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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:24

 

 

 

Moi :

- Aujourd'hui, j'ai regardé un documentaire sur Arte +7. Sur le Groenland. C'est un truc de fou, là-bas. Je te jure, ils vivent dans des conditions extrêmes et tout. Genre, comme population, ils sont cinquante mille. Au total. T'imagines ? Dans la capitale, t'as quinze mille habitants.

Aniki (mon mec) :

- Ah oui ça fait petit, comme capitale.

- J'aime bien regarder des reportages sur des gens qui vivent dans des conditions climatiques extrêmes. Pour voir comment l'ordre de la production est capable de vaincre les obstacles de la nature. Les victoires de la praxis humaine. Surtout quand ces victoires-là font partie du quotidien de tout un peuple.

Je m'interromps le temps de tirer sur ma cigarette électronique, puis je reprends :

- Dans ce documentaire, on voyait des gens faire leur petite vie. Il y avait un couple d'Allemands qui tenaient un restaurant, dans un bled avec même pas deux mille habitants. Leur clientèle, c'étaient les touristes de passage. Les types, ils devaient cuisiner tous les légumes en conserve ou en surgelé, vu que rien ne peut pousser, là-bas. Et le ravitaillement vient par bateau une fois tous les trois mois. Ces gens menaient la petite barque de leur vie, dans leur restaurant, faire à manger, être ensemble. Ils vivent en fonction du temps qu'il fait, ils ont l'air zen. Le mec disait « on a des conditions climatiques très rudes mais c'est un endroit si paisible pour vivre ». Ils se promenaient dans la toundra avec leur chien... Et moi, en regardant ça, j'ai eu honte.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai pensé que, eux, ils faisaient quelque chose d'intéressant et d'unique. Ils tiennent un petit restaurant au Groenland. Je veux dire, leur vie, c'est ça l'expérience. Moi, mon expérience, je la vis par procuration. Par des romans. Eux, ils ne se prennent pas la tête. Le matin, ils se lèvent, ils font leur popotte et c'est marre.

- Les choses sont sûrement bien plus compliquées, en réalité...

Je n'écoute pas cette remarque et enchaîne :

- Et après, tu voyais un mec, un Inuit, chez lui. Un type normal, quoi, dans sa maison, avec sa famille, ses enfants, etc. Et le mec, son truc, c'était la chanson. Il adore chanter. Tu le vois s'installer devant son synthé, lancer une rythmique pré-programmée, jouer et chanter. Le mec, il était à fond, putain il kiffait ! Il était là, juste avec son pauvre synthé – enfin, non, le synthé avait l'air bien – et il se donnait complètement ! Après, il parlait de son « prochain CD ». Il avait déjà enregistré plusieurs disques. J'imagine qu'il l'a fait en amateur, pour les vendre à ses voisins, ses amis... Et il s'en contente. Il en est fier. C'est son kif. Il parlait des prochaines voies qu'il allait explorer, dans sa musique. C'est son dada.

- Et alors ?

Dépité, j'avoue :

- Et alors, je me suis dit, ça c'est un vrai artiste.

Aniki soupire.

- Ce qui implique que toi, Stoni, tu n'es pas un vrai artiste, c'est bien ça ?

- Mais putain, ce mec avec son piano, il m'a tué ! Je te jure, il m'a tout simplement TUÉ ! Il cherchait pas midi à quatorze heures ! Il faisait sa musique, ça lui plaisait, et il était heureux ! Moi, j'ai perdu tout ça. Je n'ai plus cette spontanéité...

- Mais ce que t'es chiant... Comme si t'avais perdu de la spontanéité...

- Mais bien sûr que si je l'ai perdue ! Je le vois bien ! Commencer un livre, ça n'a jamais été aussi dur depuis que je suis édité. Alors, qu'avant, avant, je faisais ça en deux minutes, je commençais livre sur livre, putain, je m'en foutais, maintenant je suis assailli par qu'est-ce-que-les-gens-vont-penser...

- Mais avant aussi tu te prenais la tête, sauf que tu t'en souviens pas...

- Mais le mec avec son piano au Groenland, lui, il est resté fidèle à ce qu'il aime, il fait ça pour le plaisir, il est VIERGE DU MONDAIN !

- Merde, t'en sais rien ! Tu te bases sur un pauvre documentaire où ce type doit passer cinq minutes en tout et pour tout ! Tu sais rien de rien de sa vie ! T'idéalises complètement !

- Le gars, il fait son CD dans son coin. Il s'en fout de pas être une star. Il veut pas être une star. Moi, maintenant, je suis plus préoccupé par la-presse-que-j'ai-et-celle-que-j'ai-pas, par mes ventes, par ce-que-Truc-a-pensé-du-bouquin, ce-que-Machin-en-a-dit... Je crains, j'ai honte de moi !

- C'est normal. Tout le monde réagit comme ça. On est des êtres humains. Tout le monde est préoccupé par le paraître. Parce que, c'est de ça, dont on parle. Du paraître. Tu dis que tu as négligé l'être de ton écriture au profit du paraître.

- Le mec avec son piano, il a pas fait ça, lui !

- Mais si ça se trouve c'est un gros con, ton mec avec son piano !

- NE PARLE PAS COMME CA DU MEC AVEC SON PIANO ! Même qu'à un moment, il chantait une chanson qui lui inspirait tellement d'émotion... qu'il pleurait pendant qu'il chantait.

- Et quoi ?

- Moi, j'ai été corrompu. J'ai perdu ce genre de spontanéité.

- Putain mais t'es grave. C'est fou comme tu es fasciné par ta sorte de notion de pureté. Il y a des choses pures – la spontanéité – et des choses impures – le mondain. T'es complètement manichéen.

- Oué je sais. Je pense qu'à une autre époque, au Moyen-Âge, genre, j'aurais pu être une espèce de fanatique.

- Bon, alors, on peut passer à autre chose, maintenant ? Je t'absous. Tu as le droit d'être intéressé par le mondain. Voilà. Tes péchés sont pardonnés.

- Mais j'ai pas fini. En matant ce documentaire, j'ai eu une pensée que j'ai très souvent, en ce moment : je devrais peut-être arrêter d'écrire.

- Allons bon.

- Alors, je me suis dit : ok, je vais arrêter d'écrire.

Aniki attend la suite dans une expectative résignée.

Je lâche enfin le paquet :

- Mais tu vas voir, c'est trop craignos. Je me suis rendu compte que je ne peux pas m'arrêter d'écrire, en fait. Parce que, quand je prends cette décision, y'a un truc qui la refuse en moi. Quoi donc ? Pas mon amour de l'écriture. Ni une quelconque vocation, ni la passion. Non. C'est pire que tout. C'est la VANITE.

- Sans déconner...

- Oui, parfaitement, la VANITE. Je ne veux pas m'arrêter d'écrire parce que ça me distingue. Je ne veux pas être comme les autres. Je veux avoir quelque chose en plus.

- Comme tous les artistes. Quelle originalité. C'est ça, ton problème, Stoni. Tu crois toujours que tu es tellement différent, original, marginal, etc. Mais, en réalité, tu es d'une banalité confondante. La seule différence, c'est que tu as beaucoup (trop) d'imagination.

- Mais tu trouves pas ça nul, de vouloir continuer à écrire pour se hisser au-dessus de la masse ?

- Non, parce que c'est pas ta vraie motivation. C'est ce que tu penses un jour où ton travail t'énerve, où tu regardes un documentaire qui te donne envie de changer de vie, un jour où tu es dans une dynamique négative avec toi-même. Un autre jour, tu sauras très bien que tu écris parce que tu as besoin de le faire et c'est tout. Et puis même ? Tu voudrais écrire par vanité ? Qu'est-ce que ça peut faire ? Qu'est-ce que, en arts, les hommes n'ont pas fait par vanité ?

 

 

Je reste silencieux un moment, avant de marmonner :

- Le mec avec son piano, je suis sûr qu'il s'en fout, lui, de la vanité.

 

Aniki ne tique même pas.

Je crois qu'il s'est habitué. A moi, dans un premier temps. Et puis au mec avec son piano, dans un deuxième.

 


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commentaires

Stella No. 11/01/2013 14:02


(pour continuer sur le sujet commencer sur un autre article)


moi je pense que le mec, si il n'était pas un minimum vaniteux, il n'aurait pas fait son concerto devant des caméras de télé...


on est tous vaniteux à un degré ou à un autre.

stoni 27/09/2011 10:50



que t'avais bien "envie" de le lire, genre.


je suis bourré ou quoi ce matin



stoni 27/09/2011 10:49



ils sont capables d'avoir mis le bouquin dans une petite enveloppe de merde qui s'est déchirée et le livre s'est perdu.


ou bien ils taiment plus, je sais pas pourquoi (j'espère pas à cause de moi)


si t'as envie de lire ce livre, passe-leur mail où tu dis simplement que tu n'as pas reçu le livre, que tu te demandes si c'est normal, et tu peux leur redire que ça te fait chier parce que
t'avais bien de le lire, genre.


quand un éditeur promet un bouquin, c'est quand même bien le moindre des professionnalismes que de l'envoyer !



Trofimov 26/09/2011 18:51


Pour les éditions de la Rue fromentin je n'ai plus eu de nouvelle depuis les mails que j'ai mis sur mon blog. Je n'ai pas encore décidé si je les relance ou pas. Mais bon çà m agace, style genre.


stoni 26/09/2011 09:19



mais oui "putain Brecht", on est cons, comment on avait pu oublier ?


Attention, le Groenland n'est point occupé par des Hollandais mais par des Danois. Cela peyt-il vous porter, Titine et toi, à revoir votre ligne CARE ?


 


Bon tu l'as lu le bouquin des Editions Rue Fromentin ou quoi ? J'attends la critique sur ton blog (mais tu peux me donner tes premières impressions ici en attendant).


 



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