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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 10:06

 


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Quand j'étais adolescent, j'ai cru, le temps de furtives années, que les arts étaient émancipateurs. Que, via la musique et l'écriture, je me réaliserais pleinement, j'accéderais à un idéal de vie, je serais heureux et je croyais aussi que chacun gagnerait à suivre cette voie.

Cela m'a passé. Aujourd'hui je sais bien que les arts ne seront jamais émancipateurs. Que la seule émancipation envisageable et réalisable reste la collectivisation des moyens de production.

J'ai choisi mon camp.



Quand j'étais adolescent, j'étais un peu poète. Disons que, techniquement, je pouvais en effet l'être. Mes parents ne me surveillaient pas. J'avais passé un pacte tacite avec eux : je leur foutais la paix, ils me foutaient la paix. J'avais le droit de fumer, de sortir, de prendre le train et de partir où j'en avais envie, tant que je ne leur attirais pas des ennuis. Ils avaient compris que je n'avais plus besoin d'eux et que je m'ennuyais à l'école. Ils ne m'en voulaient pas. Nous avons assez bien cohabité.

Je traînais, donc, un peu partout. Je n'avais pas d'argent. Voilà la première chose dont je me souviens, quand je pense à mon adolescence : je n'avais pas un rond. Aujourd'hui, comme j'ai un salaire – même minime – ça me paraît dingue. Mes potes et moi, nous n'avions rien. On se débrouillait quand même. Comment ? Je ne sais plus.



En traînant, j'ai découvert les musiques électroniques qui, en 1995, s'apprêtaient à emporter la France dans la société complexe de l'underground. Je me suis jeté là-dedans avec toute la naïveté des enfants mal finis. Comme j'avais beaucoup écouté de rap et de funk, j'ai penché pour la house et je suis devenu DJ.

Concrètement, être DJ, c'est avoir des disques vinyles. La plupart des morceaux sortaient uniquement sur vinyle. Parce que c'était ça, l'underground. Le circuit de distribution était limité. Seuls les titres qui se vendaient très bien avaient droit à un pressage disque compact. Et là, selon la règle du jeu, les fans criaient à la trahison... Un disque coûtait entre trente et soixante francs. C'était moins cher qu'un CD.

J'étais extrêmement difficile. Les disquaires spécialisés aimaient beaucoup me voir sélectionner mes disques.

J'arrivais dans la boutique, je fouillais dans les bacs. Je choisissais les disques en fonction du label, du musicien si je le connaissais, ou à la pochette. Avec une vingtaine de vinyles, j'allais assiéger la platine d'écoute et c'était parti. Je posais l'aiguille au début de la première piste, j'écoutais dix secondes, je posais l'aiguille au milieu de la suivante, j'écoutais encore dix secondes. La plupart du temps, cela suffisait : je rangeais le disque dans sa pochette et le mettais sur la pile que je rendrais au disquaire. On me demandait souvent « comment je faisais pour éliminer si vite le disque ». Je n'en savais rien, je m'en rendais compte tout de suite, voilà, c'est tout. Beaucoup de disques commençaient pas trop mal... Mais, c'était chiant, ça n'évoluait pas. Ou bien il y avait « quelque chose qui gâchait tout ». Quand je repartais du disquaire en ayant acheté un disque, je m'estimais heureux.

Ensuite, j'ai découvert la boutique d'un disquaire sympa comme tout, où il y avait des cabines d'écoute. En gros, deux sortes de placard où tu pouvais t'enfermer tranquillou pour écouter les vinyles. Moi, je me suis dit que c'était très pratique pour voler les vinyles, surtout avec ma sacoche DJ. Je prenais soin de venir avec déjà des disques dans ma sacoche, au cas où... Les vinyles ne bénéficiaient d'aucun système antivol. Pour faire bonne figure, j'achetais un disque de temps en temps. Combien ai-je coûté à ce pauvre disquaire ? Il était si gentil qu'il me faisait régulièrement des réductions... Quel infâme salaud cruel j'étais.



Mes potes ont découvert cette musique à travers mes disques. Ils venaient chez moi, je leur faisais écouter tel morceau, tel EP, ils n'avaient jamais entendu ça ailleurs, et ça leur plaisait. C'était une belle musique, je l'écoute toujours, pas assez souvent.



J'étais DJ pour les potes, je mixais.

Et puis, j'ai arrêté quand je suis parti à l'étranger. Les vinyles, ça n'est pas pratique. Ils demandent un entretien fou. A partir de 2001 ou 2002, la musique a décliné, je ne trouvais plus rien d'intéressant.

Et j'ai oublié.



Quand j'entends un (vrai) DJ mixer, aujourd'hui, je retrouve mes vieux réflexes. Les mauvais enchaînements m'accrochent l'oreille. Hélas, personne d'autre ne les remarque... Merde, et moi qui me faisais chier à chiader des enchaînements imperceptibles. Je peste contre la sélection des disques. Vulgaire, ennuyeuse, répétitive, mal travaillée, etc, etc, etc.



Et là, je regrette un peu d'avoir si vite oublié.

Car j'avais des putains de bons disques, quand même.





 

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commentaires

victoria 29/05/2012 16:30


Cela dit, je vais le faire ici: c'est le genre de bouquin dont le lecteur se souvient des années après (un rêve d'écrivain, non?) Voilà, c'est fait! Radotage: check. Je me sens
mieux, moi.

stoni 29/05/2012 16:17


non, laisse-moi te rassurer Victoria, il me semble que c'est la première fois que tu en parles ici. Ailleurs tu radotes peut-être cela dit.

victoria 29/05/2012 16:04


Il y avait de belles pages sur les DJ dans Sphinx d'Anne Garreta. Je sais pas pourquoi, j'en reviens toujours à ce bouquin. C'est daté, pourtant. 84 ou 85? Y a qu'à voir, par rapport à 1983!

stoni 29/05/2012 14:07


oulah, le hip hop en allemand c'est spécial quand même.

Joseph 29/05/2012 12:50


Pour les amis de la poésie… urbaine…


http://www.youtube.com/results?q=joe+rilla+der+osten+rollt+paroles&hl=fr&cr=countryFR&prmd=imvnso&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.,cf.osb&biw=1080&bih=584&wrapid=tlif133828842493810&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=w1&gl=FR

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