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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 14:01

 

http://image.toutlecine.com/photos/f/e/s/festin-nu-1991-02-g.jpg

juste un conseil : quand tu te prends

la tête sur des questions existentielles,

mets des chaussettes, sinon tu peux vite attraper froid

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin même, à l'aube, une lectrice m'écrivait :

 

 


Ô divin et génialissime Stoni,

Quand tu écris un livre, est-il possible d’en être satisfait ? Beaucoup disent qu’on doit sentir quand un livre est fini, qu’on doit savoir qu’on a fait le maximum. Or, moi, j’ai souvent tendance à me dire « c’est nul ». Car il n’est pas à la hauteur de ce que j’espérais, de ce que j’imaginais avant d’entreprendre le projet. Qu’en penses-tu ?

Signé : ton éternelle admiratrice.

 

 

 

 

Ce que j’en pense, chers camarades lecteurs ?

J’en pense que, si vous voulez être écrivains, vous avez intérêt à vous habituer à ce genre de questionnement existentiel.

 

 

 

Suis-je satisfait quand j’ai fini d’écrire un livre ?

Je crois que, comme pour la plupart des sujets traités sur mon blog, il y a autant de réponses différentes à cette question qu’il n’y a d’écrivains.

 

Mais je crois surtout que la réponse dépend beaucoup du statut de l’écrivain. A savoir, s’il a déjà été édité ou s’il n’a pas encore été édité.

 

 

 

 

Quand j’étais un auteur jeune et naïf, pas encore édité, je ne crois pas que j’aie jamais été totalement satisfait d’un manuscrit. A cette époque, j’avais très peu de lecteurs. Je n’en avais même qu’un, ou presque : mon mec. J'ai pris la décision de tenter l’édition et j’ai demandé à deux ou trois autres personnes de me lire, mais ce cercle resta tout à fait restreint.

J’étais assez satisfait du roman dans la mesure où il avait intéressé, jusqu’à sa dernière page, ce petit lectorat. Pour moi, j’avais à peu près rempli ma mission.

Ensuite, je ne me rendais pas compte si mes textes avaient de la valeur, ou une certaine qualité. Je n’en savais rien, tout simplement ! J’étais très humble.

 

 

Sauf orgueil démesuré (dans ce cas, je vous envie assez), un auteur non édité qui veut être édité a beaucoup de mal à être satisfait de son roman. Pour la plupart des gens qui écrivent, l’objectif reste la publication. Tant qu’il n’a pas été atteint, on ne sait quoi penser de son travail.

 

 

Quand tu es édité, les choses changent. Tu as reçu une certaine caution de qualité. Tu as donc un peu plus tendance à penser que ta prose vaut quelque chose – en l’occurrence, qu’elle vaut le montant de ton à-valoir. Cela ne m’a pas non plus conduit à être automatiquement très satisfait de mes manuscrits, mais ça aide assez.

Passé ce cap de l’édition, tes préoccupations se modifient. La question n’est pas tant « d’être satisfait de son manuscrit ». Moi, je me demande plutôt si en l’état, le roman est « présentable à un éditeur ». Cette évolution est bon signe : elle signifie que j’ai bien pigé les règles de l’édition. Un manuscrit n’est pas édité parce qu’il est « bon » ou « talentueux », mais parce qu’il saura se conformer au marché qu’est l’édition – et cela s’applique même aux éditeurs « indépendants », underground, avant-gardistes et tout ce que vous voulez, l’avant-garde restant un marché comme un autre, certes restreint et élitiste, mais un marché tout de même !

 

Je bosse ainsi sur mes manuscrits jusqu’à ce que je les juge « présentables » à un éditeur.

Chez moi, ce processus est très long. Je l’ai déjà détaillé ailleurs mais je le rappelle brièvement. Premier jet, deuxième jet, troisième jet, quatrième jet, relecture, travail sur l’ossature, rééquilibrage de l’ossature, première réécriture, deuxième réécriture, troisième réécriture, corrections, première relecture, deuxième relecture, troisième relecture, corrections, première lecture à voix haute, deuxième lecture à voix haute, troisième lecture à voix haute..

Je caricature un peu, je n’ai pas compté au juste combien de jets, de réécritures, de relectures, je consacre à un manuscrit, mais je suis du genre acharné.

Je connais des auteurs qui écrivent un manuscrit en trois semaines et le présentent aussitôt à leurs éditeurs. D’autres y passent plusieurs années.

Comme quoi, y’a pas de règles.

 

 

J’ai quelques manuscrits, terminés, que je n’ai jamais soumis à un éditeur. Là, vraiment, je ne les sens pas du tout. Je n’en suis pas fier, je ne les apprécie pas tellement, en vérité je suis conscient que je les ai écrits dans de mauvaises conditions et qu’ils ne valent pas la peine que j’affronte, pour eux, le processus éditorial. Parce qu’éditer un bouquin, c’est long et, fréquemment, très pénible. Déjà, il y a la présentation aux éditeurs : je te raconte pas l’effet que ça te fait lorsque le manuscrit est systématiquement refusé. C’est comme vous, les auteurs pas édités, quand vous envoyez votre manuscrit et que vous n’avez aucune réponse… A chaque nouveau bouquin, nous devons nous aussi, auteurs édités, prendre sur nous et soumettre le texte ici et là. En cas de refus chez ton éditeur du moment, tu dois aller voir ailleurs, avec la super impression « mendions aux portes » qui va avec… J’exècre cette étape. Ensuite, il faut le retravailler car souvent l’éditeur veut changer ceci, cela, faut négocier, faut te battre pour imposer tes vues, te battre pour que l’éditeur le promeuve correctement. Bien sûr la préparation éditoriale, c’est sympa parfois, mais c’est aussi relou. En gros, c'est du boulot.

 

 

 

Une chose reste invariable, que l’on soit édité ou pas : le sentiment que notre travail n’a aucun intérêt et que c’est nul à chier.

Personne n’y coupe.

Chez moi, ça vient et ça passe. J’ai des jours avec, des jours sans. Par moment, j’ai confiance en ce que je fais, en moi, je me dis que la thématique est intéressante, je suis motivé, j’y crois. Puis, pour une bonne raison – une contrariété en rapport ou pas avec l’édition – ou par pur hasard, j’ai tout à coup honte du texte sur lequel je travaille, je trouve que c’est merdique, que ça n’a aucune originalité, et là, c’est un malstrom sans fin. Les idées noires, les questions insolubles, m’assaillent. Pourquoi écrire ? A quoi bon ? Quel sens a ce roman ? Que m’apporte-t-il ? Qu’apportera-t-il aux lecteurs ? Est-ce un bon projet ? Ne vais-je pas griller ma carrière avec ce roman ? Etc. Etc. Etc.

Tiens, l’autre jour par exemple. J’ai appris une mauvaise nouvelle qui n’avait rien à voir avec l’écriture ou l’édition, mais qui m’a terriblement découragé. Or, très vite mon désespoir s’est orienté vers mon travail, et voilà, j’étais parti pour la soirée entière à dévaloriser le roman sur lequel je bosse. Je n’y trouvais plus aucun sens, plus aucune saveur. Les personnages me semblaient grossiers, stéréotypés, dépourvus de toute épaisseur. J’étais en colère. J’ai commencé à penser à mes anciens romans, et au lieu de voir le verre à moitié plein, je le voyais à moitié vide. J’ai ressassé tous les ennuis que j’ai eus avec ces bouquins et ai soigneusement oublié tous les bons souvenirs, toutes les bonnes choses que j’ai vécues grâce à eux. Je déteste ce genre de soirée, mais il en faut, de temps en temps. C’est ainsi.

Et puis, le lendemain, ça allait un peu mieux.

 

Il y a des jours où le texte me semble cohérent, l’univers romanesque bien défini, l’ossature bien travaillée. D’autres où ce machin.doc me semble être un cafouillis indigeste de signes, de caractères et de ponctuation. Mais s’il reste mon amour et ma reconnaissance envers mes personnages, je continue à bosser jusqu’à ce qu’il soit présentable.

 

 

Ma réponse n'en est pas une, j'en suis désolé. Mais le doute, le dénigrement, la peur, sont des constantes chez un auteur et particulièrement lorsqu'il n'est pas encore édité. Ces sentiments restent par la suite, mais sous d'autres formes – où la vanité tient un rôle plus ou moins important...

 

Les jeunes auteurs qui souhaitent faire éditer un premier roman peuvent donc se questionner sur le bien-fondé de soumettre un manuscrit ou pas.

 

J'ai délivré mon expérience à ce propos. Mais, quelque part, c'est un faux problème. Je veux dire, qu'est-ce qui t'empêche de soumettre un manuscrit mais de continuer parallèlement à le travailler si cela te fait envie ? Tu abandonneras un jour ce texte si tu as assez d'idées pour en entamer un autre.

 

Ah ! Ne vous inquiétez pas. Les faux problèmes sont banals chez les artistes. Il faudra peut-être vous y accoutumer, voilà tout.

 

 

 

 

 

 

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commentaires

LF 11/05/2013 14:07

Je suis en train de terminer la réécriture d'un roman, bien évidemment j'en suis insatisfait. Mais j'ai besoin de me rapprocher au maximum de mon idée de départ.
Doit-on continuellement travailler pour atteindre le projet initial ou doit-on se laisser guider par notre plume, car on ne pourra jamais réaliser notre idée d'origine ?

gib 20/08/2014 15:38

T rès bonne question !
Mieux, doit on obligatoirement avoir une idée précise au début ? Ne doit on pas faire son chemin en marchant ? Par exemple, il paraît que certains écrivains de romans policiers ne connaissent pas eux mêmes qui est l assassin du crime qu ils ont imaginé !
ÉCRIRE EN ÉTANT SON PREMIER LECTEUR, chouette, non ?

stoni 14/09/2012 10:27


Fernand, je me méfie de tes allégations depuis que tu as essayer de nous tromper, sur ton blog, au sujet de Nathalie Baye. Si tu mens sur Nathalie Baye, de quoi es-tu donc capable ? Je doute même
de l'existence du Zigoudi, aujourd'hui. C'est dire.


 


Merci à toi Ludovic pour ton témoignage. Je comprends que ta période de "vide", de non écriture, te pèse. J'en ai aussi régulièrement en chaque roman et ça n'est certainement pas une partie de
plaisir. J'avais une fois vu un entretien avec Philip Roth où il disait qu'entre deux romans, il avait tous les jours envie de se tirer une balle dans la tête tant il se sentait mal.

Ludovic 14/09/2012 06:45


On peut être content de ce qu'on a fait ; et là, je le suis de temps à autre ; mais satisfait, c'est plus rare. L'autosatisfaction, ce n'est pas bon, même si ça peut tranquilliser l'esprit, façon
imbécile heureux.


Écrire, c'est un truc bizarre. En général, je ne suis pas rapide, mais il y a des jours, des semaines, des mois où ça ne fonctionne pas. Je comprends ceux qui parviennent à créer en quelques
semaines, ceux qui pondent un bouquin en deux mois. C'est sans doute possible, c'est une question d'état d'esprit et de motivation. Quand on me fout la paix et que je suis bien à ce que je fais,
le rythme peut devenir bon. Le problème est que je n'ai pas que ça à faire et d'autres soucis plus terre-à-terre qui m'empêchent souvent de m'évader dans l'écriture. Et bosser une heure par jour
sur un roman, ça me semble impossible, sauf si tout est écrit et qu'il faut "seulement" relire et corriger. Mais s'il faut vraiment créer, ça demande un état d'esprit bien particulier.


Qu'un auteur non édité puisse être insatisfait (ou mécontent) de ce qu'il a fait, tu as raison, ça peut jouer beaucoup... mais pas toujours. Tout dépend des objectifs qu'on s'est fixés. Celui qui
cherche à faire éditer un premier roman en espérant devenir riche et célèbre se prépare sans doute d'immenses frustrations.


Comme je n'ai pas cette ambition, je suis déjà bien content de ce que j'ai fait. Ce que j'ai "en réserve" n'avance pas, actuellement. Et là, c'est frustrant de toute façon.

Fernand Chocapic 13/09/2012 20:18


Sur la photo, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un écrivain qui se pose des questions existentielles, je pense qu'il s'agit plutôt d'un écrivain qui se coupe les ongles de pieds.

stoni 10/09/2012 17:43


ouais : quand j'en ai vraiment marre ! sans déconner, c'est vrai. quand je veux passer à autre chose ! chez moi ça peut être assez long.

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