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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 12:01

 

 

 

proust-tout-nu.jpg

 

 

Depuis mon adolescence, j'ai bien changé.

J'ai perdu un talent inné pour la manipulation et le mensonge. Quand j'étais ado, je pouvais faire avaler n'importe quoi à presque n'importe qui. Je me souviens avoir involontairement fait croire à mes potes que j'avais de la famille dans le grand banditisme et le trafic de drogues, filiation qui me promettait, au décès de mes aïeux, un héritage de plusieurs millions de francs. J'ai écrit involontairement car, quand je racontais cette histoire, je le faisais en pratiquant l'humour à froid. J'empruntais un ton sérieux, mais évidemment, je déconnais. Pour mes potes, je ne déconnais pas. Un jour, comme nous discutions du métier que nous voulions choisir – c'était le moment de choisir l'orientation du bac, je pense – mes potes me dirent : « oui mais toi, t'as pas besoin d'apprendre un métier puisque tu auras bientôt l'héritage de tes oncles mafieux ». Ils ne rigolaient pas. J'oscillai alors entre la stupéfaction et l'horreur, tel le scientifique ayant accidentellement opéré une mutation monstrueuse à partir de gènes d'un ornithorynque et d'un lama.

 

 

ornithorynque-lama.jpg

 

Cet exemple demeure marginal. Mes talents de menteur et de manipulateur agissaient surtout sur les adultes. J'ai rendu des profs à moitié névrosés à force de les balader, en cours, de débats futiles en controverses stériles. Je savais m'y prendre pour qu'ils n'abandonnent pas la discussion. Malgré tout, je savais aussi me rendre particulièrement attachant – quand je le désirais. J'étais très doué pour la drague et la séduction en général.

J'aimerais toujours savoir faire.

Je ne sais pas quand j'ai perdu ces capacités. Aujourd'hui, je suis balourd, pataud, ou trop niais ou trop agressif. Bref, je suis une catastrophe en société et en politico-mondain. Lorsque je mens, je suis mal à l'aise, gêné, embarrassé. Je peux le faire, et même plutôt bien, mais dans ces cas-là, l'exercice me demande une concentration intense. Avant, je mentais comme je respirais.

A quinze ans, je me suis fait choper à la Fnac en train de faucher des CD. Vingt minutes plus tard, le responsable de la sécurité me raccompagnait dehors en s'excusant presque de m'avoir intercepté. Je leur avais servi une grande tirade vibrante sur mon statut de jeune désœuvré, assortie d'une critique politique et sociale assez subtile pour ne pas agacer. J'ai su manœuvrer pour susciter la sympathie et la pitié.

Je plains les autres zigues qui n'avaient pas l'esprit assez matois pour ce genre de caresses.

 

Nous en venons donc au fait : comment obtenir une note qui déchire à l'oral de français. Si tu es en bac techno ou pro, ce sera plus facile.

 

J'ai eu 18/20 à l'oral de français, section STT – de nos jours STG.

Si l'Education Nationale n'a pas changé les règles du jeu, et si mes souvenirs sont bons, la note de l'oral se décompose comme suit : 10 points sur ta connaissance du texte tiré au sort et 10 points sur l'entretien à l'oral.

 

Pour la connaissance du texte tiré au sort, là, tu n'as pas le choix, tu dois connaître tes petits topos par cœur. J'étais en bac techno, nous devions en avoir une dizaine, ce n'était pas énorme. Fais un effort là-dessus, apprends tout par cœur, voilà déjà 10 points d'assurés.

Ensuite, les 10 points de la discussion avec l'examinateur. Ce sont toujours les 10 points qui effraient le plus. Mais, rassure-toi jeune lecteur ! Au contraire, ce sont les plus faciles à glaner.

 

La seule condition pour taper au moins quatre ou cinq points lors de l'entretien, c'est d'avoir lu Du côté de chez Swann de Proust, ou si t'es vraiment flemmard, Un amour de Swann du même auteur (c'est la deuxième partie de Du côté de chez Swann).

Lis donc ce bouquin avant d'aller à l'oral. Au pire des cas, mate le film.

Que t'aies aimé ou pas, on s'en bat les couilles.

 

Le jour de l'oral, fais un effort de présentation.

La mode dans mon lycée et mon milieu social, à l'époque, était le survêt de marque de racaillou pathétique. Le jour de l'oral, j'ai enfilé un survêt Sergio Tacchini (« la marque préférée de Joey Starr » et ouais j'avais des références qui tuent) de couleur sombre, bien coupé, pas le machin informe où tu nages dedans. J'avais ouvert un peu le col, mis une chemise blanche dessous et noué une cravate.

 

 

 

joey-starr-racaillou.jpg

Des modèles solides pour

construire sa personnalité

 

 

 

Bon, j'avoue, à l'origine, je m'étais fringué comme ça pour faire marrer mes potes. Ce qui avait fonctionné. N'empêche, j'étais classe avec ma cravate et l'examinateur s'y est montré sensible.

 

Je ne sais pas trop comment les jeunes s'habillent aujourd'hui, mais le coup de la cravate ça marche bien à condition de ne pas l'accoupler à un costume (sinon ça fait trop).

 

Une fois devant l'examinateur, ne te la pète surtout pas et reste assez toi-même. Dans mon cas, j'avais l'élocution à peu près aussi claire et agréable à entendre que celle dudit Joey Starr précédemment cité. Devant l'examinateur, j'ai forcé pour parler plus distinctement mais sans me déguiser non plus. L'examinateur doit comprendre que tu es un jeune désœuvré à tendance racaillou pathétique (c'est important pour la suite) qui fait des efforts quand même.

Fais ton petit topo sur le texte tiré au sort d'une voix pas trop monocorde, genre ça t'intéresse un minimum.

 

Une fois ton petit topo terminé, l'examinateur va entamer une conversation avec toi sur le texte. Il va te poser une des questions suivantes : Ce texte vous a plu ? Qu'est-ce que vous en avez retenu ? Qu'en avez-vous pensé ?

Nous sommes arrivés à l'instant critique super important. Tu dois prendre une tronche faussement embarrassée, accoucher d'un petit sourire amusé et répondre : « POUR ETRE HONNETE J'AI PAS TROP AIME. » Nous jouons sur l'effet de surprise. Le prof s'attend en effet à ce que tu répondes, comme 99 % des candidats : Bof chais pas trop (les flemmards) Oh j'ai adoré ! (les fayots) Ben j'en pense rien en fait (les mollusques).

De toute façon, vu les textes qu'on lit pour le bac de français, t'as de grandes chances de ne pas avoir aimé. Baudelaire : chiant. Maupassant : chiant. Flaubert : chiant. Hugo : chiant. Moi j'étais tombé sur Bel Ami (« l'apothéose de Duroy »), franchement j'ai pas eu à me forcer pour dire que « j'avais pas trop aimé ».

L'examinateur est intrigué. Il va te demander pourquoi tu n'as pas aimé. S'ouvre enfin devant toi le boulevard proustien que, en bon manipulateur, tu attendais depuis le début de l'oral.

 

Dans la suite de la conversation que tu auras avec l'examinateur, reste humble, discret, n'en fais pas des tonnes. Souriant, mais un peu timide. Ce n'était pas du tout ma vraie personnalité mais, en sortant l'atout Proust, je jouais gros et serré. Je devais faire profil bas.

Donc le prof intrigué te demande : Mais mon garçon peut-on savoir pourquoi vous n'avez pas aimé ce roman de Maupassant si intéressant, si passionnant, si tellement adapté aux préoccupations d'un jeune branleur de seize ans que je ne comprends absolument pas votre réaction ? Non, je déconne, il dira pas que t'es un jeune branleur de seize ans. Enfin il te demandera pourquoi t'as point kiffé le texte.

 

Là, tu as deux options.

 

Option 1 : le texte tiré au sort est plutôt optimiste sur la nature humaine et la vie globalement. Tu répondras : PARCE QUE CETTE ANNEE J'AI LU UN LIVRE ETRANGE ECRIT PAR PROUST ET CA ECLIPSE TOUTES MES AUTRES LECTURES.

 

Option 2 : le texte tiré au sort est plutôt pessimiste sur la nature humaine et la vie globalement. Tu répondras : PARCE QUE CETTE ANNEE J'AI LU UN LIVRE DE PROUST ET DEPUIS J'AI UNE GRANDE ADMIRATION POUR LA NATURE HUMAINE.

 

Alors là, laisse-moi te dire, l'examinateur est scié. Notre pauvre racaillou à deux francs cinquante (ou aujourd'hui à deux euros cinquante) a lu un Proust. Allons bon.

Le prof perturbé reprend ta liste de textes étudiés, cherche Proust et ne le voit pas !

- Mais vous l'avez lu pour le lycée ? (voix égarée, abasourdie)

- Euh non, je l'ai lu pour moi. Je l'ai trouvé dans les affaires de mon père/soeur/mère/frère, le titre m'a donné envie de le lire et depuis ça a changé ma vie.

- Ah bon (total déstabilisé, le gus), mais comment ça ça a changé votre vie ?

- Je n'ai jamais rien lu d'aussi beau. Je ne suis pas forcément un grand lecteur, mais ce livre m'a fait comprendre qu'il faut parfois s'arrêter, observer la vie, profiter des beaux jours, ressentir, écouter, savourer des petites choses... Avant je prenais jamais le temps de rien, maintenant je vais dans un parc, parfois, je reste seul, je regarde, je sais que le temps va, si vite, qu'il passe, voilà, vous savez... je pense que ça sert à ça la littérature.

Là, tu t'arrêtes de parler, l'air presque désolé. La putain de phrase choc de conclusion.

 

Amis lecteurs, si vous ressortez ce petit paragraphe tel quel, vous avez au moins un 15/20 d'assuré.

 

L'examinateur répliquera probablement, les yeux en soucoupes :

- Ma foi, c'est très bien d'avoir lu Proust à votre âge.

- Oh non je n'ai lu que Du côté de chez Swann, il me reste encore les autres tomes de la Recherche à lire.

Humble, je te dis. Toujours humble.

Mon examinateur avait répondu :

- Oui, enfin, avoir lu le premier tome, c'est déjà pas mal...

 

Dans mon cas, nous avions partagé une grande conversation sur Du côté de chez Swann. L'examinateur était franchement, sincèrement, profondément, enchanté de discuter du bouquin avec moi. Nous avions ensuite bifurqué sur d'autres de mes lectures, nous plaisantions, j'avais établi un putain de rapport complice qui tue.

Car il faut te mettre à la place de ce prof. Depuis un jour ou deux, de huit heures à six heures du soir, il voit défiler des espèces de gougnafiers boutonneux incapables d'aligner deux mots. Le prof est content de pouvoir enfin avoir une discussion intelligente avec un être civilisé. Alors oui, il en partagera aussi avec les deux trois éternels fayots du lycée. Mais toi, tu as fait mieux. Toi, tu l'as surpris. Toi, tu es le pauvre racaillou qui s'est transformé en somptueux cygne proustien. Et qu'est-ce que cela t'a coûté ? Une cravate et une édition poche de Proust.

 

 

 

 

  cravatedu côté de chez swann

 

 

 

Avec ça, si t'as pas une bonne note, c'est que t'as vraiment chié dans la colle et que tu mérites même pas de lire mon blog, tiens.

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Paul 21/05/2016 14:29

4 ans après mon épreuve du Bac de français. Je relis encore et toujours, un discret sourire aux lèvres, ce billet... que dis-je, ce chef d'oeuvre. Presque un rituel.

Je le "murmure"... à qui veut bien tendre l'oreille. Quelques élus choisis parmi les foules. Le secret des maîtres, spirtuel et socratique.

Stoni ton heritage est éternel.

stoni 30/05/2016 16:17

Je sais. Je sais.

unknown 27/06/2015 16:46

Salut salut, et est ce que l'adaptation cinématographique du livre suffirait a ton avis ? Parce que mon oral est dans 2 jours et je peux pas acheter le livre (problème de mobilité des jeunes de 16 ans..)

stoni 30/06/2015 14:08

bah, c'est toujours mieux que rien... attention le film ne reprend qu'une partie du roman "un amour de swann".

bochra 15/05/2014 11:04

mmmmmmmmmmmm c insufisant

Konstantine 28/06/2013 21:37

J'ai bien aimé ton article, ça a mis un peu de joie dans mes révisions, du bac français justement ! Il parait qu'avec un peu de manipulation on arrive à ses fins. Mais rien ne vaut de réussir tout en restant intègre à soi-même :) Cela dit, j'irai volontiers feuilleter Un amour de Swan !

ZeNavi 27/06/2013 09:54

Est-ce que ça fonctionne avec François Villon :D

Stoni 27/06/2013 13:21

Ah oui, je sais que vous allez me répondre que Proust aussi était homo mais bon, dans son oeuvre ça reste poli, c'est pas comme les ballades en argot homosexuel de Villon...

Stoni 27/06/2013 13:19

Oui mais l'effet sera moins fort, François Villon pouvant éventuellement mettre mal à l'aise certains profs de français (vulgarité, bouffonnerie, pauvreté, homosexualité...).

Proust est plus politiquement correct.

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