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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 14:46


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Ce matin je rédige un courriel à un camarade, et comme tous les communistes le font, je conclus avec un « Fraternellement, Stoni ».


Le « fraternellement », c'est notre « amicalement », « cordialement » à nous. Toute notre correspondance s'achève par ce mot.


Là, je me suis rendu compte que ce « fraternellement », ça représentait l'incommensurable retard pris par les communistes, d'un point de vue conceptuel, sur le thème de l'intersubjectivité.




Au douzième siècle, une classe sociale découvrit, formula, expérimenta et opéra un monde merveilleux : celui de l'intersubjectivité. Et cela se cristallisa dans un mot : l'amour.


La noblesse créa l'Amour courtois (j'en parle un peu ici).


L'intersubjectivité, univers du sentiment, avait l'avantage de faire croire qu'il échappait aux surdéterminations de classe. Un champ de l'ineffable, de la liberté, et de la spontanéité.


Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas...


Ou, plus idéologiquement :


Le cœur a ses lois que la loi ne connait pas...


L'amour s'affranchissait de la logique du concret, c'est-à-dire de toute tentative d'explication hyperréaliste radicale.


En gros, l'amour, et les sentiments (puis les Idées), seraient indépendants de l'infrastructural (l'univers de la production, donc, grosso merdo, le travail).


On pourrait aimer, sans que ce sentiment n'ait aucun rapport avec l'organisation des rapports de production, et donc, aucun rapport avec l'exploitation de l'homme par l'homme.


L'amour devint la valeur refuge pour justifier le crime – l'exploitation de l'homme par l'homme.


« Oui, ce monde est pourri, mais l'amour est possible... Le noble peut aimer la paysanne, plus tard, le bourgeois aimera la soubrette, la mondaine l'artiste maudit... Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'est pas applicable. Ici, dans l'amour, la lutte des classes n'opère pas. Nous sommes libres dans le sentiment ! Alors, à quoi bon faire la révolution ? »


Comme le dit le Roi dans ce monument conceptuel qu'est le film le Roi et l'oiseau : « Et les bergères épousent les rois, pas des ramoneurs, c'est bien connu... ».


Oui, libres dans le sentiment !


Alors, la classe dominante occidentale inventa, dans l'amour, les notions de liberté et de fraternité.


Ces idées furent des mensonges.

On mesure mal à quel point le mentir est un concept fondamental. Il ne porte pas un nom compliqué, tout le monde peut le comprendre. Qui n'a jamais menti ? A qui n'a-t-on jamais menti ? Sa simplicité le rend suspect. Il faudrait pourtant systématiquement envisager la lutte des classes par le mentir.


C'est le mentir qui autorisa la division de classes.


C'est le mentir qui permit à la Révolution française – haut moment de l'intersubjectivité – d'introduire le règne bourgeois, et la mise en place du capitalisme.


La bourgeoisie énonça : « Liberté, égalité, fraternité ».


Moi, là-dedans, je veux bien garder égalité, à la limite.

Puisque nous sommes tous égaux, apprenons à respecter nos différences, bordel de merde.


Le reste ? Non merci.


Je ne sais pas ce que signifie la notion de liberté, après avoir lu Marx. Je ne sais pas ce que signifie non plus celle de fraternité, quand j'analyse mon vécu par la lutte des classes.


Comme l'a dit Marx, que je cite de mémoire : « Il y a des hommes dont je ne veux pas être le frère... »


Liberté, égalité, fraternité, c'est beau comme un œuvre d'art. C'est une œuvre d'art. Mais ça ne veut rien dire.


L'artiste fut inventé pour justifier le crime : il accomplit le mensonge.


L'artiste est là pour donner une forme concrète au mensonge. L'artiste dit : la fraternité, c'est l'amour des hommes. L'artiste dit : vous verrez comme ce sera beau, la fraternité. Aussi beau que l'amour, vous savez, cet endroit où vous avez le droit d'échapper à la lutte des classes... Ce domaine de l'impossible... Là où vous pouvez faire la révolution sentimentale, quand vous aimez au-delà de votre classe... Alors, inutile de la faire ailleurs... Inutile de la faire dans le concret... Inutile de la faire dans le travail...


Pendant ce temps, le crime se poursuit. Tant pis. Puisque nous avons la liberté et la fraternité.


C'est tellement beau, putain de con.







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Published by stoni - dans Définitions
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commentaires

stoni 09/06/2010 10:03



Bah c'est pas grave !



Saulem 08/06/2010 21:55



ben non



stoni 08/06/2010 17:12



@ Zelmut : parce que je trouve (tout à fait personnellement) qu'un mec qui est au summum de sa gloire puisse écrire une chanson simple et honnête sur son enfance, ben, c'est bien quand même.
surtout une chanson triste.


il est trop rare que John lennon eût été humble pour ne pas le signaler...


 


@ Saulem. Balance le myspace de ton groupe en privé (tu cliques sur "jaime ce blog" en haut de l'écran puis sur "contacter l'auteur de ce blog")


QUOI COMMENT CA VOUS AVEZ PAS DE MYSPACE ???!!!


 



Zelmut 08/06/2010 16:10



Pourquoi c'est si transcendant que ça les paroles de Strawberry Fields ???



Saulem 08/06/2010 14:54



Cher Stoni,

Merci de me déculpabiliser, au fond j’en attendais pas moins de ta part. C’est comme ça, je lis quelques-uns de tes articles, on s’envoie deux messages et j’ai l’impression qu’on est un peu
copain quoi, je devrais dire camarade, c’est plus dans l’esprit :)

Bref, parlons rock&roll.
Non on ne fait pas du punk, on fait une espèce de chanson rock un peu tordue assez rythmique… en fait pour le moment on compose et c’est pas très défini. Je ne suis pas un pur amateur de rock,
j’aime l’esprit du rock mais je suis quand même assez “musicien” et j’écoute des trucs très différents même si je ne suis pas un spécialiste question musique (ni sur le reste d’ailleurs). Je dis
que j’ai peu de connaissance mais un petit peu de culture quand même.
J’espère qu’avec le groupe on sera prêt pour des concerts dans un an. Bon de toute façon, vue le pourcentage de groupe qui n’ont, à mon sens, rien à dire (je parle pas des paroles là, mais
globalement) je ne me fais pas trop d’illusions sur ce qu’on va produire.
Je me trompe peut-être mais il me semble qu’on est presque voisin… donc je te ferais signe quand on se déplacera de notre ville de prolo à ta ville bourgeoise (ça, c’est un code pour que tu me
situes).
Au sujet des paroles, mille fois d’accord avec toi pour les paroles en anglais. Quand je me fais prendre par la musique c’est le corps ou/et les sentiments qui parlent et certainement pas
l’intellect, et c’est ça qui est bon. Pas forcément la même chose pour les paroles en français, là j’ai plus besoin de sens ou alors des paroles qui ont leurs propre rythme et mélodie, comme le
faisait si bien le père bashung… enfin c’est pour ça qu’on a choisi l’anglais.

Sur le désespoir.
Si je survis dans ma “traversée du morne désert du concept”, c’est bien sûr grâce à l’humour et la poésie mais également grâce à un quotidien qui m’interdit de baisser les bras… on en reparlera.
Je pousse un peu le mélo là, je ne suis pas malheureux.

Comme je raconte un peu trop ma vie sur ton blog je change quand même de pseudo.
Bien à toi Stoni.
Saulem



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