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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 14:21

 

 


 

 

Je suis un auteur édité. Je raconte mes soucis, pérégrinations, désolations et rares félicités d'auteur édité dans les articles de la catégorie de mon blog « ma vie de caca écrivain ». Camarade lecteur, si tu me lis depuis longtemps, tu dois le savoir – et si tu es un petit nouveau, tu le découvriras bien vite – ces articles ne dressent pas un portrait très flatteur de l'expérience d'un auteur édité.

 

Je crois que, quelque part, c'était un peu la vocation de mon blog depuis le début. Donner à voir un aspect, peut-être biaisé, mais un aspect tout de même, de la réalité d'être écrivain.

 

Dans les commentaires de mon précédent article, où je relativisais l'impact de la présence de ton bouquin sur une table de nouveautés à la Fnac, Ludovic, un lecteur, m'a posé la question :

 

« Alors, qu'est-ce qui est intéressant, à être édité ? Pas le pognon, puisque seuls quelques grands veinards vivent de leurs écrits. Alors ? La célébrité ? Voir son bouquin sur la table à la FNAC ? Une certaine reconnaissance, dans le "milieu" ? Ou, plus simplement, la satisfaction de se dire "je l'ai fait" ? »

 

 

Je répondrai à cette question en deux temps.





Premier temps : le dépucelage du ou des premiers romans.



C'est vrai. Nombre de mes articles sur l'édition sont plus ou moins négatifs.

Seulement, quand on édite son premier livre, eh bien, on a encore le droit de se faire des illusions.



Ce fut mon cas. J'étais pourtant (et je suis toujours) « coaché » par un malin et diablement subtil conseiller occulte – un ancien éditeur. Donc, j'étais préparé.

Mais, malgré tout.

L'espoir est humain.



J'écrivais des romans. J'avais envoyé mes manuscrits. Et puis, mon histoire a été acceptée. Alors, je suis rentré dans le métier.



La première fois, on a beau prévoire le pire, on a aucune idée de ce qui nous attend.

Parce que, malgré tout, on est heureux.

Et c'est bien normal.



Dans mon cas, le premier roman ne s'était pas trop mal passé. J'avais été remarqué, ce qui était déjà, en soi, un exploit. J'en garde d'assez bons souvenirs.

J'étais reconnaissant. Envers mon éditeur, envers la profession en général. Je me disais que j'avais eu de la chance. J'avais l'impression de vivre quelque chose qui sortait de l'ordinaire.

Je découvrais tout cela.

 

J'ai alors aimé être écrivain. Les avantages passaient largement devant les inconvénients. Je ne me souciais pas ou peu du mépris. Je ne me souciais pas ou peu de mes ventes, de la presse, des rumeurs, des inimitiés. Je n'avais pas de disponibilité intellectuelle pour cela. J'étais tout à mon roman. Il y a des choses qui m'ont vexé, bien sûr. Mais, globalement, je vivais un kiff ultime : éprouver la transformation du roman en une chose qui « vit ».

 

Seulement, ensuite, je me suis habitué. A être un auteur.

Et j'ai entrepris d'être plus exigeant. De déceler tous les aspects négatifs. Quand on s'installe à l'étranger, c'est un peu pareil. Au début, on ne voit que les bons côtés. Et puis, au fil des mois et des années, la patrie, la vraie, manque. On voit beaucoup plus les défauts des autochtones, on veut rentrer chez soi, etc.

 

Ben quand t'écris c'est pareil : tu te lances là-dedans, tu fais ton trou, et puis tu te rends compte que, bon, y'a aussi des trucs chiants, quoi.

 

 

 

Deuxième temps : quand l'origami s'envole

 

Passons le cap du premier roman. L'auteur est désormais dépucelé. Il a bouffé toute la merde qu'on devait lui faire bouffer, il sait à quoi s'attendre.

 

Pourquoi continue-t-il à éditer (dans le cas de figure où il continue effectivement, car nombreux sont les désistements de début de carrière...) ?

 

L'argent joue, quoi qu'on en dise, un petit rôle de moteur. Un petit, hein. Mais, quand bien même les sommes sont ridicules (comptez, dans les cas les plus fréquents, entre mille et cinq mille euros par bouquin), ça fait toujours réfléchir. On se dit « ouais, si j'écris un truc, je pourrais peut-être me payer telle bagnole, telle moto, tel bidule».

Quant à moi, j'avoue que ce n'est pas un élément négligeable.

 

Mais bon. Je suis honnête : sachant toutes les merdes qu'on se tape avant et après l'encaissement du chèque d'à-valoir, euh, une motivation autrement plus grande entre en jeu.

 

Je ne dirais pas celle du plaisir d'écrire.

Elle n'est pas spécifique à l'auteur édité. Quand je n'étais pas édité, j'avais déjà le plaisir d'écrire.

 

C'est celle de l'envol de l'origami.

 

J'avais déjà utilisé la « parabole » de l'origami dans un article pas très joyeux non plus.

Origami, tigre de papier... Le roman c'est imiter la vie et faire croire qu'elle est vraie. Chose de papier, le roman simule, imite. Il est à la véritable « histoire » (l'expérience d'une vie, d'un homme, d'un peuple, etc.) ce que la cocotte en papier est à la poule en chair et en os.

 

L'auteur qui n'est pas édité sait plier l'origami. Il en connait les plaisirs et les souffrances.

 

Or, l'auteur édité voit son origami s'envoler.

Et ça c'est bon. C'est très très bon.

On confie l'histoire au monde. Au petit monde – car, même pour un Goncourt, que sont cinq cent mille lecteurs sur les sept milliards d'êtres humains ?

On le confie quand même.

 

L'origami part.

Bien qu'elle soit émaillée d'une pléthore de déceptions et d'obstacles, la période de la préparation éditoriale est un joli moment à vivre (sauf exception, on s'en doute). J'ai confié mon tigre de papier à des gens. Pour le meilleur ou pour le pire. Mais ça, je ne le sais pas encore.

Les gens examinent mon tigre de papier. Ils me disent qu'il est réaliste. Nous discutons beaucoup du tigre de papier. Les noms, personnages, lieux, actions, dont il est composé sont évoqués, articulés, prononcés par d'autres personnes.

 

Je le peaufine. Je m'occupe bien de lui.

Je suis fier de lui.

Je ressens beaucoup de peur pour lui. Peur qu'on s'en occupe mal. Peur qu'on ne le juge pas à sa juste valeur.

Lui s'en fiche.

 

Ce qui avait été silence, pendant tous ces mois de travail en solitaire, devient bruit. Négociation. Visuel. Argent. Communication. Etc. Etc.

 

Et puis l'origami est reproduit en milliers d'exemplaires.

 

Il devient roman pour des gens que je ne connais pas. Les personnages se transforment, s'en vont, se matérialisent, se dématérialisent.

Le livre vit ailleurs. Dans l'imaginaire des inconnus qui le déchiffrent, chez eux, en bibliothèque, dans le train, en transport en commun, partout. Dans ce rare aspect noble et beau de la littérature, le nombre des lecteurs n'a aucune importance.

Je me souviens avoir participé à un salon du livre qui mélangeait des auteurs édités à compte d'éditeur (et pas des moindres) à des auteurs édités à compte d'auteur. A proximité de ma table il y avait un type qui s'auto-éditait. Il s'était fait connaître dans les villes environnantes, car il était du coin et avait eu des articles dans la presse locale. Je l'ai vu discuter avec ses lecteurs. S'il avait vendu deux cents exemplaires de son bouquin, c'était bien le bout du monde. Eh bien, ce gars voyait, tout comme moi, son propre origami s'envoler. Son plaisir n'était pas moindre au mien – sûrement était-il même supérieur.

 

J'ai donné la vie. J'ai fait le monde de mon monde. Et, le temps des deux heures trente-sept minutes qu'il faut à tel quidam pour lire mon roman, tout a existé.

 

Je ne sais pas à quoi l'on peut comparer ça.

Mais c'est comme l'héroïne.

L'essayer, c'est l'adopter.

Cela dit, comme l'héroïne, on peut en décrocher... c'est dur, ok, cependant c'est faisable.

 

 

Voilà.

Aujourd'hui, c'est tout ce que je peux dire à ce sujet.

 

 

 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 05:00

 

 

  rayon-livre-fnac.jpg

 

 

 

 

Pourquoi ce titre, te demanderas-tu, camarade-lecteur ?

Quel rapport entre ton livre sur une table à la Fnac et ta mère en slip à Waikiki (quartier de Honolulu, Hawaï) ?

 

Ben, mon message est de te faire comprendre qu'avoir ton livre sur une table à la Fnac c'est à peu près aussi intéressant que de savoir ta mère en slip à Waikiki.

 

Je m'explique.

 

 

L'autre jour j'étais au centre commercial. Je devais aller à Auchan acheter un cul-de-poule. Mon mec est dans une phase cuisine, en ce moment. Du coup, je voulais lui offrir ce magnifique ustensile qui consiste en une sorte de saladier mais-pour-faire-la-cuisine. En même temps je devais racheter du thé à la vanille, parce que j'adore ça, mais on en trouve pas dans les magasins de «réductions dures » (traduction de « hard discount ») où je vais d'habitude. Bon alors direction Auchan. Et le Auchan le plus près de chez moi, il est au centre commercial.

 

C'est blindé. Je croise tous ces gens, plutôt pas friqués, qui ont l'air assez heureux. Des familles, des gosses, des ados. Beaucoup d'ados. Ce peuple de France que j'aime...

Je prends mon temps, du coup. J'aime bien regarder les gens. Les groupes de jeunes qui rouillent. Les couples, bras dessus bras dessous, main dans la main, ça dépend des cas. Les parents qui cherchent leurs gosses, lesquels ont trainé devant une vitrine particulièrement attrayante. C'est marrant.

 

Et puis je passe devant la Fnac.

 

Là, j'ai une idée.

VA VOIR SI TON LIVRE EST TOUJOURS EN RAYON ET S'IL EST MIS EN AVANT.

 

Oh la mauvaise idée. La très mauvaise idée.

Ça fait un mois que mon livre est sorti. Tout se passe si mal, depuis la signature du contrat d'édition, que je n'ai même pas voulu aller voir en librairie, le jour de la parution, s'il était bien mis en place. J'étais persuadé que ce ne serait pas le cas et je voulais m'épargner cette énième source de colère.

Mais là. Je suis juste devant la Fnac. Je peux y aller. Ça ne coûte rien.

 

Si, ça coûte juste que si je ne le vois ni sur les tables ni en rayon, je vais être super véner et déprimer pendant une semaine.

 

Mais. J'y. Vais.

 

Connard.

 

Donc j'y vais.

J'y vais, jusqu'aux rayons littérature. De toute façon ce n'est pas le genre de roman qu'on va mettre en avant dans une Fnac de centre commercial. Je contrôle ma respiration. Genre le gars décontracté. Il ne sera pas visible mais au moins il sera en rayon, c'est déjà ça, vu la catastrophe que c'est depuis... depuis toujours...

 

Et puis je le vois. Le livre. Ce con. Sur la table des nouveautés, formant une jolie pile, à côté des autres bouquins.

 

Etre sur la table, pour un auteur, c'est bien. Tout le monde veut être sur la table.

 

J'ai un sourire ironique. Je regarde les gens autour de moi. Je vois tous ces livres autour du mien, toutes ces putains de piles.

 

Et je me mets à la place de quelqu'un qui voudrait être édité. Je me mets à la place de celui que j'étais il y a plusieurs années.

 

Je me demande comment cette personne, ce moi du passé, considérerait ces cinq ou six romans de Stoni posés sur la table, ce qu'ils signifient, ce qu'ils représentent.

 

Que penserait-il ?

 

 

 

Un chouette livre grand format avec une belle couverture !

 

La réalité : la couverture est dégueulasse. Je m'en rends particulièrement compte en voyant le bouquin parmi les autres. Sur ceux-là, on distingue tout de suite le nom de l'auteur et le titre, c'est fait pour, c'est très lisible. La police d'écriture assez conne et les délires du maquettiste font que mon titre et mon nom sont illisibles sur mes pauvres exemplaires. J'ai honte.

 

 

 

 

 

Si ce roman est toujours là, sur la table des nouveautés, un mois après sa sortie c'est qu'il se vend bien ! Quelle réussite pour ce jeune auteur !

 

La réalité : les vendeurs FNAC ont la flemme de virer ce machin que personne n'achète. Encore une semaine ou deux, et ils vont se forcer à le foutre en carton pour les retours. Je m'attends au plus gros bide de ma courte carrière d'auteur.

En revanche le distributeur a bien fait son boulot, ça, y'a pas à chier (c'est le distributeur-diffuseur qui doit convaincre les librairies de commander le livre et de le mettre en avant).

 

 

 

 

En lisant la quatrième de couverture, je me dis qu'il s'agit d'un jeune talent underground et que son éditeur se distingue par le fait d'avoir édité un garçon qui n'appartenait certainement pas aux classes supérieures ! Bravo !

 

La réalité : je sers de caution « underground-lumpen-prolétaire » à mon éditeur qui n'a pas tellement envie de me vendre – car il ne sait pas le faire. Je suis l'auteur chelou-de-qualité dans son catalogue. Quand je gueule parce que je suis étiqueté comme tel et que ça commence à me les briser, on me répond « mais c'est normal tu écris des choses trop inaccessibles pour le grand public ». Sans déconner, connard. Déjà un miracle que je rentre dans les moyennes de ventes de la collection... En vérité, je sers à abolir la lutte des classes. La bourgeoisie se rachète en promouvant un jeune comme moi. Pourquoi faire la révolution puisqu'on insère un quota de pauvres dans l'univers culturel mondain en me publiant ?

 

 

 

 

A moins de trente ans, cet auteur a fait des sacrés coups pour se trouver là ! Il doit être vachement respecté dans le milieu ! A son âge !

 

La réalité : quand je ne suscite pas l'indifférence, je suis vu comme le mec-qui-écrit-des-trucs-chelou-inaccessibles-au-grand-public. Les gens du milieu me méprisent et vice-versa. Bon, ok, je suis honnête : y'a aussi des auteurs bien installés qui adorent mes bouquins et me prennent pour une sorte de petit génie. Mais bon. Ça me fait une belle jambe. Ces cons ont même pas acheté les livres, ils les ont eus par copinage avec mon éditeur ou en service de presse (alors qu'ils ne sont pas journalistes, mais bon, c'est pas grave, faut pas chercher...). C'est pas ces petits compliments qui vont me générer des ventes !

 

 

 

 

Ce jeune auteur a dû réaliser un rêve et il doit être content de ce début de carrière sur les chapeaux de roues !

 

La réalité : j'en suis à regretter la période où je n'étais pas édité. Au moins je prenais du plaisir à écrire. On m'avait pourtant prévenu que les éditeurs chercheraient à me casser... Je songe à stopper l'écriture définitivement (d'ailleurs mon mec m'engueule à chaque fois que j'en parle, il doit trouver que je tombe dans une sorte « de contemplation morbide de moi-même » et il a raison). Je n'arrive plus à écrire. Je déteste les gens du milieu et j'ai des envies de meurtres rien qu'à l'idée du moindre salon du livre. Je me renseigne sur des formations continues « plâtrier-peintre » ou « soigneur de zoo ». J'appelle les centres de formation. On me répond que je suis trop vieux pour l'inscription.

 

 

 

 

 

Alors, tu piges, camarade-lecteur ?

La prochaine fois que tu vois un bouquin sur une table à la Fnac, dis-toi que, pour l'auteur, c'est peut-être aussi enrichissant que de savoir sa mère en slip à Waikiki (quoique encore, je serais content de savoir ma mère en train de faire du topless à Hawaï, ça voudrait dire que mes parents ont sacrément du fric d'un coup).

 

 


 

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 13:43

 


 

sarkozy-kadhafi-a-lelysee-baiser-dela-mort.jpg

Dans le monde des comics, on appellerait ça "la poignée de main de la mort"

 

 

 

 

 

Droits de l'Homme (avec un grand H à Homme) : nom masculin pluriel – Notion intersubjective dont la relativité est toute géographique et temporelle (N.D.R. il en va de même pour les définitions suivantes : démocratie, dignité humaine, Convention de Genève).

 

 

Et on peut aussi lire le point de vue du PRCF, parti indépendant, à ce sujet – je n'ai pas trouvé l'équivalent dans n'importe quel courant du Parti officiel... (mis à part un texte d'une certaine madame Bleitrach mais vu qu'elle m'a traité de connard une fois, bon, je m'abstiens, genre, et puis le texte du PRCF il est franchement mieux).

 

 

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Published by stoni - dans Définitions
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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 21:17

 


pierre-laurent.jpg

 

 

 

 

melenchon.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François Hollande est investi candidat du Parti Socialiste aux élections présidentielles.

 

Crois-tu, camarade lecteur, que ce soit l'info primordiale du soir ?

Foutre non !

 

Laissons les soss' à leurs primaires – au passage pas mal ce coup-là, j'avoue mon admiration, très ingénieux, et cela sans aucune médisance.

 

Ce qui nous intéresse, c'est nos amis du Front de Gauche.

 

Fi ! Panique à bord ! Si Titine Aubry avait été investie, Grincheux Mélenchon et Simplet Pierre Laurent se seraient félicité. Une possible occasion de négocier un accord et de, pourquoi pas, se priver d'une campagne électorale tout autant coûteuse qu'inutile !

Les deux julots anticipaient en se voyant volontiers dotés d'un ministère (dans le remake deumilledouzien des quatre ministres communistes de 1981) !

 

Hélas ! Le « peuple de gauche » a choisi la Hollande.

Patatras.

Difficile pour Grincheux et Simplet d'imaginer une négociation avec le gars. Trop centriste, trop soc-dem-soc-dem, pas assez « de gauche ».

 

Cette semaine, déjà, sentant venir la cata, Simplet regrettait le revirement de Montebourg côté soc-dem-soc-dem.

 

 

 

Une pensée émue pour cette formation inepte, intitulée Front de Gauche, condamnée à faire croire, jusqu'en mai 2012, qu'elle repose sur un fond idéologique suffisant pour porter un projet « politique ».

 

 

 

Bon courage.

 

 


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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 16:42

 

 

 

 

Bonjour Stoni,

 

Comme je te connais bien, si tu le permets, je vais dresser la liste de tes innombrables défauts – à croire que tu n'as aucune qualité, d'ailleurs.

 

Idiot. Stupide. Faible. Inutile. Fainéant. Trop fainéant. (Faux) psychorigide. Ambitieux. Egoïste. Méchant. Envieux. Tenté par l'oisiveté. Aurait tout pour être heureux. Déçu. Amer. Désespéré. Arrogant. Prétentieux. Vide. Vain. Intellectuellement poseur. Stérilement provocateur. Complaisant. Imbécile. Léger. Hypocrite. Dégoûté. Menteur. Blasé. Altier. Insignifiant. Artiste raté. Ecrivaillon. Auteur commercial. Raté. Misogyne. Misanthrope. Hargneux. Frustré. Revanchard. Communiste. Etroit. Borné. Limité. Spirituellement vieux. En quête ridicule d'un équilibre intérieur. Intéressé. (Mauvais) calculateur. Faux érudit. Ignare. Inculte. Triste. Sombre. Clown triste. Seul. Arnaqueur. Imposteur. Dissimulateur. Menteur. Obsédé sexuel. A des amis si gentils, parfois chiants mais si bons au fond, dont il ne prend pas assez soin. Rétrograde. Révolutionnaire de pacotille. Etourdi. Flanqué du plus mauvais jugement et du plus mauvais discernement au monde. N'écoute pas ce qu'on lui dit. Obstiné. Tête à claques. Chiant. Ennuyant. Répète toujours les mêmes choses. Ecrit toujours les mêmes livres. Etouffé par trop d'amour-propre. Orgueilleux. Ne se prend pas pour la moitié d'une merde. Ferait mieux de réfléchir avant de parler ou de se confier. S'ouvre trop facilement aux autres. Choisit mal certains de ses prétendus amis. Anti-gauchiste. Anti-altermondialiste. Beau parleur. Séducteur. (Mauvais) manipulateur (sauf pour le sexe là tu es bon pour embobiner les gens). Petit enfoiré de merde. Con. Connard. Salaud. Dérangé question propreté. Lassant. Conformiste. Trouve intéressantes certaines personnes de droite. Opportuniste. Fourbe. Superficiel. Axé sur l'apparat. On se demande tous pourquoi tu ne renonces pas à ton putain de métier insipide, que tu ne te consacres pas totalement à ton mec (qui est parfait et ne te mérite pas), et que tu cesses pas de nous les briser avec tes putains de livres à la con.

Change de vie, pauvre type.

Jeune con.

 

Voilà je crois que j'ai fait le tour. J'espère que cette liste t'aidera à corriger tes défauts.

 

 

Crois-moi

Ton bien dévoué,

 

 

Stoni.

 

 

 

 

caca stoni 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 10:57

 

 

L’autre nuit, j’ai fait un rêve magnifique.

Je dirais même : un des plus beaux rêves de ma vie.

 

 

J’étais retourné à l’école, en cours d’arts plastiques. Néanmoins les autres élèves et moi-même étions adultes.

Le sujet du cours d’arts plastiques était totalement libre. Nous devions juste faire passer un message via une expression artistique, quelle qu’elle soit.

 

Tout le monde se lançait dans des trucs super compliqués.

 

De mon côté, comme je suis nul en arts plastiques, je cherchais à faire quelque chose de simple. En dessin je ne cassais pas des briques. Bien que j’aie un coup de crayon correct, je n’ai jamais su utiliser autre chose qu’un feutre noir. Les joies des fusains, sanguines, encres de Chine, aquarelles, pastels, gouaches, huiles…. me sont restées inconnues.

 

Alors, il me faut quelque chose de percutant en trois coups de crayon. Mais quel message faire passer.

Et puis, ça me vient d’un coup, c’est même évident.

 

Je dois signifier la position surdéterminante de l’ordre de la production sur celui de la consommation (voir à ce sujet l’article « La lutte des classes aux chiottes » où tout est bien expliqué). En gros, je dois dire que le travail est plus important que tout le reste (y compris l’art) car il n’y a pas superstructure (entre autres les arts au pluriel) sans infrastructure (les mecs qui bossent).

 

Et pour ça, une image me vient, splendide, puissante, révélatrice, apothéotique.

 

 

 

La voilà :

 

 

 

 phallus-marxiste.jpg

 

 

 

Pour toi, camarade lecteur, ce dessin n’est peut-être pas très parlant.

 

Alors je te raconte le truc.

 

Au centre, nous voyons une cheminée d’usine. Sur les côtés, des petites baraques d’ouvriers. Le faire et la classe ouvrière réunis dans un même dessin.

 

Cependant, le tout forme une silhouette phallique (la verge en érection – cheminée et les testicules – baraques).

 

Eh oui ! En m’emparant du phallus, organe génital, je montre que l’ordre de la production est séminal, qu’il est à l’origine de la praxis, de même que l’érection est à l’origine de la vie.

 

 

 

Putain c’est trop beau.

 

Dans le rêve je suis parfaitement conscient de ce montage idéologique et n’en suis pas peu fier.

 

Quand je me suis réveillé, j’ai aussitôt fait ce croquis pour NE JAMAIS OUBLIER CE MONUMENT DE POESIE.

 

 

Bon.

 

 

 

 

Le truc qu’on pourra me reprocher, c’est d’avoir inconsciemment choisi le phallus plutôt que la vulve.

Celui ou celle qui voudra bien me donner une idée similaire de dessin « idéologiquement symbolique » avec une vulve est le bienvenu.

 

 


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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 19:58

 


-a-craint.jpg

 

On parle souvent du trac des comédiens, des musiciens, des chanteurs. Mais très rarement du « trac de l'écrivain ». Et pourtant, dans mon cas au moins, il existe bel et bien.

 

Dès le début de ma magnifique carrière littéraire, j'ai découvert le trac. Je ne savais alors pas ce qui m'arrivait. La première fois où j'ai rencontré un éditeur, je m'étais persuadé que je n'arriverais jamais à parler face à lui.

Ce qui est très étonnant – enfin, ce à quoi je fais semblant de m'étonner – c'est qu'avant ça, je n'ai jamais été un mec timide. Au lycée, je ne cessais de faire le bouffon. J'ai toujours eu la répartie facile (au point que mes amis me qualifiaient de « pas sortable »). Aux oraux, je me baladais. Au boulot, pareil. Les entretiens d'embauche ne m'inquiètent pas plus que ça.

Et puis, là, j'étais tétanisé. J'étais perdu. Que m'arrivait-il ?

Une personne très renseignée m'a dit : « C'est le trac. Vous êtes un artiste. Rien d'exceptionnel à ça. Si vous voulez faire ce métier d'auteur toute votre vie, il faudra peut-être vous y habituer... ».

 

 

Depuis, les choses sont restées les mêmes.

Avant un salon du livre. Avant une séance de dédicace. Avant une intervention publique (table ronde, conférence). Avant un entretien avec un journaliste. Avant une émission de radio.

 

 

Le trac a plusieurs phases, dans mon cas.

 

 

1 / L'indifférence.

On me propose un truc qui, je le sais bien, me fournira une méchante dose de trac, mais j'accepte. Parce que c'est loin dans le temps et que c'est un peu mon métier quand même. « Cette conférence où je vais parler devant un amphi de cent personnes ? Ah ouais, ok, vous pouvez compter sur moi. Pas de problème. Cette émission de radio suivie par des dizaines de milliers d'auditeurs ? Bien sûr. Ok mon gars. Je te la fais, l'émission. Je te l'emballe, même. »

 

2 / L'appréhension frappe à la porte.

Ah ouais quand même, cent personnes... Ah ouais quand même, trois millions d'auditeurs...

 

3 / Le dénigrement.

De toute façon y'aura personne à la conférence. Et puis, en vérité, l'émission ne fait pas tant d'audience que ça.

 

4 / La méfiance.

Cette conne d'attachée de presse m'a dégoté une conférence de merde, en vérité. Je me suis renseigné : le sujet, c'est « l'introspection lacanienne dans le bildungsroman ». Putain ça a rien à voir avec ce que je fais, ça ! Avec mon éditeur, ils m'ont encore casé dans un truc tout pourri.

Et pis je m'en fous si y'a cent personnes, ou si c'est suivi par trois millions d'auditeurs, ce truc a l'air foireux !

 

5 / Je cherche des arguments idiots pour me décommander.

Un truc à l'air foireux... Mmh... Foireux, avant, ça voulait dire « qui a la diarrhée ». Comme quoi. Y'a bien anguille sous roche !

 

6 / Je cherche des arguments sérieux pour me décommander.

De toute façon, après toutes les saloperies que m'a faites mon éditeur, je m'en fous si j'ai pas le goût d'y aller ! FUCK OFF !

 

7 / Au fond, je commence à être bien terrorisé.

Je vais jamais réussir à parler... Je vais dire n'importe quoi... Je vais vomir sur les gens (c'est un truc qui me travaille, je sais pas pourquoi)... Je vais passer pour un con (et pis de toute façon je suis un con)... Je vais dire des trucs super dérangeants qui vont mettre tout le monde mal à l'aise et je vais me griller jusqu'à la fin de ma vie... Je vais tout faire rater... Je vais décevoir mon attachée de presse et mon éditeur (qui il y a trente minutes étaient des gros cons que je haïssais de tout mon être mais bon c'est pas grave, je ne suis pas à une contradiction près)... Je vais décevoir mon mec... Plus personne ne va m'aimer ni me respecter... Je vais passer pour un boulet... Non, je serai un boulet...

Et comme j'ai beaucoup d'imagination (c'est mon métier, encore une fois), je me fabrique mentalement, avec force détails, chacun de ces scénarios.

Du coup, j'ai comme tendance à y croire, vu que ça a l'air réaliste (rendre les trucs réalistes c'est, ter, un peu mon métier aussi).

 

8 / La colère.

De toute façon personne ne m'aime. Personne ne me respecte dans ce milieu. Pourquoi je me fais chier à stresser comme un malade ? Fuck off bitch ! Je suis un sale prolétaire, tous ces politico-mondains me méprisent et je dois me venger. Je vais y aller et je vais me les faire. Le journaliste. Les autres auteurs. Ouais. Putain. Je vous hais tous les mecs. Personne ne me reconnaît à ma juste valeur. Je vais leur dire leurs quatre vérités, moi. S'ils m'ont invité à leur salon / conférence / dédicace / entretien / émission, c'est juste pour se foutre de ma gueule parce que je suis pauvre. On va voir ce qu'on va voir.

Au secours je suis incompris, Marx aide-moi.

Et c'est de la faute de mon éditeur qui m'a foutu dans ce sale coup.

Délire paranoïaque.

 

9 / L'appel à l'aide.

J'en ai marre d'être en colère, je vais avoir l'air méchant et con, ça va se voir, je vais avoir une attitude de « vieux frustré revanchard » ça craint.

Je veux juste qu'on m'aime et qu'on me respecte.

Au secours.

 

10 / L'égarement total.

Je ne sais pas où je vais aller. Enfin, si, je vais forcément à l'abattoir. Tout va mal se passer. Je ne sais pas où je vais être logé (juste dans un hôtel, connard, mais bon c'est pas grave). J'ai peur de dormir dans la rue (???!!!). Ok, d'accord, je dors à l'hôtel, tout est organisé, mais si l'hôtel n'est pas bien ? Je sais pas, s'il y a de l'amiante dans les murs par exemple ?

Peur de l'inconnu.

 

11 / Bilan

Délire paranoïaque + peur de l'inconnu = gros trac.

 

12 / L'état de transe.

La veille et le matin même, je suis noué, je suis persuadé que je ne vais pas survivre à cette journée. Extérieurement, personne ne le voit. Je peux même rigoler – du moment que je suis accompagné, je tiens la route. Tout seul, je suis malade. Dans le train / l'avion / le métro, mentalement, c'est la panique. Quand un inconnu m'adresse la parole (il cherche son chemin, il drague, etc), je réagis parfaitement normalement, je souris et je suis super cool. En moi, je pense « c'est marrant qu'il m'adresse la parole, celui-là, vu que de toute façon je suis qu'une merde et que je vais me taper la honte à ce(te) salon / dédicace / conférence / entretien / émission, etc. »

 

13 / Devant le fait accompli.

Voilà, je suis dans la situation. Pendant quelques minutes, je repense encore à tous mes scénarios mais... En général j'assure comme une bête et je livre une prestation d'enfer.

 

14 / Après : le soulagement.

Ben ouais. J'ai survécu. Moi, j'ai eu le trac ? Peut-être. Je préfère penser à l'échange que j'ai eu avec mes lecteurs.

Et puis je me dis, en rentrant, quand même, t'es un sacré connard de te foutre dans des états pareils.

 

 

Tu sais quoi, camarade lecteur ? Avant chaque interprétation devant un public, Jacques Brel était malade et il gerbait un bon coup.

Bon. Même combat, style genre.

 

 

 

Alors.

Qui veut toujours être « un artiste » ?

 


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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 11:22

 

 

« Ce n’est pas de la lutte des classes, c’est mathématique » Barack Obama, 2011

 

« Lol – mdr » Stoni, 2011

 

 

 

 

superman-barack-obama.jpg

 

 

 

Barack Obama atterrit.

 

Confronté à son déficit de « trois mille milliards de dollars », Barack commence à s’inquiéter. Pour ne rien arranger à l’affaire, il est parfaitement conscient, comme tous les Américains à peu près sérieux, que son empire est sur le déclin et que, je ne sais pas quand hélas, la Chine est fort susceptible de lui piquer sa place très enviée de « première puissance mondiale ».

 

Les empires s’effondrent. Ainsi va le monde.

 

Aussi, inspiré par un Buffet fort en verve, Barack Obama demande aux riches de payer un peu plus que les pauvres (style genre).

 

Et non, le Buffet en question n’est point notre Marie-George nationale ! Mais Warren, un milliardaire américain qui prend très cher. Qui prend cher quoi donc ? Je ne parle pas de la passe, mais du dîner en sa compagnie.

 

Aussi notre ami Barack veut augmenter les impôts des plus riches. Et il se défend « Ce n’est pas de la lutte des classes, c’est mathématique ».

 

 

 

Merde. Je trouve cette phrase tellement belle.

 

Barack.

 

La lutte des classes, c’est une mathématique.

 

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:24

 

 

 

Moi :

- Aujourd'hui, j'ai regardé un documentaire sur Arte +7. Sur le Groenland. C'est un truc de fou, là-bas. Je te jure, ils vivent dans des conditions extrêmes et tout. Genre, comme population, ils sont cinquante mille. Au total. T'imagines ? Dans la capitale, t'as quinze mille habitants.

Aniki (mon mec) :

- Ah oui ça fait petit, comme capitale.

- J'aime bien regarder des reportages sur des gens qui vivent dans des conditions climatiques extrêmes. Pour voir comment l'ordre de la production est capable de vaincre les obstacles de la nature. Les victoires de la praxis humaine. Surtout quand ces victoires-là font partie du quotidien de tout un peuple.

Je m'interromps le temps de tirer sur ma cigarette électronique, puis je reprends :

- Dans ce documentaire, on voyait des gens faire leur petite vie. Il y avait un couple d'Allemands qui tenaient un restaurant, dans un bled avec même pas deux mille habitants. Leur clientèle, c'étaient les touristes de passage. Les types, ils devaient cuisiner tous les légumes en conserve ou en surgelé, vu que rien ne peut pousser, là-bas. Et le ravitaillement vient par bateau une fois tous les trois mois. Ces gens menaient la petite barque de leur vie, dans leur restaurant, faire à manger, être ensemble. Ils vivent en fonction du temps qu'il fait, ils ont l'air zen. Le mec disait « on a des conditions climatiques très rudes mais c'est un endroit si paisible pour vivre ». Ils se promenaient dans la toundra avec leur chien... Et moi, en regardant ça, j'ai eu honte.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai pensé que, eux, ils faisaient quelque chose d'intéressant et d'unique. Ils tiennent un petit restaurant au Groenland. Je veux dire, leur vie, c'est ça l'expérience. Moi, mon expérience, je la vis par procuration. Par des romans. Eux, ils ne se prennent pas la tête. Le matin, ils se lèvent, ils font leur popotte et c'est marre.

- Les choses sont sûrement bien plus compliquées, en réalité...

Je n'écoute pas cette remarque et enchaîne :

- Et après, tu voyais un mec, un Inuit, chez lui. Un type normal, quoi, dans sa maison, avec sa famille, ses enfants, etc. Et le mec, son truc, c'était la chanson. Il adore chanter. Tu le vois s'installer devant son synthé, lancer une rythmique pré-programmée, jouer et chanter. Le mec, il était à fond, putain il kiffait ! Il était là, juste avec son pauvre synthé – enfin, non, le synthé avait l'air bien – et il se donnait complètement ! Après, il parlait de son « prochain CD ». Il avait déjà enregistré plusieurs disques. J'imagine qu'il l'a fait en amateur, pour les vendre à ses voisins, ses amis... Et il s'en contente. Il en est fier. C'est son kif. Il parlait des prochaines voies qu'il allait explorer, dans sa musique. C'est son dada.

- Et alors ?

Dépité, j'avoue :

- Et alors, je me suis dit, ça c'est un vrai artiste.

Aniki soupire.

- Ce qui implique que toi, Stoni, tu n'es pas un vrai artiste, c'est bien ça ?

- Mais putain, ce mec avec son piano, il m'a tué ! Je te jure, il m'a tout simplement TUÉ ! Il cherchait pas midi à quatorze heures ! Il faisait sa musique, ça lui plaisait, et il était heureux ! Moi, j'ai perdu tout ça. Je n'ai plus cette spontanéité...

- Mais ce que t'es chiant... Comme si t'avais perdu de la spontanéité...

- Mais bien sûr que si je l'ai perdue ! Je le vois bien ! Commencer un livre, ça n'a jamais été aussi dur depuis que je suis édité. Alors, qu'avant, avant, je faisais ça en deux minutes, je commençais livre sur livre, putain, je m'en foutais, maintenant je suis assailli par qu'est-ce-que-les-gens-vont-penser...

- Mais avant aussi tu te prenais la tête, sauf que tu t'en souviens pas...

- Mais le mec avec son piano au Groenland, lui, il est resté fidèle à ce qu'il aime, il fait ça pour le plaisir, il est VIERGE DU MONDAIN !

- Merde, t'en sais rien ! Tu te bases sur un pauvre documentaire où ce type doit passer cinq minutes en tout et pour tout ! Tu sais rien de rien de sa vie ! T'idéalises complètement !

- Le gars, il fait son CD dans son coin. Il s'en fout de pas être une star. Il veut pas être une star. Moi, maintenant, je suis plus préoccupé par la-presse-que-j'ai-et-celle-que-j'ai-pas, par mes ventes, par ce-que-Truc-a-pensé-du-bouquin, ce-que-Machin-en-a-dit... Je crains, j'ai honte de moi !

- C'est normal. Tout le monde réagit comme ça. On est des êtres humains. Tout le monde est préoccupé par le paraître. Parce que, c'est de ça, dont on parle. Du paraître. Tu dis que tu as négligé l'être de ton écriture au profit du paraître.

- Le mec avec son piano, il a pas fait ça, lui !

- Mais si ça se trouve c'est un gros con, ton mec avec son piano !

- NE PARLE PAS COMME CA DU MEC AVEC SON PIANO ! Même qu'à un moment, il chantait une chanson qui lui inspirait tellement d'émotion... qu'il pleurait pendant qu'il chantait.

- Et quoi ?

- Moi, j'ai été corrompu. J'ai perdu ce genre de spontanéité.

- Putain mais t'es grave. C'est fou comme tu es fasciné par ta sorte de notion de pureté. Il y a des choses pures – la spontanéité – et des choses impures – le mondain. T'es complètement manichéen.

- Oué je sais. Je pense qu'à une autre époque, au Moyen-Âge, genre, j'aurais pu être une espèce de fanatique.

- Bon, alors, on peut passer à autre chose, maintenant ? Je t'absous. Tu as le droit d'être intéressé par le mondain. Voilà. Tes péchés sont pardonnés.

- Mais j'ai pas fini. En matant ce documentaire, j'ai eu une pensée que j'ai très souvent, en ce moment : je devrais peut-être arrêter d'écrire.

- Allons bon.

- Alors, je me suis dit : ok, je vais arrêter d'écrire.

Aniki attend la suite dans une expectative résignée.

Je lâche enfin le paquet :

- Mais tu vas voir, c'est trop craignos. Je me suis rendu compte que je ne peux pas m'arrêter d'écrire, en fait. Parce que, quand je prends cette décision, y'a un truc qui la refuse en moi. Quoi donc ? Pas mon amour de l'écriture. Ni une quelconque vocation, ni la passion. Non. C'est pire que tout. C'est la VANITE.

- Sans déconner...

- Oui, parfaitement, la VANITE. Je ne veux pas m'arrêter d'écrire parce que ça me distingue. Je ne veux pas être comme les autres. Je veux avoir quelque chose en plus.

- Comme tous les artistes. Quelle originalité. C'est ça, ton problème, Stoni. Tu crois toujours que tu es tellement différent, original, marginal, etc. Mais, en réalité, tu es d'une banalité confondante. La seule différence, c'est que tu as beaucoup (trop) d'imagination.

- Mais tu trouves pas ça nul, de vouloir continuer à écrire pour se hisser au-dessus de la masse ?

- Non, parce que c'est pas ta vraie motivation. C'est ce que tu penses un jour où ton travail t'énerve, où tu regardes un documentaire qui te donne envie de changer de vie, un jour où tu es dans une dynamique négative avec toi-même. Un autre jour, tu sauras très bien que tu écris parce que tu as besoin de le faire et c'est tout. Et puis même ? Tu voudrais écrire par vanité ? Qu'est-ce que ça peut faire ? Qu'est-ce que, en arts, les hommes n'ont pas fait par vanité ?

 

 

Je reste silencieux un moment, avant de marmonner :

- Le mec avec son piano, je suis sûr qu'il s'en fout, lui, de la vanité.

 

Aniki ne tique même pas.

Je crois qu'il s'est habitué. A moi, dans un premier temps. Et puis au mec avec son piano, dans un deuxième.

 


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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 11:59

 

 

 

 

La semaine dernière, je reçus une proposition de service de presse de la part des Editions Rue Fromentin, que j'envoyai chier sans tarder.

Cet article suscita, dans les commentaires, un grand débat sur la pertinence des services de presse destinés aux blogs.

 

 

Hélas ! Moi qui croyais avoir été victime d'un mailing de masse, je m'étais honteusement trompé ! Car, voici la réponse que me fit alors Jean-Pierre, trop mon pote chez Rue Fromentin.

 

 

 

Cher Stoni,

 

Merci pour votre réponse. 

Je me revois dire, il y a quelques jours : "envoyons à ce blog, le type ne mâche pas ses mots, ça peut lui plaire ou pas, on verra bien." Eh bien, je ne suis pas déçu. Tant pis ou tant mieux, bah...

 

Je n'avais pas lu votre billet  "Psychologie de base de l'éditeur", il est vrai, suivant depuis toujours le conseil de Paul Morand :"fuir tout ce qui se relève de la psychologie."

 

Tout à fait dévoué également,

Jean-Pierre, de "l'équipe Rue fromentin".  

 

 

 

 

Voilà un sens de l'élégance, dans la riposte après attaque, qui aurait bien profité à notre ami Poindron (cf. la débâcle d'Ericou dans la fâcheuse affaire Clopine) !

 

Aussi fus-je bien obligé de présenter mes excuses.

 

 

 

 

Mon cher – me permettras-tu la familiarité de t'appeler ainsi ? – Jean-Pierre,

 

C’est à mon tour de te remercier chaleureusement pour ta réponse.

 

La teneur impersonnelle et non argumentée de ton premier message m’a réellement fait croire qu’il s’agissait d’un mailing.

Mais, comme le disait mon professeur d’éco-droit au lycée, avec un accent typique, AUTANT POUR MOI ! (je garde un souvenir ému de cet homme)

 

A mes heures perdues (c’est-à-dire au boulot entre deux trucs à faire), je suis allé faire un petit tour sur le site de ta maison d’édition – que, pour être honnête, je ne connaissais pas auparavant.

 

Vous avez l’air d’avoir une certaine aisance à obtenir de la bonne presse, ce qui est très bien, et je ne comprends vraiment pas pourquoi, concernant le roman de ce jeune auteur, vous souhaitez cibler les blogs.

 

Sans vouloir mettre tes compétences éditoriales en question (et si je l’ai fait dans mon précédent courriel, je te présente toutes mes excuses pour avoir été un tel jeune con arrogant), ce que je t'ai écrit au sujet des SP n’est pas complètement débile et tu peux toujours en peser le pour et le contre.

 

Si toutefois tu tiens à tes envois aux blogs (ce qui pour moi est une perte de temps, d’argent et un formidable gâchis d’exemplaires du livre), par respect envers son auteur, je te conseille de cibler des blogs qui font de la critique littéraire.

 

Je vous ai quand même fait un peu de publicité en causant de l’affaire dans cet article, et mes lecteurs ont pris votre défense.

 

[…]

 

 

J’espère pouvoir te préserver dans mon lectorat ô combien chouchouté par mes soins.

 

Crois-moi bien

 

Ton dévoué

Et fraternel

 

Stoni

 

 

 

Après quoi, Jean-Pierre réagit (je publie ce dernier courriel pour alimenter le débat « pertinence des SP ») :

 

Cher Stoni,

je ne vais pas te remercier une nouvelle fois de ta réponse, mais le coeur y est.

 

Effectivement, nos livres sont parfois chroniqués, un peu partout, selon le sujet traité. Cette proposition d'envoi n'était en rien un geste désespéré. Pour ce roman, un peu hors-normes, il m'a semblé que les blogueurs pouvaient avoir moins de "blocage" qu'une certaine presse traditionnelle. Je respecte les deux, le problème n'est pas là : mais, après tout, les Clash ou les Sex Pistols se sont d'abord fait chroniquer par des fanzines (Shane Mc Gowan ne se présentait pas comme critique, je pense) avant d'être dans les pages de The Guardian ou même du NME. Pour certaines oeuvres, les critiques professionnels sont parfois en pilotage automatique, pas toujours aux aguets, l'histoire l'a prouvé.

Cette réflexion ne va pas chercher bien loin, je te l'accorde, mais tu reconnaîtras qu' il ne s'agit pas non plus d'un machiavélique plan marketing 2.0 ou je ne sais trop quoi.

Ceci dit, puisqu'on parle cuisine, ton passage sur les SP ne manquait pas de justesse, c'est pour cela d'ailleurs que je t'ai répondu. Et puis, un crochet du gauche franc du collier vaut toujours mieux qu'une tape dans le dos molle et moite, comme disait Marvin Hagler.

 

Bien à toi,

Jean-Pierre

 

 

 

 

 

Voilà, vous savez tout sur le zizi !

 

Et justice est rendue à cet éditeur ! (pour une fois – cela dit il n'est pas totalement blanchi non plus, moi je n'ai jamais travaillé avec lui, peut-être est-il un patron particulièrement énervant et relou, qui sait ?)

 


 

 

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