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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 13:31

 

http://images-00.delcampe-static.net/img_large/auction/000/092/612/009_001.jpgStyle genre.

 

 

 

 

Quand j’étais petit, mon père avait trouvé un très bon moyen de me calmer lorsque je foutais le boxon. Il me disait :

- Si tu continues, je vais t'envoyer en pension en Suisse !

J’avais quoi ? Trois, quatre, cinq ans.

Et j’y croyais.

Je n’avais pas compris qu’il était ironique. Il prononçait cette menace avec tout le sérieux de son autorité paternelle. Vu le ton lugubre, vociférant, qu’il empruntait, j’avais comme une légère tendance à redouter cette perspective.

Dans certains jours audacieux, je lui demandais :

- C’est comment, la pension en Suisse ?

Le regard sombre et légèrement détourné, il répondait :

- Vaut mieux pas que tu le saches.

Mon imagination prenait logiquement le relais – mon imagination a d’ailleurs toujours pris le relais, au point que j’en fasse mon métier.

 

De la Suisse, je ne savais pas grand-chose à l’époque. Excepté ce que j’avais vu dans les dessins animés – genre les enfants qui couraient parmi les alpages pour aller traire les vaches.

 

La pension en Suisse, je m’en construisis rapidement toute une représentation mentale. Une immense ferme pénitentiaire, envahie par des milliers de gamins renvoyés par leurs parents. Ces gosses, habillés de sordides bermudas en toile de jute, étaient pour ainsi dire abandonnés à eux-mêmes, sales, la culotte trouée, les pieds nus. La nourriture consistait en une sorte de gruau versé dans des auges autour desquelles les enfants se bagarraient pour puiser une simple bouchée. Le reste de la journée, ils étaient assignés à des tâches agricoles immondes. En petit citadin, je connaissais mal la vie à la campagne, plus mal encore la vie à la ferme, et me figurais qu’on cultivait toujours la terre comme on le faisait au Moyen-Âge. La pension en Suisse occupait les enfants à bêcher d’incommensurables jardins, à faucher des hectares de blé et à conduire des bovins récalcitrants dans des prairies boueuses, cela dans des conditions climatiques extrêmes.

 


 

children-farm.jpg

 

Ma pension en Suisse, c'était à peu près comme ça.

 

 

 

 

 

 

Je ne sais plus après quel forfait mon père s’exclama :

- La pension en Suisse, c’est pour demain !

Ce qui eut pour effet immédiat de me faire filer dans ma chambre. J’étais terrorisé. Puis je repris mes esprits en pensant : ok, la pension en Suisse, cette fois t'y couperas pas, mon sagouin. Maintenant, tu dois juste réfléchir à la meilleure façon de te faire la belle.

Je me promis de bien étudier les lieux une fois arrivé dans la ferme pénitentiaire. Il y aurait forcément une faille. Je dressai l’inventaire de tous les moyens d’évasion que je connaissais. La corde, les draps noués, le travestissement, etc.

 

Passés mes six ans, je perçus la dimension blagueuse de la pension en Suisse, jusqu’à ne plus lui accorder aucun crédit. N’empêche, je ne voyais toujours pas ce que c’était exactement, cette pension en Suisse. Je questionnais mes amis à l’école, personne n’avait jamais entendu parler d’une pension en Suisse.

Et puis, un jour, j’ai su. Ce qu’était réellement une pension en Suisse. Soit, une école de luxe pour les classes très supérieures.

Je fus muettement consterné.

C’est comme si toute ma petite enfance, mon père m’avait dit « si tu continues, je t'expédie sur la lune en Roll’s Royce ! » et que j’y avais cru. Autant trembler à l’idée de toucher un million d’euros… cela n’avait pas la moindre chance de se produire.

 

 

 

 

 

http://www.ouest-france.fr/of-photos/2009/11/21/SIDE_2880174_1_apx_470_.jpg

 

Le truc le pire qui aurait pu m'arriver dans une vraie pension en Suisse

c'était de m'acoquiner avec les Strokes.

 

 

 

 

D’ailleurs, avec le recul de l’âge adulte, je trouve cette histoire de pension en Suisse assez cynique de la part de mon père, surtout quand on sait à quel point nous étions pauvres.

 

 

 

 

 

 



Toi aussi ton père t'a traumatisé avec la pension en Suisse ?

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Published by stoni - dans Définitions
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commentaires

stoni 13/10/2012 12:43


Le martinet ? Bigre ! C'était une aute dimension !


 


Pas mal l'astuce de l'annihiliation collective des bulletins de note. j'espère que les jeunes gens qui lisent mon blog sauront la recycler.


 

clopine 13/10/2012 10:55


Euh, ben perso mon père ne m'a jamais menacée de quoi que ce soit, vu qu'en 18 ans il ne m'a adressé la parole que trois fois. Et encore, je vous raconte pas la nature de ces trois phrases, des
fois que Freud rôde par là... Bref, LA menace chez nous c'était quand ma mère craquait. Et là, ce qui sortait c'était justement  : "je vais en parler à ton père", ce qui colorait le tout
d'une sorte d'incompréhension ontologique assez inefficace... 


Cherchez pas à comprendre, de toute manière ça ne marchait pas, parce qu'on était bien trop nombreux nous les enfants (les 4 derniers en 5 ans seulement, vas-y mémère !) pour qu'aucune menace ne
nous effraie bien longtemps. Même pas celle du martinet. Ah, le martinet !!!


 


 Quand on dépassait les bornes, ma mère allait le chercher. Mais évidemment, non seulement mes frères avaient pris la peine de le planquer, mais encore ils en arrachaient petit à petit les
lanières. Ca a sonné le glas de l'instrument (un manche en bois où sont attachées une vingtaine de lanières de cuir bien cinglantes). Le temps que ma mère retrouve l'engin, sa colère avait déjà
 commencé à tomber. Et quand elle s'est retrouvée avec un manche misérable où trois quatre minables lanières pendouillaient, elle n'a pas pu s'empêcher de rigoler... Et dès qu'elle rigolait
elle était foutue : on venait l'embrasser tous ensemble.... 


 


Je me souviens pourtant d'une expédition à la cave, plus précisément à la chaudière, pour brûler collectivement nos bulletins trimestriels de notes : deux d'entre eux, ceux de mes frères, étaient
plus que déplorables, questions notes certes mais surtout question comportements. Ma soeur aînée et moi, dans un grand élan d'abnégation, avons donc brûlé aussi les nôtres, qui étaient bons, pour
que ma mère ne s'aperçoive de rien, au moins ce trimestre-là. Ca a marché : elle n'y a pas pensé. Mes frères avaient eu chaud. Les bulletins aussi. 


 

paniss 12/10/2012 18:44


mon père ne m'a jamais menacé de m'envoyer en Suisse, tout juste en maison de correction; mais même pas peur car ma grand mère me disait qu'elle ne le laisserait pas faire...


Par contre ma grand mère quand on faisait les couillons avec mes frères ou soeurs, elle affirmait: "je vais en tuer un, ça va faire peur aux autres"  ou "je vais en
prendre un pour taper sur les autres." Ce n'était pas vraiment efficace...

stoni 11/10/2012 14:40


Victoria en tout cas ne dis surtout pas à tes enfants que tu vas les envoyer dans la pension où a été Fernand Chocapic, sinon ils vont vouloir y aller aussi et t'as vu ce que ça a donné ?

Fernand Chocapic 10/10/2012 18:54


Moi je l'ai faite la pension en Suisse. Voyez le résultat ... édifiant !

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