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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 13:28

 

 

howtofeelmiserable

 

Dans un précédent article, j’avais traduit la liste de Keri Smith : comment te sentir pire qu’une merde quand t'es écrivain.

Je donnais mon point de vue sur chacun des dix points à ne pas appliquer pour bien vivre sa condition d’artiste.

 

Mais j’ai la mémoire courte.

 

Car j’ai écrit :

 

« 2 / Parler de ton travail à ta famille et en attendre des encouragements.

 

Là, je ne suis pas vraiment concerné. C’est même plutôt le contraire : je préférerais que mes vieux s’intéressent moins à ce que je fais. Mes parents trouvent ça normal que je ponde des bouquins. Nous sommes une famille d’esthètes et je suis leur digne progéniture. Ce qui n’empêche pas qu’ils considèrent que l’écriture est un métier de branleur, ni qu’ils pensent que je passe tout mon temps à regarder des films en streaming. En outre, pour mes parents, il est évident que je suis un écrivain trop doué et incompris, donc quelqu’un qui ne vend pas de livres (des fois j’essaie de leur expliquer que je me débrouille pas trop mal à ce niveau-là, mais en vain). »

 

Ha ha ! En faisant un peu travailler ma petite cervelle (qui n’y est guère accoutumée, nous sommes d’accord), je me suis souvenu de la période où je n’étais pas encore édité, et mon expérience était alors tout à fait différente !

 

Je n’ai jamais cherché la reconnaissance de mes parents et n’ai jamais sollicité leur avis sur mes livres. Néanmoins, lorsque j’ai pris la décision de me faire éditer, je n’ai pas dissimulé la chose. Ma famille apprécie les cultes du secret, les non-dits et les squelettes dans les placards – y compris pour des trucs absolument anodins. J’ai comme qui dirait toujours trouvé ça relou et essaie de ne pas reproduire le même comportement. Sans quoi, je n’aurais jamais parlé à quiconque de mes manuscrits et de mon amour pour l’écriture, par peur d’avouer mon échec en cas échéant (ne pas réussir à être édité).

 

Je me suis orienté vers une autre attitude. J’en ai parlé, comme ça, au détour d’une conversation. « Je vais essayer d’envoyer le dernier texte que j’ai écrit, je vais bien voir ce que ça donnera ».

 

Mes parents n’y croyaient pas une seule seconde.

Je l'ai oublié, ensuite. C’est fou comme la mémoire est sélective…

 

Enfin, moi, je disais ça sur un ton léger, plutôt dégagé. Que j'allais essayer. Eux, ils ont ouvert de grands yeux éberlués.

 

« Mais Stoni, tu sais bien que c’est très dur d’être édité ! »

 

Je ne pense pas qu’ils voulaient me décourager. Mais plutôt m’épargner la souffrance potentielle de l’échec.

 

« Il faut avoir des connaissances dans le milieu pour ça, et nous n’en avons pas ! »

 

« Tu vas perdre toute confiance en toi ! »

 

Je suis resté détendu et insouciant quand ils prophétisaient le malheur. C’est la seule façon de leur signifier mon désaccord sans déclencher un psychodrame. Mes vieux raffolent des psychodrames.

 

Bref, je me contentais de répliquer :

 

« Eh bien, si je n’y arrive pas, je ferai autre chose. »

 

Ils argumentaient.

 

« Mais tu risques d’abandonner l’écriture, alors que si tu continuais à écrire pour toi-même, tu garderais ce plaisir toute ta vie. »

 

« Je trouverai un autre occupation, dans ce cas. Je me consacrerai plus au dessin. »

 

Ils baissaient le regard, ils étaient gênés pour moi…

 

Ils ne demandaient pas à lire ce que je faisais. Je ne leur ai jamais proposé non plus.

 

Puis les premiers contacts avec les éditeurs sont arrivés. J’en ai parlé. Je n’aurais pas dû. Mes parents ne m’aidaient pas, lorsque les contacts n’aboutissaient à rien. Au contraire, ils persistaient à prédire :

 

« C’est trop dur, t'y arriveras pas… Abandonne, c’est un monde corrompu… »

 

Je n’ai plus rien dit jusqu’à la signature de mon premier contrat d’édition.

 

Après, je les ai vus adopter une autre approche. Ils s’intéressaient. Ils étaient presque fiers de moi. Enfin. Avec des limites. Mon père se chargeait de me rabrouer, au cas où j’aurais pu le penser converti à l’optimisme. Quand j’ai eu mon premier chèque d’à-valoir, il m’a dit :

 

« Photocopie-le, car ce sera peut-être le dernier. »

 

Il était sérieux. Ça ne m’a pas vraiment surpris.

 

A la parution de mon premier roman, ils étaient un peu embarrassés à l’idée que je déballe ma vie personnelle ou familiale. « Avec un écrivain dans la famille, oubliez toute harmonie et entente cordiale » (C’est faux et c’est vrai.) Ils ont été relativement rassurés par ce que j’écrivais, dans le sens où je ne parlais pas d’eux. Je crois aussi qu’ils étaient très soulagés par mon emploi d’un pseudonyme…

 

Le fait que je mène ma barque, d’écrivain ou de jeune homme, sans jamais trop les consulter, les a toujours laissés un peu étourdis. Le reste de ma fratrie s’est montré beaucoup plus dépendant. Moi, je vais. Voilà. Je fais ce que j’ai à faire.

Ce monde de l’écriture et de la littérature, dans lequel je me suis engouffré avec toute la stupidité de mes vingt-cinq ans, ils le virent parfois comme un élément qui m’éloignerait davantage encore d’eux et de notre noyau originel.

Ils avaient tort.

J’en suis vite revenu.

 

Mon expérience, je ne l’ai pas vraiment partagée avec eux. Ils n’auraient jamais accepté toutes les souffrances, les insultes, les avanies, les injures et les trahisons dont est fait le quotidien d’une personne un tant soi peu publique. Je suis leur progéniture, et à ce titre, je n’ai pas l’autorisation d’être blessé. Par qui ou quoi que ce soit.

 

Petit à petit, ils se sont habitués et me voient désormais comme « l’écrivain de la famille ». Ils n’en parlent pas beaucoup non plus. Ils n’ont pas énormément d’amis ou de proches pour ce faire… Quand j’ai un nouveau projet de bouquin, et qu’il va être édité, ils sont contents pour moi. Ma mère a hâte de le lire (ce qu’elle ne fera pas avant que j’aie mes exemplaires d’auteur et que je leur en file un, sauf si ma sœur « moucharde » et lui donne le manuscrit en douce). Mon père, je ne sais pas trop. Il ne doit pas être mécontent non plus.

 

Ils célèbrent mon travail car, je crois, il concrétise ce qu’ils ont essayé de faire avec nous : nous élever en artistes, dans un monde cloisonné, prolétarien, mais extrêmement esthétisé, esthétisant et esthétique. Ils n’en étaient pas conscients mais l’objectif était bien là. Je suis la monstruosité culturelle qu’ils ont façonnée. Il y a des jours où ils doivent éprouver une certaine satisfaction. D’autres où ils doivent s’interroger. Et encore des jours bien plus nombreux où ils n’y pensent même pas.

 

Ils ont mis plus d’un an à venir me voir sur un salon du livre.

 

J’ai eu honte de les voir devant moi, ce jour-là.

Non pas parce que j’avais honte d’eux. Mais parce que j’avais honte de ce salon et de tout ce qu’il représentait. Les cérémonies vides, stériles, vaines et vaniteuses dont notre milieu se nourrit. J’étais alors très désespéré par rapport à mon travail, et je ne supportais plus le monde du livre (je ne le supporte toujours pas d’ailleurs). J’avais honte de ces simulacres, de ces idioties de salons, qui n’ont aucun intérêt sinon celui de faire théoriquement mousser nos egos. Mes parents furent heureux de me voir signer un ou deux bouquins. Je me trouvais d’un pathétisme ! tandis que j’apposais ma putain de griffe sur la page de garde, pour quelqu’un que je ne connaissais pas, au milieu d’un capharnaüm imbécile, à côté d’un connard de « confrère » dont je me foutais comme de l’an quarante.

 

J’ai ensuite pris la décision de ne plus faire aucune intervention publique. Mais c’est une autre histoire.

 

 

 

 

 

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commentaires

Ludo 25/02/2012 18:00


Aukazou: MDR


C'est clair!

Capitaine 25/02/2012 13:21


Je suis d'accord pour Legolas. 

stoni 24/02/2012 11:32


ATTENTION ! SI VOUS N'AVEZ JAMAIS VU LE SEIGNEUR DES ANNEAUX CE COMMENTAIRE SPOILE SUR LEGOLAS


 


oui ça m'a un peu fait pareil quand j'ai regardé la trilogie du seigneur des anneaux, j'avais lu les livres avant et putain ce con de tolkien avait bien spoilé ! du coup je savais que Legolas (et
ses répliques complètement inutiles) ne se faisait pas buter, j'étais déçu. dans le cas contraire, j'aurais au moins pu y croire !


 

Capitaine 24/02/2012 10:16


Nooooooonnnn !!!


J'ai remonté la piste de Paul Edel jusqu'à l'article de Clopine qui traitait dudit Paul Edel et de son interprétation de Stendhal. Horreur ! Spoil ! Depuis tout ce temps, je me réservais le
Stendhal, je n'y touchais que du bout des doigts (quelques pages des chroniques italiennes, pour voir), dans l'idée de m'y plonger complètement un jour. J'avais même réussi à oublier ce que mes
professeurs de français en avaient dit ! 


Et maintenant, je sais qui meurt à la fin. J'imagine que ces informations sont négligeables et que c'est la puissance d'écriture qui compte, mais tout de même ! De la même façon, la moitié des
morts du cylcle Rougon-Macquart m'avait été révélée par les notes d'éditeur de La conquête de Plassans. 


Bon, vous me direz, je n'avais qu'à lire Stendhal, plutôt que de me prélasser devant Peep Show ou Parks and Recreation. 

Hubert 23/02/2012 21:15


Il se dirige tout droit vers HEC. Ou, alors, à la rigueur, l'ENS. 


Et il veut, avant tout, de l'argent. 


C'est un fake?


Entre être artiste ou faire HEC faut pas hésiter: HEC t'apprends l'art de te faire du fric sur le dos des autres (exploitation de l'homme par l'homme).


"Art is a peace of shit" a dit un jour Steve job, c'était pourtant un grand créateur!


L'argent y a que çà de vrais dans notre monde, celui qui prétend le contraire n'a jamais connu le vrai "besoin": la faim, le froid, la solitude ou la misère sociale.


Bravo à ton fils pour HEC: il pourra acheter des toiles pour des M€ à des artistes (le tout exhonéré d' ISF)!

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