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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 16:50

 


 

L'URSS vient d'être reformée.

Le Fonds Soviétique pour la Paix favorise intensément la concorde planétaire.

 

Je reste scotché devant les informations et les journaux. L'URSS...

Et la vie quotidienne reprend son cours.

La rentrée.

 

Quoique, non.

Pas de rentrée, pour Aniki et moi. Pas non plus de vie quotidienne.

Mon éditeur m'appelle :

- J'ai un ami américain qui tient une colonie d'écrivains à Big Sur (Californie, Etats-Unis). Ils cherchent quelqu'un pour l'hiver...

- J'ai pas les moyens.

- A vrai dire, tu serais logé gratuitement, car ils ont besoin d'un gars qui ferait tous les travaux de maintenance. J'ai tout de suite pensé à toi, et en plus tu es auteur, vraiment, ce serait formidable..

- Mais pour le visa ?

- Je ne t'ai pas encore dit ? Fort de ta petite réputation littéraire, tu es éligible au visa O. Bien entendu, cela ne te coûte RIEN.

 

 

Je présente ma démission à mon employeur.

- Comme c'est dommage ! Tu vas nous manquer ! Comme tu as fait du bon travail, je te donne une prime de 300 €.

 

Nous emménageons à Big Sur. Où il fait toujours chaud et beau.

Nous logeons dans un bungalow en bois. Aniki et moi assurons la maintenance de la colonie. J'adhère au CPUSA.

Les communistes américains s'avèrent être exactement sur la même ligne politique que moi. Nous militons et faisons des réunions enrichissantes. Solidarité de classe, amitié.

 

J'adhère également au Black Panther Party (qui s'est refondé). Curieusement, les autorités de l'immigration américaine n'y voient aucun inconvénient.

 

Toujours à Big Sur, j'écris un putain de bon livre.

 

Ringo Starr se promène dans les environs et tombe en panne aux alentours de la colonie. Je le dépanne et répare sa Jaguar. En fait, je peux même faire un tour avec. Il est vachement sympa. On l'invite à bouffer. Je lui demande pourquoi il a appuyé sur le bouton du sous-marin, dans Yellow Submarine. On se fout gentiment de la gueule de Paul (McCartney). On devient trop potes.

 

Le fondateur de la colonie (Philip Roth) est tellement content de mon boulot qu'il fait prolonger mon visa. Nous restons plusieurs années.

En 2012, la France remporte l'Euro, et en 2014, la Coupe du monde de football.

 

Mes romans sont traduits en anglais et publiés par Philip Roth chez Penguin Books.

Je reverse pas mal de mes droits d'auteur au CPUSA et au Fonds Soviétique pour la Paix.

 

Un jour, Ringo se la ramène avec Paul.

Je plaisante avec Paul, on devient aussi trop potes. Je lui pardonne plein de trucs. En fait, c'est un mec super sympa. Si je vous jure.

 

Paul et Ringo me placent dans leurs testaments.

Le jour où ils claquent, je cède des millions au CPUSA et au Fonds Soviétique pour la Paix.

Grâce à ce don, le CPUSA entame une campagne de malade et remporte les élections présidentielles en 2022.

Le pied.

 

Fatigué, et désireux de retrouver ma patrie, je rentre en France.

Entre temps, grâce à la refondation de l'URSS, le Parti est revenu à de solides bases marxistes-léninistes. Je reste à distance, préférant fonder une colonie d'écrivains en Ardèche.

 

 

Bon.

Evidemment, le seul truc qui risque de se produire dans ce bordel, c'est qu'à Big Sur, il fera toujours chaud et beau.

 

 

 

 

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 16:29

 

 

La première fois que, en tant qu'auteur, tu rencontres un « fan », ça te colle une claque cinglante en travers de la figure.

Ensuite... on ne s'y habitue jamais.

 

Ils sont embarrassés, gênés, n'osent pas approcher.

 

On fait leur connaissance dans les salons littéraires, dans les librairies, où tu viens signer ton bouquin et où tu te fais royalement chier.

Dans un salon littéraire, tout le monde arrive pour « la star », le gars qui tire à minimum cinquante mille exemplaires, et toi à ta table, tu as le sentiment de draguer le badaud hagard et perdu – même si tu ne fais rien de spécial et attends désespérément que ton éditeur revienne avec les cafés (s'il a fait l'effort de t'accompagner).

Dans la librairie, quelques amis passent, et puis c'est tout. Ce n'est pas glorieux. T'abordent des curieux, qui te tiennent un long monologue sur le tarot belge, quelles sont les différences avec le tarot français. Ou qui te demandent si tu as couché pour « réussir » (ceux-là écrivent mais n'ont pas encore été édités).

 

Et puis, parfois, le « fan ».

Il n'achète pas ton livre, au salon ou à la librairie où tu fais le pied de grue. Il l'a déjà, le livre. En fait, il les a déjà tous. Il attend le prochain.

 

Des fans, je n'en ai pas beaucoup.

 

On apprend à les connaître.

Dans telle ville, je sais qu'il y a Bidule, qui viendra, inexorablement, lorsque je ferai une signature. Je lui demanderai s'il va bien.

Nous ne serons jamais tout à fait à l'aise, ensemble.

 

La première fois, il trace des circonvolutions intimidées autour de ta table, le livre sous le bras – voire serré contre sa poitrine – farouche, le regard traqué, le pas trébuchant d'une bête sauvage acculée.

Les miens sont tous des jeunes gens, de mon âge ou de quelques années mes cadets.

Je l'ai repéré depuis un moment, mais pense qu'il n'est pas là pour moi.

Finalement, il vient.

Salutations. Il rougit et balbutie.

Les fans sont toujours des gens très polis qui vous vouvoient (même si vous avez vingt-six ans, portez les cheveux longs, un jean troué, un tee-shirt et des tennis).

Il est planté devant ma table, étreignant le livre. Le tordant. Nerveusement, il guette un intrus, la personne susceptible de nous interrompre. Pour l'instant, nous ne parlons pas vraiment.

Là, il avoue :

- Votre roman, ça a changé ma vie.

Il n'est pas fier de lui.

En général, je souris et réponds :

- Ah bon ? Vous êtes bien sûr ?

- Ça oui. Vous ne vous rendez pas compte...

Non, je ne me rends pas compte et ai bien peine à le croire.

- Ce que vous avez écrit, c'est... c'est tellement... parfait ?

- Merci.

- Vous ne vous rendez pas compte, répète-t-il, écarlate.

Il sue.

Le souffle vient à lui manquer. Pour le décontracter, je lui demande qui il est, ce qu'il fait.

Il se présente. Brièvement. Sa vie n'a aucun intérêt, selon lui, et il me le fait vite comprendre.

- Je me suis reconnu dans... dans votre livre... vous savez, c'est ma vie que vous avez écrite.

Confidence pénible. Il en frissonne.

Je reste confondu par cet éternel paradoxe : sa vie est insignifiante, mais ce qu'il révère chez moi, c'est que je l'ai écrite.

Et il me regarde en attendant la solution au grand mystère.

Solution que je suis bien incapable de lui donner.

 

Ils viennent vers vous avec leurs espoirs, leurs déceptions, leurs bagages, et, une fois l'aveu fait que vous avez bouleversé leur vie, en la racontant, ils vous jettent tout ça en pleine gueule.

Je me sens psychanalyste.

Chose que je ne suis pas.

Des rares lignes biographiques que tu veux bien donner sur toi, le fan tire des conclusions comparatives.

- Vous et moi, on a le même parcours.

Il expose ses arguments et ses exemples.

Surtout, il me confond avec mes personnages. Parce qu'il s'est reconnu dans le personnage.

- On a la même histoire.

Il est bouleversé.

Je lui suggère de s'asseoir.

Personne n'a prévu une chaise pour le lecteur, face à ma table. Je pique celle dévouée à mon éditeur (qui traîne à la buvette du salon, avec ses confrères) et la fais passer par-dessus la table.

Il hésite à y poser son postérieur.

- Mais si, installez-vous, vous serez mieux.

Je garde, extérieurement, un calme olympien. Si nous sommes deux à balbutier et à nous perdre dans nos émotions, on est pas sortis de l'auberge.

Mentalement, je ne suis pas plus confiant que lui.

Parce qu'il exige la solution au grand mystère.

 

Dans ces moments-là, je me sens comme John Lennon.

Individu que je ne suis, heureusement, pas.

Un passage du film documentaire Imagine montre le chanteur confronté à un fan. Un jeune homme, bouleversé (et probablement joliment défoncé), s'est introduit dans sa résidence de millionnaire. Peut-être grâce aux caméras, John Lennon accepte de le recevoir. Chez lui.

- Pourquoi tu es venu chez moi ?

- Parce que tu as raconté ma vie dans tes chansons.

- Non, je n'ai pas pu le faire, je ne te connais pas.

- Mais si, tu parles de moi.

- C'est impossible. Je ne te connais pas. Je suis désolé.

- Si. Tu sais, la chanson Boy, you gonna carry that weight... Eh bien c'est de moi que tu parles, je t'assure.

- C'est Paul qui a écrit cette chanson. Ce n'est pas de moi.

- Ah bon ?

Il est déçu.

- Oui, c'est de Paul. Ecoute, tu veux manger quelque chose ?

Le fan le contemple en attendant la solution au grand mystère. Dis-moi pourquoi je suis là, pourquoi je vis et je souffre, pourquoi j'ai toute cette sensibilité, la vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat, le goût, et pourquoi tout ça me procure tant de douleurs, pourquoi je viens à toi, je sais que tu me donneras la solution.

Il espère le grand tout.

John lui file un repas gratos, avant, ce que le film ne montre pas, de le faire sortir de chez lui.

 

A peu de choses près, avec mes fans, c'est la même situation.

Ils attendent que tu changes encore une fois leur vie. Que tu leur expliques. Ils convoitent la communion – ton âme, qu'ils croient admirer, la leur – l'explosion, le big bang et une autre Genèse.

Le fan a vu, dans telle relation entre deux des tes personnages, le reflet de la relation – bien entendu éprouvante – qu'il expérimente ou a expérimentée.

- C'est quelque chose que vous avez vécu, vous aussi, n'est-ce pas ? Sinon vous n'auriez pas écrit dessus. Moi aussi j'ai vécu ça. Je vis ça.

Et son regard te hurle : je souffre. Je ne comprends pas. Aide-moi.

Avec réticence, je lui livre la vérité.

- C'est de la fiction. Moi, je n'ai jamais vécu ça. Je ne suis pas comme mes personnages... Non, je n'ai pas vécu ça, je ne le vivrai sûrement jamais.

D'abord, le fan est interloqué. Puis, surgit la déception. Assortie de l'incompréhension.

- Mais c'est impossible...

- Eh bien, si. J'ai tout inventé.

- Mais je voulais vous demander ce que vous pensiez de ma situation, car j'ai rencontré une personne, et vraiment, c'est comme dans votre livre, je...

Je le laisse parler.

Puis il m'interroge, l'expression avide, silencieux. Juste les prunelles écarquillées.

- J'espère que les choses s'arrangeront. Vous êtes jeune.

Je ne les tutoie pas, du moins pas pendant la première rencontre.

- Enfin, bredouille-t-il, je voulais vous dire, je n'ai pas dormi après avoir fini le livre... Vous allez écrire une suite, pas vrai ?

- Euh, je ne sais pas...

- Vous devez le faire !

Il repart dans sa propre biographie.

 

Ils ont tous la même histoire. Je suis pauvre, mes parents étaient pauvres, j'ai tellement souffert, je me suis cherché, je ne crois pas m'être trouvé, c'est dur, je n'ai pas d'argent, moi aussi j'ai galéré, je suis seul, je n'y arrive pas, enfin si j'y arriverai, mais pour l'instant, je ne sais pas, je ne sais pas où aller, que faire...

Ils ont entre dix-huit et vingt-cinq ans.

Ils énumèrent leurs peines sentimentales, leurs épreuves. Les relations avec les parents. Le dégoût de soi.

Pour moi, c'est extrêmement difficile.

Je leur réponds qu'à cet âge-là, rien n'est facile. Je ne sais absolument pas quoi leur dire d'autre.

Leur conversation est épuisante. Je ne les congédie pas. Il n'y a pas foule devant ma pile de bouquins.

Parfois mon éditeur, ou un de ses assistants, ou un organisateur du salon, s'immisce entre lui et moi.

Le fan se tait, désireux de ne pas déranger.

Mon éditeur aime leur poser des questions.

- Qu'est-ce qui t'a plu, dans le livre ?

Et pour la seconde fois, j'écoute le long panégyrique que le fan m'a déjà dressé, quand nous étions seuls.

Il est flatté : mon patron daigne recueillir son avis.

Mon patron qui hoche la tête, content de lui.

- Je t'avais dit, Stoni, que ton roman était génial.

Je me retiens de tordre le nez.

Mon éditeur s'éloigne, finalement.

Et le fan relance sa sollicitation : donne-moi la solution.

- Est-ce que vous avez souffert, vous aussi ? Autant que les personnages dans vos livres ?

Je pourrais répondre oui comme non.

Je hausse les épaules.

- Ma vie n'est pas très palpitante...

- Mais non !

Oh que si.

J'esquive les questions sur ma vie privée.

Quand il, ou elle, me fait entendre « je veux coucher avec vous », je coupe court et change de sujet.

Vingt minutes plus tard, quarante minutes plus tard, le fan a intégré que vous n'étiez pas vos personnages, et patauge entre la désillusion et l'état de choc.

- Vous en écrirez d'autres, hein ?

- Des livres ? Oui, je l'espère.

- Vous promettez ?

Je ris, sans rien promettre.

- Vous savez, vous avez changé ma vie. Je suis content de vous avoir rencontré. Je suis un peu maladroit, enfin, je suis désolé si je me suis mal exprimé...

- Ce n'est pas grave.

- Je me faisais toute une montagne de vous rencontrer...

- Vous voyez qu'il n'y avait pas lieu de le faire. Ne vous inquiétez pas. Moi aussi je suis heureux de vous avoir rencontré.

- C'est vrai ?

- Ben, oui.

- Je vous remercie vraiment, pour m'avoir parlé et... merci, je ne sais pas quoi dire, je suis si content de vous avoir connu, j'espère que vous allez faire d'autres livres...

Il oublie de me tendre le bouquin pour que je le dédicace.

- Voilà, je voulais vous dire... Ce livre... Vos livres... C'est génial. J'ai jamais lu ça ailleurs. Je voulais vous le dire. En fait, c'est pour ça que je suis venu. Je sais pas comment vous faites. C'est génial. Voilà.

- Tant mieux. Je suis content que ça vous ait plu.

- Non, ça m'a pas plu... ça m'a changé... je serai plus jamais le même...

Il est sincère.

Je le remercie.

Il s'en va, fourbu, sens dessus dessous.

Les première fois, j'en ai parlé à mes éditeurs.

- Moi aussi je suis complètement retourné, maintenant... qu'est-ce que tu veux que je lui dise... Merde, je sais pas...

A chaque fois, ils ont répliqué la même chose :

- Comment ça ? Il faut que tu t'y fasses. T'es trop émotif. Faut assurer. Ce sera pas la dernière fois. Tu t'habitueras, de toute façon...

 

J'en parle avec mes potes.

- C'est terrible. Le fan vient, il te déballe toute sa vie. Des trucs durs, tu vois ? Et il attend que tu l'aides. Moi, je peux rien faire. Rien.

- Pourquoi tu le prends comme ça ?

- Tu serais à ma place, tu comprendrais. Quand ils viennent, je pense toujours la même chose : putain, j'ai posé une bombe dans sa vie et j'ai tout fait sauter. Quelqu'un que je connais pas. J'ai foutu la merde, dans la psyché d'un parfait inconnu.

- Mais non. Ton livre lui a plu. C'est tout. Qu'est-ce que tu dirais, si tu rencontrais John Lennon ?

- Je voudrais pas le rencontrer. J'ai toujours évité de rencontrer les artistes que j'aime.

- Parce que t'es justement un artiste et tu sais très bien la vérité. Eux, ils le savent pas. Mets-toi à leur place, toi.

 

J'en parle une fois, je raconte, aux poteaux, à Aniki.

Je rentre chez moi. Je continue à écrire. Je fais ma vie. Je cuisine, je vais au taf, je me marre, je fume, je sors, je fais du sport.

Et puis, en fin de compte, j'oublie le fan.

 

 

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 13:51

 

 

 

 

 

Oui c'est une mauvaise nouvelle que je revienne dans moins d'une semaine, si vous étiez un peu solidaires et compatissants, ô mes chers lecteurs, vous me souhaiteriez au moins deux semaines de vacances.

Ben non. Quatre jours à tout casser.

 

Et encore, je me demande si je vais tenir les quatre jours en rase campagne SANS MON TRAITEMENT DE TEXTE.

Vous allez me dire, emmène ton ordinateur portable.

Ouais. Sauf que je suis censé me prendre des vacances.

Il reste toujours le bon vieux carnet et le bon vieux crayon, lesquels, je n'en doute pas, devraient me dégoûter de toute tentative d'écriture pendant la durée de mon expatriation.

Enfin, malgré tout, avant de me carapater, j'imprime le texte sur lequel je travaille en ce moment, histoire de relire, de corriger, bref, de bosser...

 

Le dernier article que j'ai posté était franchement flemmard dans son genre. Mais, croyez-le ou pas, j'ai trouvé moyen d'être accaparé par ma grande carrière littéraire pendant tout le mois d'août (quand j'écris grande carrière, je suis ironique, je vous rassure). Dès mon retour, je tâcherai de vous livrer des textes autrement plus aboutis. Si vous avez des idées à me soumettre, je les étudierais volontiers. Sinon je prévois un article sur les « fans » - ben ouais j'en ai quelques uns, en tant qu'auteur – et je voulais également pondre un truc sur mes aventures rocambolesques à l'ANPE – avant qu'elle ne changeât de nom et devint un pôle.

 

Il y a six mois, quand j'ai organisé mes quatre jours de vacances (le grand luxe), j'étais franchement motivé. Style genre : ouais je vais à la campagne, renouer avec la nature et faire des promenades rousseauistes. D'ailleurs je voulais emmener les Rêveries du promeneur solitaire et les Confessions. J'imaginais des plans idylliques : le sentier, la prairie, moi sans jean slim, sans clope, les fleurs, le vélo, vieille France quoi.

Aujourd'hui je commence à baliser sérieux : putain je vais me faire chier. Enfin, au pire des cas, j'aurai les Confessions pour faire passer le temps. Le sentier ? Donnez-moi une putain de route goudronnée avec des nids de poule, bordel de tapioca. La prairie ? Des immeubles. Le jean slim ? Finalement, on s'y fait. Sans clope ? Vous plaisantez, là. Les fleurs ? Je préfère les trois coquelicots moribonds qui sont en train de crever à l'angle de ma rue. Le vélo ? J'en fait toute l'année. C'est mon boulot. La vieille France ? Euh.

 

Non mais je suis sûr que je vais passer un bon moment. Pas vrai ?

 

Ah oui, tout ça pour vous dire aussi que demain je remets la modération des commentaires.

 

 

 

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 18:08

 


 

Tout matérialiste, hyperréaliste radical, marxiste-léniniste, rationaliste ET amateur des Beatles se retrouve un jour confronté à la problématique inhérente à leur évolution artistique :

 

 

 

comment expliquer qu'ils aient commencé à faire de la musique « vraiment intéressante » (bonjour l'euphémisme) à partir du moment où ils ont aussi commencé à se camer ?

 

 

 

 

J'attends vos réponses.

 

Pendant un moment, ça m'a fait douter, et ont vacillé toutes les constructions mentalo-dialectiques sur lequel repose mon équilibre psycho-narcissique.

 

Vous comprenez, quoi.

 

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 13:58

 

 

 

  ted_stanger-316.jpg

 

 

 

« La pwemièwe foua que que j'ai mangé un cwoissant, j'ai cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens. »

 

 

Et :

 

« La pwemièwe foua que mes amis fwançais ont mangé un MeïcDowneld’s, ils ont cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens. »

 

Ces phrases traduites de l’accent américain en « la première fois que j’ai mangé un croissant, j’ai cru que c’était de la nourriture pour chiens » et « la première fois que mes amis français ont mangé un McDonald’s, ils ont cru que c’était de la nourriture pour chiens », nous tenons là les deux prochains thèmes des livres de Ted Stanger :

 

Un Américain en France : ou comment je me suis bien foutu de votre gueule

 

Et :

 

Les Français aux Etats-Unis : ou comment je continue à bien me foutre de votre gueule

 

 

 

 

Allez savoir comment j’ai pu connaître Ted Stanger, moi qui ne regarde ni la télévision ni n’écoute la radio.

Je crois qu’il commit quelques interventions dialectiquement nulles à l’émission Arrêt sur Images – que je regardai sur Internet non sans éprouver un certain plaisir sadique, et coupable.

 

Notre ami Ted est né en 1944 à Athènes. Dans sa petite enfance, il retourne avec ses parents aux Etats-Unis. Jusque là, tout va bien.

Le problème, c’est qu’à partir de 1993, il bosse (euh...) en France. Eh oui, Ted est journaliste. Sa grande fierté est de claironner sur tous les toits qu’il a dirigé un service chez Newsweek. Laissez-moi vous dire une bonne chose : Newsweek, c’est pas The New Yorker (le truc des intellos américains). Bref, l’hebdomadaire ne se distingue pas par un traitement hautement cérébral de l’actualité. En France, il trouverait probablement son équivalent dans L’Express. Et encore...

 

Basé en France, Ted découvre notre pays et, en fin roublard, découvre concurremment sa nouvelle vocation : écrire des bouquins pourris sur tous les clichés culturels, économiques et politiques français. Puis, étant un peu à court d’idées, il se rabattra sur l’antithèse : écrire des bouquins pourris sur tous les clichés culturels, économiques et politiques états-uniens.

De la sorte, Ted se fit vachement de fric, ainsi que son éditeur – on est contents pour eux.

Catalogué « observateur naze de l’évolution des Français », Ted commença à être invité sur moult plateaux télé, où il pérora :

-  La pwemièwe foua que j’ai fait manger un Kenteucky Fouailled Tchicken à des amis Fwançais, ils ont cwu que c’était de la nouwituwe pouw chiens.

(Comprenez « la première fois que j’ai fait manger un Kentucky Fried Chicken à des amis Français, ils ont cru que c’était de la nourriture pour chiens ».)

Entre autres, si je me fie à ma mémoire, Ted déblatéra nourriture pour chiens chez Daniel Schneidermann.

 

 

 

 


Qu'est-ce qu'être français ? - Témoignage de Ted Stanger 1/3

 

 

 

Depuis quelque temps, Ted ne se contente plus de décliner en livres, émissions, documentaires, une version franco-américaine de l’émission Karambolage (les particularités franco-teutonnes disséquées à la loupe, histoire de nous faire oublier trois invasions boches – nan je rigole).

 

Désormais, Ted fait de la politique.

Enfin, c’est ce qu’il veut bien nous faire croire (déjà qu’il a réussi à faire gober qu’il était sociologue-ethnologue ou je-ne-sais-quoi, il se sent pousser des ailes).

 

A l’approche des vacances et du mois d’août, Ted sort un gros coup : les Français sont tous des branleurs ! Et pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas assez bien adaptés au capitalisme concurrentiel libéral !

C'est le résumé de son dernier « livre », Sacrées vacances ! (que je n'ai pas lu, je vous rassure).

 

Rendus velléitaires par nos cinq semaines de congés payés (déjà tu rigoles, là, camarade travailleur), nos trente-cinq heures (pété de rire, camarade ? ), notre « Etat-Providence » (hé hé), nous les Français on veut plus rien foutre.

C’est bien malheureux mais c’est comme ça.

 

Dixit Ted, au mois d’août, c’est une honte, plus personne ne bosse. Cinq semaines de congés, c’est trop. Le pays est sclérosé. On va tous mourir. Sans compter qu’on voudrait tous devenir fonctionnaires (pas moi en tout cas, mais bon). Et qu’on va construire une « société du loisir », puisqu’on veut plus rien foutre.

Nous ferions mieux de prendre modèle sur les Etats-Unis où, c’est bien connu, les salariés bossent comme des malades (comptez dans un bureau : 9h/12h – 13h/17h), pays béni des dieux où jamais aucun citoyen n’a songé à construire une « société du loisir » (d’où la prolifération des Disneyland, Hollywood, Electronic Arts, HBO, McDonald’s, Nike, etc.).

 

Ted, suprême suppôt de l'impérialisme américain, chantre du libéralisme, souhaite tancer les Français et nous convertir à son modèle socio-économique (ce qui est déjà fait, pauvre vieux, nous aussi on a dû socialiser les pertes des banques après que tes compatriotes désargentés se soient sur-endettés via leurs emprunts immobiliers). Le problème, c'est que Ted est Américain. Et les Américains, quand ils veulent faire un truc, ils se plantent tout le temps. La guerre en Irak : un fiasco.

La semonce moralisante de Ted : un fiasco aussi.

 

Ted, revoyons certains points, toi et moi, si tu veux bien.

Il appert que tu connais aussi mal mon pays que le tien. Faut le faire, quand même.

 

La France détient le plus haut taux de productivité au monde (avec près de 10 % de chômage – plus ou moins selon les méthodes de comptabilisation… - rien d’étonnant à ça, nous devons produire beaucoup avec peu de personnes).

 

Le salaire médian Français est d’environ 1 500 €. Avec cette somme, tu vas aller vachement loin dans l’hédonisme consommateur de la société du loisir. T'es pété de thunes, ma parole. Tes cinq semaines de congés payés, comment t'en profites à fond du ballon !

 

Le smic mensuel te laisse un petit millier d’euros pour vivre. Je trouve que c’est un encouragement insane à la société du loisirs. Je te promets Ted, avec mille euros tu exploses dans les loisirs. Demande aux 15 % des salariés qui sont concernés.

 

Les trente-cinq heures sont ignorées par une multitude de salariés, qui font plutôt quarante heures par semaine. Souvent beaucoup plus. Sans oublier les cadres payés au forfait, qui eux, ne comptent même plus leurs heures.

 

Dans un pays où l’on patauge autour des 10 % de chômage, je ne vois pas en quoi cinq semaines de congés payés embarrasseraient bien le patronat…

 

Ton pays « deux de tension » fait croire à ses contribuables qu’il est en train de copier notre Etat-Providence. Arrête de nous faire avaler que chez toi, y'a pas d'Etat-Providence. La seule différence, mon ami, c'est que le tien, il est mal organisé et il coûte encore plus cher. So what, dear...

 

Ton pays « deux de tension » chie dans la colle.

 

Le jour (très proche) où la Chine vous nique et devient première puissance mondiale, j'attends que tu ailles faire des comparaisons avec les Etats-Unis, ça va être fendard (et puis comme ça on ne te supportera plus).

 

 

 

 

Euh, je crois que c’est à peu près tout…

 

 

Ah oui. J’allais omettre. Ted. You suck, man.

 

 

 

 

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Published by stoni - dans Définitions
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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 17:49

 

 

Cet après-midi je n'ai écrit qu'une trentaine de lignes, ou une quarantaine, enfin je ne sais pas, mais ce n'était aucunement mon objectif.

Aujourd'hui, ça ne veut pas, et j'ai insisté, et je n'aurais pas dû.

Je suis fatigué. Je ne comprends pas pourquoi. Ma tête est lourde, mes paupières pèsent et ça ne vient pas.

Je ne suis pas content. Ça fait chier. Je relis tout ce que j'ai écrit. Ça va m'aider. Ça va le faire venir. Ça va faire venir quoi ? Le truc. Le truc qui fait que ça marche.

Je m'obstine. Je relis. Je suis certain qu'à un moment je me suis fourvoyé. Ce n'était pas la bonne orientation, pour l'histoire. Les personnages ne sont pas satisfaits du tout. Par rapport à mon travail. Je sens leurs regards hostiles.

On ne s'entend plus.

J'en ai marre. J'en ai plein le cul. Des fois, c'est tellement bon. D'écrire. Hier, par exemple. C'était jouissif. J'étais bien dans l'histoire. Bien avec eux – les personnages. On était en bons termes. Aujourd'hui, scène de ménage. Je m'ennuie. Eux, ils m'en veulent. On se fait la guerre, par écran interposé. Certains jours, je ne réalise même pas l'existence de l'écran. Le traitement de texte est directement branché sur ma cervelle. Mais là, il est bien palpable, l'écran. Et le clavier. Et tout ce qui nous sépare, s'acharne à nous séparer.

Ne m'abandonnez pas. Je vous en supplie. Sans vous je ne suis rien.

On me fout trop la pression, aussi. Ouais c'est ça. Tout est de la faute de mes éditeurs, qui n'ont cessé de m'appeler en juin pour se renseigner sur le progression du nouveau bébé. Je n'aime pas cette expression. C'est pas un bébé. Ça ne vit pas. Et si je fabriquais un vrai môme, putain, vous me prendriez pas autant la tête.

- Alors le nouveau bébé il avance ?

- T'en es où ?

- Je venais aux nouvelles. Tu travailles bien ?

Pourquoi est-ce qu'ils font ça ? Il y a ceux qui veulent me récupérer. Ceux qui veulent m'adopter. Et ceux qui veulent me garder. « Viens chez moi, la prochaine fois. Je te tire à tant d'exemplaires, je te donne tant d'à-valoir. » Mon cul. Tu me tires tout court, mon gars. « Reviens chez moi. Ce qui s'est passé, ça ne se reproduira plus. Il faut que tu tiennes compte des circonstances. Je n'étais pas totalement libre de mes mouvements. A l'époque, il n'y avait pas que moi qui décidais. Les choses ont changé. »

Foutez-moi la paix. Donnez-moi mon fric, d'abord.

Ok j'en aurai un peu à la fin de l'année, pas avant. Mais j'ai des « notes de frais » qui restent dues.

A leurs questions, je ne réponds pas. Je prétends entretenir une superstition très artistique sur mes projets en cours : je n'en parle pas. En fait, ce n'est pas une prétention. C'est la vérité. Je me protège.

J'attends qu'Aniki rentre, en faisant semblant de travailler. Page cinquante-trois. C'est là où ça part en couille. J'en suis sûr. Non, en fait c'est parti en couille dès le début. C'est quoi ce roman à la con que je suis en train de pondre ? J'ai peur du faux départ. Il faudrait pourtant que je m'y habitue.

Et quand Aniki va rentrer, il va me demander si j'ai passé une bonne journée. Hier soir, j'étais ravi de répondre : ouais. Mais là. Je ne veux pas qu'il me pose la question. J'ai honte. Je suis trop orgueilleux pour avouer : c'était une catastrophe. J'ai rien branlé. Parce que lui, il travaille. Pour de vrai. Toute la journée. Et moi, quand je ne produis pas ma petite daube quotidienne, je renâcle à dire : je n'ai rien fait. Je n'ai rien réussi à faire.

Et dire qu'après, quand ton roman a abouti – par une chance inouïe, je m'en rends compte aujourd'hui, demain j'aurai oublié – qu'il est édité et mis en vente, tu fais le mariole devant les organisateurs de salons, les libraires et les critiques. Tu réponds aux demandes d'entretiens. Genre, normal, je fais ça sans problème. A ce moment-là, tu négliges ce genre d'après-midi de merde. Tu crois en toi. Ouais, c'est mon bouquin, franchement il claque pas vrai ? Ouais j'ai bossé deux ans pour le faire. Trois ans. Quatre ans. Ouais j'ai maîtrisé du début à la fin. Ouais je savais là où j'allais. Ouais je suis trop fort. T'as jamais lu ça avant, mec ? Sans déconner ? Putain, tu sais quoi, ça m'étonne pas.

Merde, en vrai, je ne dis pas ce genre de trucs. Quand même. Ces conneries, je dois bien les penser.

 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 14:17

 

 


 

 

(Le hasard faisant bien les choses, c'est avec le ventre rempli d'un menu potatoes de chez McDonald's que j'écris cet article.)

 

 

 

Il y a des gens qui n'aiment pas McDonald's, d'autres qui aiment. Soit. Je tâche d'être de nature tolérante. Puisque nous sommes tous égaux, respectons nos différences, bordel de con.

 

Jusqu'ici tout allait bien.

 

Puis, arriva le Torquemada anti-McDonald's.

 

En général, je n'aime pas trop les Torquemada, quelle que soit leur mission au sein de la Sainte Inquisition du Bon Goût, de la Rectitude et de la Morale.

Problème : des Torquemada, y'en a quand même pas mal.

 

Je vous épargnerai le Torquemada anti-rock, le Torquemada anti-communiste, le Torquemada anti-distraction, le Torquemada anti-jeux-vidéo, le Torquemada anti-célibataires, le Torquemada anti-américain, le Torquemada-antimondialiste, le Torquemada anti-TF1, etc, etc, etc.

 

Aujourd'hui, on se tamponne le Torquemada anti-McDonald's et ça devrait suffire pour la semaine.

 

 

 

Je rencontrai le Torquemada anti-McDonald's tandis que je militais avec mes bien-aimés camarades.

Torquemada a trente-cinq ans. Torquemada a adhéré au Parti moins par aspiration marxisante que par altermondialisme-gaucho-on-sait-pas-trop-ce-qu'il-veut-au-juste.

 

Seulement, voyez-vous, Torquemada a fait des études. Il est maître en histoire. Je serais tout à fait content pour lui, s'il n'utilisait pas cette excuse pour terroriser les pauvres et jeunes camarades qui ont le malheur de croiser sa route. Torquemada SAIT TOUT. Torquemada a TOUT VU. Torquemada a TOUT CONNU.

Génial. Comment ça me troue le cul.

Puisque Torquemada est maître en histoire, une fois j'ai tenté de parler avec lui de la Révolution française.

- C'est une période dont l'historiographie est trop orientée, m'a-t-il répondu en tordant la bouche. Personne n'a un point de vue objectif là-dessus.

- Ouais je sais mais...

- Tu pourrais lire Furet, en premier. C'est facile à comprendre.

Je l'ai regardé, comme ça, sans rien dire.

Le temps de ravaler mon début d'agacement.

- En fait je voulais simplement te demander si Michel Vovelle est encore bien considéré dans le milieu universitaire. C'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Il s'assombrit.

- Ah, tu connais... Bof. Un stalinien.

- Quoi ?

- Je cerne pas bien le personnage. Les historiens qui réhabilitent la Terreur, pour moi ils font de la politique, pas de la recherche.

Je répète que cet homme est bel et bien encarté au Parti.

Je demeurai pantois.

 

Bref, Torquemada est professeur d'histoire géographie et issu d'un milieu bien loti, comme je le compris selon ses révélations à demi-mot. Deux parents professeurs eux aussi, à vrai dire, ce qui à mes yeux prolétariens signifie des revenus conséquents (ouais, je sais, j'ai une échelle des revenus très naïve).

 

Aussi, l'autre jour nous militions, Torquemada était là, et arrive une jeune camarade.

Elle porte un sac en papier estampillé du logo de McDonald's. Elle sort tout juste de son travail et a marqué une petite pause au fast-food histoire d'acheter un repas.

Torquemada en décille des prunelles jupitériennes.

- Tu manges chez McDonald's ?

La jeune camarade allait répondre. Peine perdue, Torquemada enchaîne aussi sec :

- T'as pas honte ? C'est de la merde ! En plus tu donnes de l'argent aux Américains !

Euh oui, je répète que ce monsieur a bac + 4 et qu'il est professeur au collège.

La camarade n'a même pas deux mois d'adhésion au compteur. La pauvre.

 

Vous me connaissez.

En bon saint-bernard, en défenseur de la veuve et de l'orphelin, en chevalier qui honore toute la beauté du lien de vassalité, je m'insurge.

Non, en fait, plus sérieusement, je n'aime pas que l'on s'attaque aux jeunes filles, surtout quand elles ont vingt ans à tout casser, qu'elles sont d'un milieu humble et qu'elles ont eu le courage insensé, l'audace prométhéenne, de s'inscrire au Parti.

Faut pas déconner, non plus.

 

- Allons s'asseoir pour que tu puisses déjeuner, fais-je d'un ton calme.

Grand seigneur. Ouais je sais.

- C'est ça, va manger ta daube ! J'ai honte pour toi ! T'es communiste et tu manges du McDo ? Pouah !

Cette fois, Torquemada récolte un regard assassin de ma part.

La camarade rougit. Elle fourre le sac en papier dans sa besace.

- Non, non, c'est pas grave, je mangerai plus tard...

- Mais ça va refroidir.

- C'est pas une grande perte, ricane Torquemada.

- Viens avec moi, on va s'asseoir sur le banc, là-bas. Tu seras mieux pour manger.

La jeune fille me suit, tête basse.

Nous nous installons.

Or, Torquemada se retrouve tout seul. Je lui ai refilé mes tracts. Résultat : il est obligé de bosser. Car oui, jusqu'à présent, puisqu'il est une célébrité du quartier, il profitait du moindre voisin croisé pour discuter deux heures sur la dernière réunion de parents d'élèves FCPE, et nous plantait là. Le perfide.

Il distribue deux tracts et approche.

La camarade se raidit. Je soupire.

- Alors, c'est bon le caca ?

- Mais c'est quoi ton problème ?

- Quoi toi aussi tu manges des hamburgers de merde chez McDonald's ?

- Rien à en foutre de McDonald's, putain ! Tu oses remettre en question ses convictions de communiste, parce qu'elle mange chez McDonald's ? D'une, c'est d'une impolitesse rare. De deux, si t'étais vraiment communiste, je veux dire, si t'étais un minimum sensibilisé au marxisme, au matérialisme dialectique, à la lutte des classes et à l'hyperréalisme radical, tu verrais comme une couille au milieu de la figure que c'est TOI qui es idéologiquement défaillant.

Ce discours lui efface tout sourire de sa désagréable figure.

Il plisse les yeux.

- Idéologiquement défaillant ? Tu parles comme Staline. Je comprends pourquoi les autres t'appellent Joseph et...

- Rien à battre ! Tu l'agresses, elle. Tu t'exposes à mon jugement, puisque je suis là. Alors, n'essaie pas de détourner la conversation en me racontant ce que les autres disent sur moi. De toute façon, je le sais très bien et j'ai rien à en branler.

- Ben si ça vous amuse de manger...

- Ça ne nous amuse pas. Tu cristallises un fétichisme abstrait, un idéalisme stérile, par tes propos. McDonald's c'est ceci, McDonald's c'est cela... Quelle pleureuse ! Applique une putain d'analyse dialectique. McDonald's, si t'aimes pas, si l'image de marque te séduit pas, si t'as envie de les enculer profond, moi je vois rien à redire. C'est ton problème. Mais quand tu t'ingères dans la vie de cette fille, que tu as l'outrecuidance d'émettre un jugement sur elle, en te basant sur ce que tu penses de McDonald's, tu te la mets bien profond à toi-même. Déconne pas. McDonald's, ils font des profits ? Putain, mec, en plein régime capitaliste, je te jure, j'ai jamais vu ça avant. Attends faut prévenir la population, c'est un scoop. LES GENS, MCDONALD'S C'EST DES GROS SALAUDS CAPITALISTES QUI FONT DES PROFITS ! VOUS VOUS RENDEZ COMPTE ? C'EST LES SEULS A FAIRE CA EN FRANCE !

- T'es dingue.

- Où tu fais tes courses ? Chez Carrefour, Casino, Coccimarket ? Ok. Eux aussi, ils font des profits. Mais ça te gêne beaucoup moins. Parce que tu patines dans la semoule de ton altermondalisme gnangnan, qui dit « McDonald's c'est méchant, les Etats-Unis c'est mal, mais surtout, ne déclenchons pas une révolution qui collectiviserait les moyens de production ». Tu joues le jeu du gauchisme.

- Moi, ça ne m'intéresse pas, les querelles contre le gauchisme. J'ai dépassé ce stade...

- Le gauchisme m'intéresse dans le sens où ta stratégie – inconsciente, puisque soumise au pouvoir – est également contre-révolutionnaire. Le problème, ce n'est pas le hamburger. C'est comment il est produit et comment il est consommé. Par qui il est produit, par qui il est consommé. Avec quel argent on le produit, et quel argent va rapporter sa consommation.

- Tu sais bien que les employés de McDo sont exploités et...

- Va travailler deux jours chez Carrefour et on reparlera exploitation. Va travailler dans une usine et on reparlera exploitation. Bosse dans une PME où la totalité des ouvriers ne sont pas syndiqués, et votent UMP, et on reparlera exploitation. Cherche un emploi, passe par une agence d'intérim, et on reparlera exploitation. Pourquoi McDonald's aurait une sorte d'excellence de l'exploitation ? Parce que ça te permet de nier les autres formes d'exploitation que tu ne veux pas voir, parce que l'exploitation est partout, et que cette découverte déstabiliserait ta pensée qui veut dépasser le capitalisme mais non pas déclencher une révolution.

- Tu prends tout au sérieux...

- Moi je prends les choses au sérieux ? Moi j'ai offensé une camarade que je ne connaissais pas, qui vient d'adhérer, qui a quinze ans de moins que moi, en l'attaquant avec tout le sérieux du monde sur son repas de midi ? Tout à l'heure, je me suis acheté un sandwich chez Lidl. Moins de deux euros. Je peux te garantir que ce sandwich ressort tout aussi bien du capitalisme que le repas chez McDonald's, que les gens qui l'ont produit, et vendu, ont été aussi exploités que ceux de McDo, mais pourtant, si tu m'avais vu le manger, tu n'aurais pas émis la moindre réflexion. Pourquoi ?

- Tu ne peux pas nier que McDonald's, c'est l'impérialisme américain dans sa forme la plus aboutie...

- Faux. La forme la plus aboutie de l'impérialisme américain, en France, c'est le Plan Marshall, et sa contrepartie : l'éviction des ministres communistes en 1947. Là j'accepte que l'on parle d'impérialisme, toi et moi. D'autant plus que tu dois mieux connaître la question, vu ton métier. Mais tu ne parleras pas d'impérialisme au sujet de McDonald's. Pas avec moi, du moins. Je ne suis pas condescendant à ce point.

- Bon, je vais y aller.

Il dispose.

 

Pendant ce temps, la camarade mange tranquillement ses frites.

- Merci. Je comprends pas pourquoi il m'a agressée comme ça. J'aime bien aller chez McDo, c'est pas cher, et surtout, avec mes potes, c'est le seul endroit où on peut squatter des heures sans qu'on se fasse virer.

 

Un certain goût pour l'épistémologie m'avait fait oublier cet argument imparable.

 

 

 

Elle revint une fois, militer, une autre fois, à une réunion, puis disparut définitivement.

Tant mieux pour elle.

 

 

 

 

 

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 15:28

 


Dédicace à Trofimov !

 

 


 

 

Promis demain ou après-demain, je poste un vrai article.

 

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 14:01

 





La Coupe du monde, c'est comme une super soirée : pendant, t'es à fond, après, t'es nostalgique.


Voici le palmarès officiel du blog de Stoni.





Les équipes que j'ai kiffées



La Corée du Nord.


Mettre un but contre le Brésil, c'est bon. Ne s'encaisser que deux buts contre le Brésil, c'est pas mal. Faire peur aux Brésiliens, c'est mieux.

Ensuite, l'équipe de Corée du Nord fut l'objet d'une insidieuse attaque : on drogua leur nourriture. Eh oui. Personne n'en a parlé, mais je dispose de sources sûres. Encore un scoop à mettre au crédit du blog de Stoni.

D'où la performance de la Corée du Nord en face du Portugal: le 7-0 était dû à l'ingestion de Subutex©.


Merci aux joueurs coréens pour ce magnifique spectacle en face du Brésil, et on vous attend la prochaine fois les mecs !



L'Uruguay.


Pour leur magnanimité, ayant laissé jouer la France lors du premier match de poule, pour nous offrir notre seul match nul.

Parce que la paluche de Suárez, après tout, qui n'aurait pas fait pareil ?

Parce que la paluche de Suárez a été sanctionnée et que les Baghana Baghana ont eu leur chance avec un pénalty qui aurait pu être inarrêtable (et je m'en fous si c'est pas français inarrêtable).

Pour Diego Forlán, dont je parlerai mieux plus loin – il fait partie de mes plans machiavéliques pour une révolution prolétarienne. Meilleur joueur de la Coupe du Monde. Point à la ligne. Rien à dire. Oui je sais je l'ai traité de blondasse au début. Mais j'ai de ces amours chiennes.

Pour le jeu. Pour le sport. Merci les gars. Je vous aime.



La Corée du Sud.


Parce qu'ils sont joueurs, malicieux et qu'ils se donnent à fond.



Le Ghana.


Superbe formation. Désolé pour la paluche de Suárez. Vous vous rattraperez la prochaine fois.

Merci pour avoir sorti les Etats-Unis (c'est pas drôle s'ils se mettent aussi à gagner au football, ceux-là).



L'Allemagne.


Une bande de gosses incontrôlables. Selon mes sources (toujours aussi fiables), leur contre-performance face à l'Espagne en quarts de finale s'explique par l'absence de Müller. Ben ouais, toute l'équipe est secrètement amoureuse de Müller. Alors, comme il n'était pas là, c'était comme moi quand Aniki se barre : ils n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes. Les pauvres.

Merci pour avoir éjecté l'arrogante Argentine sur un sublime 4-0.

Merci pour avoir donné un des plus beaux matchs de la Coupe du monde pendant la petite finale, face au non moins sublime Uruguay.

Je vous aime, les mecs.



Les Pays-Bas


Félicitations à ces joueurs pour la plus belle reconversion du siècle balbutiant : comment passe-t-on du taekwondo au foot ? On joue aux Pays-Bas. Je trouve ça beau, les changements de parcours. En plus, ça me donne de l'espoir, peut-être qu'un jour moi aussi je pourrai jouer au foot.

Merci pour avoir éjecté le Brésil en quarts. Merci pour avoir résisté face à l'Espagne. Euh, résister, est-ce que c'est le mot juste ? Merci pour votre combat face à l'Espagne. Sauf que, les mecs, n'oubliez pas, tout le monde n'est pas Dan de taekwondo comme vous, hein.



La Slovaquie


Pour leur superbe jeu, leur petite mauvaise foi, et tout.

Pour avoir éjecté l'Italie en poule (ben ouais on est pas les seuls comme ça. Materazzi il avait pas qu'à chauffer Zidane en finale de 2006. C'est bien fait pour eux).




Les équipes que j'ai pas kiffées


Le Brésil


Quand on marque contre la Corée du Nord en poule, on ne se comporte pas comme si on était Zidane en finale de 1998. Aucune retenue.

Et si vous arrêtiez de vous la péter, ça nous ferait des vacances.



L'Italie


Ha ha ha. Bien fait.




L'Espagne


Ok, vous jouez bien. Ok, vous êtes pas non plus spectaculaires. En fait, tous vos matchs étaient super chiants, sauf la finale, et pour ça on doit remercier la magnifique démonstration d'arts martiaux des Bataves. Ok, vous m'avez rien fait. Ok, c'est totalement gratuit de ma part.




Le Portugal


Parce que marquer 7-0 contre la Corée du Nord en poule, c'est pas du sport, c'est une branlée. Parce que profiter de bons joueurs drogués au Subutex©, c'est pas cool.

Jusqu'à 4-0, je veux bien.

7-0 face au Brésil ou à l'Argentine, je veux bien.

7-0 face à la Corée du Nord, c'est vous qui vous humiliez tout seuls.



L'Argentine


Faut arrêter de vous la raconter, les gars. Bien fait.



Le Japon


Je ne vous ai pas pardonné l'horrible Japon – Paraguay en huitièmes. Jamais vu un match aussi chiant. Même l'Espagne est moins chiante, franchement.

Au début je vous kiffais. La prochaine fois, je passerai l'éponge et je vous kifferai aussi.




L'équipe que j'ai pas vu jouer


La France


Quoi ? Y'avait une équipe de France ? Où ça ? Jamais entendu parler, moi.




La Coupe du monde :

modification dans le programme politique de Stoni



Eh oui ! La Coupe du monde m'a permis de revoir mes mesures dans le domaine sportif une fois que j'aurai accédé à l'unique place de Soviet Suprême, après la révolution stoniste qui m'aura mis au pouvoir.



Dans le cadre de l'amitié entre les peuples et de la coopération entre pays progressistes, je proposerai à l'Uruguay une aide technique, administrative et financière conséquente, en échange de Diego Forlán.


Forlán deviendra notre sélectionneur pour notre équipe de France.

Avec lui, nous monterons également des centres de formation pour entraîner les jeunes espoirs de notre football.


On va l'avoir, la deuxième étoile sur notre maillot, bordel de topinambour.


On a déjà préparé une magnifique affiche de propagande, rien que pour le blog de Stoni en exclusivité :


diego-forlan.jpg





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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 15:18

 


 

Ma ligne téléphonique a souvent des problèmes. Bruits impromptus de casseroles électroniques, sifflements, grésillements, fritures... Avec mes potes, quand je suis en ligne et que nous ne pouvons plus nous entendre, je dis « c'est parce que je suis écouté par les RG, ils sont pas super discrets ».

 

Si c'était vrai, le pauvre mec qui écoute se ferait sacrément chier.

S'il vous plaît, pour le bien des fonctionnaires des Renseignements Généraux, ne me mettez jamais sur écoute.

 

Sinon, ça donnerait ça.

 

 

 

Appel 1 : le vieux camarade.

 

- Salut mon petit Stoni.

- Salut ! Comment va ?

- Mal et toi ?

- Oh qu'est-ce qui t'arrive ?

- Ma femme m'a encore quitté.

(25 minutes de monologue sur ladite séparation)

- Ah, elle va revenir, j'en suis sûr...

- Elle revient toujours.

- Ce qui est dommage c'est qu'elle parte... Dis, je suis en train de lire Pour une sociologie du roman, en ce moment.

- De Goldmann ?

- Oui. C'est normal que je trouve ça super chiant ?

- Oh là là. C'est pas normal, c'est évident.

- Ha ha ha. Qu'est-ce qu'il chie dans la colle, ce pauvre mec.

- Je crois qu'il y a deux cent pages sur Malraux.

- Malheureusement. Bon, je veux dire, il dit des trucs qui sont pas trop des conneries, quand même. D'ailleurs, il commence bien. Il arrive en disant : je vais faire une analyse en me basant sur la production et la consommation. Le problème, c'est qu'il la fait pas, l'analyse.

- Hé hé hé ! Lis autre chose.

- A vrai dire, comme je suis maso, je vais me forcer à lire jusqu'au bout.

 

 

Appel 2 : la mère dingo.

 

- Ça va mon petit Stoni ?

- Ben ouais et toi ?

- Oui oui ! Comme ça fait au moins une semaine que t'as pas appelé, je venais un peu aux nouvelles... (ton larmoyant)

- Ça fait pas longtemps, une semaine, quand même !

- Mais je m'inquiétais.

- De quoi ?

- Hum... Qu'est-ce que tu fais de beau ?

- Je travaille, je fais ma petite vie. Je lis Lucien Goldmann et je trouve ça super chiant.

- Tu veux que je te passe les Millénium ?

- Euh non, ça va aller.

- C'est sûrement mieux que Lucien Goldmann.

- Ouais mais Lucien Goldmann je peux le tailler, après. C'est plus rigolo.

- Qu'est-ce que tu as fait toute cette semaine, puisque t'as même pas eu le temps d'appeler ?

- Ben je bosse, quoi.

- Le matin, d'accord. Mais l'après-midi, tu aurais pu. QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ?

- Maman, j'écris des livres. Tu sais bien... Je travaille le matin et l'après-midi j'écris...

- Ah oui c'est vrai.

- Ça va papa ?

- Il est insupportable.

- Ah bon...

- Ça fait trois jours qu'on se parle plus. Le problème, c'est que si je divorce, je vais me retrouver à la rue.

- Mais non...

- Mais si. C'est une honte.

- Bon je te rappelle, hein... J'essaierai de passer la semaine prochaine...

- La semaine prochaine ? Lundi je vais faire les courses. Mardi je dois aller chercher ton frère après son travail. Et oui il y a grève des bus. Avec le trajet qu'il doit faire, il est coincé.

(s'ensuivent 35 minutes sur le trajet du frère, en long, en large et en travers, plus 20 minutes sur le programme hebdomadaire de la mère).

 

 

Appel 3 : Aniki

 

- Salut bébé !

- Salut t'as passé une bonne journée ?

- Ce matin j'ai eu que des galères !

(3 minutes sur la matinée de travail d'Aniki)

- Pauvre Aniki ! Moi aussi c'était horrible.

(3 minutes sur la matinée de travail de Stoni)

- Pauvre Stoni ! Tu me manques.

- Oui moi aussi !

- Je t'emmène avec moi à mon travail, demain.

- Non !

- Si ! Je te mettrai dans un carton, comme ça je te fais rentrer dans les locaux en douce.

- Hé hé hé...

(40 secondes d'allusions sexuelles insipides)

- T'as mangé quoi à midi, Aniki ?

- Une salade et des biscuits.

- C'est pas assez !

- Et toi ?

- Du saumon fumé.

- C'est le grand luxe ! C'est pas assez non plus.

- Il fait trop chaud.

- Qu'est-ce que tu fais cet après-midi ?

- Mon petit train-train de Stoni, tu sais bien. Comme d'hab.

- T'as fini Lucien Goldmann ?

- T'es malade ? Je bloque sur Malraux. Je vais le tuer, Malraux. C'est bon on a compris qu'il avait changé de style entre ces premiers bouquins et ceux d'après, et qu'il témoigne de la dégradation des valeurs. J'ai rien à en foutre putain !

- Quel travailleur acharné tu es ! (sincère)

- Meuh non, euh ! (flatté)

- Je te dis à ce soir ?

- Tu me manques.

- Moi aussi.

 

 

Appel 4 : le frère.

 

- Salut frérot !

- Salut !

- Tu viens regarder le match ce soir ?

- Et comment !

- J'ai réglé ma télé, j'ai augmenté l'acuité du HD et j'ai revu la qualité sonore. Il fallait faire quelques réglages, je trouvais.

- Bon l'Allemagne ils vont les défoncer les Espingouins !

- Y'a intérêt ! Je peux pas les blairer !

- Moi non plus ! Ils sont trop nazes en plus ! T'as prévu la vuvuzela ?

- Ouais bien sûr. A chaque but je souffle dedans, je vais faire un boucan d'enfer !

- C'est trop cool que t'aies une vuvuzela, putain. Je suis jaloux.

- Faut t'acheter un maillot du Japon. Je l'ai eue comme ça.

- Ben, déjà que j'ai celui de la France. Enfin je te rassure c'était celui qu'ils filaient gratos chez Carrouf.

- La honte, euh !

- Hé hé hé ! Bon tu vas pas arrêter de jouer de la vuvuzela, ce soir !

- A fond ! Dis... (silence, puis voix chevrotante) et si c'était l'Espagne qui gagnait ?

- Non ! Attends, sincèrement, s'ils gagnent, moi je deviens un ORANJE. Je te promets s'ils gagnent, je me convertis pour prier que les Hollandais remportent la finale.

- Moi aussi !

- Mais ils gagneront pas !

- Impossible !

- Les Boches ils vont les DEFONCER !

- Ouais !

- A ce soir.

- A ce soir.

 

 

Appel 5 : le démarcheur fiscaliste.

 

- Bonjour, vous êtes bien Monsieur Stoni ?

- Oui je vous écoute ?

- Je me présente, Lionel Dupond, conseiller en fiscalité. Je vous propose de réduire sensiblement votre impôt sur le revenu et...

- Euh, je le paie pas.

- Pardon ?

- L'impôt sur le revenu. Je sais pas d'où viennent vos listes, mais c'est une erreur.

- Mais vous devez bien avoir un peu d'argent de côté, non ?

- Pourquoi ? J'ai des économies de misères, vous savez.

- C'est avec les petits ruisseaux qu'on fait les grandes rivières. En investissant intelligemment de petites sommes, le produit de vos spéculations pourra vous surprendre... Il suffit de convenir d'un rendez-vous et nous...

- Désolé, mais je peux pas spéculer et tout.

- Pourquoi ?

- Ben, c'est contre mes convictions politiques.

Silence.

- Quoi ?

- Je suis communiste. Je peux pas spéculer et tout.

- Ah ! Vous savez que le communisme ça a fait quatre-vingts millions de morts ?

- Non mais je rêve, vous m'appelez, je suis poli, vous me dérangez et puis vous m'agressez, maintenant ?

- Hum eurgh !

- Et puis je suis tatillon sur les chiffres. C'est pas quatre-vingt millions, c'est quatre-vingt-dix millions. Vous oubliez Pol Pot.

- Comment osez-vous !

- Je vous souhaite une bonne journée, monsieur, au revoir.

 

 

Appel 6 : le poteau.

 

- Ça va mon petit fils de pute ?

- Mais ouais ma tumeur.

- Qu'est-ce tu fous demain aprem ?

- Chuis censé bosser pour l'avenir de la littérature française.

- Ben c'est pas gagné. Tu préférerais pas qu'on se mate un film ? Vas-y, au cinéma y'a des trucs en ce moment.

- Ah bon ?

- Non, mais en vrai je suis en vacances et je me fais chier.

- Ben je sais pas, branle-toi, fais un truc.

- Sans dec. Viens chez moi.

- Bon, à cinq heures alors.

- C'est vrai que ton frère il a une vuvuzela ?

- Ouais c'est vrai. Hier il en a pas joué, c'était trop triste. Parce qu'il devait jouer l'hymne du vuvuzela si l'Allemagne marquait.

- Oh... la chance...

- Il la cache sous son lit. Elle attire trop de convoitises. Au fait, t'as déjà lu Lucien Goldmann ?

- Qui ça ? Jean-Jacques Goldman ?

- Non, Lucien.

- C'est qui lui ?

- Non rien. A demain.

 

 

Appel 7 : l'éditeur

 

- Oui Stoni, qu'est-ce qui t'arrive mon grand ?

- Ma note de frais. C'est quand qu'on me la rembourses ?

- Eurhf. Attends j'ai une autre ligne là... Je te rappelle.

 


 

 

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Préparer son manuscrit / la lecture des manus

 

Améliorer son manuscrit

 

 

Comment avoir un bon style

 

Les méthodes et ateliers d'écritures

 

Par qui se faire relire avant d'envoyer le manuscrit ?

 

Mon avis sur les coachs et conseillers littéraires

 

L'importance d'un bon niveau de langue

 

Protéger son manuscrit

 

A qui envoyer son manuscrit (la ligne éditoriale)

 

Faut-il rappeler les éditeurs ?

 

Comprendre l'édition : 1

 

Comprendre l'édition : 2 (le comité de lecture)

 

Premiers contacts avec l'édition

 

Arnaques : édition numériquel'Harmattan Léo Scheer et les Nouveaux Auteurs

 

Des noms de bons éditeurs ?

 

Le contrat d'édition

 

Comment repérer un mauvais éditeur avant de signer

 

L'importance de la distribution / diffusion


Combien gagne un écrivain ?

 

Négocier son à-valoir

 


Négocier les corrections demandées par l'éditeur

 

 

La dure réalité du monde de l'édition

 

Faire éditer des nouvelles

 

La promotion du roman : critiques et publicité

 

Je suis à la Fnac, et alors ?


Je suis passé sur France Culture, et alors ?


Les critiques négatives, que faire ?

 

 

 

 

Et bien sûr tous les articles sur ma vie d'écrivain au jour le jour.


 

 

 

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