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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 14:19

 

 


 

Cher lecteur, c'est avec honte et réticence que je te livre, aujourd'hui, l'un des aspects les moins glorieux du métier d'auteur.

 

Je risque de t'inspirer du dégoût et de la déception. Mais, c'est ainsi, je suis ici pour te dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Hyperréalisme radical. Hélas.

 

Je vais te parler de jalousie, de médisances et de concurrence entre auteurs.

Ainsi vont les choses. Nous sommes, comme diraient les Daft Punk, human after all (c'est-à-dire, humains après tout).

 

Être auteur, c'est évoluer parmi ses confrères, pour le meilleur et pour le pire.

Au fil du temps, des années, des parutions, des compagnonnages se créent. Tu fraies avec untel, parce que tu l'as rencontré dans un salon, ou parce que tu as apprécié son livre, ou parce qu'il a apprécié le tien. On se rencontre, on se donne de nos nouvelles, on échange des courriels, on se conseille, on bavasse, on se plaint, et, bien entendu, on taille.

Je ne connais aucun être humain qui ne taille pas. Même Gandhi ça lui est arrivé, une fois. Et Karl Marx il a écrit des bouquins juste pour tailler des mecs, je te raconte même pas...

On taille donc les éditeurs, les journalistes, mais aussi les confrères. Ça balance, les potins, les rumeurs, les machins, les trucs, les « il a dit que », les « il a fait ça »...

 

Nous les auteurs, nous partageons tous la même tare.

Nous avons chacun un Mec Qui Vend Mieux Que Moi.

 

Au début, c'était juste un Mec Que J'aime Pas. On l'aimait pas, quoi. En dehors de ses chiffres de vente. Pour des raisons sociologiques et dialectiques longuement étayées. Nous avions toutes les bonnes raisons du monde de le mépriser. Avec, dans l'ordre décroissant de gravité : il est pistonné, il ne sait pas écrire, il s'est fait rewriter son roman, il est con, il est sexiste, il est raciste, il est trop grand, il est trop petit, il est de droite, de gauche, il est ci, il est ça.

On le prenait de haut. Avec les confrères amis, on ricanait sur son compte, on se disait « ha ha il va se planter ce con, pour son prochain livre ». On s'en donnait à cœur joie, pour être honnête.

Et puis, un jour, il devient un Mec Qui Vend Mieux Que Moi. Pourquoi ? Ben parce qu'il vend mieux que toi.

Il vend mieux que toi, ok, et il y en a plein d'autres qui vendent mieux que toi. Il y a toujours un gus qui vend mieux que toi. Mais le problème avec le Mec Qui Vend Mieux Que Moi, c'est que tu le connais et que tu pouvais pas le blairer. Qui plus est, fut un temps, tu l'as méprisé. Et là, patatras. Il vend mieux que toi, et dans les mêmes conditions. Même genre d'éditeur, même circuit de distribution, même tirage initial. Ou bien, pire encore, il vend mieux que toi alors que tu es chez un gros éditeur et lui chez un plus petit. La honte.

Je te laisse imaginer ce qu'on ressent quand le Mec Qui Vend Mieux Que Moi a écrit un bouquin qui ressemble salement au nôtre.

 

Tu vas me dire, lecteur, qu'est-ce vous en avez à foutre, vous les auteurs, des Mecs Qui Vendent Mieux Que Vous ? Vous avez pénétré le monde très fermé de l'édition, vous n'avez plus rien à prouver, vous avez votre lectorat, et tout et tout.

Ben ouais.

Ben non.

Nous avons affaire là à une tradition. Le plus ignoble, c'est d'être assez con pour marcher dedans. Human after all. Super cons après tout. On est pas plus intelligents, pas plus honorables que la moyenne.

 

Tu apprends donc que le Mec Qui Vend Mieux Que Moi a bastonné ton chiffre de vente. Ça te fout le moral à zéro. Tu retrouves tous tes petits arguments médisants, soigneusement dressés par le passé. Les copains écrivains vont dans ton sens. « Je suis sûr que c'est des conneries, il Vend Pas Mieux Que Toi. Tu déconnes ? Impossible. C'est de l'intox. » Tu te raccroches à cette idée : c'est de l'intox. Du mytho.

Et puis, les preuves s'accumulent. C'est pas de l'intox. C'est du béton, putain. Tu t'es fait laminer. Par un Mec que J'aimais pas. Devenu désormais un Mec Qui Vend Mieux Que Moi (tu suis ?).

Déprime. Questionnement existentiel.

J'arrête d'écrire. Je plaque tout.

Non, merde, faut pas déconner. Je reprends l'écriture.

Vacuité de l'existence. Vanité des hommes. Quels pauvres enfoirés, nous autres les « artistes ». Putains d'égos de merde. Qui a la plus grosse, qui est le plus fort, qui pisse le plus loin... On se déteste, dans ces moments-là.

Les copains écrivains sont solidaires. D'ailleurs, toi-même tu diras la même chose, quand ils devront affronter, ou ré-affronter, leurs propres Mecs Qui Vendent Mieux Que Moi. « S'il vend mieux que toi, c'est parce qu'il a commandé deux mille exemplaires à compte d'auteur ! » Sympa. Charmant. Ça te touche, leurs efforts. Mais tu sais bien que ce n'est pas vrai.

Il faudra, quoi qu'il en soit, t'en remettre.

Tu redresses le menton. Tu bombes le torse. Tu passes le cap.

De toute façon, ça va se calmer, cette histoire de record de ventes. Non mais sans déconner, c'était un petit phénomène de librairie, mais le Mec Qui Vend Mieux Que Moi va forcément retomber dans l'oubli. Et vite. Très vite s'il vous plaît.

Sauf que ça dure. Ça prend de l'ampleur. Tu vois son nom partout.

Connard.

Les copains changent d'arguments. « Forcément que ça se vend mieux, c'est de la merde. » Oui je sais. « Les gens achètent de la merde. C'est vieux comme le monde. Toi, tu mènes un vrai travail d'auteur. Forcément, tu vends moins. » Oui oui oui. « N'empêche que tu vends moins, mais t'as davantage de reconnaissance critique. » Mmh mmh. « Tu es dans la sélection de tel prix littéraire. Pas lui ! » Certes. « Tu as la reconnaissance de tout le milieu, et tu le sais. » Ok.

On broie du noir. On hait notre putain de métier. On hait tout le monde.

 

Un jour, j'avais consolé un copain terrassé par un Mec Qui Vend Mieux Que Moi. Ça me faisait chier, de le voir comme ça et tout. C'est un bon auteur. Réputé. Il a été sélectionné pour tel prix littéraire... Non, sérieusement, je faisais ce que je pouvais pour lui redonner goût à la littérature. Ok, je suis pas la meilleure personne pour ça. Mais j'essayais, quand même.

On a retravaillé son nouveau manuscrit, pour le motiver. Ça lui avait coûté, cette histoire. Il en aurait chialé, je le savais.

Voilà la seule chose avantageuse, avec les Mecs Qui Vendent Mieux Que Nous. Ça fait naître une sorte de compassion amicale extra forte, un truc puissant à éprouver.

Nous étions bras dessus bras dessous, mon ami et moi.

- Je n'arrive pas à le croire, soupira-t-il. Quand même... Cinq mille de plus que moi ? C'est pas possible. C'est vraiment pas possible. C'est un cauchemar. N'importe qui d'autre, ça ne m'aurait pas gêné. Mais PAS LUI.

C'est ça, la marque distinctive du Mec Qui Vend Mieux Que Moi. C'est le genre de type qui nous fait aussitôt dire : « n'importe qui d'autre, mais PAS LUI ! ».

Je lui ai répondu :

- Ben, tu sais, dis-toi bien que toi aussi, t'es le Mec Qui Vend Mieux Que Moi d'un autre auteur. On est tous le Mec Qui Vend Mieux Que Moi de quelqu'un.

- Ah oui ?

- On est toujours le connard d'un autre, je veux dire.

- Enfin, dis-le, c'est un gros con et il le mérite pas, non ?

- Ben, ouais. Mais c'est comme ça, je crois.

 

Il y a un autre truc que je crois : être écrivain, c'est moche, parfois.

 

 

 

 

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commentaires

stoni 14/02/2011 09:19



Yo à tous !


Je suis bien conscient que ce genre de sentiments de rivalité, et d'injustice, arrive partout. En effet, je raconte ce que je ressens dans ce cas là, mais aussi ce que mes connaissances ont pu
ressentir. ça dépend des gens, il y en a qui le prennent plus ou moins bien...



Zelmut 12/02/2011 15:39



Je confirme le com de Paniss : dans ma boîte c'est la même chose ! T'es jaloux, car le type qui gagne plus que toi (ou qui vend mieux, ça dépend ! ) est un gros con incompétent qui fout rien !!!



paniss 12/02/2011 15:10



il y a quelques années, j'ai été réprésentant de commerce, VRP même; mais j'étais mauvais, très mauvais même; alors des MQVMQM, j'en ai connu, quelques uns de biens, mais aussi beaucoup
des couillons et même des cons, très cons. Et je ressentais comme le narrateur de ton billet (toi?) la même amertume, le même écoeurement. Tout ça pour dire qu'il n'y a pas que dans l'édtion que
l'on trouve ces réactions. Après mon passage raté dans la vente, j'ai travaillé dans une boite où on retrouvait les mêmes attitudes, les mêmes problématiques. "L'homme est un loup pour l'homme"
écrivait Hobbes. Même si cette phrase est trop souvent sortie de son contexre, cela reste vrai partout.



Ludovic 11/02/2011 18:50



M'enfin ! Non, on n'est pas tous Le-Mec-Qui-VendMieux-Que-Moi de quelqu'un d'autre ! Pas moi, en tout cas ! Par contre, ce dont je suis sûr c'est d'au moins être le connard d'un autre. Et même de
plusieurs. Mais je m'en fous, hein ! J'aime mieux ça que l'indifférence.



Hubert 10/02/2011 20:12



C'est ce qui a poussé JR Kerviel à spéculer sur des positions astronimiques: il voulait être reconnu comme meilleur trader que les traders "star" (qui viennent des grandes écoles pour la plupart
- contrairement à lui).


L'écrivain qui à un mec qu vend plus doit se rassurer: il n'as pas 5 Milliards à rembourser!



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