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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 13:27

 

 

Apprentis, lycéens, collégiens,

unissez-vous contre Baudelaire !

 

Révoltez-vous !

 

 

 

Vous, forces vives de notre société, ne vous laissez pas abattre par Charles Baudelaire !

 

Moi qui ne suis plus des vôtres, je vous dédie ce texte, en toute solidarité, en toute compassion et dans le plus grand respect !

 

Je me rappelle !

 

Le lycée. Première technologique, cours de français.

Ou cours de lettres. Je ne sais plus quelle était l’appellation alors employée.

En vue du baccalauréat (français à l’oral : coefficient 4), nous étudiâmes Charles Baudelaire.

Les Fleurs du mal (si bien nommées…).

 

Dans une salle de classe bondée, l’auditoire s’endormait, ou papotait, ou faisait les cons.

Le professeur, ce vieux mec pas bien méchant mais salement rasoir, s’enhardissait sur le poème Parfum exotique.

Il lisait les mots « ton sein chaleureux » en bavant, et précisait : « oui parce qu’il faut imaginer une belle poitrine épanouie, pleine, abondante… ».

 

Et les filles, qu’on les salue au passage, n’écoutaient pas. Elles se remaquillaient.

Ni nous, d’ailleurs. On écoutait notre baladeur cassette (c’était une autre époque).

 

Et le professeur disait : « les enfants, un peu d’attention ! »

Les enfants, c’étaient nous, surplus démographique poilu, flemmard, déconneur, adolescent, si bête, si marrant, si con.

La salle empestait le fauve. Nous sortions de gym.

Ce que l’on s’emmerdait !

Le professeur reprenait sa récitation du poème.

 

Et là, dans l’inspiration d’un grand moment, ô combien subversif, ô combien révolutionnaire, et parce que l’humour et la poésie sont surdéterminants, mon meilleur pote lâcha un gros rot.

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un tel rot. Une déflagration oesophagienne. Nos bureaux en vibrèrent. Le rot résonna, tel un cri – caverneux, profond, lyrique – et se répercuta contre les murs de la salle, puis, dans un écho magnifique, explosa aux oreilles de tout un chacun.

Les filles cessèrent de se remaquiller. Nous entendîmes le rot, malgré l’écouteur du baladeur discrètement logé dans notre oreille.

Il y eut un instant de silence. Nous encaissions le coup.

Mon meilleur pote lui-même se stupéfia muettement de la puissance de son renvoi.

Le professeur s’était interrompu. Il guettait la salle en tout effroi.

Les regards des élèves se braquèrent sur mon meilleur pote.

Le professeur suivit ces regards, et localisa le foyer du rot.

Nous éclatâmes de rire.

« Ali, nom de Dieu, ça te fait rire ? Tu trouves ça intelligent ? » s’écria le professeur.

« Ali, je vous parle de Baudelaire, merde ! »

 

Oui, il parlait de Baudelaire : le rot était donc salutaire.

 

 

 

LA VIE DE BAUDELAIRE :

JE TE SALUE, Ô VIEILLE CANAILLE !

 

baudelaire-ca-le-fait.jpg

 

 

Baudelaire présente un curieux intérêt : sa biographie prouve que le vécu bourgeois n’a guère évolué, depuis son décès.

 

Baudelaire aimait sa maman.

Un peu trop.

Nous reviendrons une autre fois sur le non-dit de l’Œdipe freudien, mais disons que cette adoration incestueuse n’avait rien d’étonnant pour un bourgeois de sa trempe. La maman, c’est la consommation. Le papa, c’est la production. (Pour l’enfant élevé dans une société de classes).

Le papa de Baudelaire mourut tandis que notre petit Charles avait six ans.

Hélas ! Maman Baudelaire se remaria avec un homme autoritaire et viril : un militaire, l’officier Aupick.

Toute sa vie, Charlie nourrit contre cet homme, et cette union, une haine jalouse. Mais, n’ayant jamais eu les couilles de se confronter au beau-père, il se choisit une victime bien plus facile à mater, histoire d’assouvir ses pulsions de mort : lui-même.

 

Devenu jeune homme, Baudelaire fit du droit. Ce privilège de classe qu’étaient les études universitaires ne satisfit pas son penchant autodestructeur. Il rejoignit alors le monde de la « bohème ».

Il mena la vie d’artiste.

En gros, il dépensa beaucoup, attrapa la syphilis, et ne travailla point.

Très inquiétés, ses parents eurent la gentillesse (et la bêtise) de lui offrir un voyage aux Indes, afin de l’écarter de ce train de vie désordonné.

Un peu comme les gosses de riches d’aujourd’hui, dont les vieux se fendent d’une année « d’immersion » aux Etats-Unis, en Angleterre, ou partout où vous voulez.

A l’époque, aller aux Indes n’était pas à la portée de tout le monde (ni aujourd’hui d’ailleurs, alors figurez-vous ce que c’était en 1841). Mais Baudelaire n’y trouva qu’ennui et morosité. Il revint en France blasé de tout.

 

 

 

Il se dépêcha de replonger dans la « bohème » parisienne. Une vie pseudo mondaine déclinée en restaurants, cafés, vernissages, théâtres, salons, partouzes. Cela dit, Baudelaire ne participait pas aux partouzes. Nous y viendrons plus tard.

 

Désormais majeur, Charlie avait touché le jackpot de son héritage. Hé oui ! Son père naturel lui avait en effet légué une jolie petite fortune. A l’image de tous les gens qui n’ont jamais travaillé, Charlie était malheureusement incapable de se représenter la valeur de l’argent. Il dépensa le pactole n’importe comment.

En vivant bien au-dessus de ses moyens, il dilapida la somme en seulement deux années.

Sa mère et son beau-père décidèrent alors de le placer sous tutelle. Le pauvre Charlie rétrograda au statut juridique de mineur. Le peu qu’il restait de l’héritage lui passa sous le nez ! En bon enfant gâté et capricieux, cet évènement le rendit d’autant plus amer. On avait osé toucher à son privilège d’hérédité des charges ! A partir de là, il trouva à redire à « l’ordre social des bourgeois ». Marrant qu’il n’y ait jamais pensé avant !

 

 

 

LE SUPERMAN DE LA POESIE FRANÇAISE :

UNE VIEILLE PLEUREUSE !

 

 

 

baudelaire FUME PETARD

 

Après quoi, Charlie opta pour une carrière d’Artiste Maudit.

 

Ce fut d’ailleurs la seule chose qu’il réussit dans sa vie, il faut le reconnaître.

 

Focalisé sur le paraître, il devint dandy (l’ancêtre du branché d’aujourd’hui, rien de bien subversif je vous rassure). Dans sa grande œuvre littéraire, il se mit à déblatérer sur l’esthétique (comme critique d’art chiant).  Dans sa grande œuvre poétique, il pérora à tout va sur la marginalité et le « spleen ».

 

Le « spleen », c’est une dépression d’ennui profond qu’un travailleur n’aurait jamais eu la chance de connaître, en ce temps.

 

Dans l’incapacité totale de s’assumer, sa marque de fabrique était d’emprunter (beaucoup) et de ne pas rembourser (ouais ouais pas un kopeck !).

On imagine qu’il se fit beaucoup d’amis de la sorte.

Comme il n’avait rien d’autre à foutre, il s’adonna à l’alcool, et en moindre mesure, au haschich (dont, en dépit de la légende, il n’abusa pas mais qu’il expérimenta). Et s’il consomma du laudanum, ce fut uniquement pour pallier des douleurs physiques.

 

A ce stade, Baudelaire était un mondain centré sur lui-même, c’est-à-dire sur le spleen – que nous traduirons par le néant.

Quand survinrent les révolutions de 1848, il n’eut pas grand-chose à en foutre du socialisme et de toutes ces affaires.

S’il alla sur les barricades – comble de mauvais goût, surtout pour un esthète ! – c’était pour motif personnel. Toujours tourmenté par son complexe d’Œdipe (en cela il était volontaire), il harangua les insurgés pour les inviter à… tirer sur son beau-père, l’officier Aupick !

Les insurgés l’ignorèrent et Aupick survécut.

 

Charlie se déclara alors « dégoûté par l’expérience politique » (oui parce qu’un dandy bourré en train de s’agiter sur une barricade, et qui par ailleurs gêne tout le monde, c’est une expérience politique vous voyez). L’instauration du Second Empire le « lassa ». Le pauvre !

Très officiellement, tel Jospin en 2002, il se « retira de la vie politique ». Retrait pour le moins culotté de la part d’un mec qui avait affronté les baïonnettes dans la seule optique de régler ses problèmes de famille.

 

 

 

LE BOULET SUPER RELOU !!!

 

baudelaire on nique

 

Dans sa vie sentimentale, notre ami Charlie décrochait le pompon.

Eternel soupirant de sa mère, il se réfugia dans l’abstinence pour éviter toute confrontation avec le réel.

Puis, une fois tous les cinq ans, il niquait. Acte de nique qui, bien sûr, le laissait « amer, dégoûté d’une expérience si éloignée de l’Idéal » !

 

Sa méthode, c’était de se cramponner à une femme inaccessible (en général, une semi-mondaine pourvue de toute une cour de galants). Charlie la draguait pendant des années (genre le vrai boulet). Un beau soir, la femme exaspérée « se donnait » (genre le boulet dont on prend pitié une nuit d’ivresse).

 

Au lendemain de « la première étreinte », Charlie envoyait alors à la femme ce genre de lettres :

 

 

 

Chérie,

 

Il y a quelque jours, tu étais une divinité. Te voilà femme maintenant.

 

Comme tu l’auras compris, je te plaque, niquer avec toi m’a déçu à fond du ballon.

 

Bien amicalement,

 

Crois-moi bien ton petit

 

Charlie.

 

 

 

 

 

LA POESIE : TOUT UN PROGRAMME !

 

 

 

 

Parallèlement à toutes ces non-aventures, il continua à faire de la poésie.

 

Pour « faire quelque chose de sa vie », comme il le résuma si bien. Ce vide béant de boulet privilégié, il voulut le combler, et cherchant que faire, se déclara poète. Son programme littéraire était d’exorciser ses « démons » - ce qui, comme le reste, échoua lamentablement en tant qu’exorcisme : la paresse ( ! ), la luxure ( !! ) et le goût du néant ( !!! ). Ainsi, il rédigea ces poésies, en vers et en proses, dont on vous a farci la tête au lycée, les sempiternels gémissements de petit garçon jaloux, les complaintes d’homme raté, les litanies de riche parasitaire, les quasi-ridicules « poèmes lesbiens », ces fascinations émasculées pour « l’Idéal » qui rappellent tant la passivité sociale du chrétien magistralement démontrée par Rousseau, les jérémiades du blasé…

 

 

 

ELEVES DE TOUS LES CYCLES, TOUS LES AGES ET TOUS LES PAYS,

NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE !

 

 

Quand vous finirez de lire les Fleurs du Mal, déchiffrez entre les lignes :

 

 

  " Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !

 

(et comment, tu m’as fait chier depuis 150 pages, vas-y casse-toi putain !)

 

Ce pays nous ennuie,

 

(je te le fais pas dire ! )

 

ô Mort ! Appareillons !

[…]

 

 

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

 

(ouais ben l’Enfer j’ai connu, moi, en devant lire ton truc, bordel de topinambour !)

 

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! "

 

(mais c’est une idée, trouve un nouveau truc à faire, on  ne te demande que ça, mon vieux !)

 

 

 

 

 

 

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Published by stoni - dans Définitions
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commentaires

Une bourgeoise déclassée 16/08/2015 21:36

Je n'ai pas étudié Baudelaire à l'école. En Belgique, c'est plutôt Rimbaud & Verlaine. Cependant, adolescente, j'ai eu l'immense privilège d'écouter mon père me lire "L'Horloge" en pleine crise de la quarantaine ... Un peu comme si tout l'univers tournait autour de ce "chef d'oeuvre". L'angoisse ! J'avais 15 ans, une vie devant moi et bien d'autre chose à fêter. Alors merci pour ton irrévérence envers ce "génie" de Baudelaire. Voila qui donne envie de vivre tient ! Ca fait du bien :)

stoni 18/08/2015 08:43

De rien !

Orme- 08/03/2015 13:25

Interesting

mylene 19/12/2013 13:47

Le message festif et bariolé de notre Baudelaire
Pour bien starter la journée
http://www.youtube.com/watch?v=iu_FBovHYrE

Mutin 22/03/2014 15:48

A chaque fois que je cherche l'image de mon cher esprit je tombe sur le portrait orné de cette bulle idiote "ça le fait mec". Si je suis encore revenu, je dois dire que je ne m'attendais pas à autant de loufoqueries sur le compte de cette âme antérieure. Stoni pour sûr vous me faites rire mais tout de même recevez de ma part un joli coffret virtuel rempli de crottes purulentes. Autrement dit, je vous emmerde.

ben 27/02/2013 17:50


Et la merdasse et la galère


Ont tant fait chier sa mère


Qu'il a descendu Baudelaire


Dans un simple commentaire


 


très bon article, bien travaillé, partage pas le fond mais bon!

stoni 21/02/2013 14:00


en vérité c'est surtout Pallier avec 2 L.


Mon lexis comporte bien le "pallier à" mais précise "construction rejetée par les puristes".


 


Ayant le plus grand respect pour les puristes, je te remercie de m'avoir fait remarquer cette ignominie désormais réparée.

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