Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 10:43

 

 

http://img.over-blog.com/300x215/1/18/64/00/design/5664b.jpg

Sois un bon prolétaire :

détourne la plus-value !

 

 

 

 

 

En ces temps de crise économique et de chômage massif, un devoir s'impose à tout prolétaire détenteur d'un contrat de travail : détourner la plus-value de son patron.

Détourner la plus-value, c'est récupérer quelques miettes du pactole que le capitalisme se fait sur ton dos, camarade-lecteur.

 

Depuis des années, je pratique le détournement de plus-value. Comme je ne suis pas chien, voici quelques tuyaux que tu pourras peut-être appliquer à ton taf.

 

 

Utilise les transports en commun.

 

Aujourd'hui, afin d'encourager les modes de déplacement "doux", les patrons sont obligés de te rembourser au moins la moitié (sur ta fiche de paye) de ton abonnement de transports en commun. En plus ça te débarrasse de la bagnole qui reste, je le rappelle, un véritable gouffre financier. Les transports en commun te fourniront en outre une magnifique excuse pour arriver en retard au boulot. "Le bus 13 était encore arrêté !" Ah là là, quelle plaie cette ligne 13.

 

Attention ! Les travailleurs à temps partiel ne seront pas entièrement remboursés de leur abonnement, car le dédommagement sera calculé au prorata de leur temps de travail, s'ils travaillent à moins de 50 % de 35 heures. Eh oui ! Nous les travailleurs à temps partiel, on est bizarrement foutus : on va au boulot mais on en revient pas. Entre la fin de notre journée de taf et le lendemain, on se dématérialise, on utilise pas le bus pour rentrer chez nous, on se télétransporte. On est forts quand même. Une énième mesure qui précarise et appauvrit davantage encore les travailleurs à temps partiel, qui en général roulent sur l'or comme chaucn le sait.

 

Attention ! Aujourd'hui, afin d'encourager les modes de déplacement "doux", les travailleurs qui vont au taf en vélo ne se verront attribuer aucune sorte de dédommagement. Ben ouais, on ne peut pas les fliquer. L'abonnement de transports en commun constitue une preuve : l'état de vos chambres à air n'en est pas une, visiblement.

 

 

Prends ta douche au boulot !

 

Ce détournement de plus-value ne concerne que les heureux travailleurs qui disposent de douches au boulot.

Le matin, déguste tranquillou ton petit-dej, enfile un survêt, prends les transports en commun, débarque au boulot en étant faussement essouflé et en proclamant "aaah le jogging du matin, quel pied !" Et file te laver à la douche de l'entreprise, histoire d'alléger ta facture d'eau. Si ton patron apprend que tu cours tous les matins, il en sera tout impressionné et t'assimilera probablement "à la France qui se lève tôt". Alors qu'en réalité, tu détournes la plus-value en bon petit prolétaire bolchévisant que tu es.

 

Hélas, la présence de douche sur le lieu de travail reste rare en France. Sauf peut-être dans les entreprises boches, vu que c'est courant là-bas. Si jamais tu travailles pour une entreprise boche, sache que le détournement de plus-value n'est pas un droit, mais un devoir. Les boches n'avaient pas qu'à nous envahir plusieurs fois, ni imposer à l'Europe l'austérité bruxelloise. Tout se paye un jour ou l'autre. Tout.

 

 

 

Pique le maximum de matériel de bureau !

 

Stylos, papier, scotch, ciseaux, etc... On en a toujours besoin à la maison, et mine de rien, ça coûte cher ces conneries. J'adore marquer un petit détour mensuel par l'armoire à fournitures de bureau du taf. L'air dégagé, je prends un stylo bille, puis je bourre rapidos mes poches de "consommables", comme ils disent. Il s'agit là d'une tradition familiale. Mes parents étaient des experts en détournement de plus-value. Ils volaient les fringues chez Carrouf, ont constitué leur première vaisselle en se servant chez Pizza Paille, et mon père nous équipait pour l'année scolaire grâce à son boulot. Merci le patron de Papa, je te dois ma grande réussite dans l'Education Nationale !

 

(eh sinon, non, mes parents n'ont jamais été en prison. enfin pas à ma connaissance)

 

Pique le PQ à ton taf !

 

Ô jour béni où tu trouveras la cachette du PQ à ton taf ! Contrairement au matériel de bureau, le PQ est toujours enfermé dans une place forte dont la plupart des salariés ignorent le seul emplacement. D'où l'intérêt de sympathiser avec le personnel de nettoyage. Les rouleaux de PQ d'entreprise étant volumineux, ce menu larcin devrait te fournir de quoi t'essuyer pendant plusieurs mois.

 

 

 

Fais caca au taf !

 

Ce fut ma première mesure prolétarienne prise en réaction à l'abonimable oppression de la troïka (UE – BCE – FMI). En solidarité avec le peuple grec, je décidai de poser ma crotte au taf, désormais. On ne se rend pas compte, mais faire caca, ça coûte la peau du cul (c'est le moins qu'on puisse dire). Le papier, l'eau consommée par la chasse d'eau ? Tout cela se paye (ou se vole pour le PQ, je sais). Si tous les travailleurs ne faisaient plus que caca au taf, dorénavant, nous serions probablement à deux doigts de couler le capitalisme.

 

Pour certains d'entre vous qui évoluent dans un environnement de bureau propret, faire caca au taf comporte des risques. Mais il existe des gens charmants qui ont pensé à vous.

 

 

 

Utilise internet à ton taf !

 

Et économise le prix de l'abonnement. Ok, cela ne concerne que les moins accros d'entre nous à internet, qui pourront s'en passer le soir (à moins que tu ne vives sur ton lieu de travail, mais je ne te le souhaite pas). Cela demande un minimum de discrétion et une certaine habileté à passer de la fenêtre d'Internet Explorer à celle d'un tableur Excel en un quart de seconde. Je suis ouvrier et je ne suis pas censé utiliser un ordinateur. Mais j'ai trouvé une feinte : j'ai un jour déclaré tout haut que j'allais "constituer une base de données pour améliorer mon rendement". Mon patron était vachement impressionné. Depuis, je passe des heures sur internet en prétendant "mettre à jour la base de données" et ne manque jamais de signaler comme ça au passage "que la base de données me permet d'être beaucoup plus efficace". Alors ouais, ça ne marche que si ton patron n'y connait rien en informatique. Mais vraiment rien, hein.

 

 

 

 

Voilà les premières mesures de détournement de plus-value qui me sont venues à l'esprit. Si tu en as d'autres à me soumettre, fais comme les jeunes : "lâche-toi dans les coms !" (Quand je dis lâche-toi, ça ne veut pas dire faire caca. Parce que le caca, c'est exclusivement au taf, c'est clair ?)

 

 

 

 

Suggère d'autres mesures à Stoni

sur Facebook

 

Repost 0
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 13:22

 

 

 

 

woman-asking.jpg

 

 

Plusieurs lecteurs m’ont déjà posé cette fatidique question. En outre, je reçois régulièrement des témoignages où de jeunes auteurs pas-encore-édités me racontent qu’ils ont appelé tel éditeur : la teneur et les conséquences de ce genre d’appel téléphonique justifient à eux seuls un article.

 

 

Récapitulons ta situation, auteur pas-encore-édité.

 

Tu as envoyé pas mal de manuscrits par la poste, obéissant en cela aux recommandations de ton ami Stoni.

Ce qui est très bien.

 

Hélas, les réponses – positives ou négatives – tardent à venir. Tu commences à tourner tel un ours en cage.

 

Et puis, un beau jour, tu craques et appelles les maisons d’édition à qui tu as adressé ta magnifique œuvre littéraire.

 

Pourquoi ?

 

Tu espères que la maison d’édition te dira :

 

  • option a : qu’ils n’ont pas encore lu ton manus mais que ça viendra (ça te rassurerait)

  • option b : qu’ils ont lu ton manus mais que ça ne le fait pas pour telle ou telle raison (ça t'aiderait à le perfectionner)

 

J’ose espérer que tu n’espères pas une quelconque option c du style : l’éditeur t'annonce qu’il est rudement content que tu l’appelles – ça tombe même super bien ! – vu qu’il a adoré ton roman et qu’il souhaite te publier à la prochaine rentrée littéraire.

Parce que ça, ça n’arrivera pas. Un éditeur qui veut t'éditer te rappellera lui-même, il n’attendra pas que tu le fasses…

 

Bref, toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

Voilà comment tu conçois cet appel :

- Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

- Oh mais oui mon bon petit monsieur !

- Qu’en pensez-vous ?

- Excellent, excellent ! Mais vous ne maîtrisez pas encore tout à fait votre style, en outre, le personnage du fantôme n’est peut-être pas assez construit, etc, etc, etc.

Bref, une critique littéraire constructive qui va t'aider à améliorer ton manuscrit.

 

Ce scénario idyllique ne se produira jamais.

 

Voilà ce qui va se dérouler en réalité.

Toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

- Allô ? (voix ronchon du stagiaire non rémunéré du moment)

- Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

- Qui ça ?

- Kenny Dupont…

- Comment il s’appelle, le manuscrit ?

- Le Fantôme de la lande.

- (gros bruit de pet avec la bouche) Connais po !

- Mais je vous l’ai envoyé il y a trois mois et je me demandais si…

- Attendez !

Cinq interminables minutes de silence, puis une autre voix.

- Ouais, qu’est-ce que vous voulez, vous ?

- Bonjour, je suis Kenny Dupont… je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande… Vous l’avez lu ?

- On vous a pas répondu ?

- Euh, eh bien, non…

- Alors ça veut dire qu’on l’a pas encore lu, ou bien qu’on en veut pas.

- Mais je voudrais justement savoir si c’est l’une ou l’autre de ces possibilités, je voudrais être fixé…

- Ecoutez, si on l’a pas encore lu, et que dans six mois vous avez toujours pas de nouvelles, ça veut dire qu’on en veut pas !

- Mais vous pouvez pas me dire si vous l’avez déjà lu ou pas ?

- On reçoit trop de manuscrits, je peux pas chercher là-dedans, moi ! Vous me dérangez, monsieur. Au revoir !

Et là, le gars te raccroche au nez.

 

Wouah, quelle conversation constructive et intelligente qui va probablement t'encourager dans tes démarches éditoriales et qui, surtout, ne va certainement pas t'humilier !

 

 

Tu connais désormais ma réponse à la question initiale : je pense que ce genre d’appel ne sert strictement à rien, n’a aucun intérêt et ne pourra que concourir à te déprimer.

 

Je ne sais pas pourquoi les auteurs-pas-encore-édités se sont mis dans la tête qu’un éditeur pouvait les conseiller sur leur travail, quand bien même il ne voudrait pas du bouquin.

« Ils refusent mon livre mais ne me disent pas POURQUOI ! »

Combien de fois ai-je lu ou entendu cette complainte ?

 

 

Or, ce n’est pas le rôle des éditeurs ! Un éditeur cherche une certaine matière première à publier. Il se fout du reste. C’est comme une entreprise ! D’ailleurs je rappelle qu’une maison d’édition est une entreprise dont le but est de faire des bénéfices, et non pas une association caritative. Nous vivons dans un putain de système capitaliste ! Si tu veux que ça change, milite pour la révolution prolétarienne. En attendant, ne te fais pas d’illusion sur notre réalité économique ! Si un fournisseur n’est pas en mesure de donner la matière première sollicitée par une entreprise, crois-tu que cette entreprise-là va passer dix ans à expliquer au fournisseur en quoi sa production ne lui convient pas ? Non ! Un éditeur, c’est pareil ! Tu n’as rien à lui proposer qui l’intéresse ? Il s’en fout et te jette dans la poubelle de l’histoire !

 

Quant à la critique littéraire que tu attendais (« pourquoi j’ai refusé votre manuscrit, mon cher monsieur ? oh mais je vais vous expliquer tout cela par le menu en dix points… »), un éditeur est dans l’incapacité totale de te la donner car il n’a pas lu ton manuscrit en entier.

Il n’en a lu que une ou deux lignes, voire, au grand maximum un paragraphe ou une page.

 

Comment voulez-vous qu’il vous critique en se basant sur deux lignes ?

 

J’ai expliqué le processus de « traitement » des manuscrits dans l’article Le critère de sélection des manuscrits.

 

Les mecs ouvrent votre manus au hasard, en lisent deux lignes et se font leur idée.

 

C’est avec ces deux lignes qu’ils vont juger si ton roman a éventuellement sa place ou non dans leur collection. POINT A LA LIGNE. FIN DU DEBAT.

 

Je vous invite à relire l’article Le critère de sélection des manuscrits… pour bien vous remettre dans la tête ce point primordial de l’édition – car je ne vais pas le recopier ici.

 

Si tu ne comprends pas – ou refuses de comprendre – la logique de sélection éditoriale qui règne en France, tu vas très mal vivre tes démarches pour te faire publier, car tu te butteras immanquablement à un mur.

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/14.gif


 

Au cas où un éditeur aurait entièrement lu ton bouquin (ou une bonne partie), qu’il ne le trouverait pas trop mauvais, et qu’il aurait envie de te le dire, IL LE FERA DE LUI-MÊME. Il t'enverra un petit mot   disant « pas mal pas mal ! ». Voilà ! Ca aussi, je l’explique dans l’article Le critère de sélection

 

Donc, je le répète s’il le fallait encore : n’appelle pas les éditeurs à qui tu as envoyé ton manuscrit.

 

A moins que tu ne sois maso, que tu aimes souffrir et être humilié, et que tu apprécies d’être remballé par un stagiaire sous-payé. Chacun son truc, hein.

 

 

 

 

Toi aussi, raconte ta life à Stoni

sur Facebook

 

 


Repost 0
15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 14:24

 

 

 

http://download.lardlad.com/framegrabs/9F15/107.jpg

 

 

Tout a commencé avec des douleurs aux machoires.

Au début, je me disais : ça passera.

Mais ça n'est pas passé. Pire, ça s'est empiré.

 

Le paracétamol n'agissait plus.

Je me rendis chez le dentiste.

 

Le verdict fut douloureux. Ma bouche, c'est Beyrouth (sauf mon respect pour les Libanais). Mes dents se sont toujours chevauchées. Quel rapport avec des douleurs de mâchoire, bordel de topinambour ? En vérité, c'est parce que j'ai une malformation de la mâchoire, un truc de malade, il faut tout remettre en ordre, un travail qui durera des années.

 

Le plan purement cool, quoi.

 

J'ai consulté plusieurs dentistes. Tous m'ont dit la même chose. Si je ne faisais rien, ça allait finir comme ça :

 

http://25.media.tumblr.com/tumblr_mbau0ylc2W1qd127co1_500.jpg

 

Je me suis résigné. Je dus choisir un dentiste parmi les trois ou quatre que j'avais consultés.

 

Je sélectionnai celui que j'avais trouvé le plus humain et le plus compréhensif. Le contact était bien passé. Question pognon, il restait abordable.

 

A la fin de l'été, nous entamâmes ensemble ce processus qui promettait d'être long et pénible – comme tous les processus dentaires.

 

J'avais remarqué, dans sa salle d'attente, des magazines un peu droitistes. Le Figaro Madame, des trucs comme ça. Mais bon. Quel dentiste, quel médecin, n'est pas de droite ?

 

Ainsi, jusqu'à hier, tout allait bien.

 

Jusqu'à hier.

 

Je viens pour une nouvelle consultation. Dans la salle d'attente, je remarque le journal La Croix. Ah ouais. Quand même. Bon, il est catho, je veux dire, pourquoi pas. Je ne tique pas davantage que ça.

 

Le dentiste me fait entrer dans son cabinet. Je m'assois devant son bureau. Nous commençons à discuter sur le traitement, comment ça s'est passé depuis la dernière fois, tranquillement, paisiblement.

Et puis, je remarque une petite pile de tracts sur le bureau, disposés de façon à ce que les patients puissent se servir.

 


C'était un truc qui ressemblait à ça mais sans la marque "institut civitas" : 

 

http://francejeunessecivitas.hautetfort.com/media/01/01/3121721456.jpg

 

 

 

 

 

Je bloque. Mais grave.

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/operation.gif


Puis je me dis "il va voir que tu bloques, arrête de regarder ça". Le mec continue à causer. Il est en train de manipuler une radio.

 

J'en profite pour jeter un deuxième coup d'oeil sur le tract. Pour être sûr que je n'ai pas rêvé.

Je n'ai PAS rêvé.

 

Le dentiste m'interpelle.

- Il y a un problème, monsieur Stoni ? Vous avez l'air embêté. Ce ne sera pas douloureux, vous savez.

Il me montre une zone sur la radio. Putain mais je m'en fous de ton truc, là. Moi je bloque sur ton tract, mon pote. Je sourcille et force un sourire.

- Non non, ça va.

Je dois lui dire. Que c'est déplacé. Que c'est offensant. Je sais pas. Que c'est chiant, quoi.

 

Sans déconner, on est en démocratie. Eh oui : je n'ai pas encore été hissé au pouvoir au gré d'une révolution stoniste-léniniste. Donc, comme nous sommes toujours en démocratie, je considère que les gens, ils pensent bien ce qu'ils veulent. Le mec, il est contre le mariage et l'adoption des couples d'homos, c'est son problème. Moi, je m'en bats allègrement les steaks.

Mais putain, il n'a pas à faire de la propagande dans son cabinet !

 

 

Mon embarras atteint des sommets. C'est complètement inapproprié ! C'est comme si je lui distribuais un tract du Parti ! On est dans un cabinet de dentiste, pas sur la place publique. JE NE VEUX PAS CONNAITRE LES OPINIONS SEXUELLO-POLITIQUES DE MON DENTISTE !

 

 

Je dois protester. Pour l'honneur. Je dois lui dire "vos tracts peuvent gêner certains de vos patients, je suis mal à l'aise".

 

Il me demande de m'installer sur le fauteuil.

 

Je m'étends. Super crispé.

Le dentiste bloque à son tour.

- Vous avez peur ?

Oui. J'ai super peur d'un mec capable de foutre des tracts aussi débiles sur son bureau, COMME SI J'ETAIS SUSCEPTIBLE DE LES PRENDRE. C'est une véritable insulte.

- Non, ça va. Mais, vous savez, je... comment vous dire, je...

Si je lui dis, il va me niquer les dents.

 

Putain, je viens tout juste d'y penser.

Si je proteste, ou si je lui dis que ces putains de tracts me gênent, il va m'en vouloir à vie et il va me niquer les dents.

Ce gars, je dois le voir pendant au moins trois ans.

Je ne suis pas sûr de vouloir être suivi pendant trois ans par un mec qui me hait.

A chaque rendez-vous, il va se débrouiller pour me faire mal, histoire de se venger. Un dentiste détient tous les pouvoirs sur son patient. C'est horrible. Juste horrible.

 

- Ouvrez la bouche.

Je ne réagis pas.

- Ouvrez la bouche, voyons.

- Eh bien, écoutez docteur...

 

Si ça se trouve, c'était lui qui faisait " 'loiseau " pendant les manifestations contre le mariage et l'adoption des homos. C'était mon dentiste qui se pavanait en combinaison moulante lycra, au milieu de clampins qui braillaient "papa" et "maman".

 

 

 

 

 

 

Cette idée m'est proprement intolérable.

 

Le dentiste attend la suite.

- Oui, qu'est-ce qu'il y a ?

- Euh... Non rien.

- Mais vous voulez me dire quelque chose ?

 

C'est vous qui faisiez " l'oiseau ", docteur ?

 

- Non, rien...

- C'est la canine gauche qui vous fait toujours souffrir ?

- Non, la canine gauche elle est ok. Excusez-moi, je suis fatigué. Allez-y.

 

Pendant qu'il fait des trucs dans ma bouche, je cogite sévère. Franchement, je suis en colère. J'avais établi une relation de confiance avec ce gars. J'appréhendais bien le traitement – et pourtant c'est vraiment un truc que t'as pas envie de bien appréhender. Et là, il vient de tout casser. C'est dégueulasse. Il a trahi ma confiance.

 

Quand nous arrivons au terme de la consultation, j'ai vraiment envie de lui dire :

- Vous savez docteur, je trouve ça particulièrement fourbe et mesquin de votre part d'avoir attendu que je m'engage pour trois ans de travail dentaire à vos côtés, pour ensuite me foutre vos tracts sous le nez et me plonger dans un embarras aussi immonde vis-à-vis de vous.

 

Mais je ne dis rien.

 

Je me contente d'aller voir sa secrétaire pour régler, soulagé d'être sur le point de sortir. Et là, sur le bureau de la secrétaire, je découvre une nouvelle pile de tracts.

 

Je soupire.

 

Putain, je dois le voir une fois par mois pendant au moins trois ans, ce mec.

 

Y'a qu'à moi que ça arrive. Sérieux.

J'en ai marre. Sérieux.

 

 

 

 

 

Retrouve ton ami Stoni

sur Facebook


Repost 0
12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 13:28

 

 

 

 

http://favim.com/mini/201109/04/juicy-kiss-sexy-tongue-137383.jpg

Savoir maîtriser sa langue, c'est important

 

 

 

 

 

 

L’autre jour, j’ai reçu sur facebook un message du genre :

 

 

slt je suis entrain d'écrire un roman et je suis tomber par hasard sur votre site et sa ma appris plein de choses merci. Connaissez vous des éditeurs fiable si oui pouvez vous me dire les quels svp . Merci d'avance, Kenny

 

 

... et je me suis dit que je ne vous avais pas encore bien causé de l’importance d’une langue correcte quand on souhaite se faire éditer. J’en ai déjà parlé un peu ici, mais je me suis  visiblement  montré trop succinct.

 

En outre, il semble que certains n’aient toujours pas compris que je ne file AUCUNE ADRESSE d’éditeurs (même si je l’avais aussi précisé dans cet article…).

 

 

 

L’orthographe des manuscrits

 

Mais concentrons-nous plutôt sur notre orthographe.

 

Quand j’ai reçu le message de notre ami Kenny, j’ai pensé une chose : ce garçon ne sera jamais édité.

 

Si vous envoyez des manuscrits mal orthographiés à des éditeurs, ils ne seront pas lus. Le critère de la langue est réellement éliminatoire.

 

Et, pour une fois, je prendrai la défense des éditeurs !

 

 

Cela est mon avis personnel, faites-en ce que vous voudrez : un jeune « auteur » qui prétend vouloir faire éditer un roman doit absolument travailler sa langue. Je ne vous demande pas de réussir un sans faute(s ?) à la dictée de Pivot. Mais un minimum ! Sur tous les traitements de texte, il existe un correcteur d’orthographe et de grammaire. Vérifiez vos accords. N’oubliez pas les marque marqueS du pluriel, n'oubliez pas les négations... Accordez le verbe avec le putain de COD quand il est situé avant l’auxiliaire avoir. Pour moi, c’est le minimum vital.

 

Quand on veut écrire, il faut savoir maîtriser la langue. C’est ainsi. Un type qui ne gère pas la ponctuation, qui ne sait pas rythmer une phrase, devrait peut-être penser à faire autre chose que du roman.

Ou bien, ce type-là doit bosser et acquérir les bases du français avant de prétendre à l’édition !

 

Je connais les éditeurs et les lecteurs d’édition. Quand ils reçoivent un manuscrit, ils l’ouvrent au hasard et lisent deux lignes au milieu d’une page.

S’ils tombent sur ça, par exemple :

 

La boulangerie avait fermer depuis dix heures, alor Jacque rentra chez lui où il trouva Hélène.

 

Ou sur ça :

La boulangerie avait fermé depuis dix heures alors Jacques rentra chez lui où il trouva Hélène.

Ils ne liront pas votre manuscrit.

 

Dans le premier exemple, ce sont les fautes (orthographe et grammaire) qui les feront tiquer et balancer votre manuscrit dans la corbeille.

 

Dans le second exemple, il n’y a aucune ponctuation, c’est dégueulasse à lire, c’est dégueulasse à voir : votre livre sera voué aux géhennes de la poubelle.

 

Si j’étais moi-même éditeur, en lisant ce genre de phrases, je penserais avec agacement que leur auteur se fout clairement de ma gueule et j’aurais raison.

 

 

Bien sûr, vous allez me dire que tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un bon niveau à l’école, avec les inégalités sociales et que sais-je encore.

 

Ok.

Moi, au lycée, je n’étais pas totalement naze en ortho-grammaire, mais je n’étais pas non plus très bon. J’avais un gros souci avec les accords et les concordances de temps. J’étais du genre à dire « si j’aurais su ». Sérieux. Mais je voulais écrire, alors j’ai longtemps travaillé dessus. Tout seul. Je vous rappelle que j’ai passé un bac techno : je n’étais pas censé avoir un niveau de malade en français.

J’ai squatté le dictionnaire, j’ai lu les pages grammaire, j’ai potassé.

 

Bien sûr, vous allez encore répliquer que, même si un jeune auteur a un mauvais niveau de langue (orthographe), il pourra toujours se faire corriger par quelqu’un d’autre.

 

Eh bien je souhaite bon courage à ce "quelqu’un d’autre" et j’espère qu’il a un meilleur niveau d’orthographe que notre ami.

 

C’est bien d’avoir quelqu’un qui vous corrige, mais vous devez vous-même avoir votre petit niveau de langue. Qui dit grammaire de merde, dit orthographe de merde, dit style de merde. Je suis désolé, mais c’est vrai. On ne peut pas écrire correctement dans une langue dont on n'a aucune maîtrise.

 

Franchement, bossez de façon à conjuguer correctement vos verbes et activez le correcteur de votre traitement de texte ! BOUGEZ VOTRE CUL BORDEL !

 

 

La correction dans l’édition

 

Il demeure néanmoins que les écrivains sont des êtres humains et que, comme tout le monde, nous avons des lacunes et nous faisons des fautes de langue.

 

Quand un auteur a signé un contrat d’édition, son manuscrit sera corrigé par quelqu’un dont c’est le boulot, avant d’être édité : un correcteur d’édition.

 

Ce type bosse en général en free-lance. Sa mission, c’est de récupérer votre roman et de gribouiller du rouge partout. Il corrige donc l’orthographe et la grammaire, mais traque aussi les répétitions, les trucs moches, les formulations incohérentes, les pléonasmes, j’en passe et des meilleurs.

 

Ça, c’est dans l’idéal.

 

Dans la réalité, j’ai dû corriger mon propre correcteur sur tous les romans que j’ai édités. Sachant que je ne suis pas un cador en français (j’ai un niveau d'études bac techno…).

Le correcteur avait vu des trucs, plein même, mais en avait laissé passer un certain nombre. Ces types sont loin d’être infaillibles (ils devraient pourtant l’être, c’est pour ça qu’on les paye).

 

Donc, si vous êtes édité : CORRIGEZ TOUJOURS VOTRE CORRECTEUR AVANT DE DONNER VOTRE ACCORD POUR L’IMPRESSION DU ROMAN !

 

Un roman avec des fautes, ça la fout mal. Les lecteurs profs de français adorent écrire aux maisons d’édition pour énumérer les fautes qu’ils ont trouvées dans les livres, et pire encore, adorent aller le dire aux auteurs lorsque ceux-ci sont en dédicace.

Et puis, surtout, un roman avec des fautes ça fait pas sérieux.

 

Quand on est édité dans un cadre normal d’édition (et pas chez un éditeur de merde), c’est donc l’éditeur qui s’occupe de la correction, via un correcteur, c’est lui qui le rémunère, et vous, vous avez juste à valider le truc avant de signer le BAT( « bon à tirer »).

 

Mais ça, c'est après la signature d'un contrat.

 

Avant, on fait un effort, merci !

 

 

 

 

Pour la route (et pour les anglophones) :

 

 

 

 

 

 

Toi aussi, viens corriger Stoni

sur Facebook

 

 

Repost 0
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 16:31

 

 

 

paper-bag-head.jpg

Stoni allant à la

bibliothèque municipale

 

 

 

Un jour, Aniki (mon mec) m'a dit :

- On a trop de livres.

J'étais alors en train de plancher sur un énième bouquin sur une énième thématique, cerné par des piles de volumes, le stylo à la main, le dictionnaire sous le coude.

Je le dévisageai et répliquai :

- Comment ça, on a trop de livres ?

- On a plus de places pour les ranger.

- Mais non, voyons.

- J'en ai trouvé derrière le frigo.

- C'était un accident.

- On peut plus ouvrir les fenêtres, à cause des livres.

Je jetai un coup d'oeil interloqué aux rebords des fenêtres reconvertis en étagères de fortune.

- Mais si on peut ouvrir les fenêtres, il suffit de pousser les livres, puis de les replacer.

- Stoni, j'ai quelque chose à t'annoncer.

Il se suçota les dents, baissa les yeux, détourna le visage, puis enfin, cracha le morceau.

- Je crois qu'on... que... que tu devrais prendre un abonnement à la bibliothèque.

- Impossible !

- Mais il le faut !

- Je ne fréquente pas les bibliothèques.

 

Oui, je sais reconnaître mes erreurs, tel Stephen Hawking admettant qu'il s'était planté sur les trous noirs.

Oui, j'avoue, j'ai eu autrefois le mépris altier du bibliophile envers les bibliothèques municipales.

 

Pour échapper à l'ultimatum que me posa Aniki ("c'est moi ou la bibliothèque"), je fis le tri dans mes bouquins et en expulsai une certaine partie chez Gibert Joseph. Cette cure d'amaigrissement ne porta guère ses fruits. Nos rebords de fenêtres étaient toujours encombrés.

L'ombre de la bibliothèque municipale revint planer sur notre foyer.

 

J'eus une expérience traumatisante des bibliothèques.

Quand j'étais adolescent, je fréquentai une bibliothèque municipale immonde. D'un point de vue architectural, ou technologique, rien à redire. Mais, l'aspect humain ! Jamais je n'ai côtoyé de gens aussi méprisants et sinistres que ces bibliothécaires. Les gugusses tiraient une gueule de dessous de pied vingt-quatre vingt-quatre. Quand un malheureux abonné se présentait à eux pour emprunter des documents, une sorte d'épreuve éliminatoire s'instaurait. Les bibliothécaires inspectaient tous les documents, puis faisaient des commentaires.

- Anna Gavalda ? Mouais...

- Encore un film de Clint Eastwood ? Pff...

Non mais, je vous jure, c'est vrai. Putain mais de quoi ils se mêlaient, ces types-là ? Pour qui ils se prenaient ? Moi, j'étais outré. Enfin, merde, qu'est-ce que les gens empruntent dans les bibliothèques, sinon des livres d'Anna Gavalda et des films d'Eastwood ? Je ne comprenais pas leur mépris, comme si les bibliothécaires s'étaient attendus à autre chose. Quelle arrogance !

Les abonnés redoutaient le moment de l'emprunt. Je vis des mères de famille trembler dans la file d'attente !

Quant à moi, quand je me pointais avec des bouquins de Villon et de Proust, les mecs me reluquaient d'un oeil méchant puis marmonnaient des sons de gorge bizarroïdes. Je suppose que c'était aussi une forme de mépris, je ne sais pas.

 

Ces atroces souvenirs ne m'engageaient pas à reprendre un abonnement dans toute bibliothèque qui soit.

 

Aniki me répondit qu'il avait déjà fréquenté la bibliothèque de notre ville et qu'il n'en gardait pas une si triste mémoire.

- Là où tu allais quand tu étais jeune, Stoni, c'était spécial. Je t'assure qu'ici, c'est différent. Tu verras.

- Mais j'aime bien gribouiller mes livres. Et les abimer, aussi.

 

Oui, j'entretiens un rapport étrange avec les livres. Je les use, je les "fais vivre". Je les traîne avec moi un peu partout, au fond de mes poches ou dans mes sacoches. Je les tords, je les feuillette à la hâte, je les déchire parfois.

J'aime bien ça.

- Eh bien, maintenant, tu vas cesser d'abimer tes livres.

- Mais je dois avoir tous mes livres sous la main ! Comment je fais, moi, si j'ai besoin de vérifier un truc dans un livre que j'ai emprunté six mois plus tôt à la bibliothèque ? Hein ? Comment je fais ?

- Tu le réempruntes une seconde fois.

- Mais si j'ai besoin de l'information tout de suite ?

- Tu patienteras. Ecoute, allons faire un petit tour à la bibliothèque, tu verras bien s'il y a des choses qui t'intéressent.

- Je suis sûr qu'ils ont rien pour moi ! Je lis des livres trop spécifiques ! Et l'Etat contrôle leurs fonds, je parie qu'ils n'ont aucun bouquin marxiste vraiment intéressant.

 

Nous allâmes donc à la bibliothèque.

Je gardai une certaine distance avec les rayonnages. De loin, je jaugeai les tranches des bouquins d'histoire.

- Mouais... Bof... Que des trucs de Max Gallo.

- Mais non, regarde, ils ont un livre de Vovelle.

Je fis semblant de ne pas avoir entendu. Aniki me tira vers les ordinateurs de recherche. Je poussai un grognement las.

- Mais ils ont rien, rentrons à la maison...

- Combien tu dépenses, par mois, en livres ?

- Pas autant que je le voudrais...

- Eh bien, regarde ! Le dernier livre que tu as acheté. Ils l'ont !

Il venait de faire la recherche. Je vis le résultat s'incrire sur l'écran.

Dans les minutes qui suivirent, Aniki s'amusa à chercher des livres de Lénine, de Mao... Je finis par accepter la vérité.

- D'accord, leurs fonds ne sont pas totalement contrôlés par l'Etat.

- T'as de ces réflexes de gauchiste, parfois.

- Mmh.

- Ils ont même les romans que tu as écrits...

- C'est normal ! Je suis pas un écrivain au rabais !

- Bon, tu le prends cet abonnement, bordel ?

 

Je cédai.

 

Pour m'abonner, nous nous confrontâmes aux bibliothécaires. Rien à voir avec les fantômes contempteurs de ma jeunesse. J'ai rarement rencontré des travailleurs aussi serviables et courtois.

 

D'abord, j'accompagnai Aniki. Il emprunta quelques bouquins, je les feuilletai à la maison, l'air dégagé, la lèvre boudeuse.

Puis, je fis mes propres recherches et dus convenir que la bibliothèque regorgeait de bons titres. Des livres épuisés que je n'avais jamais trouvés en occasion.

Pire encore, je finis par trouver un certain plaisir à me rendre à la bibliothèque. Le calme, les tables de travail, le chauffage en hiver (chez moi les radiateurs sont en grève)...

J'y revins. Seul.

 

J'y passe un après-midi par semaine au minimum, désormais.

Certains jours, je reste jusqu'à la fermeture. Je regarde les employés baisser les rideaux, passer dans les rayons, ramasser les bouquins qui traînent sur les tables.

Bien au chaud au fond de mon fauteuil, je renâcle à enfiler mon manteau. Mesdames, messieurs, la bibliothèque va fermer. Ce petit ballet de clôture de journée, je le savoure et le regrette à la fois. J'aime ce rituel, car j'aime les choses qui se répètent et qui ne changent pas, mais je suis triste de devoir partir. Je ne sors jamais parmi les derniers, je ne veux pas voir les couloirs vides. Je sors avec le gros des lecteurs. Dehors, je détache les antivols de mon vélo. Et je rentre chez moi.

 

 

Ainsi, tel Stephen Hawking avec les trous noirs, je sais reconnaître mes erreurs.

 

Hélas, la différence, c'est que Stephen Hawking, personne ne comprend rien quand il cause trous noirs – erreur ou pas. Du coup, c'est moins grave lorsqu'il se plante. Quant à moi, tout le monde sera bien obligé de constater à quel point j'ai été idiot, par le passé. Mais, que voulez-vous ! Ainsi suis-je fait !

 

 

 

 

Viens t'abonner à Stoni

sur Facebook

 

Repost 0
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:32

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/e19.gif

 

 

 

Mon cher Stoni,

 

Je me présente : Fabrice, publié l'année dernière chez un petit éditeur, j'habite depuis peu une commune de la banlieue parisienne truffée d'écrivains. Cela va du plus petit : l'intello bidon de chez l'Harmattan, en passant par le moyen : l'auteur "robotisé" édité par une maison de taille honorable qui pond dans le genre Harlequinades pour ménagères frustrées, jusqu'au grand auteur édité chez un géant, aigri et désenchanté (ex : il n'a jamais eu le Goncourt).

 

Il y a les auteurs et les auteures, de ceux et de celles qui ont le pied à l'étrier, et rien à attendre ni des uns ni des autres, au contraire :

Les presque vieillardes rances et auto-satisfaites du premier groupe sont prêtes à me mettre en contact avec leur éditeur, mais c'est donnant-donnant ; même si pas spécialement futé, pas trop dur de comprendre que je dois être très gentil avec certaines d'entre elles ! Les blondins du second groupe font ami-ami, mais sont prêts à sortir les griffes et à mordre, sans raisons apparentes pour le bel idiot que je suis.

 

J'ai un minable bouquin à mon actif : "Une si jolie rhinotillexomaniaque", et deux nouveautés prêtes à proposer à l'édition. La première a pour sujet les carottes :"Tout ce que j'ai fait avec des carottes". Pourquoi ? Mon actuel éditeur fut à la recherche d'un roman sur ce sujet, et, lorsque j'étais encore plein d'illusions et de bonne volonté, j'ai donc rédigé ce manuscrit dont il ne veut plus aujourd'hui ; et ça tombe bien, puisque moi, je ne veux plus non plus de lui. La seconde nouveauté s'intitule :"Lupanar au paradis"

 

D'autre part, lors d'une lecture dans un café littéraire parisien, j'ai invité deux auteurs de mon entourage (la quarantaine) qui sont venus par obligation : je m'étais rendu aux leurs. Tiens, l'un d'eux, publié plusieurs fois chez un grand (Harlequinades à peine améliorées & autres platitudes) avait un air zarbi à la lecture publique des passages de mon bouquin. Comment se fait-ce? Bientôt, j'allais devoir essuyer trois déboires à la fois : les indélicatesses (voulues) de cet auteur que nous appellerons Ignace, celles, notoires, de la directrice littéraire de sa maison d'édition qu'on nommera Mélusine, et pour finir, celles de ma conseillère littéraire, surnommée Berthe.

 

Berthe reçoit mes deux manuscrits afin de me faire une fiche de lecture et d'en corriger les éventuelles fautes et coquilles. Simultanément, Ignace m'invite à un nouveau café littéraire, car ça marche fort pour lui, et Mélusine est là pour présenter le chef d'œuvre qui vient tout juste de voir le jour. Mais tout va partir en vrille...

 

 

Je suis venu avec Kevin – un auteur voisin qui a publié, plusieurs années auparavant, une saga en trois volumes chez un minuscule éditeur berrichon - voituré par ma conjointe. A la fin de la présentation, je vais à Ignace pour lui prendre un exemplaire et lui demande pourquoi il a choisi ce thème (cliché de l'apocalypse - tout le monde mort sauf le héros). Son regard est mal assuré et il baragouine une incohérence. Je m'en retourne vers Kevin. Ignace interpelle Mélusine, ils viennent à nous : "Mélusine, je vous présente Kevin, auteur de trois excellents romans qui ont été repris chez Maxi livres et qui a un manuscrit à vous soumettre..." Je m'imagine qu'elle va passer à moi : "Et voici Fabrice, qui a écrit un livre surprenant chez un éditeur parisien et a deux manuscrits à vous proposer". Mais pas du tout, sans un regard et sans un mot, il me laisse sur place. Je me sens grotesque. Je suis vert. Ma femme me toise de biais, si je ne fais rien, je vais me faire sermonner en rentrant, et redoublant de ridicule, je m'impose : "Puis-je, comme Kevin avoir votre email, Madame, afin de vous faire parvenir l'un de mes tapuscrits ?"

Eh bien, j'aurais mieux fait de me casser une guibole...

 

J'envoie le texte "Lupanar au paradis" à Mélusine par email (selon ses souhaits), sans me presser (je ne veux pas avoir l'air de) et n'ai plus qu'à attendre des nouvelles - et de Berthe et de Mélusine.

 

La première me fait parvenir ses corrections et m'écrit : "Laissez tomber votre manuscrit sur les carottes, il ne vaut pas un clou, en revanche, concentrez-vous sur l'autre : "Lupanar au paradis" me parait avoir toutes ses chances d'être retenu par une maison d'édition".

 

Je croise bientôt mon éditeur dans un salon littéraire et apprends de lui les deux choses suivantes :

Tout d'abord, il a reçu un manuscrit accompagné d'une lettre au siège de sa boite, (ouverte par mégarde, selon lui) provenant du comité de lecture de Mélusine qui dit ceci : "Nous avons bien reçu votre roman "Une si jolie rhinotillexomaniaque" (N'importe quoi, : c'est le titre de mon livre déjà paru!) Vous restituez avec talent l'atmosphère délétère qui règne au paradis, mais le héros manque de fantaisie romanesque, nous ne pourrons donc vous accompagner dans votre projet éditorial" Signé Mélusine. Mais tiens donc, l'écriture est celle d'une gamine, non pas d'une femme mûre. J'en déduis que Mélusine n'a jamais rien lu de moi, a sorti le roman sur papier et l'a négligemment refourgué à une stagiaire, qui l'a réexpédié à mon éditeur avec je-m'en-foutisme (maintenant au courant de mes faits et gestes) alors qu'il était on ne peut plus logique d'avoir une réponse par email ! Gros foutage de gueule ! (Les coordonnées de mon éditeur se trouvaient sur le communiqué de presse de "Une si jolie r..." que j'avais mis en PJ pour info).

Mais ce n'est pas tout...

 

Deuxio : mon éditeur m'informe ensuite, et ce par le plus grand des hasards, qu'il a reçu un manuscrit en provenance de Belgique sur le thème "carottes" et il se trouve que ma chère conseillère crèche justement dans ce pays. "Mais c'est Berthe?" je m'esclaffe. L'éditeur est tellement étonné qu'il me demande s'il ne s'agirait pas de l'une de mes ex, peut-être la fameuse rhinotillexomaniaque qui veut se venger !!! Trop fort, non ? Pour ceux qui seraient longs à la détente, cette petite dame ayant elle aussi écrit quelque chose sur le même sujet (encore un pur concours de circonstances et mon éternel manque de bol), m'avait affirmé que ma version carottes était absconse et a envoyé la sienne à ma place. Bien joué. Heureusement, elle a été refoulée.. Résultat des courses : j'ai eu un peu (mais doublement) l'air d'un gros con face à mon éditeur!

 

Mais ce n'est là qu'une infime partie des risques du métier...

 

 

 

 

 

 

 

J'ai publié cette petite histoire sur le blog, car d'une elle est marrante, de deux elle reflète avec une exactitude criante l'ambiance qui règne dans l'édition.

 

Petits coups de putes entre amis, fausses solidarités et mesquines trahisons. N'est-ce pas ainsi que sont régis tous les milieux un tant soi peu mondains ?

 

 

 

 

 

 

Toi aussi, raconte ta life à Stoni

sur Facebook

 

 

 

Repost 0
2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 10:41

 

 

http://www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/Chiens-suspicieux005.jpg

 

La tronche que tu tires quand tu t'es fait plagier.

 

 

 

 

Je reçois maintes missives électroniques de mes lecteurs. Ces jeunes et moins jeunes gens, qui écrivent, me narrent leurs déboires d'auteurs – édités ou pas encore édités. Le sujet le plus récurrent reste, bien entendu, les tortures immondes imposées par les éditeurs.

Sinon, un autre thème revient : celui du petit plagiat.

 

 

 

 

Pour moi, il y a deux sortes de plagiat.

 

Le gros plagiat, ou le type qui te pompe tout un bouquin : le concept, les personnages, l'histoire, le début, le dénouement, à quelques variantes près.

Quand cela t'arrive, tu peux toujours poursuivre le type au tribunal, et lancer une procédure qui durera des années, te coûtera un max de pognon et dont l'issue est incertaine.

Cela reste, heureusement, assez rare.

 

Nous trouvons ensuite le petit plagiat, beaucoup plus fréquent.

Dans le petit plagiat, le type se contente de te piquer une ou deux idées. Un concept. Un personnage. Ou plusieurs. Un truc narratif, un truc scénaristique, un truc, quoi.

Quand cela t'arrive, il est absolument inutile – à mon sens – de poursuivre le type au tribunal. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Le mec t'a piqué un truc, deux trucs, trois trucs. Et alors ? Tu n'as pas fait la même chose quand t'as lu Bidule Chouette, Philip K. Dick, ou la Bible ? Sans déconner, la Bible est pillée sans arrêt. Les pauvres prophètes qui se sont fait chier à la propager par voie orale, voilà plusieurs milliers d'années, seraient dégoutés en contemplant l'étendue des dégâts. Regarde Terminator, qu'est-ce que c'est sinon un remake du massacre des Innocents ?

 

Bref.

 

Tel les patriaches bibliques, tout auteur se verra un jour ou l'autre pomper une idée.

 

Je considère que le petit plagiat est une sorte de rituel initiatique du monde de l'édition. Un dépucelage.

 

J'y suis moi-même passé.

 

 

D'où qu'il vienne, le petit plagiat ne fait pas plaisir.

Mais il t'énerve particulièrement quand il a été commis par un écrivain que tu ne peux pas encadrer. C'est ce qui m'est arrivé.

 

Disons que j'avais publié un roman qui se déroulait dans une usine de chocolat. Mon éditeur me dit à l'occasion : " oh tu sais, Bidule que je viens de signer, eh bien il a lu ton bouquin dans l'usine de chocolat et il a beaucoup aimé ". Deux ans plus tard, je découvre que Bidule fait paraître un bouquin qui se déroule lui aussi dans une usine de chocolat. L'histoire n'est pas la même : le décor, si. Faut dire qu'elle était bien, cette idée d'usine de chocolat – la mienne ! - et que pas mal de lecteurs m'avaient dit que ça rythmait bien le roman et tout.

Ben ouais, elle était tellement bien que Bidule nous a pondu une deuxième petite usine de chocolat, chez le même éditeur qui plus est.

 

Wallah.

C'était mon idée, putain. Mon idée à moi ! IL AVAIT PAS LE DROIT DE ME LA PIQUER, CE BIDULE A LA CON !

J'ai été super véner pendant une semaine ou deux.

Et puis ça m'a passé.

 

Aujourd'hui, j'y repense avec curiosité, et presque avec fierté. Sans déconner. Je peux au moins me vanter qu'on m'ait piqué une idée. C'est mieux que rien, non ?

 

Sérieux, je considère que le petit plagiat est un passage obligé. Si cela t'arrive, ne sois pas idiot à ma façon : ne plonge pas dans une fureur noire. A quoi bon ? Prends-le plutôt comme tout petit plagiat doit se prendre : comme un compliment. Souviens-toi que la vengeance est un plat qui se mange froid. Dans quelques années, quand ton bouquin petit-plagié et celui du petit-plagieur auront été oubliés, tu croiseras ce fourbe voleur dans un salon, lui serreras la main avec un grand sourire et déclareras d'un ton bonhomme : "Vous aussi vous donnez dans les usines de chocolat, m'a-t-on dit ?". Et, peut-être, tu te délecteras de la tronche déconfite qu'il aborera.

 

Mais, tu sais quoi ?

Il y a encore plus de chances pour que, dans quelques années, tu aies tout oublié et que tu ne remarques même pas le nom du plagieur sur la liste des auteurs invités au salon.

 

On s'habitue vraiment à tout. Surtout dans un milieu comme l'édition.

 

 

 

 

 

 

Toi aussi, plagie Stoni

sur Facebook

 

Repost 0
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:15

 

http://images.forum-auto.com/mesimages/217857/panneau%20danger.jpg

 

 

ATTENTION.

 

CET ARTICLE TAILLE BLADE RUNNER (LE FILM).

 

SI TU NE SUPPORTES PAS QU'ON TAILLE BLADE RUNNER

NE LIS PAS CET ARTICLE.

 

MERCI.

 

 

 

 

 

 

L’identité générationnelle (ou le corporatisme de type « jeuniste », puis, le temps allant, de type nostalgique) est cimentée de mythes et d’icônes. Certains ont traversé les âges pour s’ancrer en références ultimes : Baudelaire, par exemple. Plus récemment, nous avons eu droit au film Blade Runner de Ridley Scott.

 

J’ai pu constater, à maintes occasions, la canonisation de Blade Runner parmi les gens un peu plus âgés que moi : ceux nés entre 1970 et 1980.

 

 

Blade Runner est un long-métrage de science-fiction, tiré du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

C'est drôle, parce que le bouquin est assez léger et marrant. Le film, tout à l'opposé, se distingue par un pompiérisme lourdingue.

 

En gros : pendant deux heures, te voilà immergé dans une esthétique ronflante de noirceur et d’urbanisme foutraque, ce qui visuellement est déjà assez pénible.

 

 

blade_runner___rachel_by_maxhitman-d39c7r5.jpg

 

Tous les personnages évoluent avec un manche à balai fiché dans le cul, tirent une gueule de dessous de pied et parlent de façon monocorde. Ce qui rend difficile la distinction entre les protagonistes humains et les protagonistes robots. Cette confusion fait tout l’intérêt du scénario, et en cela, je dois avouer que c’est réussi. Hélas, si les cyborgs et les gugusses sont si difficiles à distinguer, c’est parce que tous sont chiants comme la mort.

 

 

 

Même la bande-annonce t'endort grave.

 

 

 

 

 

Le plus édifiant reste la scène finale, où le marmoréen Harrison Ford se bastonne contre un robot au type aryen, ce dernier ayant le mauvais goût de commettre de la philosophie hollywoodienne (mais qu’est-ce qu’un homme, après tout ?! – qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre…) en mini-short. Non mais je vous jure, le robot est vraiment en mini-short. Je sais pas, personnellement, je trouve ça trop chelou. Comment tu peux sérieusement faire de la philo en mini-short ? La scène semble être un mix émétique entre une publicité pour un centre d'aérobic et l'émission Philosophie sur Arte. Après quoi ledit robot aryen effectue des gestes théâtraux qui se désirent très symboliques. J'imagine que pour un Américain moyen, ce genre de symbolique onirico-transcendantale passe comme une lettre à la poste. Ainsi, le robot lâche un oiseau blanc, lequel s’envole dans un ralenti ô combien artistique... T'es censé dire que c'est trop beau, à cet instant-là, trop poétique et tout. Ouais.

 

 

 

 

 

Le mini-short et l'oiseau sont là.

 

 

 

 

 

Tout ça pour qu’à la fin, l’histoire sombre en queue de poisson (mais que va-t-il advenir de Rachel ? Harrison Ford est-il un robot ?) – issue providentielle de scénariste à court d’explications.

 

 

blade_runner_roy_batty.jpg

 

 

 

 

Ce résumé très synthétique vous l’aura fait comprendre : Blade Runner, j’apprécie moyennement.

 

Mais, ma petite opinion confrontée à celle des fétichistes du bien culturel Blade Runner !

Un jour, je fus transformé en hérétique. J’avais prononcé le blasphème !  

 

- Blade Runner, ça déchire ! dit le fétichiste – entre deux joints, car c’est un mec cool (enfin, pas si cool que ça, nous le verrons bientôt).

Moi, avec un sourire poli:

- J’ai pas trop aimé pourtant…

- QUOI ?! s’écria le fétichiste.

Le blasphème était consommé.

- Je sais pas, j’ai trouvé ça un peu lourd, en fait.

- Mais quoi un peu lourd ? Non mais ça va pas ?

Le fétichiste se montra hostile. Ses poings se fermèrent. J’entrepris de craindre pour mon intégrité physique.

- Attends Blade Runner c’est génial ! poursuivit le fétichiste furibard. C’est le plus grand film de tous les temps !

Puis, méprisant :

- Ah oui mais qu’est-ce que t’aimes comme films, toi, aussi ?

- Mais c’est pas le problème… tentai-je pacifiquement.

- Ben si c’est le problème ! C’est sûr que si t’aimes les films américains à gros budget, t’as rien compris à Blade Runner, c’est normal !

- Mais c’est pas un film américain à gros budget, justement ?

- Mais non putain ! C’est un pur film d’auteur !

- Ah bon…

- Putain non mais j’y crois pas !

Le fétichiste tapa du poing sur la table, écoeuré. A ce stade de la conversation, je m’éclipsai, évidemment.

 

Les consensus, c'est pas marrant. Quand un film (ou un livre) est autant adulé, il faut bien qu'une âme audacieuse se charge de le démonter.

C'est chose faite aujourd'hui avec cette chronique Blade Runner.

 

D'ailleurs, comme je hais les consensus, j'aime bien qu'on taille mon blog sur les forums. Pire, j'encourage cette pratique !

 

 

 

 

 

 

Vous aussi, taillez Stoni

sur Facebook

 

 


Repost 0
26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 13:32

 

Depuis quelques jours, la photo du "baiser de Marseille" circule sur Internet.

 

http://blogs.afp.com/makingof/public/derriere-image/.baiser-marseille-manif_m.jpg

 

Deux jeunes femmes correspondant à nos critères de beauté échangent un baiser sur la bouche devant des militants opposés au mariage homosexuel.

 

L'image est vendeuse. Les femmes sont, comme je l'ai précisé, jeunes et "jolies". Certains militants opposés au mariage homosexuel, en arrière plan, sont très choqués. Le baiser est pourtant correct, timide, il ne s'agit pas d'un baiser avec la langue.

 

L'image est vendeuse : elle ne choquera pas les hétéros. Le lesbianisme reste un des fantasmes hétérosexuels les plus répandus - quand il est pratiqué par des femmes jeunes et correspondant aux critères de beauté, évidemment.

 

Les deux jeunes femmes ont été "retrouvées" et ont avoué "nous sommes hétéros".

 

Alors là, c'est parfait. Non seulement elles sont femmes, jeunes, jolies, mais hétéros. Tout va bien. Tout s'explique. C'est propre, c'est lissé, c'est hétérocentré.

 

Moi, j'aurais trouvé ça plus rigolo, et plus subversif, qu'internet s'enflamme pour deux mecs vieux qui se roulent un putain de patin dégueulasse.

 

Et puis, je me suis rappelé que le communisme l'avait déjà fait.

 

Voilà mon baiser de Marseille à moi.


 

http://oldpptd.surlebout.net/dotclear/public/Brejnev/cop-breznef-honecker1.jpg

 

 

 

 

 

Rejoins ton ami Stoni

sur Facebook

 


Repost 0
Published by stoni - dans Définitions
commenter cet article
23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 13:28

 

 

http://www.le-webmarketeur.com/wp-content/uploads/2012/01/3-suisses-chouchou.jpg?25a3a7

 

Comment j'ai travaillé chez ces putains de 3 Suisses.

 

 

Deuxième partie : quand Bernard et Bianca ne sont pas venus me sauver mais ils auraient pu quand même.

 

 

 

 

 

bernard-et-bianca-1977-04-g.jpg

 

 

 

 

Dans le cadre d'une mission intérimaire, le jeune Stoni subit une « formation » afin d'officier dans un centre d'appels des 3 Suisses. Très vite, il réalise que la formation tient surtout d'un lavage de cerveau éhonté... Le lien vers la première partie est ici.

 

 

 

 

 


Le soir, dans le métro, je recourais à des cures de musique au baladeur pour tenter de me dépêtrer de cette faconde sectaire. Car je puis maintenant l’assurer : un tel lavage de cerveau, même si vous y êtes réfractaire, même si vous décidez d’appréhender la chose comme une expérience de type sociologique, ça reste lourd, pesant, minant, déstabilisant. Le pire, finalement, demeurait le fait que mes camarades paraissaient y adhérer corps et âme. Simulaient-ils ? Je ne sais pas. J'espère que oui.


L’enthousiasme de leurs interventions
feedback sidérait. Car, au terme de chacun des grands chapitres de la Bible Managériale, afin de s’assurer de notre attention, la formatrice nous relançait avec un ricanant :

-Allez, feedback! Vous avez des questions ? Des commentaires ?

Et là, ça n’en finissait plus. Pas des questions, car mes camarades n’en avaient aucune à poser. Mais des commentaires, par pléthores ! Et des commentaires apologétiques, pour couronner le tout. Le principe des moments de feedback s’avéra donc être l’occasion de faire remarquer à quel point les candidats intérimaires étaient honorés d'être le peuple de candidats élu par la Personne Morale Supérieure. Au début, je trouvai cela plutôt fendard. A la fin, c’était insoutenable.

-Ce qu’on se rend compte avec l’histoire des 3 Suisses, c’est que c’est vraiment une belle histoire. Et moi chuis super contente de participer à cette belle histoire. Des gens qui sont partis avec une petite idée, pour en faire une grande réussite ! C’est magique !

-C’est dingue cette organisation ! On voit vraiment que tout chez nous est fait pour plus d’efficacité ! C’est sensationnel !

-J’espère que je serai à la hauteur !

-Alors comme ça Laetitia Casta est cliente ! Ouah, j’espère qu’elle tombera sur moi quand elle appellera ! Comme quoi, nos produits, c’est de la qualité !

-De toute façon, on voit bien que c’est un esprit d’équipe, parce que déjà, nous, j’ai l’impression qu’on forme une super équipe, et qu’on est tous super liés.

Tandis qu’ils débitaient leurs éloges, la formatrice avait immanquablement un petit hochement de tête professoral, d’une hypocrisie toute à gerber.

Mon nouveau gros problème fut ainsi de me manifester moi aussi au cours du feedback. D’une, j’étais le seul à ne pas le faire. De deux, si je me tenais tranquille dans mon coin, en espérant me faire oublier, la formatrice se hâtait de me remettre au pas.

-Et toi Stoni t’as pas quelque chose à dire ? T’as bien écouté au moins, n’est-ce pas ?

Là, je trouvai une question à poser. N’importe quoi. Des trucs du genre : y’a combien de clients en tout ? ça prend combien de temps un appel en moyenne ? Inutile de préciser que je me foutais royalement de la réponse, mais me fendre d’une élégie, ça m’était impossible. Au pire des cas, si ma question ne suffisait pas, je reprenais un thème introduit par l’un de mes camarades : Ben en fait je suis totalement d’accord avec Marion, cette efficacité, ça me dépasse complètement, enfin je veux dire, c’est impressionnant.



La formatrice nous accordait de courtes séances de pause, que nous devions passer avec elle, hélas. Là, elle nous dévoilait le contexte de sa vie privée sur laquelle je ne m’attarderai pas…

 

 

Dites-vous bien qu’arrivé à l’ultime demi-journée, j’étreignais une sorte de félicité planante. Plus que trois heures à ce train-là, et c’en était fini.

De fait, je planais dans mon coin, tout sourire, lançant des bonjours exaltés au premier quidam qui croisait mon chemin !

 

 

Cette dernière tranche de formation mit terme au lavage de cerveau, puisque, finalement, nous nous attelâmes à l’apprentissage du logiciel – la seule chose utile que nous ayons faite.

La formatrice nous posta chacun devant un ordinateur, et introduisit la chose avec un optimisme du feu de dieu :

-Alors je vous préviens…

J’eus peur qu’elle ne rejouât sa partition menaçante sur le travail alimentaire. Ce ne fut pas le cas.

-Alors je vous préviens, le logiciel, il est très complexe ! Ça va vous demander beaucoup de travail pour l’apprendre ! J’espère que vous vous en sortirez !

-Bah avec l’équipe qu’on forme, déclaré-je subitement, on va s’en sortir, j’en suis certain ! On est tellement soudés les uns aux autres, y’a pas à dire, on va s’épauler !

Je planais, je le répète.


En vérité, le logiciel n’avait rien de très compliqué. Au bout d’une heure, tout le monde maîtrisait la chose. Sauf une chômeuse de longue durée, envoyée en stage « de réinsertion » par les Assedic, autrement plus âgée que nous et pas tellement habituée à l’informatique.

La formatrice lui imposa une heure supplémentaire d’apprentissage, en me la flanquant sur le dos. Puisque j’étais le plus à l’aise avec le monstre informatique, je devais la faire profiter de mes talents. Chose que je fis à la place de l’autre dont c’était le boulot. La pauvre chômeuse manquait de toutes les bases, or, au bout d’un moment, elle y parvenait, certes difficilement, mais quand même !

La formatrice revint vers nous pour lui demander son feedback.

-C’est dur, glissa la chômeuse avec un sourire forcé et plein de tristesse. J’espère que je vais y arriver…

-T’as des notions à rattraper, trancha la formatrice. Ce que je te propose, c’est que tu viennes ici en dehors de tes heures de travail. Le samedi et le dimanche, ou le soir. Je te laisserai un ordinateur à disposition et tu t’entraîneras. Ne me remercie pas, c’est normal, c’est la moindre des choses.

-Oh c’est vrai, tu me permettrais ça ? s’exclama la chômeuse.

-Puis comme ça t’auras des heures sup, dis-je.

La formatrice me transperça du regard. Je battis des cils, avec tout l’air du type qui ne comprend pas !

-Anne est rémunérée par les ASSEDIC, vociféra la formatrice. C’est un salaire fixe.

-Autant pour moi, murmurai-je.

Au départ de la formatrice, je tentai d'expliquer à la chômeuse que, bosser gratos en dehors des heures de boulot, ça s'appelle de l'exploitation crasse et du travail au noir.

C'est pas pour bosser, rétorqua-t-elle, c'est pour me permettre de m'entraîner avec l'ordinateur.

Mais tu n'as pas à prendre sur ton temps personnel pour ça ! C'est à l'entreprise de te former ! Les formations sont rémunérées !

Mais non ! C'est une chance pour moi, au contraire !

J'abandonnai.

Il ne restait plus qu’une heure avant la fin de la formation. Nous eûmes donc droit à notre énième séance de feedback, il nous fallait bien ça !

Nous nous assîmes en demi-cercle face à la formatrice, et débuta un enchaînement de panégyriques visant à résumer le contenu de la formation. Il y eut les sempiternelles louanges adressées à l’entreprise, mais, en inédit, mes camarades introduisirent une variante : les louanges adressées à la formatrice, laquelle recevait ces mots avec un naturel sidérant ! Au nom du Capital, de l’Entreprise et du Manager, Amen

Chaque intervention dura bien dix minutes.



C’était formidable ! Ça me donne encore plus envie de travailler chez nous ! Au niveau du logiciel, c’est la seule chose que je trouve compliquée, mais avec la pratique… Chuis pressé(e) d’être cet après-midi, de commencer à travailler ! Y’a une super ambiance ! Tout le monde a l’air tellement sympa ! Et t’as fait du super boulot ! Vraiment, on a tout bien compris avec toi ! Oh, je voulais te demander, tu l’as acheté où ton tailleur ? Sinon, qu’est-ce que c’était intéressant


Comme je me faisais chier à cent francs de l’heure, je m’amusai à composer mon propre panégyrique, en mon for intérieur.


C’était formidable, y’a pas à dire ! Putain l’ambiance ! Comme illustration des vices du capitalisme, y’a pas mieux ! Non mais faut inviter tous les économistes ici ! Et des sociologues ! Ils auraient matière à bosser, bordel ! Invitez des intellectuels marxistes, ça les intéressera, et comment ! Faut que vous fassiez venir la presse et la télé, TOUT LE MONDE ! Déjà vous madame, non parce que je vous vouvoie, vous tutoyer, merde alors, ça me fait mal au cul de faire comme si t’étais ma pote, vu que vous l’êtes pas… Donc vous madame, vous êtes à vous toute seule le sujet d'une thèse sur la manipulation des esprits ! Le plus édifiant, c’est de découvrir la politique de votre DIVINE INSTITUTION. C’est bien, vous vous mouillez pas en prenant des intérimaires et des stagiaires, comme ça, vous nous éjectez quand vous voulez… Au cas où on serait PAS A LA HAUTEUR, comme disait l’autre… Et faudrait pas que ce soit un travail alimentaire, non non, faut qu’on se vende corps et âmes ! Normal quoi ! La cerise sur le gâteau, c’est de pousser l’exploitation au point de faire venir les gens le dimanche, histoire qu’ils s’entraînent : le plus grandiose foutage de gueule que j’aie jamais vu ! C’est tout, j’ai fini ! Amen !


Je passai le dernier et, comme il était midi moins cinq, j’affichai un grand sourire béat et me résignai à articuler :

-En conclusion, je dirais qu’il y avait beaucoup d’informations.

Et je refermai la bouche. Toujours souriant comme pas permis.

-Et c’est tout ? me railla la formatrice.

-Oui c’est tout. Il y avait beaucoup d’informations. Voilà. Sinon, il y a combien de clients au total ?

Ô gloire des gloires : ce fut midi et on nous relâcha pour le repas. Les autres se dirigèrent vers une pizzeria, quant à moi, je filai à toute vitesse.

 

Jamais plus je ne revis mes camarades, ni la formatrice, ni Monsieur Costume, ni le plateau téléphonique.


Mon contrat de formation touchait à son terme. J’étais libre.



Dans l’après-midi, tandis que j’écoutais de la zique à fond dans mon salon, allongé à même le parquet, la tête entre les deux enceintes (il me fallait bien ça pour me remettre), mon portable sonna. Je baissai le volume, sachant fort bien à qui j’avais affaire.

-Stoni ! s’égosilla la jeune employée bien mise d’Intérim SA. Mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’ai eu trois appels des 3 Suisses, ils vous attendent pour travailler depuis quatorze heures, et vous, vous n’y êtes pas ! Qu’est-ce qui se passe ?

-Ben finalement, répondis-je d’une voix neutre, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de faire ce travail de conseiller clientèle.

-COMMENT ÇA ÇA VOUS INTERESSE PAS ??!!!

Ben non, ça me dit pas trop.

Mais vous avez fait la formation en entier ! Il fallait le dire avant !

-Au niveau des horaires, je ne veux pas travailler le samedi. Je suis désolé. Je ne veux pas signer un deuxième contrat de mission intérimaire. Merci quand même. Au revoir.

Et je coupai mon portable sur-le-champ.



Dès le lendemain, j’entrepris de chercher un autre emploi, présumant pouvoir tirer un trait sur l’affaire définitivement.
Que nenni, dernière édition !

 


Au cours de la semaine suivante, un beau matin, l’on sonna à ma porte d’entrée. Plutôt étonné, j’accourus pour ouvrir à un fonctionnaire de la Poste, qui me présenta un accusé de réception à signer pour un envoi recommandé.

Ces formalités accomplies, j'ouvris le pli qui provenait d’Intérim SA.

C’était un courrier truffé de fautes d’orthographe et de grammaire dont je vous restitue le contenu :

 

 

M. Stoni,

Récement, vous avez été sélectionner par notre entreprise INTERIM SA pour une mission intérimaire pour notre clients les 3 Suisses.

La formation faite, vous avez refuser de signer un nouveau contrat pour la suite de vôtre mission.

Notre entreprise INTERIM SA et notre client les 3 Suisses ont dépensés beaucoup de temps et d’argents pour réalisé votre formation. Votre attitude est incompréhensive.

C’est pourquoi nous vous convoquons à un entretien à telle date dans nos loquaux avec madame TRUCMUCHE, directrice de l’agence, pour que vous expliquiez votre attitude.

Veuillez agréées nos sentiments sincères,

Madame l’employée bien mise.

 

Aussitôt, je corrigeai les fautes au feutre rouge et quittai mon domicile, le courrier à la main.


Une vingtaine de minutes plus tard, j’étais dans les loquaux (sic) d’Intérim SA, face à une autre employée un peu surprise de me voir débouler d’aussi mauvais poil.

Je demandai à voir l’employée bien mise, mais l’employée surprise me répondit qu’elle était en RTT.

Las, je lui rendis le courrier recommandé.

-C’est une mesure coercitive ? lui demandai-je.

Elle m’adressa un de ces regards de merlan frit ! Puis elle parcourut le courrier.

-Ah bah oui, minauda-t-elle, c’est parce que vous avez juste fait la formation, alors ça coûte de l’argent et…

-Je me suis permis de corriger les fautes, l’interrompis-je en feignant ne pas l’avoir écoutée. Ma question est : est-ce une mesure coercitive ?

A nouveau, le regard de merlan frit !

- Vous savez ce que signifie coercitif ?

Suivit un grand silence.

-Coercitif, ça signifie qui veut contraindre quelqu’un à faire quelque chose. Je veux savoir si ce courrier vise à me contraindre à accepter un emploi dont je ne veux pas, et pour lequel je n’ai signé aucun autre contrat.

-Ben euh…

-Bon, vous êtes incapable de me répondre. On va essayer avec une autre question. Est-ce une mesure disciplinaire ?

Suivit un deuxième grand silence.

-Autrement dit : est-ce que l’entretien vise à me punir pour avoir refusé une mission ?

-Non mais c’est juste que c’est pas bien normal de faire la formation et de…

-J’ai signé un contrat, je l’ai respecté. Je n’ai rien à me reprocher. Vous transmettrez mes salutations à Madame Trucmuche et lui ferez savoir que je ne viendrai pas à son entretien. En outre, vous me retirerez de votre fichier. Je ne veux plus travailler avec vous à l’avenir.

Cette dernière phrase la scia littéralement en deux. Je lui souhaitai une bonne journée et m’en allai.

 

 

 

 

 

Cette histoire pourrait reposer sur un syllogisme : il est normal de travailler, et, il n’est pas normal d’être au chômage, donc, le travail n’est pas un cadeau accordé par l’entreprise.

En d’autres termes, une offre d’emploi n’a jamais relevé d’un excès de gentillesse patronale.

Ce qui, pour les jeunes gens de ma génération et ceux, plus âgés, que la crise a frappés, est un fait un peu dur à intégrer.


Comme mes congénères, j’ai grandi dans les années 90, au milieu du chômage de masse, aux côtés de millions de chercheurs d’emploi, dans la spirale infinie des journaux télévisés qui, chaque soir, se répandaient sur « la pénurie de l’emploi », parmi l’ampleur des débats politiques sur « la réduction du chômage », à l’ombre des paroles des adultes qui nous imposaient « une orientation dans un secteur qui recrute », en compagnie du martèlement constant sur « le sacrifice de notre génération».

-De toute façon, vous aurez pas de boulot…

-Faut faire des études, t’auras plus de chances de trouver un emploi…

-Même si tu fais des études, bah, tu pourras quand même être au chômage…

-Quand moi j’étais gamin, avec le brevet tu faisais facteur aux PTT : maintenant, c’est bac+3 minimum…

-Avec les délocalisations…

-Avec la robotisation…



Marx :



Si l’accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit donc nécessairement une surpopulation ouvrière, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l’accumulation, une condition d’existence de la production capitaliste dans son développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais.

 

L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression que la concurrence de cette dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital.

 

Pendant les périodes de stagnation et d’activité moyenne, l’armée de réserve industrielle pèse sur l’armée active, pour en réfréner les prétentions pendant la période de surproduction et de haute prospérité.

 

Et c’est là l’effet général de toutes les méthodes qui concourent à rendre des travailleurs surnuméraires. Grâce à elles, l’offre et la demande de travail cessent d’être des mouvements partant des deux côtés opposés, celui du capital et de la force ouvrière. Le capital agit des deux côtés à la fois. Si son accumulation augmente la demande de bras, elle en augmente aussi l’offre en fabriquant des surnuméraires. Ses dés sont pipés. Dans ces conditions la loi de l’offre et de la demande de travail consomme le despotisme capitaliste.

 

(Mis en gras par mes soins, tirés du Capital, Livre I, septième section, chapitre XXV)



Aujourd'hui, j’ai une pensée émue.

J’ai une pensée émue pour tous ceux qui, comme la chômeuse de longue durée, remercient leurs employeurs de les faire travailler sans rémunération. J’ai une pensée émue pour tous ceux qui croient trouver une nouvelle famille parmi ceux qui les exploitent. J’ai une pensée émue pour tous les intérimaires, sources d’un double profit paroxysme de parasitisme. J’ai une pensée émue pour tous ceux qui se sont fait engueuler pour avoir osé refuser une offre d’emploi.

 

 

 

 

J'ai une pensée émue pour tous les salariés, contractuels ou intérimaires, des centres d'appels des 3 Suisses qui, même pas trois ans plus tard, ont subi un plan de licenciement massif. En 2009, 850 personnes sont licenciées. Les autres voient certains de leurs « acquis » sucrés. Les centres sont fermés et délocalisés.

 

 

 

 

Ni merci, ni merde. Au débarras.

 

C'était bien la peine de laver le cerveau de ces pauvres gens qui demandaient juste un boulot et un salaire.

 

 

 

 

 

 

Rejoins les forces stonistes

    sur Facebook

 


Repost 0
Published by stoni - dans Définitions
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de stoni
  • Le blog de stoni
  • : Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
  • Contact

Aide des auteurs

  LE MEILLEUR DES ARTICLES SUR L'EDITION ET L'ECRITURE...

 

Commencer un roman : au secours !

 

Mon roman est-il publiable ?

 

Mes romans n'intéressent personne !

 

Y'a-t-il un âge minimum pour être édité ?

 

Trop vieux pour être édité ?

 

 

Préparer son manuscrit / la lecture des manus

 

Améliorer son manuscrit

 

 

Comment avoir un bon style

 

Les méthodes et ateliers d'écritures

 

Par qui se faire relire avant d'envoyer le manuscrit ?

 

Mon avis sur les coachs et conseillers littéraires

 

L'importance d'un bon niveau de langue

 

Protéger son manuscrit

 

A qui envoyer son manuscrit (la ligne éditoriale)

 

Faut-il rappeler les éditeurs ?

 

Comprendre l'édition : 1

 

Comprendre l'édition : 2 (le comité de lecture)

 

Premiers contacts avec l'édition

 

Arnaques : édition numériquel'Harmattan Léo Scheer et les Nouveaux Auteurs

 

Des noms de bons éditeurs ?

 

Le contrat d'édition

 

Comment repérer un mauvais éditeur avant de signer

 

L'importance de la distribution / diffusion


Combien gagne un écrivain ?

 

Négocier son à-valoir

 


Négocier les corrections demandées par l'éditeur

 

 

La dure réalité du monde de l'édition

 

Faire éditer des nouvelles

 

La promotion du roman : critiques et publicité

 

Je suis à la Fnac, et alors ?


Je suis passé sur France Culture, et alors ?


Les critiques négatives, que faire ?

 

 

 

 

Et bien sûr tous les articles sur ma vie d'écrivain au jour le jour.


 

 

 

POUR M'ECRIRE C'EST ICI SVP

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Contacter le Stoni 1983

Flux RSS

http://stoni1983.over-blog.com/rss