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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:18

 
cannabis cool
 
Quand je vous disais que c'était rien que des capules, ces bébés.
 
 
 
J’ai des amis qui ont eu un bébé.
Désormais, leur monde entier gravite autour du bébé. On les comprend. Et je dois avouer qu’il est marrant, ce bébé. Pour une fois, je ne lui trouve pas une tête de Gorbatchev, et je ne ressens donc aucune sensation désagréable quand je le regarde.
En présence d’un bébé, je conserve toujours une distance pleine de respect.
Un bébé, ça ne rigole pas. Je pense que, si je ne le fais pas chier, il ne me chiera pas dessus. Donnant donnant.
Mes amis sont obnubilés par le bébé. Encore une fois, on les comprend. Cela dit, quand vous êtes extérieur au bébé (et que vous gardez prudemment vos distances), les séances de visionnage des vidéos du bébé, l’exposition des photos du bébé, l’exhibition du bébé en personne, puis la discussion sur le bébé, sont, à la longue, un peu emmerdantes.
Ce n’est pas bien grave.
Mes amis me demandent ce que j’en pense. Du bébé.
- Ma foi, il a pas une tronche de Gorbatchev, il est plutôt pas mal !
- Il est mignon, hein ?
- C’est bien ce que je dis.
- Regarde comme il est tout petit. T’as vu ses petits petons-petons, comme ils sont petits ?
Je jette un coup d’œil faussement curieux sur les petons-petons. Le bébé (un mois) intercepte ce regard et accouche d’un sourire ravi.
- Oh t’as vu il a fait risette !
- Il a fait quoi ? toussé-je, embarrassé.
- Risette ! T’es écrivain, tu sais pas ce que ça veut dire ?
Je regarde mon pote, que je connais depuis nos quinze ans. On a joué les lascars ensemble, insulté tous nos profs, fumé un peu d’herbe, déconné et parlé cul non-stop : maintenant, il prononce naturellement l’expression faire risette.
J’y crois pas.
- Si en fait, mais venant de ta bouche, ça faisait trahison.
Il se marre. Et reprend les petons-petons en photo pour la cinquantième fois de la journée.
- Chaque jour on prend les petons-petons en photo, comme ça on verra l’évolution dans le temps.
- Jusqu’à quand ?
- Oh, jusqu’à ce qu’on en ait marre.
- Du bébé ?
- Non ! De prendre les petons-petons.
- Oh, fais-je déçu.
- On en aura jamais marre de notre gros bout de chou peton-peton mimi !
Là-dessus, mon pote hisse le bébé à bout de bras devant moi, histoire que je n’en perde pas une miette visuelle.
- Fais gaffe, j’ai peur qu’il se mette à pisser, là.
- Mais non, et puis il a sa petite grenouillère trop mimi peton-peton !
Le bébé s’agite et accumule les sourires ébahis. Je le toise froidement. Qu’est-ce qu’il a à me draguer comme ça, celui-là ?
- Il t’aime trop Stoni ! Chérie ! Viens voir comme peton-peton il aime trop Stoni il lui fait plein des risettes !
- Ben tu peux le reposer, en plus je trouve qu’il pue.
- Mais non il pue pas !
Mon pote renifle le cul de la grenouillère.
- Ah si, t’as raison. Il a fait son popo le peton-peton chou ?
Néanmoins, il ne le change pas.
- Oh, il schlingue à fond, quand même. Tu lui fous pas une nouvelle couche ?
- J’ai pas envie, en fait.
Mon pote préfère se péter une clope tranquille. A la fenêtre – la cigarette ayant, sur un bébé, les conséquences du bombardement de Hiroshima Nagasaki, comme chacun le sait.
Je le rejoins pour ne pas rester seul dans le périmètre du bébé.
- On dirait que tu t’en méfies ! ricane mon pote.
- Du bébé ? Bien sûr que je m’en méfie. Y’a pas plus crapule qu’un bébé.
- Déconne pas ! Il est tout innocent, regarde-le !
- Innocent ? Mon cul, ouais ! Il marche à fond dans le système, il est déjà super social-démocrate. Je me méfie de lui comme d’un adulte !
- Oh, tu déconnes, pas vrai ?
- Tu crois que ton fils est protégé du politique par son bas âge. Alors que tu sais très bien qu’il est déjà intégré dans les rapports humains, et les rapports économiques. Et je vais te dire pourquoi le bébé universel est le pire des vendus : il est entré dans la dialectique de la consommation et de la production dès sa naissance. Et pour l’instant, il en est encore au stade le plus parasitaire. Le projet économique de la bourgeoisie, c’est le retour au statut de bébé. Consommer sans produire !
- C’est pas un vendu, peton-peton !
- Oh que si ! A fond ! Crois-moi !
- Mais c’est un fils d’ouvrier !
- Et alors ? Il consomme sans produire.
- Mais il a pas le choix, le pauvre !
- Parce que vous l’élevez comme on a élevé des enfants depuis l’instauration de la division de classes. Vous lui donnez le lait sans lui faire comprendre qu’il a fallu un acte de travail pour seulement acquérir ce lait. Pour avoir du lait, on travaille.
- C’est le lait de sa mère, réplique mon pote d’un ton vexé.
- Et alors ? Pour produire son lait, elle doit manger, et pour manger, vous devez travailler. T’es d’accord avec moi ? Et quand bien même vous ne travailleriez pas – vous seriez des bourgeois, par exemple – pour manger vous auriez besoin de la force de travail de la société. On n’achète pas de poireaux au supermarché sans le personnel de mise en rayon, sans les transporteurs de poireaux, les producteurs de poireaux, puis ceux d’engrais… etc.
- Tu voudrais qu’on le nourrisse… en lui faisant comprendre que ça vient du travail ? Mais c’est impossible !
- Pourquoi ? Il faudrait simplement établir un stimulus, une gestuelle, qui signifie ce lien de causalité. Mimer le travail. Ou le dire, s’il comprend ce qu’on dit.
- Mais il comprendrait pas ! Il est trop petit !
- Il comprend assez pour me faire des sourires tandis qu’il me connaît ni d’Eve ni d’Adam. Et t’inquiète pas, il le fait pas sans bonne raison. Il comprend qu’il doit pleurer pour obtenir le lait. Il comprend l’affection que vous lui portez. Et il y répond. Ce n’est pas un être amorphe. S’il répond, c’est parce qu’il y trouve un intérêt. L’intérêt surdétermine tout comportement humain.
Mon pote a un instant de silence, puis passe à la phase de révolte :
- Peton-peton il a rien demandé à personne, c’est dégueulasse que tu le juges comme ça !
- Cette petite crapule qui pense qu’à se goinfrer ? Putain, je suis gentil, encore ! Il marche à fond dans le système bourgeois !
Là-dessus, le bébé commence à se manifester. Il pousse des hoquets de révolte, lui aussi.
- T’entends tu lui as fait peur, avec tes conneries !
- Tu vois que c’est une crapule ! Il braille quand on remet en cause sa position parasitaire !
- N’empêche, je suis pas d’accord. Un bébé il a vraiment pas le choix, il peut qu’être un parasite.
- Ça plaît assez aux enfants pour qu’ils le restent jusqu’à leurs dix-huit ans – voire plus, s’ils peuvent se le permettre.
- Tu veux faire bosser les enfants ?
- Non, je voudrais qu’ils ne se complaisent pas dans leur paradis de consommation unique. L’enfance est la meilleure initiation, et conversion, qu’il soit au système capitaliste. L’enfance est le projet – régressif, comme tu le vois – de la bourgeoisie capitaliste. Tout ce que je veux, c’est qu’ils aient conscience de la dialectique de la consommation et de la production. Une société communiste saurait mettre en place ce genre d’initiation révolutionnaire : elle n’aurait pas le choix, de toute façon.
- Tu voudrais endoctriner les gamins !
- Pas plus qu’ils ne sont actuellement endoctrinés par le plaisir que, culturellement, on invente autour de la consommation du bébé. Le biberon, mais sans principe de réalité. Le biberon, sans que l’on dise la sphère de la production. C’est un endoctrinement, et nous y sommes tous passés. Nous sommes foncièrement des nostalgiques de notre enfance – rêve de parasitisme bourgeois. Nous sommes, nous des travailleurs et des fils de travailleurs, les meilleurs agents de propagande du capitalisme. Tu saisis la perfection paradoxale de la chose ?
- Ouais, je sais pas…
Dans son landau, le bébé remue ciel et terre en poussant des sons de désespoir.
- En fait tu dois avoir raison, tempère mon pote. Mais pourquoi l’endoctrinement que je fais à mon gamin passe comme une lettre à la poste ? Je veux dire : je le fais. J’aurais dû m’en rendre compte.
- C’est un endoctrinement non-dit. Tout le politique capitaliste – quand je dis politique je parle des relations entre les hommes – est non-dit. C’est le génie de l’intersubjectif.
- Peton-peton c’est une crapule, acquiesce mon pote.
- La pire !
- La pire. Ouais, à la fois, je m’en doutais. Il arrête pas de me réveiller la nuit, alors que je me lève à cinq heures du mat.
- Un vrai petit con arrogant bourgeois !
- Je te le fais pas dire !
Mon pote se décide à prendre le bébé dans ses bras, ce bébé qui me fusille d’un regard noir.
- Je vais changer la couche de peton-peton. Tu sais, je vais réfléchir à un moyen de traduire l’ordre du travail.
- Si tu fais ça, tu vas élever le premier bébé révolutionnaire de France.
- C’est vrai. J’ai de grands projets, pour lui.
 
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commentaires

stoni 27/08/2012 19:36


Monelle, tu gagnes l'assurance de ne pas être envoyée au goulag dans les 6 mois qui viennent ! bravo ! j'aimerais avoir plus de lecteurs comme toi !


 

Monelle 27/08/2012 00:17


Ouh la la ne me sautez pas sur le poil comme ça! Mon laconisme me perdra. Je vais reformuler:


Cher Stoni,


Je fais partie de ces fans qui squattent ton blog régulièrement et qui pourtant, ne t'ont pas souhaité "bonnes vacances" quand tu as déserté la Toile pour quelques jours de repos bien mérité. Je
tiens à t'assurer que j'ai bien remarqué ton absence et que j'ai fait un triple salto arrière à ton retour. Je voulais aussi te dire, que même en l'absence de mise en garde écrite en italique,
j'ai remarqué que tu nous avais reservi (tel un bourguignon encore meilleur réchauffé) un de tes magnifiques articles dont je me délectai il y a quelques temps. Les groupies remarquent ce genre
de choses, même si elles n'ont pas toujours l'audace et la politesse de dire "bonnes vacances" à leur méritant blogueur.


Sur ce, bonne soirée m'sieurs-dames

stoni 25/08/2012 15:24


Hubert, toi aussi t'es un peu une groupie depuis le temps que tu viens là, mais faut comprendre les autres lecteurs : les commentaires c'est fait pour se plaindre et c'est de bonne guerre !


il en faut pour tout le monde : les anciens lecteurs et les nouveaux lecteurs.

clopine 25/08/2012 10:40


Tu as oublié l'esssentiel du problème du projet régressif du monde capitaliste que représente un bébé, Stoni. 


C'est qu'il grandit. Le bébé. 


Et là, je suis formelle : le bébé devenu ado, révolutionnaire ou pas, entre dans une phase réactionnaire que même Pol Pot ne pourrait empêcher (euh, Pol Pot, oui peut-être, mais un adulte
moyennement équilibré, non). Songe que l'ado se nourrit de nutella, par exemple, et te regarde d'un air de martyr quand tu lui fais remarquer que cela fait trois heures trente qu'il occupe la
salle de bains... Alors, peton peton, le mieux ce serait de les laisser tout petits mignons oh t'as vu les petits doigts les petits ongles et les petites fefesses.


 


La seule mesure révolutionnaire serait d'interdire aux bébés de grandir, et puis, le premier qui désobéit, hop : fermage de gueule  obligatoire jusqu'à l'inscription à pôle emploi. Non
mais. 

Hubert 24/08/2012 22:08


Momelle: rassures moi tu as déjà tenu un blog et grimpé le Galabier (avec ou sans EPO)?

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