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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 13:32

 

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Mon cher Stoni,

 

Je me présente : Fabrice, publié l'année dernière chez un petit éditeur, j'habite depuis peu une commune de la banlieue parisienne truffée d'écrivains. Cela va du plus petit : l'intello bidon de chez l'Harmattan, en passant par le moyen : l'auteur "robotisé" édité par une maison de taille honorable qui pond dans le genre Harlequinades pour ménagères frustrées, jusqu'au grand auteur édité chez un géant, aigri et désenchanté (ex : il n'a jamais eu le Goncourt).

 

Il y a les auteurs et les auteures, de ceux et de celles qui ont le pied à l'étrier, et rien à attendre ni des uns ni des autres, au contraire :

Les presque vieillardes rances et auto-satisfaites du premier groupe sont prêtes à me mettre en contact avec leur éditeur, mais c'est donnant-donnant ; même si pas spécialement futé, pas trop dur de comprendre que je dois être très gentil avec certaines d'entre elles ! Les blondins du second groupe font ami-ami, mais sont prêts à sortir les griffes et à mordre, sans raisons apparentes pour le bel idiot que je suis.

 

J'ai un minable bouquin à mon actif : "Une si jolie rhinotillexomaniaque", et deux nouveautés prêtes à proposer à l'édition. La première a pour sujet les carottes :"Tout ce que j'ai fait avec des carottes". Pourquoi ? Mon actuel éditeur fut à la recherche d'un roman sur ce sujet, et, lorsque j'étais encore plein d'illusions et de bonne volonté, j'ai donc rédigé ce manuscrit dont il ne veut plus aujourd'hui ; et ça tombe bien, puisque moi, je ne veux plus non plus de lui. La seconde nouveauté s'intitule :"Lupanar au paradis"

 

D'autre part, lors d'une lecture dans un café littéraire parisien, j'ai invité deux auteurs de mon entourage (la quarantaine) qui sont venus par obligation : je m'étais rendu aux leurs. Tiens, l'un d'eux, publié plusieurs fois chez un grand (Harlequinades à peine améliorées & autres platitudes) avait un air zarbi à la lecture publique des passages de mon bouquin. Comment se fait-ce? Bientôt, j'allais devoir essuyer trois déboires à la fois : les indélicatesses (voulues) de cet auteur que nous appellerons Ignace, celles, notoires, de la directrice littéraire de sa maison d'édition qu'on nommera Mélusine, et pour finir, celles de ma conseillère littéraire, surnommée Berthe.

 

Berthe reçoit mes deux manuscrits afin de me faire une fiche de lecture et d'en corriger les éventuelles fautes et coquilles. Simultanément, Ignace m'invite à un nouveau café littéraire, car ça marche fort pour lui, et Mélusine est là pour présenter le chef d'œuvre qui vient tout juste de voir le jour. Mais tout va partir en vrille...

 

 

Je suis venu avec Kevin – un auteur voisin qui a publié, plusieurs années auparavant, une saga en trois volumes chez un minuscule éditeur berrichon - voituré par ma conjointe. A la fin de la présentation, je vais à Ignace pour lui prendre un exemplaire et lui demande pourquoi il a choisi ce thème (cliché de l'apocalypse - tout le monde mort sauf le héros). Son regard est mal assuré et il baragouine une incohérence. Je m'en retourne vers Kevin. Ignace interpelle Mélusine, ils viennent à nous : "Mélusine, je vous présente Kevin, auteur de trois excellents romans qui ont été repris chez Maxi livres et qui a un manuscrit à vous soumettre..." Je m'imagine qu'elle va passer à moi : "Et voici Fabrice, qui a écrit un livre surprenant chez un éditeur parisien et a deux manuscrits à vous proposer". Mais pas du tout, sans un regard et sans un mot, il me laisse sur place. Je me sens grotesque. Je suis vert. Ma femme me toise de biais, si je ne fais rien, je vais me faire sermonner en rentrant, et redoublant de ridicule, je m'impose : "Puis-je, comme Kevin avoir votre email, Madame, afin de vous faire parvenir l'un de mes tapuscrits ?"

Eh bien, j'aurais mieux fait de me casser une guibole...

 

J'envoie le texte "Lupanar au paradis" à Mélusine par email (selon ses souhaits), sans me presser (je ne veux pas avoir l'air de) et n'ai plus qu'à attendre des nouvelles - et de Berthe et de Mélusine.

 

La première me fait parvenir ses corrections et m'écrit : "Laissez tomber votre manuscrit sur les carottes, il ne vaut pas un clou, en revanche, concentrez-vous sur l'autre : "Lupanar au paradis" me parait avoir toutes ses chances d'être retenu par une maison d'édition".

 

Je croise bientôt mon éditeur dans un salon littéraire et apprends de lui les deux choses suivantes :

Tout d'abord, il a reçu un manuscrit accompagné d'une lettre au siège de sa boite, (ouverte par mégarde, selon lui) provenant du comité de lecture de Mélusine qui dit ceci : "Nous avons bien reçu votre roman "Une si jolie rhinotillexomaniaque" (N'importe quoi, : c'est le titre de mon livre déjà paru!) Vous restituez avec talent l'atmosphère délétère qui règne au paradis, mais le héros manque de fantaisie romanesque, nous ne pourrons donc vous accompagner dans votre projet éditorial" Signé Mélusine. Mais tiens donc, l'écriture est celle d'une gamine, non pas d'une femme mûre. J'en déduis que Mélusine n'a jamais rien lu de moi, a sorti le roman sur papier et l'a négligemment refourgué à une stagiaire, qui l'a réexpédié à mon éditeur avec je-m'en-foutisme (maintenant au courant de mes faits et gestes) alors qu'il était on ne peut plus logique d'avoir une réponse par email ! Gros foutage de gueule ! (Les coordonnées de mon éditeur se trouvaient sur le communiqué de presse de "Une si jolie r..." que j'avais mis en PJ pour info).

Mais ce n'est pas tout...

 

Deuxio : mon éditeur m'informe ensuite, et ce par le plus grand des hasards, qu'il a reçu un manuscrit en provenance de Belgique sur le thème "carottes" et il se trouve que ma chère conseillère crèche justement dans ce pays. "Mais c'est Berthe?" je m'esclaffe. L'éditeur est tellement étonné qu'il me demande s'il ne s'agirait pas de l'une de mes ex, peut-être la fameuse rhinotillexomaniaque qui veut se venger !!! Trop fort, non ? Pour ceux qui seraient longs à la détente, cette petite dame ayant elle aussi écrit quelque chose sur le même sujet (encore un pur concours de circonstances et mon éternel manque de bol), m'avait affirmé que ma version carottes était absconse et a envoyé la sienne à ma place. Bien joué. Heureusement, elle a été refoulée.. Résultat des courses : j'ai eu un peu (mais doublement) l'air d'un gros con face à mon éditeur!

 

Mais ce n'est là qu'une infime partie des risques du métier...

 

 

 

 

 

 

 

J'ai publié cette petite histoire sur le blog, car d'une elle est marrante, de deux elle reflète avec une exactitude criante l'ambiance qui règne dans l'édition.

 

Petits coups de putes entre amis, fausses solidarités et mesquines trahisons. N'est-ce pas ainsi que sont régis tous les milieux un tant soi peu mondains ?

 

 

 

 

 

 

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commentaires

victoria 06/11/2012 10:19


C'est aussi une variante marrante de ton post précédent: croiser quelqu'un qui t'a plagié, mais dont l'utilisation foireuse de ton idée l'a fait se vautrer en beauté...

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