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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 13:09

 


 

 

 

 

 

Il y a quelques années, j’ai travaillé comme enquêteur dans un centre d’appels.

 

Je faisais des enquêtes par téléphone, quoi.

 

Comme tu t'en doutes, ami lecteur, ce travail était extrêmement pénible, mais là n’est pas l’objet de mon article.

 

Une chose à savoir : le téléenquêteur est un être profondément voué à la productivité. Je n’ai jamais compris pourquoi nos supérieurs nous fliquaient autant pour s’assurer que nous faisions bel et bien notre travail.

 

Figure-toi ce à quoi ressemble le quotidien d’un téléenquêteur : pendant quatre à sept heures d’affilée, il est assis dans un box, face à un écran d’ordinateur et compose des numéros de téléphone.

 

70 % des téléphones sonnent dans le vide.

35 % des gens qui répondent t'envoient te faire foutre d’une manière ou d’une autre.

5 % acceptent de répondre.

 

Donc, la plupart du temps, on attend.

 

On attend que le téléphone sonne six fois avant de raccrocher et de composer un nouveau numéro.

Certaines entreprises nous donnaient l’autorisation de lire un bouquin ou un magazine, pour combler ce temps d’attente.

Mais, rapidement, tu t'ennuies – même avec un bouquin ou magazine. Il y a trop de bruit dans la salle pour se concentrer sur sa lecture pour de vrai. On ne lit pas correctement. Et le magazine, c’est bien gentil, mais au bout de deux heures, tu l’as complètement lu.

 

En revanche, quand tu fais ton sondage avec l’interlocuteur, tu t'occupes, tu ne vois pas le temps passer (surtout qu’un sondage peut bien durer 15 minutes) et t'es content grave !

Tous les téléenquêteurs que j’ai connus voulaient réussir à faire des sondages. Je n’ai jamais connu personne qui bâclait le boulot !

 

Et, comme tu t'en doutes toujours, camarade lecteur, le gentil répondant qui accepte de répondre se fait rare.

Aussi, on trichait un peu.

On appelait des gens de notre connaissance.

Cette astuce a fonctionné, jusqu’à ce que les entreprises se modernisent et commandent des programmes informatiques qui composaient à notre place le numéro de téléphone…

 

Nous n’avions pas le droit d’appeler des gens de notre entourage, car le répondant ne doit pas connaître quelqu’un qui travaille pour un institut de sondage.En effet, dans ce cas les instituts considèrent que le sondage est biaisé.

Alors, on prévenait nos proches, et on les faisait mentir quand on leur posait la question initiale « Quelqu’un dans votre entourage travaille-t-il pour un institut de sondage, une société de marketing ou de communication ? »

Bien entendu, le proche appelé devait se comporter comme s’il ne nous connaissait pas, et nous de même, comme nous étions régulièrement écoutés par nos supérieurs.

C’était plutôt rigolo à faire. Comme un jeu de rôle, quoi.


 

C’est pourquoi, un jour, je proposai à mon frère de jouer le jeu.

Nous étions chez mes parents, qui étaient présents.

- Tu veux répondre à un sondage sur l’électro-ménager, frérot ?

- Ah ouais volontiers, j’adore ça en plus !

- Ok, alors je t'appelle demain soir et on le fera ensemble. Attention, TU DOIS ABSOLUMENT TE COMPORTER COMME SI TU NE ME CONNAISSAIS PAS…

- Pas de problème !

J’orientai un œil dubitatif sur le couple parental.

Mon frère habite chez eux, et ce sont toujours eux qui décrochent le téléphone.

- Je vais appeler et me présenter comme un membre d’un institut de sondage, faudra réagir comme si vous me connaissiez pas, c’est clair ? Et vous me passez le frangin, ensuite. C’est pigé ?

Mes vieux, outrés :

- Mais ouais on est pas débiles on a compris !

- Non mais je suis sérieux, sinon je peux me faire virer, moi !

- On a compris bordel de merde ! tonna mon père (chez moi, on parle mal).

 

 

Et le lendemain, me voici dans mon box dans le centre d’appels, en train de composer le numéro de téléphone de mes parents…

Mon père décroche.

Là je me dis, ça craint. J’aurais préféré ma mère. Elle est plus vive d’esprit.

J’y vais tout de même de mon petit récital :

- Bonsoir, je suis Stoni de l’Institut Bidule, nous menons actuellement une enquête sur l’électro-ménager et l’équipement hi-tech, auriez-vous quelques instants à m’accorder ?

Silence de mon père. Puis :

- Pipou, c’est toi ?

Wo putain.

Pipou c’est le surnom honteux dont mes parents continuent de m’affubler, malgré mon passage patent à l’état adulte.

Je lance un coup d’œil affolé du côté du superviseur (toujours un être horriblement perfide qui adore vous enfoncer), enfermé dans son aquarium, le casque sur les oreilles. Il ne me regarde pas. Mais on ne sait jamais.

- Pardonnez-moi monsieur, mais je suis STONI de L’INSTITUT BIDULE et je FAIS UN SONDAGE…

Mon père, mode vieil immigré qui pige que dalle (je le connais, je sais que c’est une feinte) :

- Pipou ? C’est quoi ce bordel ? Attends j’appelle ta mère, j’y comprends rien. MAMOUR !

Mamour c’est le surnom idiot dont mon père affuble ma mère depuis longtemps, mais ça on leur en veut pas, c’est normal.

- MAMOUR y’a le canard qui a dû prendre de la drogue, je sais pas…

Eh oui « le canard », deuxième surnom honteux pour ma pomme.

J’entends ma mère derrière :

- Mais tu sais bien qu’il touche pas à ça, il est communiste.

Petite note de regret dans cette dernière parole…

- Ecoute Mamour, prends le téléphone, il me fait chier avec ses conneries.

Je patiente le temps que ma mère récupère le téléphone.

Mon père augmente le volume de la télé, en bruit de fond :

- Pourquoi il appelle juste au moment où il passe Palettes ?

Putain des fois je me pose vraiment des questions sur mes origines. Mes vieux, c’est vraiment l’alliance de tout et n’importe quoi. Trop chelou.

Ma mère au téléphone :

- Oui canard ?

ARRETE DE M’APPELER CANARD PUTAIN.

- Bonsoir Madame, je travaille pour l’INSTITUT BIDULE et JE FAIS UN SONDAGE, il me semble que JE VOUS EN AVAIS DEJA PARLE, enfin, que nous vous avions déjà contacté à ce sujet et on m’a donné le prénom de…

- Pipou, ça tombe bien que t'appelles. Tu viendras avec nous chez mamie ce week-end ?

Non mais ils le font exprès.

- Dis-lui qu’on s’en fout qu’il soit là, grogne mon père derrière. Mais ils nous servira à garder la voiture.

Putain. Garder la voiture. C’est quoi cette nouveauté. Qu’est-ce que ça veut dire. Je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir.

- ECOUTEZ JE FAIS UN SONDAGE MADAME…

- Oui d’accord, je vais te passer ton frère, mais avant, si samedi tu pouvais venir avec nous chez Mamie, parce que, je t'explique, on a un problème avec la voiture, elle se verrouille plus et…

J’allais réclamer mon frère une dixième fois quand je réalise ce qu’elle est en train de me dire.

Ils veulent. Que je passe. La journée. Dans une voiture. Parce qu’elle. Ne se. Verrouille. Plus.

Je suis un chien de garde, en gros.

J’en ferme les yeux de consternation et soupire.

Mon voisin de box glousse :

- Wallah t'as pioché des bons boulets toi, je crois.

- C’est mes parents, je murmure.

- Ah mon pauvre !

Ma mère continue son truc :

- Alors tu viendras samedi ?

Non mais ils se foutent de moi.

Je cherche le superviseur du regard. Dans son aquarium. En train de discuter (= démolir) avec un autre enquêteur. Super. Il ne m’écoute pas.

J’en profite pour articuler :

- MAMAN JE VEUX PARLER A MON FRERE TU ME LE PASSES OU JE RACCROCHE.

- Oh ça va, hein !

- Il est con ce Pipou, râle mon père derrière.

- Je vais chercher ton frère !

Silence. J’entends mon père ronchonner :

- Quel ingrat, ce gamin.

Et la télé, branchée sur Palettes, égrener d’une voix calme comment Matisse il a découpé la composition de sa toile.

Mon frère arrive.

- Ouais ?

- Bonsoir, je suis Stoni de l’Institut Bidule, je vous appelle pour un sondage sur l’électro-ménager. Vous avez quelques instants à m’accorder ?

- Ah ouais bien sûr.

Enfin, un être doué d’un entendement commun.

Nous commençons le sondage.

Ma mère crie :

- Quand ce sera fini tu me repasseras canard, faut que je lui explique pour samedi.

 

Dans ces cas-là, je me dis…

Je me dis je sais pas…

 

Je me dis que mes vieux, c’est un mélange des parents de Jerry Seinfeld et des parents de George Costanza (faut connaître le sit-com Seinfeld pour comprendre).

 

Je me dis…

 

Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi.

 

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commentaires

Jojo D. 07/07/2011 10:37



Tu feras moins le malin quand j'arriverais sur ton palier, preuves en mains !



stoni 07/07/2011 10:05



lol


Jojo détective,


je te souhaite bon courage...



Jojo D. 06/07/2011 08:15



Puis tu as un frérot, aussi !


 


Hin hin hin !


 


Jojo, détective.



Jojo D. 06/07/2011 01:05



Ah ! J'ai un indice ! Ton père à un accent immigré.


 


Tu es donc, à semi ou non, d'origine étrangère !


 


Ah ah ah ! Je finirai bien par te démasquer, l'ami ! :D



Matthieu 05/07/2011 03:48



très bon com' d'hab.


moi j'ai donné dans le travail à la chaîne pas forcément plus réjouissant mais au moins on avait droit à de la musique.



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