Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:23

 



- Ce que j'adore chez toi, Stoni, c'est ta mordante, vigilante et exacerbée haine de classe.

  Quand j'entends mon pote prétendre cela, je m'écrie :

- NON ! J'ai pas de haine de classe, moi ! Chuis pas haineux, là !

- Bien sûr que si, voyons.


   Mon pote a raison.


   La haine de classe est un sentiment absolument normal, dialectique, matérialiste, historique et tout ce que vous voulez.

Le truc, c'est de ne pas l'ériger en système de pensée.





   Exemple typique de manifestation de haine de classe.


   Vous êtes au taf, et par hasard, vous croisez vos chefs. Des grands pontes (d'Avignon) en costume, cravate et mocassins qui coûtent vachement cher. Ils ne remarquent pas même votre existence, et c'est tant mieux. En fait, ils visitent la cuisine de l'entreprise.

La cuisine est dégueulasse. Comme le reste, d'ailleurs. Je ne vous décris même pas l'état des chiottes. Une aventure extérieure dans l'horreur, avec force poils pubiens, taches d'urines et traînées de merdes au fond de la cuvette.

Vous, vous vous ne prenez jamais un café dans la cuisine. Vous imaginez (avec réticence) la population bactériologique qui pullule dans la cafetière. En fait, les microbes ont même bâti une civilisation, là-dedans. Le terrain est si propice que leur civilisation en est à l'aube d'inventer l'arme nucléaire.

Vous êtes passé dans la cuisine histoire de vous laver les mains (vous évitez le lavabo des chiottes).

Les grands pontes vous lâchent un bonjour indifférent. Vous guignez leurs tasses de café et leurs clopes. Vous, vous n'avez pas le droit de fumer dans les locaux, évidemment.

HAINE DE CLASSE.

Puis, guignant leurs tasses de café, vous comprenez qu'ils se sont servis de la cafetière-arme-bactériologique. Vous refoulez un air méprisant.

- Beurk, pensez-vous en votre for intérieur. Ils sont crades, ces mecs-là. Putain, je pensais que les bourges faisaient au moins l'effort d'être propres. Ben non. Ils voient pas qu'elle est immonde, cette cuisine ?

La haine de classe culmine à son paroxysme quand vous enchainez mentalement :

- Moi, MES PARENTS ils étaient pauvres, mais toujours ON A ETE PROPRES. Ouais. Sales bourges. Nous les pauvres on est propres. Ma parole, si vous tolérez de boire un truc aussi sale, c'est que chez vous, ça doit être le même topo. Normal, vous payez quelqu'un pour vous faire le ménage, et comme vous en avez rien à en foutre, la bonne se gêne pas pour bâcler le travail. Bien fait. CHEZ MOI, ON ETAIT PAUVRES, OUAIS, MAIS ON AURAIT PU MANGER PAR TERRE, PUTAIN.

Ensuite, vous réalisez que ces grands pontes sont responsables de l'état déplorable et de la cuisine, et des chiottes, et de l'entreprise en général.

HAINE DE CLASSE.

- Aucun respect pour vos salariés, bande d'enfoirés. Ma parole, SI J'ETAIS CHEF D'ENTREPRISE, je me sentirais OBLIGE de fournir à mes employés UN MINIMUM DE PROPRETE. Que vous soyez sales, entre vous les bourges, je m'en tamponne le coquillard. Mais du moment que vous embauchez quelqu'un, faites un effort, putain de votre mère.

Tout cela est méchamment pensé tandis que vous vous lavez les mains et qu'un des grands pontes a la fantaisie de s'intéresser à votre petite personne rémunérée à peine plus que le SMIC (et encore, on vous a augmenté parce que vous avez menacé de démissionner).

- Dites jeune homme, c'est vous qui êtes romancier ?

Alors là, la haine de classe explose.

Vous vous retournez sur le grand ponte humaniste avec, dans le regard, toute la méfiance que votre classe laborieuse a entretenue depuis l'instauration de l'exploitation de l'homme par l'homme.

C'est-à-dire depuis un bail.

- Oué... murmurez-vous, aux aguets.

Mais votre œil tient, lui, un tout autre discours : Comment ça espèce de sale bourge inculte tu oses me parler littérature ? Toi qui lis Max Gallo et qui crois faire de l'histoire ? Allez, viens, on va parler littérature. Je vais te carrer du Pasolini entre deux virages de ton intestin grêle, tu vas adorer.

Sauf que le grand ponte ne lit que dalle, dans votre œil pourtant enflammé.

- Vous avez réussi à faire éditer votre roman ?

CATACLYSME DE HAINE DE CLASSE.

Comme si vous étiez un pauvre petit ouvrier de merde qui, foudroyé par la folie des grandeurs, en était encore à implorer le fabuleux monde de l'édition parisienne de lire son roman de merde.

Dans votre cervelle, c'est la Tempête de Shakespeare (« que t'as même jamais lue, connard ! »). COMMENT ÇA EST-CE QUE J'AI REUSSI A FAIRE EDITER MON ROMAN ? RACLURE DE TOILETTE, SACHE QUE TOUS LES PLUS GRANDS EDITEURS DE LA PLACE DE PARIS ME LECHENT LE CUL POUR QUE J'AILLE SIGNER CHEZ EUX ! OUAIS ! PARFAITEMENT ! CHUIS UN ANCIEN, J'EN SUIS PLUS A ENVOYER MES MANUSCRITS PAR LA POSTE, GROS MALPROPRE !

Sauf que, n'ayant pas envie de raconter votre vie à ce mec-là, vous vous contentez de répondre :

- Ben oui, en fait.

- Oh, félicitations !

Les autres grands pontes vous accordent un sourire condescendant.

LA HAINE DE CLASSE TE TUE, A CE MOMENT LA.

- Vous écrivez quel genre de livre ?

DES LIVRES QUI TE TROUERAIENT LE CUL, MON GARS.

- Bah. Y'a pas vraiment de genre.

- C'est à compte d'auteur ?

LA HAINE DE CLASSE TE FAIT CARREMENT MAL AU VENTRE.

Ça te fait si mal au ventre que, sur ta figure, ton orgueil et ton indignation leur sont déchiffrables. Les grands pontes s'assombrissent.

- Non ! vous exclamez-vous en forçant un sourire aussi condescendant que le leur. Non, c'est à compte d'éditeur. Je vous souhaite une bonne journée, messieurs.

Quand vous vous extirpez de la cuisine, les grands pontes reprennent leur discussion de grands pontes.

Ils parlent d'une pièce de théâtre qu'ils sont allés voir avec leurs femmes. Un truc débile avec un acteur connu, dans un théâtre pour riches sans aucun intérêt (mais que vos impôts subventionnent).

Mépris. HAINE DE CLASSE.


 

Bon. J'ai déjà dit que la haine de classe est un sentiment que toute personne lambda va expérimenter couramment dans sa vie (voire même plusieurs fois par jour).

Sauf que la haine, c'est chiant, et que ce n'est pas surdéterminant – au contraire de l'humour et de la poésie.


Restons d'un hyperréalisme radical radical.



Partager cet article

Repost 0
Published by stoni - dans Définitions
commenter cet article

commentaires

Oscar 12/05/2010 19:13



Retrouvé le nom de l'auteur de la citation sur la lutte des classes:


Warren Buffet, homme le plus riche du monde en 2008 d'après wiki...



Oscar 11/05/2010 16:25



La culture est-elle donc une affaire d'intersubjectivité, donc de cul (voir un de tes articles à ce sujet), la beauté est-elle réactionnaire même en art, et non surdéterminante à la différence de
la poésie (à moins que les deux adjectifs ne soient pas antonymes), là j'avoue que je commence à en perdre mon peu de latin, que la tête me tourne en attendant que je la perde, et que j'ai
du mal à suivre...


Sinon pour acquiescer quand il s'agit de dénoncer par une analyse marxiste d'un hyperréalisme radical, pourquoi pas cette formule, l'exploitation d'hommes par d'autres, autrement dit de
l'homme par l'homme, que l'actualité à elle seule suffirait à montrer plus que jamais d'actualité, justement, n'en déplaise à Claude qui dans un débat entre nous ne voulait y voir qu'un
ridicule archaïsme lexical idéologique...


A-t-elle relevé que le terme même de "capitalisme", jugé ringard après la chute du mur, est à nouveau accepté par tout le monde, et que je ne sais plus quel milliardaire américain a dit
récemment: "la lutte des classes existe, et la mienne est en train de la gagner!"


L'hyperromantisme restant maladivement dans la sphère de l'affectif, mais l'aliénation est d'autant plus gravement ancrée quand elle s'enracine dans un conditionnement culturel qui remonte
au moins à l'époque des troubadours et de leur maudite "fine amor"!


 



Oscar 11/05/2010 11:58



La culture n'appartient pas aux bourgeois!!


En URSS et dans les autres pays "de l'Est", l'entrée dans les musées, les cinémas et les théâtres ainsi que l'accès aux livres des bibliothèques étaient gratuits ou quasiment, selon les
cas!...


Bon, je sais bien que ça ne recouvre pas entièrement le problème du malaise que tu éprouves face à des gens de la même origine sociale dans un pays où la culture est plus ou moins un privilège de
bourges (plutôt moins que plus d'ailleurs d'après l'inculture des pontes d'Avignon que tu suggères et je suis certain que sur ce point tes suppositions ne devaient pas être loin du tout de la
réalité!!)...


 Mais justement, la solution n'est-elle pas de propager par la sensibilisation et le partage la joie et le supplément d'existence au sens propre de l'expression que la cuture
(c'est-à-dire une forme de beauté, NA!!!) peut procurer à tous, car il est dit que


L'HOMME NE VIT PAS SEULEMENT DE PAIN, ah! ah! ah!



Oscar 10/05/2010 23:25



Ah, Stoni,


ceci encore sur ce que tu éprouves devant des potes en leur parlant de ces choses: je crois comprendre un peu, je dis bien je crois, je ne suis pas dans ta peau, mais il me semble que c'est
lié à la solidarité de classe, tu as peut-être l'impression d'abandonner leur monde, de te situer ailleurs, mais n'oublie pas que la culture n'appartient à aucune classe (voir la
politique culturelle de l'ancienne URSS!)  que tu ne les trahis pas ni ne la joues intello genre poseur!!



Oscar 10/05/2010 22:34



A Xena: Raphaël donc, disais-je... Ou alors, j'y pense au moment d'aller sur le blog de Gumbo, Johnny Depp, ne me dis pas que tu ne le croquerais pas tout cru celui-là, je suis même sûr que tu es
jalouse à mort de Vanessa Paradis, mdr!!!


Dans "Sleepy hollow" (petite pub en passant pour le blog de Gumbo) il est IRRESISTIBLE, au cas où tu n'aurais pas encore vu ce film, dès que tu auras 1 heure 30 de libre, jette-toi dessus, je te
jure que tu ne le regretteras pas! Avec des tas de frissons en prime!



Présentation

  • : Le blog de stoni
  • Le blog de stoni
  • : Blog d'un jeune écrivain... en direct depuis les tréfonds de la praxis. Ma vie matérialiste, ma cigarette électronique, du marxisme-léninisme et tous mes malheurs d'auteur publié.
  • Contact

Aide des auteurs

  LE MEILLEUR DES ARTICLES SUR L'EDITION ET L'ECRITURE...

 

Commencer un roman : au secours !

 

Mon roman est-il publiable ?

 

Mes romans n'intéressent personne !

 

Y'a-t-il un âge minimum pour être édité ?

 

Trop vieux pour être édité ?

 

 

Préparer son manuscrit / la lecture des manus

 

Améliorer son manuscrit

 

 

Comment avoir un bon style

 

Les méthodes et ateliers d'écritures

 

Par qui se faire relire avant d'envoyer le manuscrit ?

 

Mon avis sur les coachs et conseillers littéraires

 

L'importance d'un bon niveau de langue

 

Protéger son manuscrit

 

A qui envoyer son manuscrit (la ligne éditoriale)

 

Faut-il rappeler les éditeurs ?

 

Comprendre l'édition : 1

 

Comprendre l'édition : 2 (le comité de lecture)

 

Premiers contacts avec l'édition

 

Arnaques : édition numériquel'Harmattan Léo Scheer et les Nouveaux Auteurs

 

Des noms de bons éditeurs ?

 

Le contrat d'édition

 

Comment repérer un mauvais éditeur avant de signer

 

L'importance de la distribution / diffusion


Combien gagne un écrivain ?

 

Négocier son à-valoir

 


Négocier les corrections demandées par l'éditeur

 

 

La dure réalité du monde de l'édition

 

Faire éditer des nouvelles

 

La promotion du roman : critiques et publicité

 

Je suis à la Fnac, et alors ?


Je suis passé sur France Culture, et alors ?


Les critiques négatives, que faire ?

 

 

 

 

Et bien sûr tous les articles sur ma vie d'écrivain au jour le jour.


 

 

 

POUR M'ECRIRE C'EST ICI SVP

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Contacter le Stoni 1983

Flux RSS

http://stoni1983.over-blog.com/rss