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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 11:07

 

Franchement, je vous assure, j’ai pas envie de les détester.

 

J’ai pas envie d’être énervé par leurs présences, par leurs dires, par leurs remarques, par leurs réflexions – et le pire – par leurs simples apparences.

 

J’ai pas envie d’éprouver le fantasme absolu d’être le Soviet Suprême et de les faire tous déporter au goulag.

 

Putain j’aime pas ça.

Mais des fois ils le font exprès.

 

 

 

Voilà pourquoi j’aime quand AU BOULOT IL Y A DU BOULOT A FAIRE. Quand « au boulot il y a du boulot à faire », je prends mon vélo et tu me revois plus de la matinée. Mais aujourd’hui, au boulot y’a pas de boulot à faire. J’avais déjà exposé toutes les horreurs que je subis en pareil cas.

 

Ca recommence.

Mais là, en plus, je dois me taper les autres salariés.

 

 

 

Ils m’énervent.

 

Je me sens coupable.

 

Je n’ai pas envie de les voir. Je n’ai pas envie de les entendre. Ils sont là, pourtant. Parce qu’ils sont tous autour du frigo. Et moi je suis dans la salle où il y a le frigo.

 

Au secours.

 

 

 

Pourquoi ils bossent pas. Ils font rien. Ils discutent. J’en peux plus.

Je peux sortir une fois, fumer dehors. Je peux sortir deux fois.

Il est pourtant hors de question de liquider mon paquet de cigarettes.

 

Ils se plaignent. La climatisation ne marche pas.

 

Putain. Tu sais quoi, on dirait des caricatures d’Américains. La plupart sont en surpoids (voire carrément au-delà…), ils marchent lentement, comme s’ils peinaient à déplacer leur masse corporelle, les nanas se tiennent la cambrure du dos et tous se lamentent : « LA CLIM ! ».

Caricatures d’Américains : des gros accros à LA CLIM.

Ils s’ennuient et viennent vers moi.

 

Certains jours, je n’ai aucun problème avec eux. On arrive même à construire des conversations élaborées et tout. Tu vois, ce n’est pas que je me sens au-dessus d’eux. Ce sont eux qui m’ont placé au-dessus d’eux. Tout de suite, ça fausse les rapports, n’est-ce pas. Parce qu’ils ont su que j’étais auteur. En plus, ils ne comprenaient pas. Les premiers mois après mon embauche, ils menaient leur enquête.

 - Pourquoi, si t'écris, tu ne travailles pas dans une librairie ? Ou dans une bibliothèque ? Ou pourquoi tu n’es pas professeur de français ?

 - Ben, j’ai pas fait les études pour…

 - Ah !

 Quelques jours plus tard :

 - Pourquoi t'as pas fait des études de français ?

 - Parce que j’avais pas trop envie…

 - Ah !

 Une semaine après :

 - Comment tu fais pour écrire si t'as pas fait des études de lettres ?

 Bref.

 

Tous les salariés dont je parle sont bien évidemment hiérarchiquement complètement au-dessus de moi. Des comptables, des commerciaux, des ingénieurs. Des cadres. Tous sont plutôt bien payés. Les patrons sont de beaux bourgeois comme on les aime.

 

Cependant, ils m’ont placé au-dessus d’eux parce que j’étais différent. Au-dessus, pour ne pas être comme eux. Vous voyez. Et parce que j’avais l’air cultivé.

 

Moi je n’avais rien demandé. Je ne voulais même pas qu’ils sachent mon « vrai métier ». Je l’avais écrit sur mon CV pour expliquer pourquoi je cherchais un emploi à temps partiel. Ben ouais, un mec qui veut bosser à mi-temps, on se demande pourquoi.

Le chef qui m’a recruté l’a dit à tout le monde.

Ils se méfient. Fort heureusement, aucun d’entre eux n’a jamais lu un de mes livres…

 

Je ne leur veux pas du mal.

Je ne veux pas les détester.

Eux, ils ne font rien pour m’aider.  Aujourd’hui, ils sont passés en puissance dix. Qui les a dotés d’un super carburateur pendant la nuit ?

Ils se morfondent : « C’est une honte que LA CLIM marche pas. Moi j’arrête de travailler ! ».

Ils cherchent un restaurant, pour midi.

 - Stoni, pour une fois, tu voudrais pas venir manger avec nous ?

 Wo putain.

 - Euh, non je peux pas, désolé.

 - Faudra bien que tu viennes, au moins une fois !

 - Euh ben je verrai.

 Putain les mecs. Sérieusement. D’une, je dépense pas dix euros pour manger. Dix euros, c’est même pas ce que je gagne à l’heure. De deux, j’ai – comment dire ? – un travail à faire cet après-midi : sauver l’avenir de la littérature française. Alors si vous croyez que je vais perdre une heure de mon temps précieux pour bouffer avec vous.

De trois, j’ai pas tellement envie de vous voir bouffer.

 

Les nanas se plaignent non seulement de LA CLIM mais aussi d’être grosses.

Non. Je vous en prie.

 - Comment je vais faire pour la plage cet été ?

 - J’ai perdu deux kilos pendant les trois derniers mois.

 - Vous connaissez la méthode Montignac ?

 

 

 

 J’envoie un SMS à Aniki :

 

Ri1 a fer o taf. Lé zotr squat a coT. Me demand prkoi je s8 coco.

 

 

Il me répond aussi vite :

 

Ta internet ?

 

On se connecte.

 

 

Mail d’Aniki :

 

Qu’est-ce qui se passe ?

 

Moi :

 

Les autres sont tous dans MA salle des livraisons. A cause du frigo. Je vais devenir dingue. L’être humain, y’a rien à en tirer. Pourquoi je suis communiste ? Dis-moi. Parce que là, je te jure, j’ai tous envie de les flinguer. Les femmes parlent de leur régime. TOUT SAUF LES REGIMES. Les mecs des piscines qu’ils se font construire. Ma parole je suis dingue.

 

Aniki :

 

C’est exactement ce qu’a pensé Staline avant de faire construire les premiers goulags.

 

Moi :

 

Mdrrr. Il les a pas fait construire ça existait déjà.

 

Aniki :

 

Stoni… faut que j’aille sur un chantier, là.

 

Moi :

 

NOOONN !

 

Aniki :

 

Si. Je suis désolé. Je t'aime. A ce soir.

 

 

Une secrétaire vient me voir.

- Comment tu trouves ma robe ?

 Je me retiens de hurler : MAIS POURQUOI J’AURAIS LE MOINDRE AVIS SUR TA PUTAIN DE ROBE, GROGNASSE ? J’AI L’AIR D’UNE MEUF ? J’AI L’AIR DE FAIRE DU SHOPPING CHEZ PIMKIE ??? MAIS QUELLE CONNE !

 - Ben, c’est une robe quoi.

 - Comme t'es jeune, tu dois savoir ce que portent tes petites copines. Tu trouves que ça fait pas trop démodé ?

 - Non. Je sais pas, en fait.

 - Oh.

 Et, allez savoir pourquoi, elle entreprend de me relater son dernier week-end par le menu.

 

 

Arrive le mec qui fait le ménage.

Je bondis vers lui. Le mec qui fait le ménage est vachement sympa. On rigole bien.

 - On sort fumer une clope ?

 - Bah non, Stoni. Je passe juste prendre mon chèque. Je dois intervenir dans une autre entreprise dans dix minutes.

 

 

 Il s’en va.

 Encore deux heures.

 

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 01:01

 

euh.jpg


Le journaliste demande :

- Alors, quel genre d'homme vous êtes ?

Je suis surpris.

- Après tout, on ne sait pas grand-chose de vous. Je veux savoir : quel genre d'homme vous êtes ?

Consternation.

Embarras.

Je ne sais absolument pas quoi répondre.


Enfin, si mentalement, je réponds. Quant à activer ma langue, remuer mes lèvres, émettre l'articulation d'une syllabe, c'est une autre paire de manche.

Quel genre d'homme je suis. Je suis le genre d'homme qui, à minuit, un samedi soir, a envie de manger du saucisson, et en mange. Qui à minuit, entame la rédaction d'un article pour son blog de fantôme – où il est masqué, super héros de type américain, vengeur anonyme. Le genre de mec qui se sent coupable d'entamer cette rédaction, parce qu'il est minuit et qu'il a du sommeil à rattraper.

Mais il fait chaud, et des gens jouent de la musique au bar en bas de chez moi. Si eux veillent et se font plaisir, moi aussi je peux le faire.

J'ai le droit.

Je suis le genre d'homme psychorigide qui s'impose une légion de contraintes (moins de quinze cigarettes par jour), d'objectifs (cent pages minimum lues par jour), de règles de vie (des repas sains) et qui, en récompense, s'accorde des plaisirs (la charcuterie, mon verre de vin au repas du soir). Je suis le genre d'homme qui est profondément amoureux de son partenaire, qui n'a que pour seule exigence – insigne exigence – de retrouver cette personne chaque jour, de ne jamais en être séparé une seule nuit. Je suis le genre d'homme qui aime le football international, qui palpite pendant les prolongations Ghana – Etats-Unis, parce que c'est beau, parce que c'est du sport, parce que c'est (d'un point de vue athlétique) historique. Je suis le genre d'homme qui réconforte son frère lorsque la Corée du Sud a perdu en huitièmes de finale – tandis que je suis à peu près aussi effondré que lui.

Je suis le genre d'homme qui a choisi son camp épistémologique. Je reconnais le noumène.

Je suis le genre d'homme qui comprend qu'il faut choisir son camp épistémologique.

Je suis le genre d'homme qui a un problème d'amour propre. Je suis le genre d'homme qui est travaillé par un orgueil insatiable. Je suis le genre d'homme qui chapeaute l'inconscient freudien par l'inconscient de classe. Je suis le genre d'homme qui a posé, comme base idéologique, l'ordre de la production.

Alors, je réponds :

- Je suis quelqu'un de banal.

Le journaliste n'est pas content.

- Ce n'est pas vrai.

- Si ça l'est.

- Vous êtes auteur.

- Alors, votre question aurait dû être : quel genre d'auteur êtes-vous.

Il tique :

- L'homme fait l'auteur.

L'organisation des rapports de production fait l'auteur. La place que j'occupe dans les rapports de production fait de moi l'auteur.

Je ne dis pas cela.

Je ne dis rien.

L'auteur. J'en ai assez. Je raconte des histoires. C'est tout.

Honte à moi, ou grand bien m'en fasse, je les ai posées par écrit et des gens ont bien voulu me rémunérer en échange de ces manuscrits.

Je suis fatigué des justifications. Monstre de foire. Baladons l'auteur chez les libraires. Dans les festivals. Légendons-le pour le service de presse – on légende l'auteur comme les petites phrases sous les photographies dans les manuels d'histoire à l'école.

Mais, comme disait Vikash Dhorasoo en annonçant sa retraite footballistique : tout le monde s'en fout.

Tout le monde s'en fout, bordel de merde.

Pose-moi n'importe quelle autre question sauf celle-là.

- Quel genre d'auteur êtes-vous ?

- Le genre d'auteur qui raconte des histoires.

- Oui, c'est votre métier.

- Croyez-moi, beaucoup d'écrivains ne font pas que raconter des histoires.

- Ah oui ?

- Moi, je mens. Je suis dans le fictif. Je n'ai rien d'autre à dire. Je suis un être profondément banal. Je vis par procuration. Voilà le genre d'auteur que je suis. Je suis subjugué par la Coupe du monde. Elle m'empêche de travailler. Face à un passement de jambes, je suis rétamé. J'aurais voulu savoir faire ça.

Il me hait.

Je suis désolé pour lui.

- J'étais mauvais au foot. Le problème, c'est que j'ai beaucoup de mal à gérer l'espace. Quand les choses se déroulent en trois dimensions. Comme je ne suis pas très intelligent, ni vif d'esprit, je mettais au moins quinze secondes à calculer qui était où. Et le temps que je le réalise pour de bon, tout le monde avait changé de place.

Il aurait pu répliquer : vous auriez dû être gardien.

Même problème. La trajectoire du ballon jusque dans les cages, elle s'opère en trois dimensions. Point A, lancée, point B, poteau, ou point B, contré, ou point B, passe, point C, but.

- Je suis bon dans les sports d'endurance. Quand on est seul. J'aime les sports de combat. C'est en deux dimensions. Moi, l'adversaire. Face à moi. L'enjeu est simple : ce type doit absolument rester face à moi. Tant qu'il est là, devant, je gère.

- Vous avez l'air d'aimer le football, mais je voudrais que l'on parle de vous.

- Vous lisez l'Equipe ? Vous connaissez des confrères de l'Equipe ?

- Non.

- Ah.

- Quel genre d'auteur êtes-vous ?

- Je ne sais pas.

- Quelles sont vos influences ?

- Je ne sais pas.

Il sourcille.

- Vous le faites exprès.

Rire forcé de sa part.

- Non, je vous assure.

Quel genre d'auteur je suis. N'attends pas de moi l'analyse auto-suffisante sur mon œuvre, sur ma production.

- J'espère juste que des gens prendront un peu de plaisir en me lisant. Car je prends beaucoup de plaisir en lisant. J'espère pouvoir offrir ça à d'autres.

- Qui prenez-vous du plaisir à lire ?

Liste d'auteurs prudente, concise, jalouse. Pas jalouse envers ces auteurs que j'aime. Jalouse, puisque je trahis notre lien privilégié, notre relation intime, le livre dans mes mains dans mon le lit le soir.

Je ne parle littérature qu'avec des personnes en qui j'ai une confiance absolue.

Je me tais.

Quel genre d'auteur je suis. Je suis le genre d'auteur qui refuse de disserter sur l'allure du caca qu'il a produit.

Caca, il n'y aucune connotation péjorative à cela. La merde, c'est souvent très utile.

J'ai envie de lui raconter l'anecdote que m'a racontée un ami. Il y a très longtemps, quand il était petit, il n'y avait pas de toilettes modernes. Lui et sa famille chiaient dans le cabinet de toilettes du jardin. Son père récoltait la crotte et s'en servait comme fumier, pour des plants de tomates. Après, la famille consommait les tomates.

Quand j'étais petit, j'étais très intéressé par les formes qu'avaient mes merdes.

Maintenant, relativement moins.


Il insiste.

- Parlez-moi de vous.

- Je travaille.

- Dans quel domaine ?

- Je suis ouvrier. Je livre des plis urgents. J'ai mon « véhicule » de fonction. Je vais dans des entreprises, je donne les plis et demande une signature.

- Pourquoi faites-vous ça ?

- Pour le salaire. Pour le travail.

- Pourquoi faites-vous un travail aussi éloigné de l'écriture ?

- Parce que ça me fait du bien.

- L'écriture vous fatigue ?

- Je refuse de n'évoluer que dans l'écriture. J'ai besoin de côtoyer la sphère de la production, ne serait-ce que quatre ou cinq heures par jour.

- Vous refoulez votre nature d'artiste, en quelque sorte.

- Peut-être. Je ne sais pas. La réponse ne m'intéresse pas.

- Vous êtes dur. Je vous déplais ?

- Bien sûr que non.

Vous m'êtes indifférent.

- Vous ne pouvez pas être ouvrier et auteur.

- Ah bon ?

- Je ne le crois pas. Vous n'avez pas encore confiance en vous. Vous êtes si jeune.

Je n'argumente pas.

- On dirait que vous écrivez par hasard. Enfin, en vous voyant, je comprends que cela vous soit arrivé un peu par hasard.

- Vous pourrez dire ça sur moi. J'écris par hasard. Ça me convient très bien.

- Vous n'aimez pas parler de votre métier, n'est-ce pas ?


Je n'aime pas parler de mon métier à des gens que je ne connais pas.

Je peux seulement le faire quand les gens ne savent pas qui je suis.

 


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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 11:23

Le problème avec la fête de la musique, outre Jack Lang, c’est qu’elle m’a empêché de dormir jusqu’à trois heures du matin.

 

Le problème c’est que je me lève à sept heures.

 

Le problème c’est qu’à partir d’une heure du matin, je commençais sérieusement à tourner en rond et à m’énerver tout seul (oui je sais j’aurais dû acheter des bouchons d’oreilles, mais j’ai oublié).

 

Le problème c’est que je me suis mis à penser à l’équipe de France.

 

Le problème c’est que le seul journal à ma proximité – j’avais la flemme de me lever – c’était l’Equipe.

 

Le problème c’est que j’étais déprimé par le score de Portugal-Corée du Nord.

 

Le problème c’est que tout ça m’a encore plus énervé.

 

Le problème c’est que la putain de musique techno à deux euros je commençais vraiment à en avoir ma claque.

 

Le problème c’est que le DJ il mixait mal.

 

Le problème c’est que quand j’étais adolescent je mixais donc je m’en suis rendu compte (alors tu vois, involontairement je me suis concentré sur ce qu’il faisait).

 

Le problème c’est que si Aniki avait été là, on aurait pu discuter et se marrer.

 

Le problème c’est qu’il n’était pas là.

 

Le problème c’est qu’il me manque.

 

Le problème c’est que le lit est trop grand et ça fait mal.

 

Le problème c’est que j’étais dégoûté car j’avais passé une super bonne soirée avec un pote et puis boum putain en pleine gueule, l’insomnie, la putain de techno à deux euros et les heures qui passent.

 

Le problème c’est qu’aujourd’hui je suis crevé.

 

Le problème c’est que j’ai énormément de travail littéraire et éditorial à faire.

 

Le problème c’est que je suis stressé.

 

Le problème c’est que j’ai besoin de vacances.

 

Le problème c’est que j’ai besoin de calme.

 

Le problème c’est que je commence à saturer.

 

 

Le problème c’est que je ne suis pas près d’être en vacances.

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 10:49

 

PETITE ANNONCE

 

 

 

Un supporter de l’équipe de France donne à titre gracieux :

 

 

 

UN MAILLOT BLEU

 

ET UN SAC EN PAPIER POUR SE METTRE SUR LA TETE

 

PARCE QU’IL A HONTE

 

 

 

maillot-equipe-stoni.JPG

 

Vous allez me dire, il devrait garder son sac en papier pour le mettre sur sa tête, puisqu’il a honte.

 

En vérité, il a tellement honte qu’il va s’en confectionner un autre, beaucoup plus épais, beaucoup plus résistant.

 

 

 

Le maillot de l’équipe de France (Coupe du monde édition 2010) est en parfait état.

 

Il n’a été utilisé que deux fois, sans pour autant comporter la moindre trace de transpiration.

 

Le maillot est garanti SANS LA MOINDRE TACHE DE CHAMPAGNE, NI LA MOINDRE EMPREINTE LACRYMALE DUE A LA JOIE D’UNE VICTOIRE BIEN MERITEE.

 

 

 

 

 

En outre, ce supporter propose, en cas d’accession à la seule place du Soviet Suprême (après une révolution prolétarienne stoniste) une mesure sportive immédiate :

 

 

LA FRANCE DONNE A TITRE GRACIEUX :

 

SON EQUIPE DE FOOTBALL NATIONALE.

 

 

 equipefrance.jpg

 

ET PROPOSE A LA COREE DU NORD AINSI QU’A LA COREE DU SUD

 

UN ECHANGE DE JOUEURS POUR SCELLER L’AMITIE ENTRE NOS PEUPLES.

 

 

 

 

En effet, nous sommes prêts, nous Français, à un échange totalement gratuit de nos joueurs contre ceux de nos amis des deux Corée.

 

Nous espérons que, de retour de cet échange, nos joueurs auront appris à jouer au football, puisque, visiblement, les entraîneurs asiatiques sont capables d’un tel enseignement.

 

Nous suggérons à nos amis des deux Corée de placer notre équipe nationale en stage pendant dix ans en Corée du Nord.

 

Nous souhaiterions, en effet, récupérer des sportifs aptes à marquer un but contre le Brésil.

 

 

Camarades de tous les pays,

 

L’appel de ce 18 juin 2010 est lancé !

 

 

 

 

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 14:23

 

 


Grande réunion footeuse chez un pote.

France-Uruguay.


Mon frère arrive avec sa casquette Mao (made in China, modèle authentique).

- Sale traître ! T'as l'étoile rouge sur le front mais pas de carte au Parti ! Je te renie !

- Chuis pas maso, moi.

Mon frère, ou la simplicité, l'intelligence et la pertinence mêmes.


Mon pote s'est peint le drapeau tricolore (le nôtre) sur la gueule.

- T'as foiré, on dirait la bannière étoilée des Etats-Unis.

- Ah bon ? Tu trouves ?

Il se reluque dans le miroir.

- Bah si, regarde les gros pâtés blancs, là. Ça fait les étoiles.

- Oué, le blanc a un peu débordé sur le bleu...

- Et le rouge aussi, du coup ça fait les bandes des treize colonies.

- Comment t'es culturé, Stoni !

- Je sais.


Pendant l'hymne uruguayen, nous gloussons en jactant :

- C'est quoi cet hymne de merde, on dirait du Tchaïkovski !

Un commentaire méprisant s'impose sur le physique de chacun des joueurs adverses.


Nous chantons la Marseillaise, et nous chantons faux, en retard ou en avance sur la musique, debout devant la télé.

Lorsque nous gueulons « AUX AAAARMES CITOYEEEENS », le bébé du pote se réveille.

Et pleure.

- Amène le bébé, il vivra sa première Coupe du monde !

- Non, tempère la mère du bébé. Fermez un peu vos gueules, gros sagouins !

- LE BEBE ! LE BEBE ! LE BEBE ! LE BEBE !

Nous avons le temps de placer deux ou trois vannes sur le pauvre arbitre japonais (qui ne nous a encore rien fait, c'est totalement gratuit), jusqu'à ce que la mère se résigne et apporte sa progéniture.

Le bébé voit son père au visage américanisé et explose en larmes.

Le bébé retourne dans sa chambre.


En vérité, personne n'y connait rien en foot sauf mon frère. Il garde un calme absolu et nous fait revenir à la raison, lorsque nous beuglons comme des porcs à la moindre faute française.

- C'est un hors-jeu...

- Mon cul !

- Si...

Puis, au ralenti, en bon professeur, il nous enseigne le principe du hors-jeu.


Malgré tout, il s'avère, au fil du match, que nos vannes méchantes contre l'arbitre étaient justifiées. Il est totalement acquis à la cause des Uruguayens, ce vendu.

Mon frère, nippophile, s'insurge.

- MAIS FERMEZ-LA BANDE DE SALES GOUERHS !

- Euh euh euh ! Lui il est pour l'Uruguay il est pas pour la France ! DEHORS ! DEHORS !

- Oué j'aime pas la France, c'est une équipe de cons !

- Ce traître, non seulement il arbore l'étoile rouge sans être communiste, mais en plus il soutient les deux Corée, le Japon et toutes les équipes africaines ! Et pire que tout... l'ITALIE !

- Je soutiens tous les peuples opprimés qui luttent contre l'impérialisme.

- La Corée du Sud ils sont pas opprimés, là !

- Ils s'encaissent juste une présence militaire américaine injustifiable, comme le démontre magistralement le film The Host.

- Ben... Le Japon alors ?

- Même chose. Et ils ont subi le seul holocauste nucléaire de l'histoire de l'humanité, je le rappelle. Acte inqualifiable, cruel et criminel. Mais qu'est-ce que vous voulez, la première démocratie au monde devait bien tester la bombe A.

Les potes sont désarçonnés. Personne ne trouve rien à répondre.

- Et l'Italie ? fais-je en ricanant bêtement.

- Le peuple Italien n'est pas opprimé ? Regarde Gomorra et on en reparlera.

Comme j'ai non seulement vu, mais aussi lu, Gomorra, je me retrouve bien forcé de fermer ma gueule.


Jusqu'à ce que Forlàn réapparaisse en gros plan à l'écran, et que nous hurlions tous :

- LA BLONDASSE ! LA BLONDASSE DE RETOUR ! DEHORS LA BLONDASSE ! AUX CHIOTTES LA BLONDASSE !



Bref.

Heureusement qu'il y en avait un pour relever le niveau conceptuel.

 

 


 

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 15:49

 


Le 25 juin, y'a pas de match de la France et c'est la veille des premières huitièmes de finale.


Donc vous pouvez aller tranquillou au vernissage du peintre Narcisse Steiner :

 


TOUS LES DETAILS SONT LA !

 

 

C'est le buzz total car il y a déjà un entretien, en avant-première et tout, sur Dailymotion.

 

 

 


 

 

 

 

(Si ces propos sont trop intellectuels pour vous, vous pourrez prendre votre pied en matant cette autre vidéo, qui n'a aucun rapport mais qui vaut le coup d'être vue.)

 

 

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Published by stoni
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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 18:17

 

 

envoye-du-capitalisme.jpg

Stoni reconstruisant le mur de Berlin pour se protéger d'un envoyé du capitalisme destiné à le corrompre (France, 2010)

 

 

 


Je suis chez mon éditeur quand quelqu'un frappe à la porte de son bureau.

Le visiteur entre.

- Ah ! triomphe mon éditeur en se levant. Tu tombes bien, Machin ! Stoni est justement avec moi.

Je me retourne avec curiosité vers ce Machin pour qui ça tombe bien que je sois présent.


Un jeune homme – mon âge environ – ma foi, je dois l'avouer, fort bien présenté.


Mon éditeur se plie au rituel des présentations. Machin est un ami à lui. Machin ne travaille pas dans l'édition mais Machin a lu l'épreuve de mon prochain bouquin.

Machin me reluque comme si j'étais la huitième merveille du monde incarnée.

Il prend enfin la parole :

- J'aimerais tellement parler de ton roman avec toi... J'ai beaucoup aimé.

- Ah... Merci...

A sa voix, à son intonation, à sa tenue vestimentaire, je comprends aussitôt qu'il n'est pas du même univers que moi. Ça sent le fric à plein nez. Et puis, pas le fric de la petite-bourgeoisie parisienne, vous voyez. Non. Le VRAI fric. Le gros. Le lourd.

Il tire une chaise pour la placer pile à côté de moi.

- Je ne vous dérange pas, au moins ? s'enquiert-il.

J'allais tenter de glisser que nous étions en pleine séance de travail, quand mon éditeur intervient :

- Oh non ! Aucun problème ! Au contraire, nous avions besoin d'une petite pause. Installe-toi. Tu vois Stoni, Machin, il a dévoré ton roman.

- Oui, j'ai très envie de lire tes autres livres, maintenant.

- Ah...

Je croise nerveusement les jambes et allume aussitôt une cigarette.

L'oeil de Machin n'était pas dans la tombe mais regardait Stoni. Je puis vous l'assurer.

Moi, je contemple la fenêtre en tétant sur le filtre de ma clope comme si c'était la dernière de mon existence.

Machin se met à parler du livre.

Pendant dix minutes.

Quinze minutes.

Il pose des questions. De rhétorique. Nul besoin de connaître mes réponses : ce rejeton de la classe dominante a TOUT COMPRIS.


Quand vous écrivez des romans, les retours des lecteurs sont toujours chose surprenante. Personne n'envisage telle scène de la même manière, ni ne se met d'accord sur la portée symbolique du dénouement. Surtout que vous, vous n'aviez pas prévu la moindre portée symbolique dans votre dénouement...

Aussi est-il rare de rencontrer quelqu'un qui a TOUT COMPRIS. Ce personnage ? Il l'appréhende exactement comme vous l'appréhendez. Ce chapitre, qui vous tient particulièrement à cœur, même s'il peut paraître anodin (vous vous êtes d'ailleurs battu pour qu'il soit conservé dans le manuscrit final, en menaçant de vous suicider), dans lequel vous décelez une magnifique illustration de la lutte des classes ? Eh bien, ce gars-là, c'est son préféré de tout le livre. Et lui aussi, il y voit une magnifique illustration de la lutte des classes. A croire qu'il vous pique tout directement dans votre cervelle.

Ce genre de mec sait toujours me laisser pantois.

A un point tel que je lance des coups d'œil anxieux du côté de mon éditeur. Il lui a préparé son script ou quoi, à Machin ?

Mon éditeur s'en fout, de mes coups d'œil. Il fait du classement dans son indescriptible foutoir.


Et mes coups d'œil anxieux se transforment vite en appels au secours.

La conversation de Machin m'est une torture.


Parce que Machin a tout compris, mais MACHIN NE DEVRAIT PAS AVOIR TOUT COMPRIS. J'ECRIS POUR LA CLASSE LABORIEUSE. PAS POUR LE SEIZIEME ARRONDISSEMENT DE PARIS !

Machin est subtil, intelligent, volubile. Machin choisit bien ses mots. Machin me déshabille d'un regard enflammé. Machin – pire que tout, abjection des abjections – est beau.

Je lui sers, de temps à autre, des rictus de courtoisie, comme je suis trop poli.

Et puis, il faut bien l'admettre, Machin est charmant. Gentil.

Au bout d'un moment, mon éditeur se lève.

Il va nous faire sortir ! Il va LE faire sortir ! Miracle.

- Je vais acheter des cigarettes. Je vous laisse dix minutes.

Je révulse des yeux qui crient à l'agonie.

Mon éditeur s'en fout encore.

- Attends je te passe une clope si tu veux ! m'écrié-je.

- Non, je dois en acheter pour ce soir, de toute façon.

- Ça peut attendre !

Il se tire.

Je me dépêche de prendre une nouvelle cigarette.


Machin me parle de politique (mon éditeur l'a briefé sur mon petit côté stal).

Machin s'intéresse à. Au. Communisme.

Fait chier.

- Tu dois me trouver bien ridicule. Tu as dû voir que je ne suis pas... tout à fait pauvre, n'est-ce pas ?

Il a un rire exquis.

Il m'explique que son père dirige une grosse entreprise. Lui, il dessine. Il peint.

Je l'écoute. Je ne parle pas. J'érige, entre lui et moi, un deuxième rideau de fer. Doté de la meilleure protection militaire au monde. J'installe des rampes de lancement de missiles nucléaires, à chaque point stratégique. C'est-à-dire partout.

Qu'il essaie de demander l'asile politique, ce con. Je vais bien l'accueillir.

Et Machin continue à sourire...



- T'es à Paris pour plusieurs jours, Stoni ?

J'émets un bruit indistinct.

- Ce soir avec des amis, nous avons prévu une petite fête. Rien de bien sérieux, je te rassure... Tu voudrais venir ? Si t'as besoin d'un logement pour la nuit, chez moi y'a un...

- Non !

Machin décille.

- Désolé, mais j'ai déjà quelque chose de prévu.

Machin hausse les épaules et dit que ce n'est pas grave.


Mon éditeur ne revient pas.


J'en tire, en appliquant une analyse dialectique, marxiste et hyperréaliste radicale, de premières hypothèses :


a) C'est un coup monté. Par la CIA. Contre moi. Ce n'est qu'une première tentative. D'abord, ils envoient des beaux gosses bourgeois qui ont tout compris à votre livre. Après, ce sera un colis piégé. Je suis dans la merde.


b) J'écris, contre mon gré, des livres bourgeois que seuls les bourgeois comprennent. Je vais arrêter d'écrire et me reconvertir dans ce que j'ai toujours rêvé de faire, au fond de moi : mécanicien moto.


c) Machin est un envoyé du capitalisme pour me corrompre.


d) Mais de toute façon ça sert à rien, je suis incorruptible, comme mon pote Robespierre.



Plusieurs réponses sont possibles.


Vote, Camarade Lecteur, ici on est toujours en démocratie.





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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 11:18

 

 

 

 - Y’a un congrès bientôt ?

 - Du Parti. Ouais.

 - Ah oui et ça va servir à quoi ? J’y comprends rien…

 - Ben je sais pas.

 

Un silence se fait à table.

Le camarade me regarde. Je le regarde.

Nous sommes cois.

 

 - Ah si, fais-je soudain. Sœur Marie-George cède sa place à Pierre Laurent, pour la place de Premier Stal Suprême Réformiste.

 - Qui ça ?

 

 Nous tripotons les pailles de nos cocas.

 

 - Pierre Laurent, répété-je sans grande conviction.

 - Oué mais c’est qui ?

 - Un mec de la région parisienne, me semble-t-il.

 - Et qu’est-ce qu’il a fait pour en arriver là ?

 - Euh…

 

 Nous accordons des regards ébahis au ciel bleu.

 

 - Qu’est-ce qu’il a fait… Ben…

 - C’est quelqu’un de populaire, peut-être, à Paris ?

 - Ben écoute, non, je crois pas…

 

 Je me frictionne le cuir chevelu. Le camarade tend des lèvres dubitatives.

 

 - Ah si ! m’écrié-je. Il s’est présenté aux Européennes pour la région Ile-de-France.

 - Oh ! D’accord. Il a fait un bon score ?

 - … Pas tellement…

 - Et il est comment, comme mec ?

 - Arf… J’en sais rien… Tu sais, dans la ligne de Sœur Marie-George.

 - Ça d’accord, je m’en doutais bien. Mais sa personnalité ?

 - A vrai dire… Je crains qu’il n’en ait pas.

 

 

 

 

Quand je rentre chez moi, je découvre le courriel suivant en me connectant.

 

 

 

De : pcsectionrelou@mail.fr

A : stoni@mail.fr

 

Camarade,

 

Nous organisons une conférence de section tel jour, dans le cadre du nouveau Congrès. Aie s’il te plaît la prévenance de nous informer de ta participation ou pas.

 

Signé : Le secrétaire de la section relou.

 

 

 

 

Je réponds aussi vite :

 

 

 

De : stoni@mail.fr

A : pcsectionrelou@mail.fr

 

Camarade,

 

Je n’ai reçu aucun programme pour cette conférence de section. Que va-t-on y faire au juste ?

Allons-nous élire un nouveau comité exécutif de section ? Si, comme la dernière fois, il n’y a qu’une liste soumise au vote, je ne vois guère l’intérêt de me déplacer.

 

Merci de ta réponse,

 

Frat,

 

Stoni.

 

 

 

 

De : pcsectionrelou@mail.fr

A : stoni@mail.fr

 

Stoni,

 

Il n’y avait qu’une liste soumise au vote en raison de la pénurie de militants actifs. Les démarches pour proposer une liste alternative sont prévues dans nos statuts. Tu n’as qu’à les lire. Si tu as des problèmes avec l’organisation de ma section, n’hésite pas à t'adresser à moi.

 

Je te demande d’adopter une attitude plus constructive dans nos relations.

 

Fraternellement,

 

Le secrétaire de la section relou.

 

 

 

 

De : stoni@mail.fr

A : pcsectionrelou@mail.fr

 

Cher Camarade,

 

Oui quand j’ai un problème avec l’organisation de « TA » section, je n’hésite pas à m’adresser à toi puisque c’est exactement ce que j’ai fait dans mon précédent courriel…

 

Il me semble que nos relations sont bien trop épisodiques pour que je tâche d’ être plus constructif.

 

Je remarque tu ne réponds pas à ma question sur l’élection d’un nouveau comité de section.

 

Cet échange de courriels m’amène tout droit à une autre interrogation, laquelle me taraude, camarade : tu le fais exprès pour que je vienne pas à la conférence ou je rêve ?

 

Ah oui, deuxième interrogation : c’est qui au juste Pierre Laurent ? Avec d’autres copains on a pas compris d’où il sortait.

 

Frat,

 

Stoni.

 

 

 

 

 

 

Aucune réponse reçue.

 

 

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 15:16

 

 

 

 


editeur telephone


 

Suite des articles :


L'aventure de ton manuscrit dans une maison d'édition (ou : le critère de sélection, c'est la nature de la partouze) 


 A l'aide, un éditeur m'a rappelé ! (ou : c'est là où les emmerdes ont commencé)






Retrouvons notre ami Oussamo Bonladon, auteur du manuscrit Le Grand roman champêtre.


Dans la quiétude de son bunker, Oussamo reçoit un appel sur son téléphone portable. Nous savons qu'il a inondé la France de son manuscrit, visant une foultitude de maisons d'édition.

Oussamo empoigne son téléphone. L'indicatif du numéro entrant sur l'écran est celui de Paris.

Que diable !


- Allô ?

- Bonjour j'aimerais parler à Monsieur Oussamo Bonladon.

- Oui c'est moi, bonjour monsieur !

- Je suis Monsieur l'Editeur, j'ai reçu votre manuscrit. Mon petit Oussamo, j'aimerais vous éditer ! Si vous êtes toujours à la recherche d'un éditeur, évidemment !

- Bien sûr !

- Vous n'avez pas eu d'autres retours ?


Maintenant, Oussamo a pris du grade.

Il sait qu'il faut répondre :


- Oui j'en ai eu quelques uns... Mais je reste libre comme l'air. Ces propositions ne correspondent pas tout à fait à ce que je cherche.

- Oh oh ! Puis-je savoir qui vous a contacté ?

- Rien de très important... Mais parlons plutôt de vous !

- Ecoutez mon petit Oussamo, je veux vous faire une « propa » !

Monsieur l'Editeur étant un minimum sérieux, il enchaîne aussi vite :

- Je verrais bien votre roman dans telle collection. Le tirage que je vous propose est de X exemplaires. La parution en librairie serait prévue à tel moment. Je vous offre un à-valoir de X euros. Il y a des retouches à faire, bien entendu...

Si Monsieur l'Editeur est un brin baratineur – ce qui arrive souvent – il ajoutera ensuite :

- Vous savez, je suis en très bonnes relations avec Machin Poche, pour les parutions en poche, donc vous avez de fortes chances de toucher un peu plus d'argent d'ici un an ou deux... Je connais aussi Bidule, qui pourrait être intéressé par une adaptation audiovisuelle (ce qui veut dire un film ou un téléfilm)...

Ces dernière promesses, Oussamo le découvrira bien trop vite, n'ont pas d'autres consistances que celles d'appâter ce jeune auteur inexpérimenté et ô combien influençable.



Pour l'auteur débutant qui attend fébrilement son premier contrat d'édition, c'est l'instant euphorique de son existence.


Laissez-moi casser votre trip : UNE PROMESSE ORALE DE CONTRAT D'EDITION NE SIGNIFIE PAS QUE VOTRE LIVRE SERA EDITE !


A ce moment-là, vous êtes certes sur la bonne voie.

Mais vous n'êtes sûr de rien tant que vous n'avez pas signé ledit contrat – et encore, même dans ce cas-là, c'est pas gagné.


Dans un premier temps, il vous faut rencontrer l'éditeur.

Ce qu'il doit vous proposer lors du premier contact téléphonique, s'il est sérieux.

- Mon petit Oussamo, nous devrions nous voir pour discuter de tout ça !

- Oui oui...

Là, Oussamo commence à être bien emmerdé. Parce qu'Oussamo n'habite pas à Paris, ni dans la banlieue parisienne.

Notre homme se calfeutrant en Afghanistan, il s'interroge sur «  mais qui va payer le prix du billet d'avion ??? ».

- J'ai vu que vous habitiez en Afghanistan, Oussamo... C'est bien loin, dites donc ! Vous avez l'occasion de venir à Paris prochainement ?

- Euh, oui... Je crois... Enfin j'en suis sûr...

- Tant mieux ! J'ai hâte de faire votre connaissance !


Si vous avez la possibilité de vous rendre vite à ce premier rendez-vous, ne traînez pas.

Moins l'éditeur aura le temps de changer d'avis – et de vous oublier, et de découvrir un autre talent – mieux cela vaut pour votre petite personne.

Malheureusement, le coût de votre déplacement ne sera pas pris en charge par l'éditeur. Rares sont les éditeurs professionnels, humains et dotés d'assez de compassion pour vous le proposer spontanément.


Pendant ce temps, l'éditeur ne perd pas le nord.

- Dites-moi Oussamo, vous comptez écrire d'autres livres ou c'était juste une œuvre isolée ?

Question piège.

La plupart des éditeurs se méfient des auteurs de « one shot ». En gros, ils ne veulent pas éditer le mec qui n'écrira qu'un seul livre dans sa vie puis c'est marre. Si vous entrez dans leur ligne éditoriale, les éditeurs attendent que vous pondiez régulièrement des petits bouquins au poil pour leurs affaires. Techniquement, ça ne veut pas dire que vous avez trouvé un employeur à vie. L'éditeur risque fort de refuser votre prochain manuscrit, au cas où il accepterait le premier. Pourquoi ? Parce que le deuxième ne lui plaît pas. Et c'est comme ça. Vos ventes, bonnes ou mauvaises, n'auront aucune influence sur cette future décision.

Quoi qu'il en soit, l'éditeur part du principe que vous êtes un robot et que vous allez forcément lui fournir une grande œuvre littéraire conforme à ses exigences, à l'avenir. Il risque d'être sacrément déçu – et vous aussi. Mais telle est sa façon de réfléchir.

A cette question, si vous souhaitez vraiment être édité, répondez :

- Je ne peux pas envisager ma vie sans écrire. Bien sûr, je compte écrire d'autres livres. J'en ai même déjà un nouveau à l'ouvrage...

Inutile de préciser que vous n'êtes pas censé dire la vérité...


Si tout se passe bien, au terme de votre conversation téléphonique, l'éditeur doit vous donner ses coordonnées complètes. Je les répète une nouvelle fois : numéro de téléphone fixe, numéro de portable, email personnel.

S'il n'a pas le réflexe de le faire, vous devez impérativement les lui réclamer. S'il refuse, ça sent très mauvais pour la carrière de votre manuscrit dans sa maison d'édition...





Les choses à faire avant une première rencontre avec l'éditeur.

 

 

A lire absolument, mon article : comment repérer un éditeur pourri ?

 


 

Tapez son nom sur google et cherchez tout ce qui a été écrit à son sujet. Vous trouverez parfois des témoignages d'auteurs sur leur travail avec lui. Les critiques très très négatives – on en trouve – sauront vous mettre au parfum...

Il ne faut pas non plus trop extrapoler à partir des ces témoignages. Les auteurs sont souvent des gens imbuvables avec qui il est très difficile de travailler – et vice versa. L'intérêt de vous documenter de la sorte est surtout de savoir à quoi vous en tenir. Si vous lisez : « Trucmuche du Seuil m'a brisé, ce gros fils de pute a complètement bousillé mon roman, je ne l'ai pas reconnu quand il est sorti en librairie, je le hais, je compte me suicider », armez-vous de méfiance, de prudence et calculez le moindre de vos pas...


Sur le site web de l'éditeur, jetez un coup d'œil aux auteurs de son catalogue.


S'il s'agit d'une petite maison d'édition, je vous conseille vivement de consulter les comptes sociaux de l'entreprise sur societe.com. Un exemple ici. Vous n'y connaissez rien en comptabilité ? Demandez l'avis du comptable de votre boulot, ou de n'importe qui d'un peu versé dans les chiffres. L'intérêt de la chose, c'est de voir si votre potentiel éditeur ne va pas déposer le bilan dans les mois à venir... Bien sûr, les résultats d'un petit éditeur ne seront jamais mirobolants. Malgré tout, le chiffre d'affaires est une chose qu'il faut connaître.

Sur ce même site, vérifiez les noms des dirigeants. Histoire de savoir si votre interlocuteur est un homme de paille agissant au nom d'une éminence grise...

Enfin, achetez les statuts de l'entreprise. Pourquoi ? Pour identifier les associés. C'est-à-dire, qui exactement a investi du fric dans la maison d'édition. On en apprend parfois de belles, vous pouvez me croire. Vous pourrez aussi trouver quelques petits trucs intéressants : on a des fois les salaires...


Il vaut mieux ne pas trop parler à l'éditeur de vos enquêtes privées de statuts, d'associés et de comptes sociaux, évidemment...


Ensuite, préparez toute une liste de questions.



La première rencontre avec l'éditeur.



Vous ne signerez pas le contrat au cours de cette rencontre inaugurale.

Si néanmoins l'éditeur vous propose la signature, NE LE FAITES PAS. Demandez une copie du contrat pour le lire à tête reposée à la maison. IL NE FAUT JAMAIS SIGNER UN CONTRAT D'EDITION SANS AVOIR PRIS LE TEMPS DE L'ANALYSER SOUS TOUTES SES COUTURES AUPARAVANT !

Mais j'y reviendrai plus tard.


Quel est l'intérêt de cette première rencontre ?

Faire connaissance, tout simplement.


Vous, vous avez plein de questions à poser. Les plus importantes sont celles concernant les corrections à apporter sur le manuscrit.

Eh oui, on ne publiera pas votre livre tel quel. Il y a forcément des choses à changer. Donc, renseignez-vous. S'il s'agit de réécrire la moitié du livre, c'est la moindre des choses que vous soyez au courant, et que vous soyez d'accord...


Vous voulez aussi estimer la bête. Si l'éditeur vous semble dingue, malfaisant, vicieux, ou n'importe quoi d'autre... remettez sérieusement en question votre volonté de travailler avec ce mec.


L'éditeur, de son côté, a exactement les mêmes motivations. Il veut estimer la bête – vous. Histoire de vérifier si vous avez vos deux bras. Si vous tenez la route. Et par curiosité, mater la tronche que vous avez.

Si ça peut vous rassurer, il faut vraiment être braque pour refroidir un éditeur. Il en a vu d'autres, vous savez. Des pires que vous. C'est obligé. Quand vous connaîtrez d'autres auteurs, vous comprendrez mieux ce que j'insinue.

Ne vous sentez pas obligé de faire des efforts vestimentaires... Soyez vous-même. Présentez-vous de la manière où vous êtes le plus à l'aise. L'allure de votre tee-shirt n'a aucune importance (sauf s'il est imprimé des mots : « FUCK ALL THE EDITORS OF THE WORLD ! »).


Au cours de cette rencontre, demandez poliment un contrat type, afin de pouvoir étudier la proposition de l'éditeur.


S'il regimbe à vous le donner... commencez à vous dire qu'il ne vous éditera pas.


Vous allez protester : « Mais pourquoi ce mec m'aurait appelé, me ferait venir dans son bureau, s'il ne veut pas me faire signer de contrat ? C'est impossible ! » Moi, je vous répondrais que ce n'est pas impossible car justement c'est possible. Un éditeur, ça s'emmerde. Un éditeur, ça a des coups de tête, des lubies. Un éditeur, ça peut être quelqu'un de super con. Il est tout à fait capable de vous avoir fait déplacer pour discuter une heure avec vous, puis de vous oublier.

Quand, deux semaines plus tard, à l'article du suicide, vous lui passerez un coup de fil :

- Euh, j'attendais de vos nouvelles ?

Il pourra joyeusement vous annoncer :

- Oh, Oussamo ! Comme c'est dommage, je n'ai pas eu le temps de finaliser votre contrat ! Laissez-moi encore deux mois, vous voulez bien ?

Et vous n'entendrez plus jamais parler de lui.


Justement, ce qui vous intéresse, c'est la signature du contrat.

Normalement, l'éditeur n'a aucune raison de faire traînasser la chose. Celui qui vous endort en prétendant qu'il n'a pas le temps, qu'il ne peut pas encore, gnagnagna... vous feriez mieux de l'oublier et de continuer à envoyer vos manuscrits ailleurs.


Pourquoi la signature du contrat d'édition est-elle si essentielle ?


Il y a deux bonnes raisons à ça :


- C'est un contrat qui oblige l'éditeur à éditer et diffuser votre roman (et qui vous oblige à lui remettre le manuscrit final), contrat qui, s'il n'est pas respecté, se transformera en litige : le contentieux sera du ressort du tribunal de commerce ou du conseil des prud'hommes.



- Le contrat signifie pognon. Quand vous signez, l'éditeur vous paie. Du moment qu'il vous a donné du fric – même une somme misérable – l'éditeur a tout intérêt à éditer votre œuvre.


L'idéal est de repartir de votre premier entretien avec votre contrat type, ou le contrat à votre nom MAIS PAS ENCORE SIGNE.





L'étude du contrat.


Un contrat d'édition est généralement une quinzaine de pages incompréhensibles, dont le message est pourtant simple : vous vous faites grave enculer.


Parmi ces lignes au jargon administratif, judiciaire, commercial, etc... il est dit en gros que vous allez être payé une misère, que vos droits d'auteurs sur votre œuvre seront une misère, que vous êtes un caca et qu'on se demande d'ailleurs pourquoi une maison d'édition a la condescendance d'éditer votre machin infâme.


Autant vous dire que vous avez intérêt à négocier la chose en méchant homme d'affaires roublard, cupide et tatillon.


Si vous avez du pognon de côté, allez voir un avocat spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle, littéraire et artistique.

Bon, je vous préviens, la plupart sont nazes de chez nazes. Mais c'est mieux que rien. Le bonhomme jettera un coup d'œil sur le contrat et vous signalera les clauses dangereuses pour vous (et il n'y a que ça).

La note d'honoraires pourra facilement grimper à plusieurs centaines d'euros...

Son boulot, c'est de vous expliquer les phrases sibyllines et de vous suggérer les modifications à apporter.


Un auteur, même débutant, même inconnu, est tout à fait en droit d'exiger des modifications sur son contrat d'édition.


L'éditeur, s'il est un minimum professionnel, ne le prendra pas mal. Au contraire, il vous trouvera drôlement compétent et sera tout impressionné.


Dans le florilège des insanités des contrats d'édition, voici les points les plus sinistres, sur lesquels votre attention doit redoubler.


Prix de la cession. Droits d'auteur. C'est un pourcentage sur le prix public hors taxes du bouquin. S'il est situé en dessous de 6 %, c'est vraiment du foutage de gueule ! Minimum 7 % ! 8 %, correct mais radin. Au-delà, validez.

Vous verrez qu'en général le pourcentage est progressif, par tranches d'exemplaires vendus. Plus vous vendez d'exemplaires, plus vous touchez. Fixez impérativement un nombre de ventes maximum pour la plus haute tranche. On ne sait jamais, vous avez peut-être écrit le nouveau Harry Potter. Et ça la fout mal de toucher que 12 % sur trois millions d'exemplaires vendus.

Si vous dépassez le nombre de ventes de la plus haute tranche, vous n'aurez qu'à renégocier votre contrat.

Le contrat prévoit normalement un pourcentage unique pour les poches, qui est ridicule (genre entre 4 et 6 %). Cela s'appliquera si votre livre est, plus tard, édité en poche. Là, y'a pas grand-chose à faire. C'est comme ça, vous toucherez que dalle ou presque.


Droit d'exclusivité ou de préférence. REFUSEZ ABSOLUMENT CETTE CLAUSE.

Je vous explique.

La clause de préférence vous oblige à faire éditer vos X prochains romans chez l'éditeur, et pas ailleurs. Problème : si l'éditeur refuse le manuscrit, vous ne pourrez plus rien en faire ! C'est du vol, c'est honteux, c'est abusif, c'est lamentable, mais c'est une tradition.

Demandez le retrait de ce pacte.


Provision pour retour sur le compte d'auteur. Vous allez voir c'est goûteux.

Les retours, ce sont les exemplaires que les libraires ne vendront pas. Au bout d'un moment, ils les renvoient à l'entreprise qui s'occupe de distribuer et diffuser votre livre. Et là, avec cette clause, c'est vous qui devez financer les invendus ! On vous prend du fric sur votre compte d'auteur ! C'est la fête du slip totale ! Si le bouquin ne se vend pas, c'est pas de votre faute, c'est l'éditeur qui a mal fait son boulot. Demandez le retrait de cette chose infâme, honte de l'humanité.


Les choses à rajouter. Exigez un droit de regard sur la couverture, la quatrième de couverture et le titre définitif de l'ouvrage. Ça la foutrait mal que votre livre s'appelle d'un coup « GROSSE PARTOUZE CHEZ LES UNIJAMBISTES ! » avec une photo super trash en couv, et qu'en quatrième de couv (le truc qu'il y a derrière le livre) on vous décrive comme un acteur de porno proxénète encarté à l'UMP. Sérieusement, vous risquez d'avoir de mauvaises surprises.

En outre, demandez la possibilité de récupérer vos exemplaires en cas de pilonnage. Le pilonnage, c'est merveilleux. Quand le bouquin ne se vend pas, il coûte de l'argent à l'éditeur, pour financer le stock. Ben ouais, faut bien les foutre quelque part les deux mille exemplaires de votre chef d'œuvre. Et l'éditeur il paye l'entrepôt. Alors, il veut tout faire détruire. C'est ça, le pilonnage (parfois il a une autre utilité mais cela ne nous concerne pas à cette étape).

Je considère qu'un auteur a la prérogative fondamentale de récupérer ses exemplaires (ou le maximum d'exemplaires) avant pilonnage. Si vous avez envie de vous construire un igloo avec, vous avez le droit, bordel de con ! Par contre, vous devrez payer chaque exemplaire. Donc fixez un prix dans le contrat (genre inférieur à 25 % du prix public HT).


Les éléments que le contrat doit absolument comporter.

La raison sociale de la maison d'édition, les noms et adresses des signataires, le délai qu'a l'éditeur pour éditer ET DIFFUSER votre livre, le montant de votre à-valoir, le prix de la cession (droits d'auteur, le pourcentage dont on a parlé).

J'en oublie sûrement, je les rajouterai à l'occasion.


La négociation, faites-la en douceur. Présentez vos arguments avec humour. Faites passer vos exigences de droits de regard pour de la curiosité sur le travail éditorial. Essayez d'être ferme, mais courtois.

Ne soyez surtout pas sur la défensive, et encore moins agressif...


La signature du contrat.


Soit vous retournez voir l'éditeur (et les frais de déplacement seront toujours pour votre pomme), soit il vous envoie le contrat signé par la poste, pour que vous le gribouilliez à votre tour et le lui retourniez.


A ce moment-là, l'éditeur doit impérativement vous remettre le chèque de votre à-valoir.


VIVE LE FRIC !!!!


Bon, soyons honnêtes. Vous serez payé une misère.

Pour un premier roman, les tirages tourneront autour de mille à trois milles exemplaires à tout casser. Ce qui correspond à un à-valoir de mille à deux mille euros.

Quand on reste dans ce genre de sommes ridicules, demandez à ce qu'il vous soit versé en une seule fois – en faisant pleurer dans les chaumières sur le remboursement de votre crédit revolving destiné à acheter un berceau pour le petit orphelin que vous avez trouvé entre deux poubelles et que vous avez adopté.

Faut pas déconner, mille balles, ils vont pas te les verser en quarante mille fois.

Si l'à-valoir est en-deçà de mille euros, c'est du pur foutage de gueule. Faut fonder un syndicat, là.



J'ai signé mon contrat, je suis sûr d'être publié ?


FAUX !


Faux, parce qu'il y a un truc qui fout grave la merde : le manuscrit final.


Eh oui ! La tradition veut que dans le contrat, il soit question d'un manuscrit final. Qu'est-ce que c'est ? C'est votre manuscrit corrigé et retouché selon les exigences de l'éditeur.

Ces corrections peuvent passer du simple au triple. L'éditeur est en droit de vous demander de réécrire entièrement votre livre. Ou bien, il vous demandera seulement de couper la fin de tel chapitre, de rajouter telle description.

La plupart des contrats d'édition prévoient la possibilité, pour l'éditeur, de refuser le manuscrit final. Ben ouais, ça lui a pas plu, la moitié du livre que vous avez réécrite.

Dans ce cas, il y a quand même une bonne nouvelle : vous gardez votre pognon (d'où l'importance d'être payé dès la signature du contrat) ! Vous récupérez vos droits, donc vous pouvez aller chercher l'aventure éditoriale ailleurs.


Alors, un bon conseil.

N'organisez pas de sauterie, ne claironnez pas sur tous les toits que vous allez être édité, tant que vous n'êtes pas sûr de votre coup.




 

 



Il y a encore bien d'autres choses à dire sur ce qui vous attend.


Par la suite, vous allez en voir des vertes et des pas mûres. Vous irez de désillusion en désillusion. Mais ça le fait quand même, parce que mes lecteurs, vous êtes des gens bien, vous prenez les choses de façon positive, vous êtes des battants, des durs de durs, et vous savez que l'humour et la poésie sont surdéterminants.


Si vous le permettez, j'y reviendrai dans un prochain article : Mon roman va être édité (ou comment je me suis foutu tout seul dans une merde monstrueuse).











 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:50

 





Il y a des choses, comme ça, qui, épistémologiquement, foutent la merde.

Les fêtes d'anniversaire, par exemple. Quand des tensions affleurent entre deux personnes, vous pouvez être sûr qu'une fête d'anniversaire va tout foutre par terre.

Voilà pourquoi je ne célèbre plus mon anniversaire. En plus, la prochaine fois, je vais avoir vingt-sept ans. L'âge auquel Jim Morrison est mort. Ça craint. Même si je ne kiffe pas trop Jim Morrison (trop poseur, trop Jim Morrison, quoi).


Ainsi en est-il des maisons de campagne : ça fout, fondamentalement, ontologiquement, dialectiquement, matérialistement, la merde.


Je n'aurai jamais de maison de campagne.

Tout ce que j'accepterais, c'est une datcha en URSS. Prolétarien, genre.

D'une, je n'ai jamais compris à quoi ça servait – la maison de campagne, pas la datcha. Avoir une maison inoccupée les trois-quarts du temps, ça me ferait culpabiliser. En outre, la maison de campagne est souvent dégueulasse. Ben ouais, pendant tout l'hiver, t'as les araignées qui ont eu le temps de tisser leurs toiles – la maison de campagne étant fréquemment fort mal isolée.

De deux, à la maison de campagne, comment je me ferais chier sa mère. Putain qu'est-ce que je foutrais dans une baraque en rase campagne ? Parce que, à la maison de campagne, t'es pas censé bosser. Je « rouillerais comme un rat mort », telle était notre expression en notre piteuse adolescence dans les années 1999/2000.


Chez Aniki, ils ont une maison de campagne.

Ça a grave foutu la merde.

Y'a un membre de la fratrie qui a voulu la maison de campagne, alors tout le monde s'est engueulé. Qui aurait la maison de campagne ? Qui a droit à la maison de campagne ? Combien vaut la maison de campagne ? Combien je te rachète la maison de campagne ? Et finalement : peut-on se partager une maison de campagne ?

Ma foi, tant pis.


Au début de notre magnifique histoire d'amour, je me moquais méchamment d'Aniki en raison de la maison de campagne.

- Ha ha ha, la maison de campagne c'est le lieu du potlatch, où l'on consomme le veau d'or ! Le père technostructure a su assez bien profiter de la sociale-démocratie pour acheter une maison de campagne. Le fils libertaire va investir la maison de campagne pour y organiser des sauteries alcoolisées et cannabisées. Là, les générations se retrouvent, le pacte social est refondé. La révolution n'est plus possible ! En plus, la maison de campagne est une spoliation sur le pauvre paysan prolétaire à qui le père technostructure a arraché la maison de campagne ! Quand vous consommez le veau d'or, n'oubliez pas d'inviter l'instit communiste du coin : avoir un pauvre à sa table, ça porte chance.

Discours marxo-communisant auquel Aniki avait la sagesse de répondre d'une voix neutre :

- Mon père était ouvrier, petit con.

- Oué, je sais. N'empêche t'as fait des potlatchs dans ta maison de campagne. Rapelle-toi les grandes beuveries que t'as organisées, à telle occasion, à telle occasion... Où vous aviez le mauvais goût ultime, toi et tes potes, de bricoler votre rhum arrangé au cannabis... Ah, comme je souffrais en ces soirées d'extrême ennui, moi et ma conscience de classe martyrisée !

- T'avais pas qu'à venir, sale rouge !

- Oué mais chuis accro à toi.

 


Chez moi, y'a pas de maison de campagne.

Ça simplifie les choses, d'un coup.


L'autre jour, mon ancien éditeur m'appelle. Il a toujours des problèmes avec son ex-copine redevenue sa copine mais pas tout à fait encore.

- Stoni, je peux venir chez toi passer un jour ou deux, s'il te plaît ? En plus j'ai jamais vu où t'habitais.

- C'est pourri, et y'a pas de place pour un invité.

- Je dormirai sur le canapé. De toute façon, je ne dormirai pas. Je suis à l'article de la mort. Je ne dors plus.

- « Novissima verba, mon âme est triste jusqu'à la mort »...

- Pardon ?

- Non sérieusement j'ai même pas de canapé. Désolé.

- Je dormirai sur le parquet.

- Euh, non. J'ai besoin de mon parquet, moi.

- Si je reste à Paris, je vais mourir. Je dois m'éloigner et aller à la campagne.

- J'habite dans une agglomération de plus de cent mille habitants.

- Oui, mais la province, c'est différent, non ?

- Non, c'est pire. Y'a des pauvres partout.

- Quoi ?

- Ecoute, qu'est-ce qui s'est passé, au juste ?

- Oh... Tout a commencé dans ma maison de campagne. Ma famille possède une petite propriété en Normandie. Avec ma copine, nous nous sommes retrouvés là-bas pour faire le point.

Pendant qu'il me narre ce grand drame bourgeois, je fais du rangement et la poussière dans le salon.

- Tout a été d'une cruauté sans nom... Elle a fait voler les bibelots de ma grand-mère. Bon, moi je n'y tiens pas, mais c'est un manque de respect complet envers ma famille, tu ne crois pas ? Et ma grand-mère qui l'avait si bien accueillie, ma copine, lorsque nous avions fêté Noël dans les Alpes et...

- Vous vous êtes remis ensemble ou pas ?

- Pas exactement. Nous restons amis, nous continuons à nous fréquenter. Mais cette situation me ronge !

- Tu veux mon avis ?

- Oui, qu'en penses-tu ?

- Je pense que tu dois VENDRE LA MAISON DE CAMPAGNE.


Un silence se fait au bout du fil.


- Stoni, t'as écouté ce que je t'ai dit ?

- Oui. Tout le problème découle de la maison de campagne. Vous y avez consommé le veau d'or, et avez cru à une refondation pacificatrice. Faux ! En réalité, vous avez noyé tout espoir révolutionnaire, et vous vous retrouvez à patauger dans une eau de boudin à deux euros cinquante. A ta place, je VENDRAIS LA MAISON DE CAMPAGNE !

- T'as pris quelque chose ?

- Je souffre d'une allergie aux pollens et aux graminées, mais je ne suis pas encore médicamenté. Non, je suis sobre.

- Je ne vois pas le rapport avec la maison de campagne ?

- Parce que tu n'es pas marxiste-léniniste. Crois-moi, pour régler ton problème, BAZARDE LA PUTAIN DE MAISON DE CAMPAGNE !

- Mais elle n'est pas encore à moi !

- Alors prends des dispositions pour, en attendant la succession bourgeoi... euh la succession, quoi.

- T'es sûr que ça arrangera mon problème ?

- Sûr et certain.

- Attends... Tu te fous de ma gueule, c'est ça ?

- Tu sais bien que je suis hyperréaliste radical. Tu connais mes discours. D'une histoire d'amour, je vais tirer la conclusion matérialiste que tu dois VENDRE LA MAISON DE CAMPAGNE.


Deuxième silence au bout du fil.


- Bon, écoute, finalement je ne pense pas que je vais venir chez toi. T'as un petit appartement, et je ne serai pas bien sur le canapé.

- Oué, avec les canapés t'as toujours des sortes de barres qui te rentrent dans la colonne vertébrale. Les gens croient que c'est confortable. Mythologie !



Bref, une chose à retenir de la maison de campagne : ça fout la merde.

 

 


 

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