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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 13:27

 


J'avais déjà exprimé ce que je pensais du joyeux luron Rimbo dans une courte définition.

 

Seulement, Aragon l'a fait avant et mieux que moi, et c'est plutôt rigolo.

 

Pour mes lecteurs amateurs de Rimbo, je précise que l'ouvrage dont est tiré cet extrait n'est pas tout à fait sérieux. Rigolo, quoi.

 

 

« Le jeune homme à cette heure lit d'une façon toute crépusculaire. Mais qu'aime-t-il donc ? Rimbaud. Voilà qui, à première vue, semble intéressant et encourageable. L'atmosphère, après un nombre respectable d'années, est devenue favorable à l'insupportable voyou, que disait ce génial Rémy de Goncourt. Maintenant tout est clair dans l'aventure rimbaldienne, pas un sale petit bourgeois qui renifle encore sa morve dans les jupons de Madame sa mère qui ne se mette à aimer les peintures idiotes et ne s'écrie : « Trois jeunes filles nues, ce titre devant moi dresse, ma parole, des épouvantes ». Pas un ignoble petit rentier, pas un fils d'officier, pas une graine de rond de cuir, pas un de ces imbéciles heureux à qui on vient d'offrir une motocyclette pour le jour de l'an, pas une fausse couche élevée dans du papier de soie, pour qui Rimbaud ne soit un autre soi-même. Tout ce qui attend un héritage parle de disparaître un jour. J'ai déjà dit que j'y reviendrai. Pour l'instant ce que j'étudie dans ce phénomène est la grande commodité antipoétique du rimbaldisme contemporain. Car l'anti-poésie n'est plus une chimère dialectique. Elle a pris corps, dans un temps sportif, elle est devenue système, elle a même au besoin des fondements métaphysiques. Le succès de Rimbaud, puisque telle est la saloperie des faits qu'il peut être question du succès de Rimbaud, est en grande partie dû à la curieuse moralité qu'on prête à sa vie. Car ils ont si bien arrangé les choses, que la vie de Rimbaud de nos jours est prise à témoin contre la poésie même. Cette absurdité a cours. Ainsi, chaperonnés par Rimbaud, nos jeunes industriels, nos magistrats en herbe passent superbement condamnation sur tout ce qui les emmerde d'une façon congénitale. Enfin plus n'est besoin de lire tous ces vers. L'ignorance est de mise. Les livres peuvent dormir dans la poussière, ça n'est pas fait pour ces mains soignées. A la rigueur, on va au théâtre, avec les femmes. Mais lire. Des poèmes. Nous avons dépassé ce stade, songez donc. Hugo, Nerval, Cros, Nouveau, on ne va pas nous faire marcher avec ces refrains d'autrefois. Je me suis même laissé dire par un ancien ami que j'avais le goût du bibelot, avec ma façon de m'intéresser à tous les petits romantiques. Il paraît que j'ai de la condescendance pour les poètes mineurs. Et pourtant par là on entend Pétrus Borel, ce colosse. »

 

 

Traité du style (1928), pages 58 à 60, L'imaginaire, Gallimard, 1980.

 

 

 

En quatrième de couverture de cette édition, vous pourrez lire une bonne petite présentation de Jean Ristat, un peu plus en verve à l'époque que ces derniers temps dans les grises colonnes des Lettres françaises.

 


 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 13:16

 

 

Pour répondre (un peu) aux questions de Clopine...

 

 

 

Commençons par le commencement.

Au douzième siècle, en Occident, toute une classe sociale inventa un monde merveilleux : celui du sentiment.

En même temps, naquit le roman, via le récit chevaleresque.

 

Le chevalier aime la gente dame. Mais la gente dame est promise au seigneur. L'amour courtois se fonde sur cette base triangulaire : seigneur, chevalier, dame. Entre les trois, se tissent les ramifications de l'amour. L'amour impossible.

 

Pourquoi ? Parce qu'il fallait occuper deux surplus démographiques de l'époque : le chevalier et la dame.

Le chevalier est le fils cadet. Il n'héritera pas du domaine seigneurial. Autrefois, le vassal était utile à son suzerain, dans la défense du territoire – le fief. Désormais, le territoire est pacifié (fixation des barbares comme serfs). Quelle est, maintenant, sa place dans les rapports de production ? Aucune.

La gente dame, elle, ne sert pas à grand-chose, une fois l'alliance faite entre les deux familles (regroupement des terres). Elle donnera une succession à son époux. Le problème, c'est qu'elle s'emmerde. Et le chevalier aussi.

 

Historiquement, la société féodale doit gérer deux surplus démographiques : le fils cadet et la dame. L'un et l'autre trouveront leur emploi à travers la chevalerie et l'amour courtois.

Pourquoi faut-il les occuper ? Les surplus démographiques sont une menace pour l'ordre établi. Tout sujet qui ne trouve pas sa place dans une société est susceptible de fomenter une révolution.

C'est aussi simple, idiot, cruel et utilitariste que cela.

 

Dans ce schéma dual (à la réunion impossible, car les choses sont bien faites), les conduites politiques de virilité et de féminité vont se consolider.

Le fils cadet s'occupe au maniement des armes, à la joute et lors des croisades. Le mâle doit être fort, courageux et preux. Il trouve sa catharsis dans la noble cause : le lien de vassalité et la protection du territoire où gît le Christ.

La dame se consacre à la coquetterie, à la broderie (où elle relate les exploits du fils cadet, au passage – les choses sont vraiment bien faites, je vous le disais). Douce et soumise, son corps va devenir le terreau du sentiment : le beau, le sensuel, l'amour.

 

De là, naît le roman.

Le chevalier s'éprend de la gente dame, mais l'amour reste platonique parce qu'il doit le rester. La gente dame est en effet propriété du seigneur. Le psychodrame amoureux prend forme : je t'aimerai sans jamais te posséder. Renoncement, résignation, noblesse du sacrifice. Un code épistémologique admirable se met en place.

Son rôle ? Maintenir l'ordre établi. Et, accessoirement, justifier la position d'une classe sociale, par la beauté du sentiment. Oui, nous la noblesse nous exploitons, mais voyez la beauté de nos productions intersubjectives (le roman, le fol amour, la croisade) : vous nous le pardonnerez bien.

 

Le roman enseigne à la gente dame et au chevalier leurs positions sociales et la façon dont ils doivent les appréhender.

Le roman d'amour qui se termine mal est surtout là pour dire : ne franchissez pas les limites fixées par votre rôle dans notre société. Prenez-en de la graine, les enfants. Le drame a été écrit pour vous démontrer les dangers d'une potentielle désobéissance.

 

L'explosion artistique de la Renaissance jouera exactement le même rôle. L'artiste sera au service du seigneur pour justifier une position qui, au gré du développement des rapports de production, devient de moins en moins justifiable. La noblesse n'est pas encore décadente, mais elle en prend le chemin. Toute une classe sociale construit le socle de son ascension : la bourgeoisie. Avec ses revendications propres (qui atteindront leur apogée dans la pensée des Lumières), fondamentalement hostiles à la noblesse.

Le mécénat ne part pas d'un excès de générosité soudaine. Le mécénat, c'est acheter le beau au service d'une classe. L'art, qui jusque là avait été religieux ou artisanal, ne s'émancipe pas. L'art se met au service de la domination nobiliaire. Par le mécénat, la noblesse dit : oui je ne sers à rien, mais voyez ce que je vous offre. Le beau. Les dépenses somptuaires. Tentative désespérée d'une fin de règne.

 

Le roman, ou l'art en général, ne servent pas à rien.

L'écrivain, l'artiste, sont au contraire d'une importance primordiale.

Le roman est une opération politique à la portée incommensurable. Il fixe le destin du surplus démographique et lui fournit du rêve par l'aventure romanesque.

Le roman initiatique deviendra manuel de survie. Le roman d'amour, dérivatif au besoin de révolution.

Avec l'arrivée de la crise, condition intrinsèque du capitalisme, l'auteur et l'artiste apprendront à la dépeindre pour mieux la banaliser. D'où l'apparition de la littérature policière, typique de l'état de crise (crise personnelle – roman de tueur en série – ou sociale – roman de cambriolage, de meurtre vénal, etc.).

 

Prenons l'exemple de Proust.

Surplus démographique en puissance (Proust ne travaille pas, il écrit). Le roman d'introspection révolutionne la littérature, mais certainement pas les rapports de production. Tout au contraire. Son rôle est conservateur : le repli sur le moi sert avant tout à ne pas voir, et à ne pas devoir dire, le problème : l'exploitation de l'homme par l'homme et l'existence de la lutte des classes. Exploitation beaucoup plus frappante, abjecte et violente, lors de sa belle époque qu'aujourd'hui.

Mais Proust ne la dira pas. Il se confronte à l'interdit épistémologique de sa classe sociale, la bourgeoisie. Il n'a pas le droit de dire la lutte des classes, et encore moins l'exploitation de l'homme par l'homme. Il n'a pas le droit de dire la sphère de la production (grosso merdo, le travail). Proust est un être acculé, comme la plupart des artistes de sa condition. Du coup, Proust recourt à Freud et accomplit un magistral tour de passe-passe : l'introspection. Magnifiée par le beau, bien entendu. Puisque le beau sert à justifier, depuis le commencement.

Proust est un homme en état de crise. Il la dépeint – très bellement – et la sublime par l'écriture. Il rend sa propre crise acceptable et désamorce ainsi toute velléité révolutionnaire. De même qu'il anticipe parfaitement la crise de sa société et de son mode de production (le capitalisme concurrentiel libéral), qu'il ne verra pas sombrer : vieilles familles déclinantes, nobles et bourgeois décadents, sordides bordels pour riches, rancœur, sénilité, spectres de morts, jalonnent les derniers tomes de son œuvre.

 

Voilà la manière dont j'analyse le roman – hyperréaliste radicale.

Je n'invite personne à réfléchir de la sorte.

Il s'agit simplement d'un constat à froid.

Je suis un grand amateur de Proust. Je l'ai découvert au lycée (sans qu'il ne soit au programme, j'étais en section technique). Il reste un de mes auteurs préférés.

Bien que j'aie conscience de « la genèse concrète », si je puis dire, de son œuvre, cela ne m'empêche pas de prendre du plaisir à le lire.

Savoir d'où vient le roman, et quel est son objectif, ne m'empêche pas non plus d'écrire.

Je suis le produit culturel de mon époque.

Jamais je ne songerai à condamner, à blâmer, à cracher sur la littérature. J'en tire une immense satisfaction (culturelle... acquise et non pas innée), et je n'ai jamais déprécié toute la joie que l'on peut éprouver en sa compagnie.

Je crois que le roman est une bouée de survie mentale dans un mode de production donné.

Il me faut distinguer : faits et culture. Infrastructure et superstructure. Et accepter les relations dialectiques qui les unissent...

 

 

 

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 14:54

 


 

 

En toute honnêteté, il y a des jours, des moments, des soirs, où mon métier me paraît exécrable. J'en ai marre. Plein le cul. J'ai envie de jeter l'éponge.

Écrire le roman ? Plus ou moins le pied. L'ivresse des grands jours et du grand soir. Ces semaines où les scènes s'enchaînent, où les dialogues abondent, où les gestes, les réactions, les sentiments, les lieux, les décors, l'action, s'imbriquent les uns dans les autres. Où moi je n'ai quasiment rien à faire, sinon écrire tout ça, ce limpide alliage de mots et de ponctuation qui – ainsi le ressens-je – coulent de mes doigts, via les touches du clavier, pour remplir l'écran. Ensuite, les semaines moins évidentes. Où j'écris comme un robot. Je dois faire telle scène. Je n'ai pas envie de la faire. Je la fais quand même. Écriture automatisée. Dialogue. Retour à la ligne. Récit. Sujet, verbe, complément. Les personnages sont assez bien installés dans mes phalanges et mon esprit pour que je me permette de torcher la chose en une heure ou deux. Je reprendrai plus tard. Et puis, des fois, avec le recul, ce n'est pas si mauvais.

Absorption de mon intellect dans les relectures. Je dresse l'ossature de mon texte, repère les scènes qui ne servent à rien, et celles qui répètent une situation déjà présentée auparavant. Liste des chapitres. Je catalogue mes thématiques, isole celles que je dois impérativement développer. Je sacrifie un ou deux personnages accessoires. Réduire les lieux, épurer l'action, faire simple, direct, hiérarchisé. Alors, les réécritures s'enchaînent. L'écran coupé en deux : en haut, mon ancienne version, en bas, la nouvelle. J'esquisse un sourire quand j'entame un passage que j'apprécie particulièrement.

Élagage du manuscrit. Travail studieux qui te happe et t'investit jusque dans tes rêves (ou tes cauchemars). Je n'ai plus vraiment besoin d'inventer. Mon fil conducteur est là, l'enchaînement à disposition, du début à la fin. J'améliore. Bonheur des jours où je bosse de cinq à sept heures d'affilée.

 

 

Quelque part, le travail de préparation éditoriale est assez jouissif – dans la mesure où l'éditeur est moralement impliqué et que la collaboration se déroule correctement. Les choses se construisent. Il y a six mois, un an, j'assistais, seul, à la constitution du manuscrit. Maintenant, c'est le texte définitif que nous bâtissons. Que je bâtis. Les projets de couverture arrivent. Ceux de quatrième de couverture aussi. Travail sur les épreuves, travail sur le bon à tirer. Les choses se font. La structure s'érige. La date de parution est fixée. Le bouquin imprimé. C'est bon. C'est très bon, à vivre.

 

 

Et parce que ma mémoire est un traître qui oublie tous les mauvais souvenirs, je ne vous parlerai pas des âpres négociations pour sauvegarder tel ou tel extrait, de ma consternation face au travail (souvent bâclé) des correcteurs, de la lassitude vis-à-vis du texte, quand on voudrait bien passer à autre chose.

Non. La préparation éditoriale est une longue période idyllique...

 

 

Et le livre paraît.

Et les mois passent.

Et j'en ai vraiment assez.

 

 

Il faut encore aller le « défendre » devant la presse, les lecteurs et dans les salons littéraires. Salons que je déteste copieusement. Je pose des conditions stupides à mes éditeurs, pour limiter le nombre de mes déplacements. Sensation d'être le chien savant qui fait son petit numéro devant la clique bassement mondaine de la littérature. Tout le monde critique tout le monde, à la buvette. Rien à en branler, de Bidule qui a baisé Machin, et de Machine qui ne veut plus adresser la parole à Trucmuche. Coteries. Camarillas. Oh Rousseau, comme je te comprends...

Le livre est là, plane, diffus, dématérialisé dans l'air ambiant (alors que, depuis l'impression de ses milliers d'exemplaires, ce devrait être le contraire). On en parle. Ici. Ailleurs, on en parle pas. Tu l'as vu sur les tables à la Fnac. Des inconnus t'envoient des messages pour te dire : « J'ai vu votre roman dans telle librairie dans telle ville. » Ok. Super. Chanmé. Tu vas t'acheter un bouquin d'occas, et tu le vois, l'autre là, sur sa petite pile, présentoir des nouveautés, bien exposé et tout. Tiens, on se connait, connard. Ouais je suis ton œuvre. Super. J'en ai plein le cul, de toi, tu sais ?

Toute une foule d'aspirants littérateurs gravite autour de ton éditeur (qu'en vérité, tu l'apprends au détour d'une conversation murmurée, ils ne peuvent pas encadrer) et fait jouer les mécanismes minables des relations. - Je veux Stoni à telle date pour tel salon. - Non il ne voudra pas. - Pourquoi quel snob ce petit con ! - Non il veut rester chez lui pour l'anniversaire de son papa. - Il le fêtera une autre fois. - Je sais, il est insupportable mais il veut rester chez lui pour l'anniversaire de son papa. - Et de quoi il se plaint, ce morveux, ce fils de bougnoule, nous on lui a fait une place dans notre monde, non mais de quoi il se plaint ?

 

 

- Je veux Stoni pour la table ronde à telle date. Sujet : l'introspection freudienne dans le roman post-moderne. Je ne vois aucun rapport avec mes livres. Mon éditeur est content. Puis, une fois sur place, j'apprends que j'ai été poliment sorti du débat pour un auteur autrement plus connu. Je ne suis pas ravi et le fais comprendre. L'organisateur du salon réplique : mais tu te prends pour qui ? C'est déjà pas mal qu'on t'ait invité.

 

 

Je ne sais rien de mes ventes, je ne le saurai pas avant longtemps. Je ne le saurai probablement jamais. Deux cents, trois cents, huit cents, mille, deux mille. Qu'est-ce que ça change ? Rien. J'ai déjà été payé. Le distributeur garde jalousement ses chiffres. Personne n'est au courant. Personne ne dit rien. C'est juste là, dans les librairies. Ça va et ça vient. Où exactement ? Je n'en sais rien. Je ne sais rien sur rien.

Coups de fil. Courriels. Blabla. Critiques. Lettres encrées sur le papier. Du roman. Des articles sur le roman. Remerciements. Ressentiments.

Je brasse du vent. Mon univers est une armée de tigres de papiers. Tigre de papier qu'est le livre en lui-même. Tigres de papier de l'économie, de l'argent, qu'il génère. Tigres de papier des communications et du contenu intersubjectifs qu'il produit. Il m'a échappé, doucement mais sûrement, depuis la signature du contrat d'édition. Et maintenant, il est une excroissance précaire parmi les milliards qui façonnent notre superstructure. Rien d'important. Un origami littéraire, exécuté avec plus ou moins d'adresse. Un pliage de papier qui donnera plus ou moins l'illusion de la vie.

 

 

A l'ombre de mon gigantesque origami, je suis heureux d'aller travailler. D'évoluer dans le concret. De recevoir mon bulletin de paie. De lire le montant mensuel de mon salaire, de savoir d'où vient cet argent, de connaître le nombre d'heures exact de travail grâce auxquelles je l'ai gagné, de connaître la valeur horaire de ma productivité. De rencontrer mes amis avec qui je ne parle jamais, ou presque, de littérature. De faire la cuisine. De faire du sport. De regarder un bon film.

Et de retrouver mes nouveaux personnages, qui ne sont pas encore, pour l'instant, ridicules petits tigres de papier, aux crocs cartonnés, perdus dans le hangar d'une centrale d'achat.

 

 


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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 11:04

ALERTE ! OYEZ !

 

CITOYENS,

TRAVAILLEURS,

CAMARADES,

LECTEURS,

 

FAITES LE PLEIN D’ESSENCE !

 

 

 

 

Par solidarité envers les travailleurs des raffineries de pétrole, je vous en conjure camarades faites le plein !

 

 

 station-service-essence-carburant

 

Voilà de bons citoyens ! Ils font le plein !!!

 

 

 

Immobilisons le pays, voilà qui facilitera l’organisation d’une révolution marxiste-stoniste qui me mettra au pouvoir !

 

Et tu le sais, camarade-lecteur : ma dictature du prolétariat est la seule solution pour sauver la France (et le monde, d’ailleurs) !!!

 

 

 

 

 

 

 

Bon, mis à part ça je réponds au courrier des lecteurs.

 

 

Message privé reçu hier à 23h52 ( ???).

 

 

Cher Tonton Stoni,

 

On est trois lycéens en seconde générale à MONTPELLIER, membres du MJCF, et on aime lire ton blog.

 

Par la présente on t'invite officiellement à venir manifester avec nous à partir de DEMAIN !

 

Si t'acceptes on veut t'installer sur un char fait exprès pour toi.

 

Tu pourras garder ton sac en papier sur la tête.

 

S’IL TE PLAIT VIENS !

 

Numéro de portable où nous joindre : censuré.

 

 

 

 

 

Ma réponse.

 

 

Les enfants,

 

Votre sollicitation, que dis-je, votre invitation, me passe du baume au cœur et m’aide à accepter cette inexorable réalité : je fais, désormais, partie de vos aînés par mon âge qui, fatalement, va croissant.

 

Malheureusement je me vois dans l’obligation de décliner votre invitation, résidant fort loin de votre belle cité méridionale.

 

Je vous demande néanmoins de ne pas provoquer inutilement les forces de police.

 

Si vous pratiquez le taekwondo, munissez-vous de vos protections sportives (coque, plastron, jambières, casque) SOUS VOS VETEMENTS (le casque sera dissimulé sous un bonnet, un sac en papier ou une chapka) au cas où les forces de police vous chercheraient au corps à corps.

 

Croyez-moi bien,

 

Votre Fraternel Camarade,

 

Tonton Stoni.

 

 

 

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 10:09

 

 

Il y a quelques semaines, dans les commentaires d'un article (je me souviens plus lequel, pardonnez-moi), nous avions parlé de l'Attrape-cœurs de J.D. Salinger (un mec qu'on a jamais trop su qui il était ni ce qu'il faisait).

 

Hier j'ai maté cet épisode de South Park, et je le partage sur mon blog vu le haut niveau conceptuel du propos.

 

 

 

 

 

 

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 15:28

 


 

 

Dans les commentaires de mon précédent article, un dévoué lecteur m'adressait cette croustillante réclamation :

 

 

« Euh j'ais aimé ton article tout çà  mais je t'écris juste pour te confier ce grand moment d'émotion . Jeudi dernier au conseil municipal dans ma commune le leader de la liste d'opposition s'est déclaré favorable à la nationalisation des médecins .

Ce à quoi le Maire UMP a répondu que c'était là des " méthodes staliniennes "

 

Voilà comme j'étais sur la liste d'opposition je suis devenu moi aussi un " pur stal' style".

Je tenais à t'informer pour que tu m'envoie quelques conseils sur comment doit se comporter un "pur stal' style " dans le combat politique parce que je ne maitrise pas trop .

Amitiés camarade. 

Trofimov»

 

Eh oui, nous retrouvons là notre Stoni Saint-Bernard, Stoni Au Grand Coeur, Stoni le Généreux : voici ma réponse, cher Trofimov.

 

 

Dans un premier temps, je conseille à mes aimables et fidèles lecteurs de relire la définition du mot stal.

 

 

Maintenant, venons-en au point critique : comment se comporte un pur stal style ?

 

Trofimov, si tu es devenu un pur stal style, tu me feras déjà l'immense plaisir de signer tes correspondances, tes courriels et tes commentaires par : fraternellement.

« Amitiés camarade », non. Pas assez stal. « Fraternellement camarade », oui. Voire « Frat », formule abrégée dudit fraternellement.

 

Si tu souhaites expérimenter toute la stalitude de tout ton être, tu peux t'inscrire au Parti. Chose que je te déconseille au plus haut point. Mais cela te sera l'occasion d'éprouver dans ta chair la condition stal, avec son cortège de mésaventures, désillusions et anecdotes en tout genre.

Au Parti, en tant que stal, tu seras rapidement étiqueté et ostracisé puisque tu incarneras « la tendance du dogmatisme marxiste ». Ce à quoi tu es censé répondre : « LOL » ou « MDR ».

Un bon stal est un stal doué du sens de l'humour.

 

Le stal croit à la lutte des classes, au marxisme, donc au matérialisme dialectique et historique, deux concepts qu'il utilise couramment comme grille de lecture.

Si tu n'as pas envie de te taper toute l'oeuvre de Marx, Engels et Lénine, je te donne quelques tuyaux.

 

Le stal analyse tout par « production et consommation », « infrastructure et superstructure », « population et subsistances ».

Tu sièges au conseil municipal de ta charmante localité, et un débat s'engage sur les travaux prévus pour le rond-point qui s'élèvent à la coquette somme de 456 789 €. On te demande ton avis.

L'air inspiré, mais relativement détaché, tu articules : « Oui, de toute façon, population et subsistances ».

Les gens adopteront une mine interloquée et te prieront de répéter.

Là, tu as deux options.

Soit tu redis « population et subsistances ».

Soit tu empruntes une variante : « Ouais, ce que je voulais dire, c'est la dialectique de la production et de la consommation mise en œuvre, encore une fois. »

Et tu admireras les faces abasourdies de l'assistance.

 

En tant que stal, tu es censé remonter la lunettes des chiottes quand tu vas pisser ou même t'asseoir pour ne pas en foutre partout.

 

Si tu aimes être élégant, et te balades en costume, en cravate, en fringues à la mode, ou que sais-je encore, tu argumenteras en ton for intérieur : « C'est ce putain de fantôme de Pasolini qui m'oblige à bien me fringuer, ce connard qui était toujours dans des supers costards la classe ritale de sa mère. »

 

Le fantôme de Pasolini oblige tout bon stal qui se respecte à ne pas donner la main à son / sa partenaire dans la rue, la chose étant « tout à fait ridicule ».

Si ton conjoint(e) proteste et cherche néanmoins ta mignonne paluche, tu répliques en sifflant : « Pasolini ! ». Bien sûr il te faudra avant cela expliquer que le fantôme de Pasolini te suit et te surveille, étant donné que tu es un des rares représentants de l'avant-garde marxiste-léniniste contemporaine.

 

Le stal ne voit aucun inconvénient à regarder TF1, à manger chez McDo ou à mater un bon petit Bruce Willis quand le besoin le prend. Car « le problème n'est pas moral, ni qualitatif, le problème c'est l'organisation des rapports de production : qui consomme et qui produit. Et non pas : que consomme-t-on et que produit-on. Lutte des classes. Hyperréalisme radical. »

Bien entendu, si à la base tu n'apprécies aucunement TF1, McDo et Bruce Willis, tu n'es pas obligé de te convertir pour autant.

 

Tu transporteras toujours dans ton sac un exemplaire d'un livre des Editions Sociales, des Editions de l'Agence de Presse Novosti, ou des Editions en langues étrangères de Pékin.

Lors d'une réunion politique ou d'un conseil municipal, tu poseras ostensiblement ledit livre sur la table, afin que tout le monde soit mis au parfum et que les confusions sur son appartenance staliste ne soient plus.

 

Malheureusement, il te faudra te procurer ces livres sur le marché de l'occasion.

Car oui, camarade stal, ton ère est révolue.

Ton propre Parti ne veut plus de toi, c'est dire.

Tu es seul et isolé dans ta stalitude, et la plupart des gens de ton entourage te qualifieront de « dinosaure », de « sale rouge » ou de « fossile ».

Ce à quoi tu pourras répondre que tu as toujours été passionné par la paléontologie (d'ailleurs quand tu étais petit tu voulais devenir paléontologue, surtout après avoir vu Jurassic Park, puis tu t'es rendu compte que c'était un vrai métier compliqué, avec une dizaine d'années d'études, alors tu t'es sagement rabattu vers une autre orientation professionnelle).

 

Le vrai bon stal n'est pas sujet à l'emportement ou à la colère, surtout en réunion politique.

Tu es bien conscient que Marx était du genre à pondre un bouquin parce qu'il était super véner contre un gus (genre « Misère de la philosophie »), de même pour Lénine en pétard grave contre Kautski. Apprends d'eux !

Déjà que tu passes pour un fossile, mon conseil est de toujours garder ton calme et d'asséner tes petites piques par écrit, tels les grands Marx et Lénine.

 

Mais, Trofimov, je te trouve sur la bonne voie.

Réclamer la nationalisation des médecins est une requête des plus stal de chez stal. T'imagines le bordel, putain.

 

La dernière fois qu'en réunion on a parlé des salles d'injection pour les drogués, j'ai dit que j'étais pour la nationalisation du trafic de stupéfiants afin de rendre ces substances gratuites. Ben, on m'a répondu la même chose, sauf que ça ne venait pas de quelqu'un de l'opposition, mais d'un camarade. Juste avant que ledit camarade ajoute : « Complètement débile, nationaliser le trafic de drogues, et pourquoi pas le crack en vente libre ! ».

 

Bref.

 

Je te souhaite bon courage et reste à ta disposition.

 

Bien fraternellement,

 

Stoni.

 

 


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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 16:32

 


 

Une cyclotourisme par semaine : comptez deux à trois heures. Plus une heure d'échauffements, élongations, jogging au bord de la rivière. Deux heures de taekwondo.

Et malgré ça, comme le bon connard que je suis, je continue de cloper.

Cinquante pages lues le jour, cinquante autres le soir. De deux livres différents.

Rédaction de notes. En ce moment, sur Mao.

Quatre heures de boulot le matin (vélo). Rentrer à pied, la plupart du temps. Marre du bus. Il fait encore doux.

Sur le chemin, arrêt chez McDo, à la boulangerie, à la boucherie. Acheter le journal.

Le ménage, aussi. Un peu en semaine. Plus le week-end.

Je fais la cuisine cinq jours par semaine minimum. Un soir par semaine, on s'offre le luxe impensable d'aller au petit asiatique du coin. Le pied.

Un après-midi par semaine réservé aux potos. Ou bien à ma chaîne hi-fi.

Un autre bon gros après-midi pour appeler mon éditeur, entretenir les relations publiques (je vous remercie pour votre critique dans votre journal/site/radio, Croyez-moi, Votre Bien Dévoué... etc). Rendez-vous politico-mondains. Prendre le train. Aller-retour. Paris Gare de Lyon. J'en connais les environs comme ma poche, désormais. Rituel : acheter l'Humanité Dimanche pour le trajet retour. En vue de rigoler et de faire les mots croisés.

Guitare. Une fois par semaine. Des fois davantage, quand ça me prend. Sauf que là, j'ai cassé la corde de mi grave, et j'ai la flemme d'aller en acheter une autre. Je dois aussi acheter un nouveau jeu de cordes pour mon ukulélé. Flemme bis. J'aime pas les magasins de musique.

Aller mater le derby Saint-Etienne-Lyon chez mon frère. Loisirs. Cool.

Stresser tout seul dans son coin. De temps en temps, ça doit me faire du bien, je suppose.

Se poser des questions existentielles sur le texte ABSOLUMENT ININTERESSSANT que je suis en train de pondre. 800 pages en trois mois (et c'est pas fini). Génial. Mais qu'est-ce que je vais faire de ça, vous avez une idée, vous ? J'entends déjà les dizaines de réécritures qui arrivent avec leurs putains de grosses Nike Air Max à trois kilomètres...

Arroser les plantes, putain. Elles sont en train de crever.

Monter des nouvelles étagères. Des pyramides de livres s'érigent mystérieusement aux quatre coins de l'appartement. L'autre jour, j'ai trouvé un bouquin derrière le frigo. Pas compris.

Nettoyer les disques vinyles. Ca fait un an que je dois le faire...

Choper un rhume. Etre fatigué. Non, j'ai pas le temps pour ça, moi. Tu déconnes ?

Le soir, ça va mieux. Exclusivité Aniki. Mater Masterchef et de se demander pourquoi, mais pourquoi, Philippe s'est fait éliminer hier ? Non parce que Romain je l'aime bien, mais quand même, faut pas abuser.

Vouloir fumer sa dernière petite clope avant d'aller se coucher et se rendre compte qu'on a liquidé la cartouche. Courir au bureau de tabac à dix heures du soir. Je kiffe trop...

Trente pompes tous les jours. Le pire, c'est que je les enchaîne les doigts dans le nez. Pour me la péter, le week-end, j'en fais cinquante. Ben ouais. Aniki est là.

Appeler les rares camarades avec qui je m'entends bien. Bizarrement, plus aucun d'entre nous ne milite. Enfin si, y'en a un qui le fait toujours, mais parce qu'il a changé de section. Se mettre d'accord sur les manifs, celles où on va, celles où on va pas. Points de ralliement. Potins de la vie au Parti. « T'as vu Machin, il est rentré au Bureau de section ? Quel connard... Ça m'étonne pas... »

 

C'est la rentrée, quoi.

En octobre, ça va se tasser. Mais si.

 

Une bonne nouvelle : je ne me force plus à écrire minimum deux pages par jour.

Y'a du progrès.

 

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 16:35

 

 

En ce moment, je visite des appartements.

Un couple d'amis souhaite en acheter un. Ils ont eu un bébé. Pendant toute sa première année, le bébé a dormi dans leur chambre. Maintenant, ils voudraient une chambre pour l'enfant. Et leur propre logement.

Ils m'ont montré leur simulation de prêt. Un truc de malade. Trente ans de remboursement. Je ne m'attarde pas sur le coût de l'emprunt – à mourir sur place. Parce que le toit sous lequel dort une famille est le bien le plus élémentaire, le plus indispensable, le plus naturel, quand tu vois les chiffres sur le papier, tu te prends la lutte des classes en pleine gueule.

Comme tout le monde ou presque, ils n'ont pas beaucoup d'argent. Ils en ont même très peu.

La jeune femme me propose de visiter les appartements avec elle.

- Il a pas le temps pour le faire (mon ami hoche la tête), il travaille de nuit... Et j'ai besoin d'un mec pour voir les choses techniques. Moi, je vois pas tout ça.

J'accepte.

 

 

Me voilà flanqué d'une épouse et d'un bébé, du moins aux yeux des agents immobiliers qui nous font visiter.

Elle et moi, on précise que je ne suis qu'un ami, que le compagnon est au boulot. Aussitôt, l'agent nous interroge sur le compagnon. Que fait-il dans la vie. Parce que, elle, elle est en CDD à mi-temps. L'agent n'aime pas ça. Il ne m'aime pas non plus, quand il nous voit poireauter en bas de l'immeuble. On a pas l'air franchement friqués, elle et moi.

Jusqu'à présent, on en a visité une bonne dizaine. Des appartements. Et des agents immobiliers, aussi. Ces mecs me fascinent. Je me demande s'ils agissent de la sorte avec tout le monde. Avec nous, ils sont tout simplement imbuvables.

- Et qu'est-ce qu'il fait, le monsieur ?

Avec un sale regard jeté sur ma pomme.

Au bout d'un moment, on a arrêté de préciser que je n'étais qu'un ami. Ça a commencé à nous faire marrer.

- Il est écrivain, le monsieur.

- Oh vraiment ?

- Eh oui.

- Et ça rapporte ?

- Oh, ça rapporte assez pour demander un emprunt sur trente ans.

- Vous êtes de quel pays, tous les deux ?

- Nous sommes Français.

- Oui, bien sûr, mais je voulais dire l'origine...

- Nous sommes Français.

Plusieurs fois, l'agent nous a plantés avant même de commencer la visite, tandis que nous lui serrions la main devant la porte de l'immeuble.

- Désolé, mais l'appartement est vendu.

- Vraiment ?

- Oui.

- Pourquoi vous n'avez pas appelé ? Vous aviez notre numéro de portable.

- Je viens juste de conclure la vente. Ecoutez, je me suis déplacé jusque là pour vous le dire, vous n'allez pas vous plaindre, non ?

Non, on ne se plaint pas.

On rigole.

Lorsque l'agent accepte de bien vouloir nous faire pénétrer l'appartement, c'est, neuf fois sur dix, un voyage au bout de l'enfer. Tout est à refaire.

- Sur l'annonce, c'était écrit quelques travaux. Je suis désolé, mais il faut refaire les sols, les murs, les plafonds, la salle de bains, l'électricité...

- Il est peut-être ouvrier du bâtiment, le monsieur ?

- Ben ouais, en fait. Je suis ouvrier du bâtiment.

- Alors il pourra s'en charger. La dame sera ravie de refaire la décoration.

- Le problème c'est pas tant que je m'en charge ou pas, c'est le prix.

- Il y a beaucoup de cachet, monsieur.

Nous reluquons une salle de bains immonde investie par des relents d'égouts.

- Du cachet ?

- Admirez la cheminée.

- A vrai dire, on s'en fout un peu, de la cheminée.

- Mais la chambre de l'enfant ? C'est une chambre de rêve.

L'agent jette un coup d'œil au bébé dans la poussette, aperçoit qu'il est drôlement noir pour être le mien, et commence à se poser de sérieuses questions.

- Ils sont mariés depuis longtemps ?

- Ils sont pas mariés, à vrai dire.

- Vous avez bien vu la chambre de rêve ? Madame, regardez la chambre de rêve.

Madame regarde bien. Mais je lui ai montré la fissure au plafond, les fenêtres simple vitrage et l'installation électrique datant de la seconde guerre mondiale.

On poursuit nos visites.

Des machins impensables, mal agencés, dégueulasses, un peu moins chers que le reste, mais toujours trop chers. Ou des trucs potables, mais à des prix luxueux. Ma pote désespère.

Moi ce qui me désespère, c'est l'éternelle petite phrase assassine de l'agent :

- Vous savez, comme on a eu beaucoup de visites, il faudra vous décider ce soir.

La première fois, tout à fait spontanément, j'ai éclaté de rire.

- Ne riez pas, monsieur. Je suis sérieux. Je suis certain qu'à la fin de la journée, j'aurai deux offres de prix.

- Non mais, ce soir ? Se décider ce soir ? Vous plaisantez ?

- Non.

- Ouais, ma femme et moi on va foutre cent mille euros comme ça, direct, sur la table. On va pas se poser de questions. Non non, on va pas réfléchir. On se décide dans la soirée. Promis.

- Je dis ça pour vous aider.

- Ben voyons.

Celui-là nous a foutus vite fait bien fait à la porte.

Et puis, tous ont redit la même chose.

- Comme vous le voyez (trois couples visitent l'appartement en même temps que nous), il y a de la concurrence. Il faudra vite vous prononcer.

- Ouais ouais.

- J'ai encore trois autre visites dans la matinée.

- Mais j'espère bien que vous avez d'autres visites. Vous faites votre métier. Sinon, ça m'aurait salement inquiété pour vos petites affaires.

- Qu'est-ce qu'il fait dans la vie, le monsieur ? Il est peut-être dans l'immobilier ?

- Non, il travaille, lui.

Là-dessus, l'agent a fermé sa gueule.

 

 

 

- Ils ont eu l'accord de leur banque ?

- Qu'est-ce qu'ils font, dans la vie, monsieur et madame ?

- Ils ont quel âge, sans indiscrétion ?

- Ils vont emprunter sur combien d'années ?

- Ils ont un apport ?

- Ils ont combien d'apport ?

- Ils sont « primo-accédant », je suppose ?

- Le bébé est-il bruyant ?

- Ils n'ont pas peur de déranger les voisins ?

Des fois, je m'attends à ce qu'ils demandent :

- Ils ne sentent pas mauvais, au moins ?

 

Bien sûr, comme pour tout, la solution est politique et infrastructurale.

Révolution marxiste-léniniste. Dictature du prolétariat. Nationalisation des agences immobilières dans une structure d'état unique.

 

 

 

Et on parle plus, bordel de merde.

 

 

 

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 15:26

 


 

 

Pour le salut de ma santé mentale et de mon quotient intellectuel (que j'espère situé autour d'une honnête moyenne de 100 points), cela fait longtemps que j'ai cessé d'acheter l'Humanité.

Au début, fraîchement encarté, je l'achetais comme ça. Limite tous les jours. Et ça m'a vite fait peur.

Ensuite, je l'ai acheté plus qu'une fois par semaine. Pour me marrer (ce qui n'est pas bien, je le sais).

Après, j'ai carrément arrêté. Ça me faisait même plus marrer. Autant vous dire que le sevrage n'a pas été difficile.

Bref.

 

L'actualité autour du Parti, je suis donc plus trop au courant.

Mais là, impossible d'échapper au sondage IFOP « Radiographie du Parti C... à la veille de la Fête de l'Humanité », la chose s'étalant partout, sur la page d'accueil Yahoo, sur lemonde.fr.

 

Franchement, je ne suis pas d'accord avec les analyses qui sont tirées par les journalistes.

 

 

« Un constat s'impose : il est éprouvant, psychologiquement, d'être communiste en 2010. »

 

 

Bon, là, je conteste pas. J'éprouve ça tous les jours, mon blog vous relatant l'épreuve par le menu.

 

 

« Pour 58 % des personnes interrogées, c'est "un parti condamné à disparaître". Pire encore, ils ne sont que 11 % à voir dans le PCF "un parti qui présente des solutions originales" contre 24 % en 1993." 

 

 

Seulement 58 % des personnes interrogées condamnent le Parti à disparaître ? Non mais franchement, les gars, c'est que dalle ! Moi j'aurais dit 98 % !

Grosso merdo, 42 % des sondés croient encore à l'avenir du PCF. Le truc de ouf !

 

11 % des sondés lui accordent « des solutions originales ». Même moi j'aurais répondu non à la question. C'est qui, ces 11 % ? Des catholiques portés sur la magnanimité ?

 

 

« Et si la moitié des personnes interrogées cette année-là [ 1993 ] le considéraient comme "un parti utile pour défendre les salariés", elles ne sont plus que 31 % en 2010. »

 

 

Quoi, un tiers de l'échantillon juge le Parti apte à défendre les salariés ? J'hallucine. C'est la fête du slob. Le Parti renaît de ses cendres !

 

 

 

« A vrai dire, ces pourcentage ne sont pas très étonnants au regard de la dégringolade électorale que le PCF a enregistré depuis une trentaine d'années. Celle-ci s'est amorcée lors de la présidentielle de 1981 avec la candidature de Georges Marchais. Il est vrai que dans les années 70, le secrétaire général du parti avait jugé "globalement positif" le bilan politique de l'URSS et avait soutenu l'intervention militaire soviétique en Afghanistan. »

 

 

Curieux, la journaliste n'a pas fait le rapprochement avec la compromission du Parti dans le Programme commun...

 

 

« Cette vision plutôt négative qu'ont les Français du PCF rejaillit sur l'opinion qu'ils portent sur les militants communistes. Alors qu'ils étaient 46 % à avoir une "bonne opinion" d'eux en 1993 (contre 42 % en 1986), ils ne sont plus que 27 % aujourd'hui. »

 

 

Ça, mea culpa, vu les commentaires et les messages privés que je reçois régulièrement, ce doit être la faute de mon blog.

 

Sérieusement, me basant sur ma propre expérience de militantisme, si j'avais dû me prononcer sur mon opinion vis-à-vis des camarades, ben... je sais pas si j'aurais répondu qu'elle était bonne.

 

 

 

Quand je constate qu'il y a encore 2 % des électeurs qui votent communiste aux présidentielles, moi, je suis soufflé. 2 %, c'est énorme. Et je ne suis pas ironique. C'est franchement un miracle.

 

Mais alors là, ces chiffres, ils me la coupent direct. C'est pas possible, le camarade Pierre Laurent a soudoyé les sondeurs de l'IFOP (et même les sondés, probablement).

 

 

 

 

Mis à part ça, je reste toujours communiste.

 

 

 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 12:22

 


 

 

Dans la fabuleuse cosmogonie politico-mondaine de la littérature, nous trouvons : l'auteur.

 

Son nom est inconnu du grand public, mais, parce qu'il jouit d'une bonne réputation critique, et d'une bonne réputation dans le milieu, il est convaincu de sa grande importance dans la République des lettres. Son tirage est honnête, désormais (aux alentours de cinq mille exemplaires). S'il franchit les dix mille, il devient un cador.

Je le côtoie rarement chez mes éditeurs, où l'on ne croise quasiment personne d'autre que les salariés.

L'auteur, le confrère, on le rencontre plutôt dans les salons littéraires. Au café où tout le monde va boire un coup, en marge des festivités culturelles.

 

Moi, au début, je pensais que l'auteur était quelqu'un comme tout le monde. A la différence près qu'il écrivait des livres.

Ce n'est pas tout à fait ça. L'auteur, bien souvent, est pénible.

 

Il a entre quarante et soixante ans. Ce qui lui a laissé le temps d'asseoir sa petite notoriété. J'écris « petite » notoriété sans médisance, car, il faut bien se le rappeler : citez le nom de l'auteur à vos amis, personne ne le connaîtra. De même pour mon nom à moi, d'ailleurs.

L'auteur est un incompris. L'éditeur ne le comprend pas, la critique ne le comprend pas, le lectorat ne le comprend pas, sa mère ne l'a pas compris, les femmes ne le comprennent pas, la société ne le comprend pas.

Lui, ce qu'il a compris, c'est son œuvre.

Il peut disserter sur la portée symbolique de son dernier bouquin pendant trois heures. Voire trois jours. L'auteur s'est construit une voie. Il a un cheminement thématique, que le lecteur devrait pouvoir analyser, s'il a bien lu tous ses livres. Si le lecteur ne l'a pas analysé, c'est que le lecteur est un con.

L'auteur est un homme bien seul.

 

Il aime parler des femmes, bien qu'il n'ait pas fait tant de conquêtes. L'auteur adore les femmes. Qui ne le comprennent pas. Dans ses romans, il expose la difficulté intrinsèque à l'hétérosexualité moderne en pays capitaliste – grosso merdo, comprenez qu'il n'arrive pas à niquer autant qu'il le voudrait – sans avoir l'impression de rabâcher du Houellebecq pour la millionième fois. C'est son sujet de prédilection, y compris à l'oral. Quand il cerne ma moue dubitative, l'auteur réplique :

- Mais toi, tu es un opportuniste sexuel dans notre société. Tu ne peux pas imaginer le ghetto érotique dans lequel l'hétérosexuel mâle a été placé, depuis l'émancipation des femmes.

L'auteur sait que j'aime les hommes.

L'auteur croit provoquer. C'est assez lassant.

 

Il est obnubilé par le sexe, qu'il ne pratique pas. Il s'oublie, parfois, et évoque :

- Ah, en 1968, qu'est-ce que j'ai pu baiser !

Ses confrères ricanent avec complaisance, vous, vous avez envie de lui demander si l'occasion ne s'est donc jamais représentée, dans une laps de quarante ans.

Quand je suis seul face à lui, et que je lui laisse entendre que sa fascination pour les femmes ne me captive pas vraiment, il tranche :

- Bien sûr, toi, tu es bien intégré. Sexuellement parlant. Tu ne peux pas comprendre ma misère.

Car l'auteur est un misérable.

A longueur de journée, il se plaint qu'il ne « vit pas de son œuvre ». Il vitupère contres les éditeurs, ces salauds qui ne le paient pas assez. Il vitupère contre les femmes, qui elles, gagnent mieux leur vie. Pas contre les femmes auteurs. Contre les femmes en général.

J'essaie de glisser une connerie, pour le détendre. L'auteur fait les gros yeux. Il ne plaisante pas.

L'auteur est un homme sérieux.

Ses romans sont sérieux. Son œuvre est sérieuse. Son avis est sérieux. Son opinion est sérieuse. Ses lectures sont sérieuses. Il est au service de l'art.

Il sait ce qu'est la littérature. Il sait ce qu'est un auteur. A ce sujet, il entretient des dogmes et des préceptes. Qu'il distribue à tire-larigot, et surtout dans ses entretiens pour la presse. Tant de certitudes me laissent toujours confondu. Mais la lecture de ses interviews a un avantage : j'y repère tout ce qu'il ne faut pas répondre pendant les miennes. J'identifie l'image que je ne veux surtout pas donner. Je dois l'en remercier.

Lui, il n'accepte pas ma reconnaissance. Il lit mes entretiens et n'oublie pas de me chapitrer.

- Quand on te pose la question : qu'est-ce qu'un écrivain, tu ne peux pas répondre : quelqu'un qui raconte des histoires ! En tant qu'artiste, tu es investi d'une mission. Tu écris parce que tu veux t'émanciper de la souffrance de...

- Je sublime une souffrance, et alors ? Qui ne le fait pas ?

- Ce n'est pas ce que je disais ! Un auteur doit souffrir, doit encaisser les coups durs – d'ailleurs je te trouve d'un naturel trop joyeux pour la vocation – et ta mission est d'éclairer la société sur ton ressenti en tant que marginal !

- Marginal ?

- Oui !

L'auteur se sent marginal.

Il a pourtant, très souvent, un cursus universitaire poussé, aime les mondanités, exige la gratitude envers son travail, ne crache certainement pas sur le pognon et rêve d'être édité chez un mastodonte de la littérature française.

L'auteur n'est jamais avare de conseils, même s'il juge votre production romanesque « pas trop mal mais inintéressante ». Il vous reproche principalement de ne pas explorer les mêmes thématiques que lui, de ne pas écrire avec son style à lui, de ne pas avoir lu ses livres, de ne pas avoir compris le grand message sociétal qu'il offre, dans un sacrifice magnifiquement chrétien, à une société qui le renie.

 

 

L'auteur est un être avide de liberté. Les obstacles – les femmes inaccessibles, les lecteurs incompréhensifs, la critique indifférente – lui procurent la souffrance qu'il prétend être son moteur créatif premier.

Puis, l'auteur convoite un contrat d'édition chez un mastodonte de la littérature française. Il écrira un livre de commande. Il déblatérera, partout, qu'enfin, « on l'a reconnu à sa juste valeur ». Il s'affichera avec son nouvel éditeur, grands copains. Et le lendemain, son nouvel éditeur me confiera : « c'est un connard ». L'auteur sera néanmoins heureux. Ne croyez pas qu'il y gagnera un plus gros tirage. Ni plus d'argent.

Il y gagnera le prestige.

 

 

Ensuite, il s'engueulera avec son nouvel éditeur.

Et les choses recommenceront.

Personne ne le comprendra plus.

Je l'admets. C'est bien triste.

 

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