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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 13:26

 

 

sens-interdit-epistemologique.jpg

 

 

Cette nuit j’ai rêvé à Carla Bruni. Ouais je sais, ça craint.

Depuis une semaine ou deux, j’accumule les rêves politiques. J’en ai marre. Dimanche soir, je n’ai pas suivi la soirée électorale, j’ai écouté de la musique au casque pendant qu’Aniki ne décollait pas de BFM TV. Je sature. Je m’interdis de lire les journaux ou de trop traîner sur les sites de politique.

 

Malgré tout, cette nuit, j’ai rêvé à Carla Bruni.

J’étais au travail, dans les bureaux, avec mon patron et quelques collègues. Mon patron nous présentait Carla Bruni qui venait d’être embauchée. Nous les employés, nous étions plutôt surpris qu’elle tafe là. La boîte casse pas trois pattes à un canard. Ce qui est chelou c’est : primo qu’elle bossait – deuzio qu’elle occupait un emploi de bureau absolument bateau.

Enfin, elle était là, quoi.

L’ambiance étant informelle, mes collègues lui posaient les questions que la plupart des gens lui poseraient, je pense. A savoir, comment était Sarkozy dans l’intimité, comment allait leur chiard. Des trucs comme ça.

Moi aussi, je posais une question. Simplement, directement. Sans hostilité, juste avec curiosité. Je lui demandai :

- Dis, ça fait quoi d’être bourge ?

Là, contrairement à ce qui se serait passé dans la réalité, mes collègues et mon patron hochèrent la tête, ravis par la question, pas du tout embarrassés ni rien. Carla Bruni aussi le prenait bien. Sauf qu’elle n’avait pas tout compris.

- Eh bien vous savez je suis née dans une famille fortunée, mais j’ai fait mon propre chemin par la suite.

- Euh non, je voulais dire, pour vous les bourges, être bourge, c’est normal ? Ou vous vous rendez compte, justement, que c’est pas normal ? Je ne parle pas de jugement de valeur, ni de jugement moral. Je parle plutôt d’appartenance. Vous avez le sentiment de faire partie d’une vaste classe sociale, celle des bourges, une classe que vous pensez nombreuse ? Ou bien vous réalisez que vous faites partie d’une minorité et que presque personne ne vit comme vous ? C’est toujours un truc qui m’a fait bloquer. Vous savez que vous êtes bourges ou pas, en gros ? Ou bien vous trouvez ça normal, genre, ouais bon j’ai un peu plus de fric, mais y’a plein d’autres gugusses qui sont aussi dans mon cas ?

 

C’est vrai, je me pose souvent la question. Je me la suis toujours posée.

Au collège, on commençait à évaluer les différences de richesse. Et, dans notre microcosme prolétarien du bas peuple, les bourges c’étaient les élèves dont les deux parents étaient profs, ceux dont les parents touchaient 20 000 F par mois… Quelle pathétique échelle de valeur, n’est-ce pas ? Dans ce paradigme de basse extraction, la question me tenaillait déjà : ça fait quoi d’être un bourge ? Nous étions durs avec nos camarades « 20 000 F par mois ». On les traitait de « gros bourges ». Et moi, je les harcelais en leur demandant : « mais ça arrive à tes parents de te dire, écoute on est des bourges chez nous, c’est comme ça, on est différents des autres ? Ou bien, vous vous en rendez pas compte, vous croyez que vous êtes normaux ? ».

Plus tard, j’ai rencontré des vrais bourges – essentiellement par le biais de mon activité d’écrivain. Des gens dont les parents sont répertoriés dans le Who’s who. D’autres qui n’ont pas besoin de travailler, qui se consacrent à l’écriture, vivant de rentes et d’héritages. Je n’ai jamais pu en discuter avec eux car ils ne s’assument pas comme « bourges ». Le sujet est tabou. L’édition est un univers de gauchistes. Si d'aventure je leur demandais « ça fait quoi d’être bourge ? », je déclenchais des esclandres et n’obtenais certainement pas de réponse. Plus rarement, j’ai pu parler avec de vrais bourges qui s’assumaient. Je n’ai pas posé la question, parce qu’ils m’avaient dit clairement, de leur propre initiative, qu’ils se savaient être chanceux. Néanmoins, ils n'étaient pas des bourges du niveau de Carla Bruni, alors sa réponse m’intéressait foutrement, dans mon rêve.

 

Or, au moment où Carla Bruni s’apprêtait à répondre, un interdit épistémologique s’imposa, issu de mon inconscient de classe : je me réveillai. Mon inconscient est une sorte de stal psychorigide chiant. Il veille au grain. Ce salaud a décelé, dans ma question, dans ma curiosité, ma part d’envie, de nostalgie régressive pour le statut parasitaire bourgeois. Nous avons tous une nostalgie régressive pour le statut parasitaire bourgeois - du moins, tous les gens qui ont été élevés dans une société de classes. Pourquoi ? Parce que le bébé du capitalisme, quand bien même il s’agit d’un bébé de prolétaires, est converti dès ses premiers jours au paradis de la consommation totale : le bébé tète mais ne fait rien. Et je rappelle que consommer sans produire, c’est l'essence même du projet bourgeois (même que j’explique tout bien ici).

Oui, dans cette question adressée à Carla Bruni, sourdaient la jalousie et la convoitise. C’est plus fort que moi. C’est culturel. Et mon inconscient de classe stal psychorigide est intervenu : réveille-toi, car tu ne dois pas connaître la réponse, ton seul champ de connaissance doit être l’obéissance au projet de ta classe sociale, soit l’avènement d’une dictature du prolétariat.

 

 

 

Evidemment, camarade-lecteur, tu vas rétorquer que je ne suis pas près d’assister à l’avènement d’une dictature du prolétariat et que mon inconscient stal fait un peu chier sa mère.

 

Mais c’est comme ça

 

 

 

 

 

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commentaires

paniss 29/04/2012 17:29


oh les mecs, s'il y en a un qui comprend l'article du ci-devant Stoni, qu'il soit assez aimable de bien vouloir prendre quelques instants de son précieux temps pour m'expliquer; après, si
j'ai compris, je m'endormirai le soir moins con qu'en me réveillant le matin...

caius Gracchus 28/04/2012 15:01


en effet: mais admet que si ton Moi est anar , il l'aura bien cherché! 

stoni 28/04/2012 11:30


En effet Caius, comme mon moi est plutôt anar, c'est un danger auquel je suis régulièrement exposé.


 

caius Gracchus 28/04/2012 10:19


Staline comme figure symbolique de l'inconscient? 


Enfin fait gaffe que ton Surmoi stal ne foute pas ton Moi dans un goulag psychotique (avec le "ça" comme gardien)

stoni 25/04/2012 13:07


Mon cher Ayrton,


Dans un premier temps, je vais devoir t'apprendre que, hélas, ma pyschorigidité et ma dialectique duale ne sont point celles du Parti Communiste Français.


Je suis un déchet chronologique, un reflet du passé, une viellerie pré-soixante-huitarde dont plus personne ne veut.


Le PCF n'enseigne pas le matérialisme historique à ses nouveaux adhérents. Le PCF ne revendique pas la dictature du prolétariat (ce depuis les années 70).


Au Parti, rares sont les camarades qui comprennent cette dite psychorigidité. En revanche, le fantôme de Robespierre me comprend, lui. Oui je communique avec Robespierre parfois.


Dans une deuxième temps, je vais devoir t'apprendre que, hélas, je pense tout seul quand je recours à cette dialectique. C'est là le pire, tu vois. J'ai toujours été psychorigide. Longtemps, je
ne me suis non pas couché de bonne heure, mais longtemps j'ai cherché à sublimer cette psychorigidité qui gouvernait ma personnalité et mes choix. J'étais intransigeant. Je considérais qu'il y
avait des choses qui se faisaient, d'autres qui ne se faisaient pas. A ceux qui faisaient les choses à ne pas faire, je vouais un mépris souverain. La plupart des élèves de ma classe avaient peur
de moi. Je me demandais beaucoup et, si j'avais été moins flemmard, j'aurais pu être un grand sportif.


Or ! Vers vingt ans, je découvris le marxisme léninisme et la matérialisme dialectique. Enfin ! Je trouvai une voie sublimatoire pour cette psychorigidité. Je posai des mots sur des notions que
j'avais longtemps ressenties mais non pas légendées : production / consommation - principe de réalité / principe de plaisir - infra / superstructure. J'étais tout content de disposer d'une grille
d'analyse qui s'adaptait pile à poil à ma vision duale du monde.


 


Moi, j'aurais aimé être anarchiste, j'aurais aimé m'en foutre, j'aurais aimé me lâcher. Mais la nature ne m'a point fait ainsi !

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