


D'une, vous allez apprendre plein de choses.


De deux, vous avez désormais un contact, qui prétend être votre mentor. Voyez-le comme un pion qui pourra vous servir.


De trois, on vous demandera presque toujours de retoucher le livre, même quand vous signerez un contrat d'édition.

Cela vous habitue à triturer votre œuvre.



L'éditeur vous propose donc de réécrire un livre « plus en conformité avec les exigences de sa collection ».

Vous avez une chance sur cent pour, qu'au terme de votre périple (ça peut durer trois ans, avec quinze réécritures), il vous édite pour de bon – malgré tout ce qu'il pourra vous promettre.


N'empêche, ça vous occupe et ça vous évite de déprimer.


Et pendant ce temps, vous continuez IMPERATIVEMENT à inonder la France et la Navarre de votre prose.

Envoyez vos nouvelles versions travaillées avec l'éditeur, au fil des réécritures, en changeant le titre de temps en temps.


Ne mentionnez jamais votre travail avec l'éditeur dans votre lettre d'accompagnement. Ne parlez pas de lui non plus (sauf si on vous rappelle, là, vous pouvez enfin répondre que vous avez quelqu'un d'intéressé, et c'est vrai ! ).


Si entre temps vous trouvez un autre éditeur prêt à vous faire signer un contrat d'édition, courrez vous jeter dans ses bras !


Il faut être aussi conscient que, dans l'option 2, l'éditeur peut tout à coup se désintéresser de vous.

Vous travaillez sur la réécriture du roman, et vous lui l'envoyez.

L'éditeur est capable de vous faire parvenir en toute réponse UNE LETTRE DE REFUS SIGNEE PAR LE SERVICE MANUSCRITS ! Ultime humiliation ! Paroxysme de mépris !




Il faut vraiment vous attendre à tout, avec ces gens-là.


Mais, l'option 2, c'est un bon entraînement et une certaine manière de poser le pied dans la fourmilière.






La prochaine fois, nous verrons à quel point vous êtes encore plus dans la merde quand on vous sort le grand jeu (soit, le menu Potatoes chez McDonald) : le contrat d'édition.





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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 16:30

 

 

 


 

editeur telephone

 

 

 

 

Régulièrement, je reçois des messages similaires à celui-là (publié avec l'accord de l'auteur, dans le respect de son anonymat et synthétisé par mes soins) :

 

« Stoni,

 

Je lis ton blog que je kiffe trop. Moi aussi j'écris, j'envoie mon roman dans des maisons d'édition et j'ai aucune réponse ! Que faire ? Je comprends pas ! Personne n'a jamais donné suite !

Est-ce que c'est utile de les rappeler ? Peut-être qu'ils m'ont oublié ?

 

Tu crois que j'ai fait une boulette ?

Je peux t'envoyer mon manuscrit pour que tu me dises ce que t'en penses ?

J'ai écrit une histoire à propos d'une rock-star boulimique sur le retour. Je trouvais ça original ! Je suis désespéré. Je pense à arrêter l'écriture.

S'IL TE PLAIT AIDE-MOI ! »

 

Je rédige donc cet article en réponse à tous les internautes qui m'envoient ce genre de sollicitation.

 

Avant tout, je précise que je ne peux pas lire vos manuscrits. Je n'en ai pas le temps et ce n'est pas mon travail. Je ne corrigerai pas vos fautes d'orthographe ni de grammaire. Je ne pourrai pas non plus vous donner des adresses d'éditeurs, car, pour ce faire, il faudrait que j'aie lu votre manuscrit.

Je suis évidemment dans l'incapacité totale de vous « recommander »...

 

Mes journées sont courtes, mon travail prenant, vraiment, je suis désolé.

 

Me proposer de l'argent en échange d'une lecture est également inutile...

 

En revanche, je peux utiliser ce blog pour vous éclairer un minimum sur le devenir de votre pauvre manuscrit esseulé dans les diverses maisons d'édition francophones.

 

Comme préambule à ce qui va suivre, je vous conseille de lire les articles : « J'écris des romans, je suis un caca ! » et « Des conseils pour se faire publier ».

 

 

 

Commençons par le commencement : le manuscrit.

 

Au commencement était le verbe, et le verbe était Dieu.

 

Cette formule biblique s'applique au monde de l'édition : sachez que tous vos espoirs, toute votre capacité à être édité et à devenir un écrivain « rémunéré », sont contenus dans votre manuscrit.

 

Dans la fabuleuse cosmogonie politico-mondaine de l'édition, Dieu, c'est le manuscrit.

 

Votre petite personne n'a aucune importance là-dedans, comme vous allez très vite vous en rendre compte.

 

Avant d'envoyer votre manuscrit à des éditeurs... relisez-le plusieurs fois à voix haute. Cela permet d'entendre les mauvaises tournures, de repérer les fautes de frappe, les répétitions, les phrases trop longues et de revoir votre ponctuation.

 

La mode est aux phrases courtes – sujet, verbe, complément – mais si vous êtes inspiré par quelques mânes proustiennes, ma foi, rien ne vous empêche d'aller à contre-courant. Pour un premier roman, j'éviterais cependant les phrases étalées sur dix lignes.

 

A éliminer : les connecteurs « ainsi », « c'est pourquoi », « par ailleurs », « par conséquent », « donc ». Oui je sais pour « donc », c'est dur. Mais essayez d'en enlever un maximum. Les éditeurs détestent le « style scolaire ».

 

 

Moins votre manuscrit sera mal orthographié, plus il aura de chances d'être lu.

Faites un gros effort là-dessus, ça paiera. Les joies du dictionnaire et de ses pages « grammaire, accords, concordances, genre, pluriels » s'ouvrent à vous !

En outre, vous enrichissez votre culture de la langue française ! N'est-ce pas magnifique ?

 

Admettons que vous ayez relu votre manuscrit à voix haute.... cinq ou six fois minimum... et que vous ayez travaillé l'orthographe et la grammaire.

Il est désormais temps de mettre en page votre manuscrit.

 

Pas d'autre format qu'un classique 21 x 29,7.

 

Choisissez une police d'écriture simple. Sans déconner, j'ai déjà vu des manuscrits en police Comic. Franchement, c'est la honte. Rabattez-vous sur Times New Roman ou Arial, bref, n'importe quoi de passe partout. Les polices ronflantes du genre Bookman Old Style, on évite aussi.

 

La taille de la police est au minimum de douze.

 

Vous placez un interligne double.

 

Les alinéas ? On s'en fout.

 

Les pages seront numérotées.

 

Sur la couverture, figureront le nom de l'auteur (le vrai, pas un pseudonyme, le pseudonyme c'est quand on signe un contrat d'édition qu'on le choisit ! Sauf si vous vous appelez Ben Laden et que vous voulez faire paraître le grand roman bucolique champêtre sur lequel vous avez bossé des années durant dans l'ennui de votre bunker), le titre du livre, le genre (« roman » si c'est un roman, « témoignage » si c'est un témoignage, « récit » si c'est un récit, « essai », etc...), le nombre de pages, votre adresse et votre numéro de téléphone.

Ces deux derniers points sont très importants. Ils permettront à l'éditeur de vous contacter, même s'il a perdu votre lettre d'accompagnement.

 

Pas d'illustration en couverture. On trouverait cela fort prétentieux !

 

Le manuscrit est relié. Ça coute une fortune, je sais, encore une fois. S'il n'est pas trop épais, les spirales sont plus économiques. S'il dépasse 400 pages, je crains que vous ne deviez opter pour une reliure « thermocollée ».

A ceux qui hésiteraient à dépenser 5 euros de reliure, je dois décrire le bureau d'un éditeur : le bordel monstre. T'as des bouquins de partout, des manuscrits de partout, des cendars, des mégots, des vieux emballages de Petits Lu, des épreuves, des photocopies, des fiches de lecture. Dégueulasse et sacrément foutoir. Si vous ne reliez pas votre manuscrit, une dizaine de pages échoueront sous le cendrier, tandis qu'une cinquantaine d'autres iront s'égarer entre deux maquettes de bouquins.

 

 

Maintenant que vous avez votre manuscrit tout prêt, passons à la lettre d'accompagnement.

 

Vous y inscrivez vos coordonnées – sans oublier le numéro de téléphone – et celles de l'éditeur si la fantaisie vous en prend.

Personnellement, j'utilisais un modèle type dont je ne changeais que la date.

 

En gros, ça devrait ressembler à ça :

 

« Messieurs,

 

Je vous soumets mon manuscrit Le Grand roman champêtre, un roman d'amour.

 

Âgé de de cinquante-trois ans, je réside en Afghanistan où je pratique la spéléologie scientifique. Je reste malgré tout joignable par Internet et par téléphone.

 

J'attends avec impatience tout avis ou conseil de votre part.

 

Vous souhaitant bonne lecture,

 

Veuillez recevoir, Messieurs, mes sincères salutations.

 

 

Oussamo Bonladon »

 

 

Si, comme Oussamo, vous souhaitez parler un peu de vous, deux lignes suffiront amplement.

 

Vous pouvez résumer l'histoire de votre roman. Là encore, deux à cinq lignes feront l'affaire.

 

Chose à ne pas faire (car pure perte de temps ) :

 

«Je vous soumets mon manuscrit Le Grand roman champêtre, un roman d'amour.

 

Calfeutré, hélas, dans quelque excavation malsaine et souterraine depuis plusieurs années, ce roman a été un véritable défouloir pour une imagination stimulée par l'enfermement. La narration est volontairement provocatrice, puisque j'utilise quatre narrateurs omniscients qui sont : Dieu, la Chèvre de Monsieur Seguin (le politicien), Toad de Super Mario Kart et moi-même. Mes influences littéraires se situent à la marge de tout ce qui se fait actuellement : mon modèle est Céline (la serveuse chez McDonald, pas l'écrivain), quant au style, je me réfère volontiers à Enid Blyton. Par ailleurs, j'ai appris à écrire auprès de Monsieur Philip Roth de l'université de Harvard où j'ai... »

 

Ce genre de tirade part souvent d'un bon sentiment.

Autant vous dire qu'elle ne sert à rien. On ne la lira pas, sinon pour en rire, même si elle est très bien écrite et sincère.

 

Les compliments, flatteries, ne me semblent pas indispensables... Même s'ils sont sincères...

 

Les précisions du genre « J'ai participé à un atelier d'écriture organisé et dirigé par François Bon... » sont également à bannir.

Tous les éditeurs savent que les ateliers d'écriture animés par des écrivains le sont soit pour arrondir leur fin de mois, soit pour asseoir leur notoriété.

Si vous étiez si doué que ça, en atelier d'écriture, François Bon vous aurait recommandé de lui-même à un copain éditeur.

Alors, ne parlez pas de votre atelier d'écriture avec François Bon.

 

Résumons notre propos : un manuscrit relu, corrigé, bien présenté, propre et relié, et une lettre d'accompagnement concise.

 

Maintenant, direction le centre de photocopie local où vous dupliquez votre manuscrit et votre lettre en cinq ou six exemplaires.

C'est pas mal pour une première salve d'envois.

 

Lire aussi : y'a-t-il des mauvaises périodes pour envoyer mon manuscrit ?

 

 

 

A qui envoyer mon manuscrit ?

 

 

Ha ha ! La colle, n'est-ce pas ?

 

Avant d'envoyer à l'aveuglette au Seuil, Robert Laffont et Gallimard, passez un peu de temps sur Internet et/ou en librairie, histoire de vous sensibiliser :

 

- aux éditeurs existants (petits et gros),

- aux genres qu'ils publient,

- aux styles d'histoires qu'ils ont choisis...

 

N'envoyez pas votre manuscrit aux éditeurs qui ne font que de la traduction, ni aux maisons d'édition de livres de poche... qui ne font que de la réédition.

 

Feuilletez les livres en librairies, cherchez ceux qui ressembleraient un peu au vôtre (pour le thème abordé, l'univers, le style d'écriture).

Vous repérerez ainsi les petits éditeurs bien distribués (si l'on trouve leurs livres à la Fnac, ou chez Gibert, ou à la « grosse » librairie indépendante de votre quartier, c'est pas mal).

 

Quand vous « surfez » sur les sites des éditeurs, n'oubliez pas la page « Liens » qui vous conduira vers d'autres éditeurs que vous ne connaissiez pas forcément.

 

Ne négligez pas les grosses maisons d'édition. Il faut essayer et les petits éditeurs et les gros éditeurs. Vous n'aurez pas plus de chances d'être édité chez l'un ou chez l'autre.

Les gros éditeurs reçoivent certes BEAUCOUP de manuscrits...

Les petits éditeurs en reçoivent moins, mais n'ont pas les moyens financiers pour éditer plus d'une dizaine de livres par an.

 

Certains éditeurs proposent aux auteurs d'envoyer leur manuscrit par internet.

Là, je ne suis pas très enthousiaste.

Faites-le si l'éditeur ne vous paraît pas très en adéquation avec votre livre, mais que vous voulez quand même essayer. Dans le cas contraire, préférez l'envoi papier.

Pourquoi ? Vous avez déjà essayé de lire un livre sur un écran d'ordinateur (outre le vôtre, de livre, bien sûr) ? C'est très fatiguant. A mon avis, les manuscrits numériques ne sont pas lus.

 

Combien d'envois faut-il faire ? Autant qu'il faudra... Il est difficile de se faire une idée de la viabilité de votre bouquin, si vous n'avez pas sollicité au moins une trentaine (voire une cinquantaine) d'éditeurs.

Faites vos envois à la fréquence qui vous sied. Vous pouvez joindre une enveloppe affranchie avec votre manuscrit, pour que l'éditeur vous le retourne en cas de refus. Cela dit, le prix en timbres de ce retour sera souvent équivalent à celui de vos photocopies et d'une reliure... Faites votre petit calcul.

 

Si vous êtes à Paris, vous devriez pouvoir déposer votre manuscrit chez l'éditeur même (ou du moins à l'accueil), en personne, ce qui vous épargnera les frais d'envoi.

Attendez-vous à être plus ou moins bien reçu...

 

Disons que vous avez envoyé votre manuscrit à une cinquantaine d'éditeurs, et que, au bout d'un an, vous n'avez eu aucune réponse positive (ce qui risque fortement d'arriver).

Vous souhaitez retoucher le livre, en espérant l'améliorer, et retenter votre chance ?

Pas de problème. Mais quand vous effectuerez un second envoi, changez le titre du livre.

 

Evitez de déposer votre manuscrit au stand de l'éditeur lors d'un festival littéraire.

Les éditeurs détestent ça. Ils n'aiment pas voyager chargés, vous comprenez.

 

 

 

Qu'arrive-t-il à mon manuscrit quand il est reçu dans une maison d'édition ?

 

 

Le manuscrit peut être lu soit très vite, soit pas très vite du tout.

 

Ça peut prendre une semaine, ou un an.

Le délai de lecture ne signifie absolument rien.

 

Dans une grande maison d'édition, celui qui vous lira, c'est un lecteur.

Un lecteur est payé par un directeur de collection pour lire les manuscrits. En général, il s'agit d'un auteur désireux de mettre du beurre dans ses épinards. Au passage, il pourra vous piquer plein d'idées et ressortir vos créations originales dans ses propres œuvres.

Le lecteur est payé soit forfaitairement, soit à la ligne.

Il est payé uniquement s'il lit le livre en entier, livre qu'il recommandera au directeur de collection.

Son intérêt, c'est de trouver un livre recommandable, pour toucher son salaire.

Il va donc lire très vite les manuscrits.

 

N'imaginez jamais que les éditeurs et les salariés de l'édition lisent un livre comme vous pouvez le faire.

Ils lisent un livre pour leur boulot.

Ça n'a strictement rien à voir.

 

Dans la petite maison d'édition, c'est l'éditeur en personne – ou son meilleur pote, ou sa maîtresse, ou le stagiaire non rémunéré du moment – qui va lire les manuscrits.

Il n'a pas beaucoup de temps pour ça (il a un dîner mondain à treize heures).

Lui aussi, il a tendance à se dépêcher.

 

Comment lit-on votre manuscrit ?

 

Le lecteur prend le manuscrit.

Il l'ouvre au hasard, plutôt au milieu.

Son œil prend, aléatoirement, une ligne en milieu de page.

Il est souvent question de milieu, n'est-ce pas ?

Le lecteur lit deux lignes.

 

S'il trouve les lignes « mal écrites » (tournures de phrase lourdingues, fautes à ne plus en pouvoir, etc.), il balance aussitôt le manuscrit.

 

S'il les trouve « pas trop mal écrites », il s'intéresse au propos de ces deux lignes.

Disons :

 

« Anaïs batifolait dans les champs, tandis qu'Amaury l'épiait derrière une botte de foin. Il défit son pantalon et entreprit de se masturber. Un crapaud grimpa sur son soulier gauche, quand...»

 

Le lecteur ne cherche pas à savoir si ce texte a l'air bon, ou intéressant.

 

Je rappelle qu'il en est toujours à deux lignes de lues.

 

La seule question que le lecteur se pose, c'est : « L'éditeur pour qui je travaille publie-t-il des livres où un mec espionne une nana derrière une botte de foin tout en se branlant ? »

 

Voilà le grand mystère dévoilé.

 

Tel est le critère de sélection des maisons d'édition quant à votre manuscrit.

 

Si la réponse à la question qu'il se pose est : « Non, l'éditeur pour qui je travaille ne publie pas ce genre de livre », le lecteur balance votre manuscrit.

 

Si la réponse à la question est : « Oui, ça le bloquerait pas trop cette botte de foin et la branlette », le lecteur va prendre une autre page au hasard, plutôt au début du livre. Là encore, il va lire deux lignes.

Il se posera encore la même question.

 

La réponse est une nouvelle fois « oui » ?

A cet instant, et seulement à cet instant, il va commencer de lire votre manuscrit par la première page.

 

Voilà comment sont lus, et refusés, les manuscrits dans les maisons d'édition.

 

Il n'est pas question, il n'est jamais question, de talent, ni de virtuosité, ni d'originalité, ni de génie.

La question c'est : « Est-ce ce texte correspond aux critères de l'éditeur ? De la collection ? ». Et c'est tout. N'allez pas chercher midi à quatorze heures.

L'éditeur publie les livres qu'attend, et réclame, son lectorat. Il a un genre, un style, un secteur. Il veut s'y tenir.

L'éditeur ne prend jamais de risques. L'éditeur n'a pas de « coup de cœur ». L'éditeur vend du papier, point barre.

 

Pour en savoir plus à ce sujet, lisez l'article « J'écris des romans, je suis un caca. »

 

Bon ! Le lecteur lit donc votre manuscrit depuis la première page.

Il peut très bien s'arrêter en cours de route : fausse alerte ! Ce n'est pas ce qu'il croyait. Manuscrit au rebut.

 

S'il le lit en entier, ça veut dire qu'il va rédiger une fiche de lecture à l'attention du directeur de collection.

C'est cette fiche de lecture qui va lui permettre d'être payé.

Dans cette fiche, courte (une page environ), le lecteur fait un petit topo sur votre bouquin.

 

Il transmet ensuite le manuscrit au directeur de collection, ou à l'éditeur.

 

C'est ce dernier qui va prendre LA décision (sauf s'il est chapeauté par un directeur commercial, ou par un big boss emblématique, ce qui arrive souvent chez les poids lourds de l'édition française).

 

Le directeur de collection a sur son bureau plusieurs manuscrits accompagnés de leurs fiches de lecture.

 

Il lit d'abord la fiche de lecture.

 

« Ce roman bucolique et champêtre est en fait un ouvrage pornographique cinglant, une critique sociale acerbe sur l'idéologie du désir et la marchandisation du sexe. Chapitre savoureux sur une partouze entre humains et lombrics.

L'auteur signe Oussamo Bonladon : Oussama Ben Laden ??? A vérifier !!! »

 

L'éditeur (ou le directeur de collection) est tout content. Voilà qui a l'air croustillant et qui correspond bien aux critères de sa collection !

 

Il ouvre votre manuscrit et le lit, pépère.

 

Mais le manuscrit ne lui plaît pas. Il s'en rend compte au bout de dix lignes.

Il balance le manuscrit et, à l'occasion, aura une remarque incisive pour humilier le lecteur en public (« Ah ah, quelle merde ce livre champêtre que tu m'as recommandé l'autre jour ! Tu crains, mon pauvre vieux ! »).

 

Votre manuscrit est refusé. Vous ne saurez rien de son voyage depuis le lecteur jusqu'à l'éditeur.

Vous recevrez une petite lettre de refus impersonnelle au possible.

 

 

Deuxième possibilité.

L'éditeur lit le manuscrit en entier. Mais ça ne le fait pas.

 

Il a bien aimé le texte, mais lui, dans les livres qu'il édite, c'est plutôt des partouzes entre humains et canaris. Ben ouais, c'est ça son secteur, au mec.

Ne riez pas ! C'est sur des critères aussi futiles, incompréhensibles, inavouables, que votre manuscrit sera jugé.

Bref, il est un peu dépité, le pauvre éditeur. Il vient de perdre deux heures à lire votre truc.

S'il a du temps devant lui, il va prendre un bristol et écrire à l'arrache : « Mon cher Oussamo, c'était pas mal, mais vous devriez plutôt écrire sur des partouzes entre humains et canaris. Au plaisir de vous relire, l'Editeur. »

Et il vous renvoie le manuscrit avec ce petit mot.

 

S'il n'a pas de temps devant lui (remise de prix littéraire à vingt heures – non ce n'est pas un auteur de sa maison qui est récompensé, mais ça fait voir du monde, sa maîtresse y sera, et puis, y'aura des petits fours de chez Fauchon), il vous renvoie le manuscrit à ses frais avec une lettre de refus impersonnelle imprimée par le « Service Manuscrits ».

 

 

 

 

 

Je précise que l'histoire de la partouze était un exemple, censé vous faire sourire.

En réalité, bien entendu, l'éditeur ne va pas seulement vous juger sur la nature de la partouze, ni même sur la présence d'une partouze ou non dans votre manuscrit (sauf s'il s'agit de Grosses Partouzes Editions).

 

Simplement, je tenais à vous faire entendre que les critères de l'éditeur semblent tout à fait incohérents, incompréhensibles, injustes – parfois même idiots – aux yeux de l'auteur.

 

Imaginons que vous ayez écrit un livre de science-fiction où vos personnages sont des extra-terrestres de type humanoïde. L'éditeur pourra penser en lisant votre livre « Pas mal ce texte, mais mon secteur, c'est les extra-terrestres de type masse gélatineuse. Dommage ! ».

 

Vous écrivez un roman historique où vos personnages vont faire caca. Eh oui, moi je regrette que dans les romans historiques les personnages ne vont jamais faire caca. Il n'y a jamais – ou trop rarement – de passage trivial sur le quotidien humain. Bref, en lisant votre manuscrit, l'éditeur pourra penser : « Pas mal ce texte, mais mon secteur, c'est le roman historique très sérieux, hiératique et tout, où les personnages sont hugoliens et ne vont jamais faire caca. »

 

Je ne vous conseille pas d'écrire des livres avec des partouzes.

C'était une parabole pour vous prouver à quel point vous seriez sciés, si vous appreniez quels sont les critères de sélection de l'éditeur. Des vétilles, des détails, des choses impensables, mais qui pour lui font sens.

C'est ainsi.

Passons.

 

 

 

 

Voilà tout ce qui arrive à votre manuscrit quand il est refusé.

 

 

A lire aussi : dois-je rappeler les maisons d'édition à qui j'ai envoyé mon manuscrit et qui ne me répondent pas ?

 

 

En cas d'acceptation ? Ou d'acceptation très très partielle ?

Ou de « ni accepté, ni refusé » ?

 

C'est une autre histoire que je vous raconterais un autre jour, si vous le voulez bien...

 

 

 

Lire la suite : A l'aide, un éditeur m'a rappelé !

 

 

 

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 19:28


 

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Mon blog, c'est une honte, jugent certains internautes.

Une question m'assaille : pourquoi le visitent-ils, alors ?

J'insulte le bon goût communiste mondialement réputé, je bafoue les traditions du seul parti communiste de France, ma posture serait cynique, mon humour vulgaire.

J'accepte de passer devant la Commission de la Morale, de la Rectitude et du Bon Goût.


La Commission de la Morale, de la Rectitude et du Bon Goût siège.

 

- Faites entrer l'accusé.

 

Stoni entre, avec un sac en papier sur la tête.

 

- Stoni, tu es accusé de tenir un blog qui est une honte.

- Ah bon ?

- Nous allons désormais énumérer les chefs d'accusation. Tu n'as aucune morale.

- Euh, ouais. Forcément. Je ne crois pas au concept de morale, étant donné que c'est un idéalisme et que je suis hyperréaliste radical...

- Tu revendiques donc ta position d'apostat ?

- Bah, si ça peut vous faire plaisir...

- Te posant en apostat, tu ne cherches qu'à asseoir un ego démesuré.

- Ah oui, ça je le savais.

- Reconnais-tu les faits ?

- En vérité, je dirais pas « un ego démesuré ». Je dirais un gros problème d'amour propre. Parce que, le problème, c'est que je suis un peu artiste. J'écris des romans et...

- Justement, nous y viendrons plus tard.

- Vraiment ? Ok... J'en étais où ? Euh. Donc j'ai un gros problème d'amour propre. C'est vrai, j'ai de l'orgueil. Sentiment revanchard de classe. Lourd à porter, je vous assure. En outre, j'ai de l'imagination. Avec ce fardeau sur les épaules, j'ai décidé de sublimer la chose et de faire du roman. En tant que tel, il n'y a pas de quoi en chier une cargaison de cacahuètes, puisque le roman, de toute façon, n'est qu'une régulation de l'intersubjectif, et une méthode de reclassement du surplus démographique...

- Comme tu le prouves par ces paroles ineptes, tu es en outre accusé de développer un marxisme-léninisme décadent, une vieillerie bolchévisante dont même ton parti politique ne veut plus.

- Ce doit être mon côté punk ? C'est ce que je disais à mon mec, hier. Imaginez, j'aurais adhéré aux MJS ? Ah, la honte ! Ça fait pas du tout punk. Par contre, le Par...

- Tu vas trop vite. Nous devons également t'interroger sur tes disques de « punk rock » - hum hum – et ta petite vie sexuelle honteuse que tu étales sans vergogne sur ton blog.

- Ma petite vie sexuelle honteuse ? Petite, j'irais pas vous contredire. Honteuse, j'irais pas jusque là.

- Pourquoi t'acharnes-tu à utiliser le matérialisme dialectique comme concept opératoire ?

- Parce qu'il est opératoire, justement. Ça marche. La dialectique de la production et de la consommation, y'a que ça de vrai. Tu manges tu chies. Alors pourquoi j'irais me faire chier avec « la morale » ? La morale n'a aucune place dans les rapports de production, sinon en tant que mensonge, donc régulation de l'intersubjectif...

- Ton vocabulaire fumeux n'a que pour seule vocation de dissimuler ton inculture béante.

- C'est vrai, j'ai pas lu Badiou.

- Pas d'insolence devant la Commission !

- Je faisais que vous approuver. Enfin, pardon.

- Nous avons reçu un rapport émanant des tes Camarades labellisés en Morale, Rectitude et Bon Goût. Il est écrit : « le camarade Stoni se complait à écrire des œuvres littéraires pornographiques, qui ne font aucun état des luttes sociales et du combat de la gauche. »

- A la fois je suis ni intéressé par les luttes sociales ni par la gauche, étant donné que je ne reconnais que la lutte des classes et le communisme.

- Posture obsolète.

- Eh oui.

- Tu passes ton temps à – je cite - « te masturber intellectuellement devant tes propres dessins de beaux gosses ». Dénonciation provenant d'un internaute au fait de ton blog.

- Ha ha ha ! Ouais je les kiffe mes beaux gosses. Le crime n'est pas réel, comme ça, alors je me sens pas trop coupable.

- Quel crime ?

- Celui de la beauté.

- C'est-à-dire ?

- L'exploitation de l'homme par l'homme.

- Tu as également publiquement écrit que tu « aimais lire des livres de Nathan Zuckerman, un New Yorkais plein de pognon qui a des problèmes de New Yorkais plein de pognon ». Tu vas jusqu'à préciser que ce genre de lecture te « détendrait ».

- Absolument. Je m'identifie un peu à Nathan Zuckerman, en vrai.

- Oh !

- Quand il parle de ses galères avec l'écriture.

- Tu admets donc t'identifier à, et aduler, un New Yorkais plein de pognon ?

- Aduler, quand même pas. M'identifier ? Je suis le produit de mon époque, bordel de topinambour. Une monstruosité culturelle.

- C'est le moins qu'on puisse dire ! Dans la même lignée, reconnais-tu avoir étalé ta petite vie sexuelle honteuse ?

- Je parle pas de quand je fais l'amour, sur mon blog, non ? Ou alors j'ai oublié ?

- Ne détourne pas le sujet.

- Je sais pas ce que vous vous imaginez, mais ma vie sexuelle, ça n'a rien de honteux. Je fais ça « à la papa ».

- Oh !

- Euh... Vous savez ce que ça veut dire, à la papa ?

- Comment oses-tu parler de tes pratiques sexuelles ?

- Vous m'interrogez dessus ! J'ai une fréquence de rapports sexuels hebdomadaire parfaitement normale – je dirais quatre fois, ou cinq fois. Question position, rien d'extraordinaire. Non, franchement, je pense que j'ai une vie sexuelle splendidement banale. Pire encore, plein de gens la trouveraient chiante. J'ai toujours le même partenaire, je prends beaucoup de plaisir en le faisant simplement, sans fioriture ni quoi que ce soit...

- Si tu persistes nous levons la séance !

- Excusez-moi, j'arrête alors. Ah oui je me masturbe une ou deux fois par semaine, parce que vous comprenez des fois on peut pas toujours être avec son partenaire et ça pose problème quand...

- Silence !

- Ça m'arrive aussi quand j'écris une scène hautement pornographique.

- SILENCE !

- Nan, je rigolais. C'était une blague.

- Admets-tu écrire, en l'occurrence, des romans pornographiques racoleurs et faciles ?

- Si une scène de cul expédiée en quatre lignes, pour vous, ça fait un roman pornographique, ben ouais. Surtout qu'en plus c'est mes éditeurs qui me demandent d'en rajouter, moi, à la base, je m'en tamponne le coquillard.

- Notez que l'accusé a reconnu la qualification de pornographe. Entretiens-tu des relations avec de Grands Editeurs non communistes ?

- Euh, ouais. Relations professionnelles, hein. Je spécifie, comme vous êtes un peu obsédés par ma vie sexuelle...

- Pourquoi ne travailles-tu pas avec de Petits Editeurs de Gauche ?

- Parce qu'ils voudraient pas de mon travail.

- L'accusé reconnaît produire des livres réactionnaires pornographiques non communistes.

- Ha ha. C'est triste, non.

- Infiniment. Par ton blog, juges-tu avoir une influence néfaste sur la jeunesse ?

- Vous croyez que c'est quoi, mon blog ? Google ? Oh j'ai pas tant de visites que ça !

- Le ton populiste, démagogue et prétendument subversif de ton blog induit de nombreux jeunes gens en erreur. Il est temps d'y mettre un terme.

- Vous parlez de qui, là ? Billy Lo ? Je crois qu'il est majeur.

- Nous avons intercepté le message privé d'une certaine « Natacha » qui t'aurait soutenu que, grâce à ton blog, elle voulait devenir communiste. Ainsi que les messages de « Petit hérisson bleu » (13 ans), « Bristol Guy », « Chichou », « Samir », etc...

- Natacha ? Elle est pas majeure, elle aussi ? Bon, Petit Hérisson Bleu, j'avais oublié qu'il, ou elle, avait 13 ans.

- Utiliser de la musique « punk » pour ta propagande personnelle ne sert pas la Cause.

- Eh je fais pas de propagande personnelle, j'ai pas envie de devenir politicien, je veux pas être le soviet suprême !

- Reconnais-tu te vautrer dans la musique idiote, hédoniste, nihiliste et réactionnaire qu'est « le punk rock » ? Hum hum.

- Mais j'ai rien à en foutre, putain !

- Je rappelle à l'accusé qu'il est frappé de l'interdiction de prononcer la phrase « j'ai rien à en foutre putain », formule passe-partout dont il use trop facilement pour se tirer d'affaire.

- Ben ouais mais sérieux, j'ai rien à en branler ! J'écoute de la musique qui me fait kiffer, putain j'ai pas envie de me prendre la tête. Bien sûr que le rock c'est réactionnaire !

- Oh !

- Tout art est réactionnaire, en tant que régulateur de l'intersubjectif ! Mais on se conforme aux us de sa société de classes, merde. Sinon je me fais ermite !

- Excellente idée.

- Hé je dois bosser, les mecs ! Si je me fais ermite j'aurai pas un rond !

- Admets-tu pratiquer un métier peu qualifié et peu rémunéré – coursier – et t'en glorifier ?

- Je m'en glorifie ? J'ai que le bac qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre ? Et pis je l'aime bien mon métier.

- Tu aurais dû suivre des études à l'université !

- Ça me faisait chier, moi, les études.

- Blasphème ! Position bourgeoise de parasite !

- Putain j'ai zappé un truc ou on a plus besoin d'ouvriers ? Quand t'es ouvrier tu te fais traiter de parasite, maintenant. Génial.

- Il est temps de clore ce dialogue stérile. La Commission de la Morale, de la Rectitude et du Bon Goût se retire pour délibérer.

- Je peux me casser ? C'est chiant votre truc.

- Non. Nous délibérons. Reste debout avec ton sac en papier sur la tête.

 

La Commission se retire.

 

- Wo putain.

 

L'accusé prend l'initiative de partir, puisqu'il n'est ni entravé, ni attaché, ni menotté.

Il fait ça « à la papa », lui.

 

 

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