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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 10:42

 

 

 

Amis lecteurs qui cherchez un éditeur !

 

Toujours dans la lignée « ne vous faites pas avoir, ce n’est pas un vrai éditeur sérieux », après mon article sur l’Harmattan, je vous invite à consulter les investigations menées par mon confrère Ludovic.

 

Car Ludovic a parcouru un voyage au bout de l’enfer en s’infiltrant chez  « Les Nouveaux Auteurs" !

 

Par ordre chronologique, lire :

 

 

Les Nouveaux Auteurs

 

Les Nouveaux Auteurs (suite)

 

Les Nouveaux Auteurs : la saga continue !

 

 

 

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 10:53

 

Un pote (très cynique et humour noir) :

- Vous les communistes, vous devriez vous inspirer des Etats-Unis.

Moi (bien branché délire cynique et humour noir) :

- Mais c’est ce que je fais tous les jours, hélas.

- Non, je voulais dire, l’URSS a totalement foiré son coup, après le Rapport Khrouchtchev. Y’a un truc que les communistes ont pas compris et c’est pour ça que votre magnifique URSS s’est écroulée. Quelque part, vous le méritiez bien. Vous auriez dû faire comme les Etats-Unis.

- C’est-à-dire ?

- Vous auriez dû tout simplement déballer les infos sur le goulag, Staline, machin et truc, bref, tout ce que les gens vous reprochent… Et ce le plus vite possible. Si vraiment ça vous faisait chier de tout balancer comme ça, vous auriez fait croire qu’il y avait eu des fuites (genre Wikileaks). Alors vous auriez fait style « oh mon Dieu mais c’est intolérable, nous n’encourageons pas ce genre de choses et nous allons organiser une commission d’enquête ! ».

- Et ensuite ?

- Vous vous la pétez style les Américains avec l’Irak, Guantanamo ou Abou Ghraib. Je résume, car je sais que vous êtes bornés, vous les cocos : vous tombez des nues, et vite vite, vous lancez des fins limiers histoire d’enquêter sur la chose. Enfin, bien sûr, vos propres fins limiers. Les Américains font eux-mêmes leurs commissions d’enquêtes.

- C’est vrai. Ils sont trop forts, quand ils veulent.

- N’est-ce pas ? Bon, vous accepteriez quelques observateurs étrangers, histoire de. Mais vous les baladeriez ici et là et continueriez votre bordel dans votre coin. Cinq ans plus tard, quand le monde entier est passé à autre chose, vous balancez les résultats de l’enquête. Ce qui revient en gros à dire, comme au début « oh mon Dieu mais c’est intolérable, nous allons faire en sorte que ça ne se reproduise plus et sanctionner les fauteurs de trouble ». Et voilà. C’est ce qu’il fallait faire au moment du Rapport Khrouchtchev. Au lieu de ça, vous avez tergiversé, vous avez révélé certains trucs mais pas tout. Vous avez chié entre deux chaises, en bref. Fallait faire mea culpa ! Inspirez-vous des Américains, la prochaine fois, bordel de merde. Ces types ont pulvérisé Hiroshima et Nagasaki, deux cibles civiles, tuant plus de cent cinquante mille personnes en l’espace de trois jours, et passent toujours pour les hérauts de la démocratie ! Ami communiste, respecte les USA, quand même.

 

 

Sic.

 

 

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 16:26

 


 

 

Camarade lecteur, nous allons aujourd'hui aborder un point parmi les plus infâmes du monde de l'écrit : les faux éditeurs à compte d'éditeur mais en fait c'est plutôt du compte d'auteur.

 

Eh oui. C'est fâcheux, mais ça est.

 

 

J'ai mentionné le nom de l'éditeur le plus célèbre à pratiquer cette ignominie dans le titre de mon article et ne le répéterai pas (pour des raisons juridiques évidentes, car on ne peut plus s'exprimer dans ce pays c'est une honte).

Appelons donc cet éditeur : le Toto.

 

Un lecteur de ce blog m'a alarmé sur le Toto et sa nocivité potentielle auprès des auteurs aspirant à l'édition. J'ai ensuite pu me procurer, très facilement, le « contrat d'édition » que propose le Toto aux pauvres gens qu'il compte dévorer tout cru (un vrai Stoni en mode infiltré !!).

 

 

 

Ami lecteur, comme tout bon écrivain non édité que tu es, tu cherches une maison pour faire imprimer ta prose.

Et comme souvent, tu envoies ton roman (ou tes poésies, ou ton essai) à un soi-disant éditeur à compte d'éditeur : le Toto.

Étonnamment, tu reçois très vite une réponse et elle est positive. Tu es super content !

 

Sauf que.

 

Sauf que voilà, c'est, une fois de plus, une super arnaque.

Bienvenue dans le monde terrifiant de l'édition à compte d'éditeur mais c'est pas non plus du compte d'éditeur, en fait c'est plutôt du compte d'auteur.

 

 

Mettons les points sur les i, puisque nous sommes dans le domaine de l'écriture.

 

Chez le Toto, le fonctionnement est simple.

 

Le Toto ne te donne pas d'à-valoir.

 

Cela dit, le Toto ne te demande pas non plus du fric pour « financer les frais d'édition » de ton roman - donc ce ne serait pas de l'édition à compte d'auteur.

 

 

 

Comme le Toto est finaud, il prétend « jouer un rôle important dans l'édition française » avec une place envieuse dans le classement des éditeurs par chiffre d'affaires (bon, il est pas dans le Top 50 non plus, mais toi tu te dis, c'est pas mal quand même). Le Toto possèderait des dizaines de milliers de titres dans son « catalogue ». Tu es tout impressionné.

Le Toto s'enorgueillit également d'avoir édité les premières œuvres de maints auteurs ultra connus. Déjà, si le Toto n'a édité que « les premières œuvres » de ces dits auteurs ultra connus, ça devrait te mettre la puce à l'oreille, mais passons.

Le Toto possède même ses propres librairies, un truc de ouf.

 

Alors toi tu te dis, putain, mais c'est le contrat du siècle !

 

 

Mais quelle est la réalité, derrière ce mirage ?

 

La voici. Le Toto est surtout connu pour être l'éditeur des universitaires qui voudraient bien faire publier leurs travaux (mémoires, thèses, ouvrages divers et variés) mais qui ne peuvent pas passer par un éditeur professionnel. De ce fait, ces gens-là éditent chez le Toto.

Le problème, c'est que le Toto ne se limite pas « aux sciences humaines » (soit, le mémoire de Master I de Julien Dupont sur la métempsychose au IIIème siècle avant JC), mais qu'il souhaite aussi « faire de la littérature » (soit, cramer vos droits sur votre œuvre jusqu'à la fin de votre vie).

 

 

 

 

Comme d'habitude, j'explique tout.

 

 

 

 

 

 

 

Chez le Toto, c'est toi qui te tapes tout le boulot !

 

 

 

Problème n° 1 : tu vas à la Fnac et y'a pas un seul livre du Toto en rayon. Bizarre...

 

Problème n° 2 : le Toto t'envoie très vite un contrat d'édition (chose super étrange, mais tu ne le réalises pas encore). Le courrier d'accompagnement commence bien :

 

« Nous avons le plaisir de vous informer que le manuscrit que vous nous avez envoyé a été retenu pour la publication dans la collection : roman érotique. »

 

Ouh là là, t'es jouasse !

 

Le courrier poursuit :

 

« Nous vous invitons maintenant à nous fournir votre document sous la forme d'un prêt-à-clicher, c'est-à-dire une mise en page de votre ouvrage selon les normes fournies ci-contre. »

 

Diantre, mais de quoi s'agit-il donc ? Comme tu n'y connais rien au monde de l'édition, tu crois que c'est normal.

 

Alors tu découvres quatre pages intitulées « CONSEILS PRATIQUES AUX AUTEURS POUR L'ELABORATION D'UN PRET-A-CLICHER ».

En gros, les mecs te demandent de faire toi-même la correction, la mise en page, bref, tout le travail éditorial que doit normalement faire un éditeur.

 

Tout est prévu. Le format de la page au millimètre près, la pagination, les pages de garde, la mise en forme du texte (avec la police, les règles de ponctuation), les notes, la couverture, la quatrième de couverture, etc.

 

Mais toi, camarade auteur, tu n'es ni correcteur ni préparateur éditorial. La correction et la prépa, c'est un véritable métier qui ne s'apprend pas comme ça.

Dans un cadre normal d'édition, c'est à l'éditeur de faire accomplir ce boulot par des spécialistes.

Et là, tu dois le faire tout seul.

 

Le bouquet, c'est que le Toto te propose bien de le faire lui-même mais monnayant rémunération !

 

« Un test orthographique et typographique (sur une dizaine de pages) est effectué par nos soins sur chaque prêt-à-clicher. Lorsqu'une relecture complète du document est jugée nécessaire, celle-ci est à la charge de l'auteur (une possibilité de relecture par le Toto est possible sur devis). »

 

Sur devis ? Putain les gars c'est des garagistes ma parole !

 

Le pire reste encore à venir.

 

 

 

 

 

Chez le Toto, tu dois acheter 50 exemplaires de ton livre !

 

 

 

Fête du slip !

 

Chez un éditeur sérieux, professionnel et normal, on te donne gracieusement 50 livres, t'as rien à payer, c'est ce qu'on appelle les « exemplaires d'auteur ».

 

Mais chez le Toto, on se distingue !

 

Le truc est annoncé dès le courrier d'accompagnement (standardisé, bien sûr) glissé dans l'enveloppe du contrat d'édition :

 

« Dans des domaines particulièrement difficiles, comme notamment les secteurs littérature, poésie et théâtre, il vous sera parfois demandé de prendre en charge l'achat de 50 exemplaires de votre ouvrage avec une remise de 30 %. »

 

Note la remise de 30 %, quand je te disais que c'étaient de vrais garagistes ces types-là.

 

En page 4 du « contrat » (qui justement fait quatre pages au total, tu parles d'un contrat – un vrai contrat d'édition en fait au moins dix !), il est bel et bien stipulé :

 

« Achat de 50 exemplaires (-30 %) à régler en cours de fabrication. »

 

Sachant que le tirage initial est « 100/200 ou 300 exemplaires » (autant dire que dalle – voir mon article sur le tirage), ça va, avec cinquante ventes d'assurées par l'auteur lui-même, le Toto ne prend pas trop de risques financiers !

 

 

Le Toto, ou comment te faire enculer en toute maestria par des prétendus éditeurs qui ne font rien d'autre, en réalité, que du compte d'auteur.

 

 

A ce stade, camarade lecteur, retiens une bonne fois pour toutes :

 

UN VRAI CONTRAT D'EDITION A COMPTE D'EDITEUR N'IMPLIQUE AUCUN INVESTISSEMENT FINANCIER DE LA PART DE L'AUTEUR, QUE CE SOIT EN ARGENT OU EN COMMANDE DE LIVRES !

 

Quand un auteur traite avec un vrai éditeur, c'est l'éditeur qui lui donne du fric (à-valoir) ! Et personne d'autre !

 

Un éditeur qui ne vous rémunère pas n'est pas un éditeur !

 

C'est clair ?

 

 

Voir mon article sur un vrai contrat d'édition professionnel :

http://stoni1983.over-blog.com/article-au-secours-je-vais-signer-un-contrat-d-edition-ou-t-es-grave-dans-la-merde-51103947.html

 

 

 

 

 

 

 

Chez le Toto, t'as autant de distribution

que du compte d'auteur (c'est-à-dire aucune).

 

 

Eh oui, le Toto se distribue lui-même, donc autant te le dire, ton roman sera (peut-être) en rayon dans les trois librairies revendiquées par le Toto à Paris, et nulle par ailleurs : bon, en gros, ton livre sera introuvable, quoi.

 

 

Voir mon article sur l'importance de la distribution.

 

 

 

 

 

 

 

Un coup de gueule personnel de Stoni !!

 

 

Je vais te dire un truc, camarade lecteur, les clampins du genre le Toto ou tous les éditeurs à compte d'auteur, ça me fout hors de moi.

 

Ces gens profitent manifestement des auteurs aspirant à l'édition et qui n'y connaissent en rien, en leur soutirant leur argent, mais cela, ce n'est pas encore le plus grave.

 

Ces prétendus « éditeurs », qui croient péter avec la clique germanopratine, alors qu'ils ne connaissent, eux non plus, ni rien ni personne dans le vrai milieu, te crament ta propriété intellectuelle sur ton roman, si d'aventure tu commets l'erreur insigne de signer leurs contrats tout pourris.

 

Quand tu signes un contrat chez le Toto, tu cèdes (pour 0 € !!! un comble !) la propriété intellectuelle de ton œuvre.

Décodage : tu n'auras plus jamais le droit d'exploiter et de faire éditer ailleurs ton roman. Et même après ta mort, tes « ayant-droits » devront attendre 70 ans et des patates pour récupérer leurs droits.

 

Et ça, c'est pas rien.

 

Tu n'es plus propriétaire de ton texte, c'est le Toto et ses trois librairies à 2 francs dans le Quartier Latin qui l'est !

 

La propriété intellectuelle, c'est comme son propre corps : on ne la vend pas à n'importe qui (c'est beau ce que je dis putain).

 

 

 

 

 

 

Par conséquent, camarade lecteur, un bon conseil :

 

NE SIGNE PAS CHEZ LE TOTO (ou consorts).

 

 

 

 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 13:58

 


 

 

Toi qui me lis sur ce blog,

Toi qui écris mais n'oses pas soumettre tes manuscrits aux éditeurs, par mésestime de toi,

Toi qui écris et qui « n'arrives pas » à éditer,

Toi qui écris et qui t'apprêtes à franchir le pas,

Toi qui n'écris pas mais qui admires les écrivains,

Toi qui « aurais voulu être un artiste »...

 

Toi, homme ou femme, adolescent, jeune, ou mature,

Qui m'envoies un message pour me dire ta réalité, ton expérience, tes déceptions, tes frustrations, tes peurs,

Toi qui me demandes des conseils.

 

Moi qui fais ce que je peux pour toi,

Je voudrais te dire.

 

Moi qui suis auteur, édité, qui ai ma petite réputation. Moi qui ai les coupures de presse, les gratifications, l'argent, le livre imprimé, le livre vendu, les tables des nouveautés dans les grandes librairies et dans les grandes chaînes culturelles, les salons, les dédicaces, et toutes ces conneries.

 

Je sais que tu crois qu'il faut avoir du talent pour être édité.

Non. Jamais. Il n'y a pas de talent, il n'y a jamais eu de talent, il n'y a jamais eu de génie littéraire non plus.

Il y a un marché, qui obéit aux lois de l'économie. Avec, tout simplement, un vendeur (l'éditeur), un producteur (l'écrivain), puis une clientèle (le lectorat).

Le vendeur fournit un certain type de produit à sa clientèle, laquelle n'achète pas n'importe quoi. La clientèle achète en fonction de ses besoins, de ses questionnements et des modes.

Le vendeur recherche des produits adéquats, ceux qui plairont à sa clientèle.

Et là-dedans, l'écrivain est une bouteille jetée à la mer.

Si l'écrivain est édité, c'est parce qu'il correspond à la demande du marché : il n'y a pas d'autre raison concrète, il n'y aura jamais une autre raison concrète, il n'y a pas de miracle.

L'auteur qui ne sera jamais édité, l'auteur qui échouera, tout du long de sa vie, à trouver l'éditeur, n'est pas un auteur raté. L'auteur qui ne sera jamais édité est un auteur qui ne s'insère pas dans le système économique du marché qu'est la littérature.

C'est ainsi.

 

Je crois qu'il y a deux types d'auteurs édités.

L'auteur « chanceux » : sans vraiment le vouloir, il a réussi à écrire un texte qui correspond aux attentes du marché.

L'auteur « opportuniste » : volontairement, il a écrit un texte qui correspond, lui aussi, aux attentes du marché.

 

L'écrivain qui n'arrive pas à éditer est « malchanceux ». Il n'est pas auteur au bon moment, à la bonne époque, au bon endroit.

Rien d'autre.

 

Je sais également que tu t'imagines bien des choses, sur mon métier, celui d'un auteur « chanceux ».

 

Moi je te réponds : peut-être n'as-tu pas raté grand-chose en restant anonyme.

 

 

Ne te figure pas que ma vie s'est vue transfigurée, parce que, un jour, j'ai été édité.

 

Non.

 

J'ai des soucis, comme toi, des problèmes, des remises en question, j'ai aussi le sentiment qu'on me prend pour un con, qu'on se fout de ma gueule, et surtout, je dois me battre, tous les jours, tout le temps, partout.

 

Mes emmerdes ont changé, mais elles sont restées là.

 

Ecrivain, c'est un métier de chien, et ça ne date pas d'hier.

Je suis payé quelques milliers d'euros pour chaque roman écrit. Quelques milliers d'euros ne faisant pas vivre, j'ai un emploi salarié à côté. Oui, mes romans sont là, dans les librairies, oui, des gens les achètent.

Sinon, je me bats contre mes éditeurs, tout en essayant de compromettre avec eux, car, crois-moi, changer de maison tous les ans, ce n'est pas une sinécure.

Je me bats pour que mes romans soient acceptés sans trop de modifications, je me bats pour imposer mes thématiques, et pas celles que mes éditeurs voudraient bien me voir « développer ». Je me bats pour que ces mêmes éditeurs fassent correctement leur boulot. Penses-tu que je sois reçu comme un prince, chez mon éditeur ? Non. Je suis un nom dans un catalogue. Rien de plus.

L'autre jour, j'ai lu, par hasard, une anecdote révélatrice. L'auteur Marie Cardinal expliquait qu'elle avait dû quitter une maison d'édition parce qu'on « l'avait échangée contre un autre auteur ». Bien entendu, au ton qu'elle prenait, ça se sentait qu'elle n'avait pas apprécié le geste.

Voilà. L'écrivain est une entrée dans un catalogue que l'on peut, potentiellement, transférer, pour s'en débarrasser.

Trouves-tu cela gratifiant ?

Je ne suis pas une célébrité, je ne sais guère si j'en deviendrais une un jour, et ne t'en fais pas, on me le fait comprendre. Même si mes chiffres de vente sont très honnêtes, on sait me rappeler, tacitement ou explicitement, que d'autres vendent davantage.

J'essuie le dédain des certains journalistes, de critiques. Et les vois parfois revenir la queue entre les jambes, le compliment au coin des lèvres, au moment où ils sont bien obligés de le faire. Je me tape la condescendance à peine dissimulée de ces drôles de gens qui organisent des salons du livre, comme je suis jeune, comme je suis pauvre, comme je ne suis pas une star.

Vexations, humiliations, insultes, crachats.

 

Alors, oui, il y a des choses qui sont agréables.

Ecrire, tomber amoureux de ses personnages, vivre, de longs mois, à leur côté, les construire, les fortifier, les lancer à l'assaut du monde, après les avoir préparés pour cela. Les voir prendre chair dans la conception d'autrui, parce que je suis lu, parce qu'ils sont diffusés et livrés à autant de gens qu'il y a de lecteurs, critiques, journalistes...

Lire la bonne critique, c'est, je l'avoue, très agréable.

Lire la mauvaise, beaucoup moins.

Il y aussi les retours des lecteurs. Les messages, les courriers, que l'on reçoit. « Bonjour, je voulais vous dire que j'ai lu votre livre et que c'est le meilleur roman que j'ai lu de toute ma vie ! ». Les encouragements. Les gens qui vous disent « Vous m'avez redonné confiance en moi. » Les gens qui, tout simplement, vous écrivent : « Merci pour ces heures de lecture qui sont passées trop vite. »

 

Mais, sincèrement, il n'y a pas que ça.

 

Il y a tout le reste.

 

Toi qui me lis, ne l'oublie pas, ne l'oublie jamais.

 

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 11:37

 

 

 

 

  Maintenant, camarade lecteur, que tu sais tout sur la rémunération d’un auteur, tu pourras apprécier à sa juste valeur cette anecdote.

 

Ok, les gens croient que les auteurs gagnent correctement leur vie (genre un SMIC tous les mois : si seulement !).

 

Ok, tu leur expliques que non, ça ne se passe pas comme ça, nous ne sommes pas salariés, etc.

 

Normalement, ton interlocuteur est censé comprendre, à ce stade : « les auteurs gagnent bien mal leur vie et c’est pour ça qu’ils ont souvent une activité connexe. »

 

Normalement.

 

Mais non.

 

 

 

Là intervient l’histoire du médecin généraliste (et c’est pas une blague, même si ça fait début de blague de Toto).

 

 

 

 

Mon médecin généraliste, je le connais depuis que je suis tout petit. Genre, il m’a vu grandir et tout. Je le kiffe trop ce mec.

 

Sauf qu’il part en vacances, de temps en temps.

 

L’autre jour j’appelle pour prendre rendez-vous et le répondeur me dit qu’il s’est cassé en congés. Aaah non.

 

Du coup je dois me rabattre sur l’autre gus qui partage son cabinet (et en même temps voir le remboursement de la Sécu me passer sous le nez – comme si c’était ma faute si mon médecin généraliste déclaré part à Punta Cana !).

 

J’arrive au rendez-vous. L’autre médecin, meskin, il fait pitié, il est tout gris et il a l’air déprimé et tout.

Il me demande ce qui m’amène.

- Ben en fait je voudrais des trucs pour dormir, je dors pas.

- Pourquoi ne dormez-vous pas ?

- Sûrement parce que je suis stressé.

 Le mec a l’air super concerné et inquiet.

Du coup je précise :

- Non mais ne vous faites pas de mouron, je vais bien, mais en ce moment je travaille BEAUCOUP, et je crois que je sature, ça fait super longtemps que je me suis pas arrêté, donc je dors pas. C’est pas plus grave que ça.

 - Vous travaillez beaucoup beaucoup ?

 - Ouais, de onze à treize heures par jour.

 - Mais vous faites quoi comme métier ?

 Et là, spontanément, je dis ce qu’il ne faut JAMAIS dire à un médecin : écrivain.

Le type décille. Blanchit.

Encore perdu une occasion de fermer ma gueule.

La dernière fois que j’avais sorti ça à un toubib, le mec m’avait cuisiné pour savoir si, par hasard, je n’étais pas drogué ou alcoolique…

 - Vous passez onze heures par jour à écrire ?

 - Euh, non, mais en fait je suis aussi salarié à côté et…

 C’est parti pour s’embourber un quart d'heure durant dans la description de mon quotidien. Pourtant, c’est pas compliqué : UN JOB POUR MANGER ET MON JOB D’ECRIVAIN. Voilà, ma journée est coupée en deux.

Je lui dis, tout ça.

 - Mais pourquoi vous avez besoin d’un emploi salarié ? Vous ne gagnez pas votre vie avec vos écrits ?

 Consternation, quand tu me tiens !

 - Wallah ça non !

 - Mais alors c’est votre hobby, l’écriture, et vous n’êtes pas édité ?

 - Euh, si, je le suis. Mais c’est très dur de gagner sa vie quand on est auteur, il faut vraiment vendre beaucoup de livres…

 - Combien ?

 - Je sais pas, trente mille, quarante mille… Et puis ça impliquerait qu’on écrive un livre par an à peu près, et comme on est pas des machines…

 - Vous avez du mal à vous faire connaître, c’est ça ?

 Oh putain. Il a rien compris.

Et il est à deux doigts de verser une larme sur le pauvre petit écrivain raté qu’il me croit être.

 - Non, c’est pas ça, mais même quelqu’un d’assez connu aura du mal à gagner assez de…

 - Mais vous êtes sûr que vous ne vous faites pas avoir par votre éditeur ?

 - Ah non, ça j’en suis sûr…

 - C’est terrible quand même ! J’espère que vous réussirez à vous faire connaître, un jour.

 Style super apitoyé, le type.

Il commence à m’énerver.

 - Vous avez la CMU ?

 - Quoi ?

 - Vous devriez prendre la CMU.

 - Mais j’ai une mutuelle, regardez je…

 Je lui sors ma carte de mutuelle. Peine perdue.

 - Mais vous devriez prendre la CMU, plutôt qu’une mutuelle ! Tous les soins sont gratuits, la CMU a été conçue exactement pour des gens dans votre situation précaire. Vous avez un domicile fixe ?

 J’éclate d’un rire nerveux.

 - Euh, écoutez, je crois qu’on s’est mal compris. J’ai des revenus, pas énormément d’accord, mais j’ai un salaire, et je vis avec quelqu’un, donc ne vous inquiétez pas, je ne suis pas à la rue, tout va bien…

 - Je vais vous donner des antidépresseurs remboursés par la Sécurité Sociale.

 - J’ai pas besoin d’antidépresseurs ! Tout ce que je voudrais, c’est des somnifères, rien d’autre !

 - Enfin, vous traversez une phase difficile, vos livres ne se vendent pas et…

 - Mais si mes livres se vendent ! que je m’écrie (je suis très susceptible à ce sujet).

 Le gars adopte une mine interdite, qui signifie « oh le pauvre petit miséreux, quel déni il fait ».

 - Je vais vous donner des adresses de pharmacies où acheter des médicaments beaucoup moins cher qu’ailleurs. Vous n’êtes pas dépendant aux drogues ou à l’alcool ?

 Je secoue la tête et ne dis plus rien.

Dans le genre dialogue de sourds…

J’empoche une ordonnance inutile pour des médicaments que je ne prendrais pas, accepte les brochures sur la CMU et les allocations sociales, et prends la porte, résigné.

 

Cet épisode magnifique vous était envoyé depuis les tréfonds de ma praxis littéraire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 09:59

 


 

 

Comme je l'ai maintes fois expliqué par le passé (ici, ou ), je suis encarté au dernier parti communisant de France et, passée une période de militantisme forcené, ai pris mes distances avec ces gens-là...

 

Ça ne s'est pas très bien passé, je pense que nous n'étions pas faits pour nous entendre, ma section et moi. J'aurais aimé que ça se déroule autrement, mais, que veux-tu. C'est ainsi.

 

J'ai gardé des contacts avec des camarades. Avec ces gars-là, ce n'est pas tant nos opinions politiques qui nous réunissent, mais tout simplement l'amitié.

C'est marrant, car, chacun à notre façon, nous nous sommes éloignés de la cellule où nous nous sommes rencontrés... Certains ont fait comme moi, cesser de militer, d'autres sont partis ailleurs.

 

Malgré nos divergences, nous sommes tous communistes. Des fois nous rêvassons, et suggérons que nous devrions former une cellule, juste pour être entre nous.

 

Parfois, nous nous prenons d'une lubie et retournons aux réunions.

On y va rarement seuls, non, on se déplace en groupe. Soudés. Coude à coude.

 

Un camarade m'appelle.

- Tu viens avec moi à la réunion de section, ce soir ?

- Ah bon y'a réunion de section ?

- Ouais j'ai réussi à pirater un mail.

Nous sommes tous bannis de la liste de diffusion de la section...

Ce projet ne me parle guère.

- Ben je sais pas, ce soir Arte va mettre les nouveaux épisodes des Invincibles sur internet...

- Ah ouais tu regardes ça ?

- Pire encore, je suis accro.

- Moi aussi, j'osais pas trop le dire, mais je suis fan. Sauf que je regarde le mardi soir à la télé.

- Ben moi j'ai pas la télé donc j'attends depuis ce matin de pouvoir les regarder, tu vois... C'est con, cette série, mais je suis addict désormais.

- Tu crois que Hassan va se remettre avec Fury Cat ?

- Ben y'a intérêt, la Jeanne Serrano je l'aime pas, moi.

- Moi non plus. C'est une grosse conne.

- Clair, elle l'exploite à fond. Tout ce qu'elle veut c'est un homme à la maison pour s'occuper du chiard.

Je tiens à préciser, même si mes lecteurs n'ont en rien à secouer, que l'épisode suivant allait me donner raison. Je suis trop fort, ha ha ha.

- Non mais Stoni, sans déconner, tu regarderas un autre soir, ça reste une semaine sur le site d'Arte, là. Viens avec moi à la réunion de section !

- Mais les Invincibles...

- Tu regarderas en rentrant ! Ce soir ils vont parler de ce qui va se passer pour la présidentielle.

- Dis-moi pas que c'est pas vrai ! Ok, je viens.

 

Eh oui, tu comprendras mieux, ami lecteur, mon regain soudain d'intérêt : cela fait des mois que nous militants communistes sommes dans le flou par rapport à la présidentielle.

Enfin moi en tout cas j'étais dans le flou.

J'avais bien reçu un courrier du Parti (émanant de la Place Colonel-Fabien, attention ça rigole pas) censé nous expliquer par le menu la tactique communiste pour 2012, mais alors, pour être honnête, c'était tellement chiant et mal écrit que j'avais rien entravé à ce truc-là.

 

En gros, on sait pas trop si le Front de Gauche va se poursuivre avec une candidature commune, incluant le danger d'être incarnée dans la personne de Monsieur Mélenchon, ou si y'aurait une candidature communiste avec un petit gars bien de chez nous.

 

Aucune des deux options ne m'enchantait, quant à moi.

Déjà, je vois pas trop ce que le Parti va foutre dans l'élection présidentielle : si c'est pour se prendre 2 % de vote, autant pas y aller. Faut être maso ou quoi ?

Ensuite, ça m'aurait cassé les couilles que Mélenchon nous représente.

Cela dit, si une candidature communiste devait passer par le ô combien charismatique Pierre Laurent (qui ça ? Pierre qui ? Quoi vous connaissez pas non mais vous déconnez ?), je me demandais si c'était pas encore pire, style genre.

 

Donc, la question essentielle serait : les communistes doivent se prononcer pour une candidature Front de Gauche ou communiste.

 

Ben non, apparemment.

 

Encore une fois, j'apprécie la démocratie inhérente à mon fabuleux parti politique : c'est en haut que ça va se décider.

En haut, ils vont nous sélectionner deux ou trois noms, et pis ils vont organiser un plébiscite. Genre : vous choisissez entre Mélenchon, Pierre Laurent ou un mec de Gauche Unitaire (quoi ? Gauche Unitaire ? Mais quoi, vous en avez jamais entendu parler, comme est-ce possible ? C'est super connu comme truc).

 

Conclusion de la réunion de section : eh bien j'en connais un qui va encore s'abstenir, moi.

 

Fait chier, putain.

 

 

Cet article vous était envoyé depuis le merveilleux univers de la politique de classe.

 

En dépit du bon sens, je reste pourtant communiste.

 

 


 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 14:19

 

 


 

Cher lecteur, c'est avec honte et réticence que je te livre, aujourd'hui, l'un des aspects les moins glorieux du métier d'auteur.

 

Je risque de t'inspirer du dégoût et de la déception. Mais, c'est ainsi, je suis ici pour te dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Hyperréalisme radical. Hélas.

 

Je vais te parler de jalousie, de médisances et de concurrence entre auteurs.

Ainsi vont les choses. Nous sommes, comme diraient les Daft Punk, human after all (c'est-à-dire, humains après tout).

 

Être auteur, c'est évoluer parmi ses confrères, pour le meilleur et pour le pire.

Au fil du temps, des années, des parutions, des compagnonnages se créent. Tu fraies avec untel, parce que tu l'as rencontré dans un salon, ou parce que tu as apprécié son livre, ou parce qu'il a apprécié le tien. On se rencontre, on se donne de nos nouvelles, on échange des courriels, on se conseille, on bavasse, on se plaint, et, bien entendu, on taille.

Je ne connais aucun être humain qui ne taille pas. Même Gandhi ça lui est arrivé, une fois. Et Karl Marx il a écrit des bouquins juste pour tailler des mecs, je te raconte même pas...

On taille donc les éditeurs, les journalistes, mais aussi les confrères. Ça balance, les potins, les rumeurs, les machins, les trucs, les « il a dit que », les « il a fait ça »...

 

Nous les auteurs, nous partageons tous la même tare.

Nous avons chacun un Mec Qui Vend Mieux Que Moi.

 

Au début, c'était juste un Mec Que J'aime Pas. On l'aimait pas, quoi. En dehors de ses chiffres de vente. Pour des raisons sociologiques et dialectiques longuement étayées. Nous avions toutes les bonnes raisons du monde de le mépriser. Avec, dans l'ordre décroissant de gravité : il est pistonné, il ne sait pas écrire, il s'est fait rewriter son roman, il est con, il est sexiste, il est raciste, il est trop grand, il est trop petit, il est de droite, de gauche, il est ci, il est ça.

On le prenait de haut. Avec les confrères amis, on ricanait sur son compte, on se disait « ha ha il va se planter ce con, pour son prochain livre ». On s'en donnait à cœur joie, pour être honnête.

Et puis, un jour, il devient un Mec Qui Vend Mieux Que Moi. Pourquoi ? Ben parce qu'il vend mieux que toi.

Il vend mieux que toi, ok, et il y en a plein d'autres qui vendent mieux que toi. Il y a toujours un gus qui vend mieux que toi. Mais le problème avec le Mec Qui Vend Mieux Que Moi, c'est que tu le connais et que tu pouvais pas le blairer. Qui plus est, fut un temps, tu l'as méprisé. Et là, patatras. Il vend mieux que toi, et dans les mêmes conditions. Même genre d'éditeur, même circuit de distribution, même tirage initial. Ou bien, pire encore, il vend mieux que toi alors que tu es chez un gros éditeur et lui chez un plus petit. La honte.

Je te laisse imaginer ce qu'on ressent quand le Mec Qui Vend Mieux Que Moi a écrit un bouquin qui ressemble salement au nôtre.

 

Tu vas me dire, lecteur, qu'est-ce vous en avez à foutre, vous les auteurs, des Mecs Qui Vendent Mieux Que Vous ? Vous avez pénétré le monde très fermé de l'édition, vous n'avez plus rien à prouver, vous avez votre lectorat, et tout et tout.

Ben ouais.

Ben non.

Nous avons affaire là à une tradition. Le plus ignoble, c'est d'être assez con pour marcher dedans. Human after all. Super cons après tout. On est pas plus intelligents, pas plus honorables que la moyenne.

 

Tu apprends donc que le Mec Qui Vend Mieux Que Moi a bastonné ton chiffre de vente. Ça te fout le moral à zéro. Tu retrouves tous tes petits arguments médisants, soigneusement dressés par le passé. Les copains écrivains vont dans ton sens. « Je suis sûr que c'est des conneries, il Vend Pas Mieux Que Toi. Tu déconnes ? Impossible. C'est de l'intox. » Tu te raccroches à cette idée : c'est de l'intox. Du mytho.

Et puis, les preuves s'accumulent. C'est pas de l'intox. C'est du béton, putain. Tu t'es fait laminer. Par un Mec que J'aimais pas. Devenu désormais un Mec Qui Vend Mieux Que Moi (tu suis ?).

Déprime. Questionnement existentiel.

J'arrête d'écrire. Je plaque tout.

Non, merde, faut pas déconner. Je reprends l'écriture.

Vacuité de l'existence. Vanité des hommes. Quels pauvres enfoirés, nous autres les « artistes ». Putains d'égos de merde. Qui a la plus grosse, qui est le plus fort, qui pisse le plus loin... On se déteste, dans ces moments-là.

Les copains écrivains sont solidaires. D'ailleurs, toi-même tu diras la même chose, quand ils devront affronter, ou ré-affronter, leurs propres Mecs Qui Vendent Mieux Que Moi. « S'il vend mieux que toi, c'est parce qu'il a commandé deux mille exemplaires à compte d'auteur ! » Sympa. Charmant. Ça te touche, leurs efforts. Mais tu sais bien que ce n'est pas vrai.

Il faudra, quoi qu'il en soit, t'en remettre.

Tu redresses le menton. Tu bombes le torse. Tu passes le cap.

De toute façon, ça va se calmer, cette histoire de record de ventes. Non mais sans déconner, c'était un petit phénomène de librairie, mais le Mec Qui Vend Mieux Que Moi va forcément retomber dans l'oubli. Et vite. Très vite s'il vous plaît.

Sauf que ça dure. Ça prend de l'ampleur. Tu vois son nom partout.

Connard.

Les copains changent d'arguments. « Forcément que ça se vend mieux, c'est de la merde. » Oui je sais. « Les gens achètent de la merde. C'est vieux comme le monde. Toi, tu mènes un vrai travail d'auteur. Forcément, tu vends moins. » Oui oui oui. « N'empêche que tu vends moins, mais t'as davantage de reconnaissance critique. » Mmh mmh. « Tu es dans la sélection de tel prix littéraire. Pas lui ! » Certes. « Tu as la reconnaissance de tout le milieu, et tu le sais. » Ok.

On broie du noir. On hait notre putain de métier. On hait tout le monde.

 

Un jour, j'avais consolé un copain terrassé par un Mec Qui Vend Mieux Que Moi. Ça me faisait chier, de le voir comme ça et tout. C'est un bon auteur. Réputé. Il a été sélectionné pour tel prix littéraire... Non, sérieusement, je faisais ce que je pouvais pour lui redonner goût à la littérature. Ok, je suis pas la meilleure personne pour ça. Mais j'essayais, quand même.

On a retravaillé son nouveau manuscrit, pour le motiver. Ça lui avait coûté, cette histoire. Il en aurait chialé, je le savais.

Voilà la seule chose avantageuse, avec les Mecs Qui Vendent Mieux Que Nous. Ça fait naître une sorte de compassion amicale extra forte, un truc puissant à éprouver.

Nous étions bras dessus bras dessous, mon ami et moi.

- Je n'arrive pas à le croire, soupira-t-il. Quand même... Cinq mille de plus que moi ? C'est pas possible. C'est vraiment pas possible. C'est un cauchemar. N'importe qui d'autre, ça ne m'aurait pas gêné. Mais PAS LUI.

C'est ça, la marque distinctive du Mec Qui Vend Mieux Que Moi. C'est le genre de type qui nous fait aussitôt dire : « n'importe qui d'autre, mais PAS LUI ! ».

Je lui ai répondu :

- Ben, tu sais, dis-toi bien que toi aussi, t'es le Mec Qui Vend Mieux Que Moi d'un autre auteur. On est tous le Mec Qui Vend Mieux Que Moi de quelqu'un.

- Ah oui ?

- On est toujours le connard d'un autre, je veux dire.

- Enfin, dis-le, c'est un gros con et il le mérite pas, non ?

- Ben, ouais. Mais c'est comme ça, je crois.

 

Il y a un autre truc que je crois : être écrivain, c'est moche, parfois.

 

 

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 13:13

 


 

Il y a quelques semaines, je t'enseignais, ami lecteur, tous les secrets du tirage d'un roman, de la rémunération perçue par l'auteur, ainsi que le baromètre Stoni des ventes de premier roman.

 

Je concluais cet article en précisant qu'il est difficile pour l'auteur de connaître le chiffre exact de ses ventes, et parfois cela est impossible.

Et là, je dois te parler du distributeur / diffuseur.

 

 

 

 

Le distributeur, qu'est-ce que c'est ?

 

Quand un éditeur te fait signer un contrat d'édition, s'en suit un long travail de préparation éditoriale qui aboutira (si tout se passe bien) à l'impression du roman.

Ok. Mais après, ton roman, il faut le stocker et le refourguer dans les librairies. Et c'est là qu'intervient le distributeur.

 

Les choses se passent à peu près comme ça.

 

Tu signes ton Bon A Tirer (aka « B.A.T. » dans le milieu), la version définitive de ton roman tel qu'il sera imprimé. Normalement, plus personne n'a le droit d'y retoucher, désormais. Et si toi, l'auteur, tu veux changer des trucs, t'es censé payer une petite somme fixe par correction apportée.

C'est normal. Cette dernière clause, prévue dans le contrat d'édition, protège l'éditeur de l'auteur chiant et tatillon qui veut changer plein de trucs en dernière minute. Le problème, c'est que ça peut retarder l'impression, et ça fout le bordel.

Bref, tu donnes ton BAT signé à ton éditeur. Dans la moitié des cas, celui-ci n'en a rien à branler de ta signature, étant donné qu'il a déjà apporté ses propres modifications de dernière minute sans t'en parler (genre un point d'exclamation à la place d'un point d'interrogation, ou une phrase qui a mystérieusement disparu, etc.). Eh oui, c'est comme ça.

L'éditeur transmet le BAT à son imprimeur. Celui-ci imprime le roman selon le tirage convenu.

Après quoi, l'imprimeur se retrouve avec deux mille exemplaires du roman.

Il ne va pas les renvoyer à l'éditeur, qui sera dans l'impossibilité de les stocker dans ses bureaux germanopratins. L'imprimeur livre le stock dans les dépôts du distributeur.

Le boulot du distributeur est logistique. Il possède en général un énorme entrepôt, avec des mecs qui conduisent des chariots élévateurs et tout. Dans cet hangar, il y a plein de romans. Le distributeur fait livrer les bouquins aux centrales d'achats, aux libraires, et à l'éditeur, qui commande plusieurs centaines de volumes pour les services de presse (et quelques dizaines pour l'auteur, ce qu'on appelle les « exemplaires d'auteur », fournis gratuitement c'est bien la moindre des choses).

 

Couramment, le distributeur possède un organe de diffusion.

La diffusion, dans l'édition, c'est l'aspect commercial. Des gus nommés « les représentants » (alias « les repré »), avant même l'impression du roman, sont chargés de démarcher les libraires pour que ceux-ci commandent le bouquin.

Durant le travail de préparation éditoriale, l'auteur est invité à rencontrer les représentants afin que ceux-ci le connaissent et soient tout contents de fréquenter le gratin de la littérature française.

Après quoi, les représentants sillonnent les librairies de France avec leur catalogue.

Face aux libraires, ça se déroule de la sorte :

- Voici mon nouveau catalogue, j'ai plein de titres super croustillants à vous proposer !

- Oh oh ! Voyons voir ça.

- Alors là nous avons le nouveau Stoni, c'est tout à fait graveleux et subversif.

- Je vous en commande dix, dans ce cas !

- Adjugé vendu ! Passons à la suite...

 

Le truc qu'il faut savoir sur le distributeur, c'est qu'il travaille pour des dizaines d'éditeurs à la fois.

 

En France, un bon distributeur est en fait une filiale d'un géant de l'édition.

Exemples : Volumen pour la Martinière-Seuil, Hachette Livre Distribution pour Hachette, Sodis pour Gallimard, etc.

Ces entreprises s'occupent donc de distribuer les bouquins de leur société mère.

Mais elles sous-traitent aussi leurs services à des éditeurs « indépendants » (et là on se rend compte que, malgré les beaux discours, un éditeur n'est JAMAIS indépendant, puisqu'il fait forcément sous-traiter chez la filiale d'un concurrent).

Pour le distributeur-filiale, cette activité de sous-traitant a deux intérêts.

Premier intérêt : le fric. Plus tu bosses, plus t'es rentable (enfin, si tout est bien organisé).

Deuxième intérêt : la veille littéraire. En s'occupant d'autres éditeurs, la Sodis de Gallimard, par exemple, va être en connaissance de tout ce qui se fait ailleurs, qu'est-ce qui se vend bien, faire remonter l'information à Gallimard, lequel pourra ainsi piquer des auteurs chez de petits éditeurs. N'est-ce pas magnifique ?

 

Avant de signer un contrat d'édition, tu dois absolument savoir qui est le distributeur de l'éditeur. Un bon distributeur = une bonne visibilité dans les librairies = tu as potentiellement plus de chances de faire une vente honorable.

Les petits éditeurs distribués par eux-mêmes : NON. Tu seras dans trois librairies à tout casser et ça sert à rien.

Les petits éditeurs distribués par Limousin Distribution : NON. Idem.

 

 

A lire : ma liste des bons distributeurs


 

Bon, le désavantage avec l'éditeur « indépendant » distribué par une grosse filiale, c'est que si tu es en inimitié avec la maison mère, le distributeur peut recevoir des consignes et flinguer la vente de ton roman. Par exemple : tu as publié chez Hachette et ça s'est super mal passé. Tu t'es engueulé avec ton éditeur, ça a été un cataclysme. Du coup tu t'es barré et tu vas chez un autre éditeur, mais il est distribué par Hachette. Ton ancien éditeur est mis au courant. Revanchard, il appelle Hachette Distribution et ordonne : « Le bouquin de ce petit connard, vous vous démerdez pour que personne ne le commande et que ce soit un bide. Ha ha ha ! (rire machiavélique) »

Ce genre de chose reste heureusement TRES RARE, mais ça arrive.

Mieux vaut être prévenu.

 

 

N'oublions pas que les services du distributeur ne sont pas gratuits (surtout quand il s'agit d'une grosse boîte super classe qui se la pète à fond). Il se fait payer en ponctionnant un pourcentage non négligeable sur la vente du bouquin : entre dix et trente pour-cent.

 

 

 

Quel rapport avec les ventes de mon roman ?

 

Si tu es finaud tu as déjà deviné !

 

Option A. Tu es chez un éditeur « indépendant » (donc qui fait sous-traiter la distribution ailleurs) : la logistique lui échappe complètement. Il n'a pas les chiffres de ventes avant un bon moment, et d'ailleurs rien n'oblige le distributeur à lui les fournir... Les gros distributeurs qui se la pètent pratiquent une politique de terrorisme à l'égard de leurs clients indépendants. Genre « Vous êtes distribués par Hachette, alors estimez-vous heureux et fermez vos gueules ! ».

Sans compter qu'il existe une tonne d'intermédiaires, d'un point de vue financier. Le librairie achète le roman commandé, le distributeur le lui livre, puis le libraire vend le livre, puis le distributeur rembourse sa part au libraire, etc, etc, etc. Tout le monde se paie à soixante jours, dans ce bordel. Avec des libraires géants comme la Fnac, vu qu'il y a plein de couches (succursales / région / groupe), c'est encore plus long.

Si tu connais tes chiffres de vente six mois après la parution, c'est super. Mais franchement ce sera difficile.

 

Option B. Tu es chez un éditeur qui se « distribue lui-même ». La logistique ne lui échappe pas complètement. Après, il faut savoir si ton directeur de collection est bien vu par la maison et a accès aux comptes de la filiale. Cela dit, ce sera toujours aussi long pour connaître les chiffres, pour les raisons d'intermédiaires, de circuit, de délais, dont j'ai parlé plus haut.

 

Alors, oui c'est la merde.

Mais c'est pas tout.

 

 

 

Pourquoi un éditeur n'aime pas parler des ventes à son auteur

 

SAUF SI TU TOMBES SUR UN MEC HONNETE ET HUMAIN, ton éditeur va renâcler dès que tu le questionneras sur les ventes.

Pourquoi ? Parce que, probablement, il te doit du pognon.

Ou bien il ne te doit pas de pognon, mais il n'a pas envie que tu prennes la grosse tête et que tu te la pètes. Un bon indien est un indien mort. Un bon auteur est un auteur sans prétentions...

Et comprends bien une chose fondamentale dans l'édition, ami auteur : ton éditeur DETESTE TE FILER DU FRIC.

C'est comme ça. C'est viscéral.

 

Légalement, il est néanmoins obligé de te fournir un relevé de comptes à peu près un an après la parution de ton bouquin.

Ce qui risque de se passer : l'éditeur te refile une feuille pleine de chiffres auxquels tu comprends RIEN. C'est illisible. Mais le truc que tu as compris, c'est que tout en bas, sur la dernière ligne, c'est écrit en gros : montant dû à l'auteur : 4 €.

Génial !

Tu te renseignes auprès de tes amis éditeurs / écrivains et leur montres le papelard. Les mecs ricanent et te disent : « Ha ha ha, il a pas envie de te payer ce con ! Bienvenue au club. »

Et voilà.

 

Si tu as du temps à perdre, tu vas entamer une longue bataille à coups de lettres recommandées, mises en demeure, tu vas recourir aux syndicats de gens de lettres, et à la fin, toujours que dalle (sauf peut-être un nouveau chèque de 100 € : chanmé !).

 

Ça se passe comma ça, chez McDonald's !

 

 

 

 

Edistat : l'arnaque ultime

 

Au terme de ce long article, tu auras compris que SEUL LE DISTRIBUTEUR CONNAIT EXACTEMENT LES CHIFFRES DE VENTES, et personne d'autre.

Ces chiffres sont donc calculés de façon extrêmement complexe. Surtout, ils constituent un véritable secret d'Etat.

 

Alors franchement, les sites de comptabilisation des ventes comme Edistat, laisse-moi te dire que c'est de la grosse connerie.

Déjà, ils calculent à partir de statistiques. Les statistiques, on a vu ce que ça donnait au premier tour des élections présidentielles de 2002 !

Ensuite, crois-moi, aucun gros distributeur ne permettrait qu'on connaisse ses ventes effectivement réalisées. PERSONNE N' A AUCUN INTERET A CA.

Edistat, c'est super pour faire raquer les auteurs qui ont envie de savoir à combien leur livre se vend (et ils se tromperont), ou à combien le livre de tel connard qu'ils ne peuvent pas s'encadrer se vend, etc...

 

 

Je t'en supplie, ami lecteur, ne donne pas un centime à ces viles malfaiteurs !

 

 

 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 11:19

 

En général, je suis quelqu’un de plutôt calme. Très calme, même. Calme par excès. Ça attire la méfiance.

 

Si je suis si calme, c’est parce que, au fond, je suis une sorte de barbare débordant de pulsions de mort, et ce côté-là de ma personnalité, je dois le maîtriser.

Je sublime ma violence intrinsèque en faisant du sport et en écrivant des romans (on fait ce qu’on peut).

 

Mais, des fois, ça ressort. Ben ouais. Je suis, malgré tout, un être humain d’une banalité affligeante.

 

J’aime bien lire le journal, notamment les faits divers et les affaires criminelles. Tu vois de ces trucs, des fois. Des trucs de malade. Le mecs, ils ont pété un câble, et c’est tout.

Tu lis ça, bien tranquille chez toi, et tu te dis « moi ça ne m’arrivera jamais, je me contrôle, la différence entre ces gens et moi, c’est que je suis dans la réalité et eux ne le sont pas. »

Bien sûr, en tant qu’auteur, je peux imaginer ce que ressentent ces gens – c’est mon boulot, si besoin est. J’imagine très bien, d’ailleurs. Quand je lis le déroulement d’un meurtre, je vois le truc de A à Z, avec force détails, me figurant au frisson près ce que ressentent les acteurs, et c’est extrêmement désagréable, comme réflexe imaginatif… Surtout quand tu es dans la peau de la victime…

En impression générale, ça ressemble assez à un « flash », comme ceux qu’a le personnage  principal, le medium, dans le film Dead Zone. Tu vois la scène te sauter aux yeux et c’est atroce.

Mais bon, je fais de la mise en scène. Je me glisse dans la peau. Je deviens quelqu’un d’autre. Je ne me sens pas, moi, Stoni, acteur.

 

Ben hier, je me suis senti acteur.

Ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait, mais ça faisait longtemps que ça ne s’était pas reproduit.

On m’a rapporté quelque chose sur une personne que je ne connais pas directement. Une parole ridicule, stupide, outrageante envers moi. Mais ça m’a mis dans une colère NOIRE. Je ne sais pas, il n’y a nul autre terme que NOIRE pour la qualifier. J’étais furieux, hors de moi. J’ai ruminé contre ce type pendant toute ma matinée de boulot. Quand je suis sorti, je ruminais encore, et c’était pire : j’avais fini le taf, j’étais libre de mes mouvements – libre d’aller le voir et de le buter. Il me serait facile de trouver son adresse.

J’ai pas d’arme à feu. Seul petit problème pour mon projet.

Mais là, si j’en avais eu une, je me convainquais que je l’aurais fait. Ce type, il m’avait tellement vexé, que je ne le considérais plus comme un être humain : c’était un « truc » infâme à éliminer. L’éliminer, ouais. S’en débarrasser. Il ne s’agissait pas d’un meurtre. Mais d’un acte hygiénique. Il me fallait débarrasser la terre, ma terre, de la présence de cette pourriture, qui me paraissait alors contagieuse. Comme les monstres dans les films Aliens. Putain, t'as qu’une envie, les buter. C’est de la vraie merde.

Ben lui aussi, je le voyais bien en Alien. Je l’aurais éliminé sous les yeux de sa famille, de ses parents, de sa femme, de ses enfants, de son chien. Rien à foutre.

J’ai été véner toute la journée. J’ai appelé des potes pour me défouler. Même chose avec Aniki, le soir. Et puis je suis passé à autre chose.

 

C’était troublant, avec le recul, de se sentir si proche, si complice, avec les auteurs de crimes dont on parle dans les faits divers.

Mais on s’en remettra.

 

 

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 14:18

 


 

 

En premier lieu, je dirais que le fric et la situation d'auteur, en général, ça fait deux.

 

Pourquoi tant d'injustice, crieras-tu, ami lecteur ?

Eh bien, c'est comme ça.

 

Souvent, les gens s'imaginent des trucs sur la condition d'écrivain. Que, genre, on acquiert un certain prestige social et qu'on touche du pognon, bref, que c'est un vrai métier et tout.

 

En vrai, c'est pas tout à fait la vérité. Ça l'est même pas du tout.

 

 

Enculage n° 1 : l'à-valoir

 

Le jour où tu signes un contrat d'édition à compte d'éditeur avec ton nouveau patron (un éditeur, donc), celui-ci est censé te remettre un chèque d'à-valoir.

 

(voir l'article : Au secours je vais signer un contrat d'édition)

 

L'à-valoir est une avance sur tes potentielles ventes futures.

Et l'à-valoir n'est pas remboursable !

 

L'à-valoir est une garantie pour l'auteur. Si ton roman se vend à cent exemplaires (c'est un bide complet), tu gardes ton fric, même si le montant de l'à-valoir ne recouvre pas les droits d'auteurs que tu auras virtuellement touchés.

 

Le montant de tes droits d'auteur est fixé dans le contrat. En général, pour un premier roman signé par un quidam, il se situera autour de 7 à 10 %.

Prenons 10 %, c'est plus simple pour faire le calcul.

 

Tes droits d'auteurs correspondent à 10 % du prix de vente hors taxe du bouquin (je rappelle qu'en France le prix de vente du livre est unique, quel que soit le magasin il sera le même partout, et c'est l'éditeur qui le détermine).

Le prix de vente HT de ton roman est de 10 €.

Tu touches, par exemplaire vendu, 1 € (10 € x 10 %).

 

Ton roman s'est vendu à 100 exemplaires.

Tu touches 100 €.

Et tu les touches virtuellement, comme je l'ait écrit plus tôt, puisque l'éditeur t'a fait une avance. On te les a déjà payés.

En effet, tu as encaissé, le jour de la signature du contrat, un chèque de 1 000 € d'à-valoir : ben t'as fait une belle affaire, en quelque sorte.

T'as engrangé une espèce de bénéfice de 900 €.

 

D'où l'importance de l'à-valoir, pour un auteur.

C'est l'à-valoir qu'il te faut négocier, lors de la signature de ton contrat d'édition. A la limite, les droits d'auteurs, on s'en bat un peu les couilles (à condition qu'ils soient supérieurs à 7%, sinon c'est du foutage de gueule).

 

En revanche, si les ventes génèrent assez de droits d'auteurs pour que le total de ceux-ci dépasse le montant de ton à-valoir, ça devient intéressant.

Ton roman s'est vendu à 1500 exemplaires.

Tes droits d'auteurs s'élèvent donc à 1500 €.

1500 € (droits d'auteurs) – 1000 € (à-valoir) = 500 €

 

500 € que tu toucheras à peu près un an après la parution du bouquin – si ton éditeur se bouge le cul et ne te fait pas poireauter plus longtemps.

 

 

L'à-valoir et les droits d'auteurs seront pris en compte dans le montant de ton Impôt sur le Revenu, faut pas déconner non plus...

 

Un à-valoir, c'est une bonne manière de repérer un éditeur presque sérieux et presque professionnel.

Dans le cas d'un premier roman, si le montant de l'à-valoir que l'on te propose est inférieur à 500 €, refuse tout net.

Entre 500 € et 1000 €, c'est super radin et tu as le droit de râler.

Entre 1000 € et 1500 €, c'est assez radin et tu as toujours le droit de râler.

A partir de 1500 € (et ce sera le maximum qu'on te proposera, sauf si tu t'appelles Oussama Ben Laden, bref, t'es une star et tout le monde se déchire ton œuvre), c'est très bien.

 

Ne crois pas qu'un gros éditeur te proposera plus qu'un petit éditeur.

Les gros éditeurs sont en général des radins de première, ils estiment que tu as sacrément de la chance de décrocher ton premier contrat chez eux et te proposeront des formules à la con : 900 € en premier à-valoir, plus 500 € à la parution du roman (on sait jamais, si tu claques avant), 700 € d'à-valoir mais trois livres de ton choix gratuits, etc...

C'est des vrais marchands de tapis, ces mecs.

 

A partir de ton deuxième roman, puis du troisième, quatrième, etc., tu auras toute la légitimité de demander une augmentation de ton à-valoir (on passe à 2000 €, 2500 €, 3000 €... bon faut rester raisonnable en fonction des ventes de ton bouquin).

 

Enculage n° 2 : le tirage et les ventes

 

Mon cher lecteur, tu auras compris que les ventes d'un roman déterminent le potentiel fric que tu peux tirer de ta prose.

 

Sauf qu'avant de vendre ton bouquin, faut l'imprimer.

 

Pour un premier roman, le tirage tournera autour de 1000 à 3000 exemplaires.

Bien sûr, ça peut être davantage si ton éditeur t'a choisi pour faire le gros coup de la rentrée littéraire (tu es le fils caché de Mickey Mouse et tu déballes tout dans ton roman), mais comme tu n'as aucune chance d'être tiré au sort pour ce genre de promotion (qui, en général, ne marche pas), on s'en fout.

 

Il faut savoir que, dans l'édition, un règle veut que sur tout tirage, il y ait à peu près 60 % de retours.

Le retour, c'est quand ton roman n'a pas été vendu dans une librairie et qu'il retourne dans les stocks. Il est alors considéré comme « défraîchi » : l'éditeur n'a plus le droit de le vendre. Son futur est voué au pilonnage. On le détruira pour en faire du PQ recyclé.

 

Tu vas me dire, c'est chelou qu'on imprime 1000 exemplaires sachant que 60 % va être pilonné.

Non, ce n'est pas chelou. Plus vous faites tirer chez un imprimeur, moins ça vous coûte. L'éditeur n'a aucun intérêt à faire tirer 500 exemplaires, si ça lui coûte aussi cher (voire plus cher), que 1000. C'est la loi du gros !

Sur le tirage, il faudra aussi soustraire tous les exemplaires que ton éditeur enverra en service de presse (SP pour les intimes), aux concours littéraires, à ses amis jet-setteurs, etc... Plusieurs centaines de volumes, qui ne seront pas comptées comme des ventes, évidemment (manquerait plus que ça).

 

Examinons maintenant le baromètre Stoni des ventes de roman :

 

Inférieures à 300 exemplaires : franchement pas chanmé. Mais c'est pas grave, tu t'en remettras.

Probabilité pour un premier roman : 50 %...

 

De 300 à 500 exemplaires : c'est pas mal. Ton éditeur a pas trop perdu de fric. Bon, c'est pas chanmé, mais ça va. T'as pas à avoir honte. Par contre t'es toujours inconnu dans le milieu, mon pauvre vieux.

Probabilité pour un premier roman : 20 %

 

De 500 à 700 exemplaires : hé, tu t'es fait un petit nom dans le milieu. C'est cool.

Probabilité pour un premier roman : 10 %

 

De 700 à 1000 exemplaires : pas mal du tout ! Les gens savent qui tu es.

Probabilité pour un premier roman : 10 %

 

De 1000 à 2000 exemplaires : carrément chanmé putain !

Probabilité pour un premier roman : 9 %

 

Au-delà de 2000 exemplaires : wallah c'est un best-seller ma parole.

Probabilité pour un premier roman : 1 %.

 

Mon baromètre n'est pas une plaisanterie. Personne n'estime à quel point le tirage et la vente d'un roman sont des montants ridicules.

Ben ouais, c'est comme ça.

La littérature, ça fait pas vendre. On y peut rien.

 

Ce baromètre s'applique à tous les éditeurs. Ah, le nombre de primo-romanciers chez Gallimard qui se cassent les dents sur du 300 exemplaires... Ou même l'auteur confirmé qui change brusquement de maison, pour le prestige d'un Seuil, et qui se retrouve à 600 exemplaires après avoir fait du 1000/3000 chez un éditeur plus modeste (le Seuil ayant, sans mauvaise intention, bâclé la promo de son livre...).

La vie est dure !

 

 

La prochaine fois, Stoni te racontera pourquoi il te sera difficile, peut-être même impossible, de connaître le chiffre exact de tes ventes. Il t'expliquera aussi pourquoi les outils publics de comptabilisation des ventes de livres comme Edistat c'est de la grosse connerie.

 

Stoni, il est sympa, quand même.

Mais si, dis-le.

 

 

 

A lire aussi : comment exiger et négocier son à-valoir ?

 

 

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