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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 15:02


"Les camarades" se font des hot dogs.


 

  Rassemblant le peu de forces qu’il me reste, depuis mon état de larve (et depuis les tréfonds de la praxis…), je vous avoue aujourd’hui un plaisir ô combien coupable : je regarde la série télévisée Les Camarades, actuellement diffusée sur France 5.

 

Ce soir, le deuxième épisode commencera à 20h35.

 

Il y a quelque temps, cette série fut diffusée sur France 2, et je la ratai. A vrai dire, je n’avais pas la télévision. Je ne l’ai toujours pas, mais cet été, Aniki investit dans un équipement de télévision sur ordinateur, afin que nous puissions tranquillement mater le Tour de France.

Désormais, nous avons accès aux programmes des chaînes « analogiques » et de la TNT, à volonté.

 

La semaine dernière, je repérai dans le programme télé du Monde – que je lis régulièrement – l’annonce du premier épisode.

 

Trois garçons et trois filles, six résistants communistes, dans les tourments de la Libération. Ils ont vingt ans. Ils sont « camarades » dans tous les sens du terme : à la fois amis et militants.

 

Etant moi-même un stal chevronné, je me piquai de visionner ce programme.

En toute sincérité, je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre. Mais bon… Un minimum, toutefois…

 

Avez-vous déjà lu le drôlissime et unique roman de John Kennedy Toole : La Conjuration des imbéciles ? Le héros, Ignatius Reilly, prend un plaisir malsain à aller au cinéma voir des comédies musicales. Ces spectacles l’horripilent, mais il persiste et signe, allant jusqu’à hurler son dégoût, sa consternation et son effroi dans la salle – ce qui rend les séances assez folkloriques.

Tel fus-je lundi dernier devant mon écran d’ordinateur, et tel serai-je ce soir : à faire des commentaires à tire-larigot et à pousser des cris d’horreur.

 

En effet, Les Camarades est une série d’une nullité dialectique totale.

Le problème, c’est que Les Camarades est également une série d’une nullité scénaristique complète.

 

Pour résumer l’affaire, prenez six débiles dont l’âge mental plafonne autour des quatre ans (voire deux ans, pour certains). Il s’avère qu’ils sont communistes. Ma foi ! Vous aurez droit à des images d’archive sur l’histoire du Parti Communiste Français (un des rares et maigres intérêts de la série), entre chaque tranche de vie, pour resituer la chose. A noter que l’enchaînement entre la fiction et l’archive se fait par un passage au noir et blanc très subtil, en fin de séquence fictionnelle. Attention, c’est du Orson Welles, les amis ! Après, les six débiles pourraient tout aussi bien être de droite, que membres de la SPA, ou tout simplement des citoyens lambdas. Parmi les rebondissements à coucher dehors du scénario (idylles contrariées, conflits familiaux – et je vais peut-être chercher trop loin…), vous aurez des répliques « communisantes » tombant comme des cheveux dans la soupe : « Oh mais arrêtez un peu avec Maurice Thorez !!! » ou « Tu ferais mieux de coucher avec un prolétaire !!! ».

 

Là-dessus, ajoutez une musique assourdissante, omniprésente, qui se distingue par son incohérence inepte avec l’action.

Lorsqu’une héroïne évoque les camps de concentration, où elle a été déportée, un accordéon entame un petit air de goguette !

 

Oui, c'est vrai, la série prétend aborder des sujets graves. En tant que tels, ils le sont parfois : la déportation donc, la torture, la trahison, l’avortement illégal… A l’image de la tristement célèbre erreur du septième art Monsieur Batignole, là où le bât blesse, c’est qu’on est presque gêné de voir ces sujets traités avec aussi peu de profondeur, et avec autant de bêtise. Une bribe maladroite leur est consacrée, malheur après malheur, avec son lot de dialogues convenus, son absence béante de psychologie et cinq minutes chrono de développement… Ça vire à l’insulte directe envers les gens qui ont vraiment vécu ces choses-là…

 

Pantins malencontreusement animés, les personnages ne laissent aucune trace, aucune saveur, rien d’authentique, de contradictoire, pas même la moindre sympathie… La galerie de clichés vous servira sur un plateau d’argent : le prolo niais instrumentalisé par le Parti (les prolos sont forcément des semi mongoliens, n’est-ce pas), la ritale pulpeuse avec des yeux bleus (oui parce qu’une ritale avec les yeux noirs c’est trop typé méditerranéen, quand même !), la grande bringue intello à forte gueule (et connasse, comme toutes les filles émancipées), le torturé existentialiste qui expie un secret de son passé (genre grand séducteur ténébreux), la fille de bourgeasses traumatisée par les camps (écorchée vive en mode subversion à la Sagan, c’est dire), le voyou fils de pute roublard (on se demande pourquoi il est communiste, celui-là) et… la mère maquerelle au grand cœur, resucée pour la millionième fois dans le cinéma français, elle nous aurait manqué, tiens ! C’est d’ailleurs dans le bordel de cette dernière que se retrouvent tous les protagonistes… Dans le genre débilité foutraque, on ne fait pas mieux !

 

Le pire, c’est qu’on sent des moyens financiers très importants, puisque les décors sont crédibles, les costumes aussi, l’époque bien reconstituée – je ne suis pas historien, mais, pour ça, on y croit.

Jouir d’un aussi confortable budget, pour pondre une bouse aussi pathétique, ça fait mal au cœur. Je me demande si des pays étrangers ont eu l’audace d’acheter cette chose. J’ose espérer que non.

 

Mon aveu sera : j’entretiens ainsi une fascination morbide pour cette « œuvre » télévisuelle.

 

N.B. : Une chose est à saluer. Pour l’instant, pas d’anticommunisme primaire ! Attendons les épisodes suivants…

 

 

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commentaires

stoni 24/09/2009 11:55


@ Hubert : ouais t'as vu la symbolique en puissance dans les hot dogs !!!

@ Gilles : ouais je sais, mais comme J.K. Toole a renié ce "premier roman" et ne souhaitait pas qu'il soit publié, par solidarité envers l'auteur je considère que la conjuration c'est le seul qu'il
a écrit. même si la bible de néons ce doit être très bien, je ne sais pas je ne l'ai pas lu.

SOLIDARITE ECRIVAINS A ECRIVAINS - REJOIGNEZ NOTRE CERCLE !!!


Gilles Questiaux 23/09/2009 22:02


John Kennedy Toole a aussi écrit La Bible de Néon qui a été adapté au cinéma, un film pas mal du tout.


Hubert 22/09/2009 21:58


Stoni: les hot dogs c'est pour évoquer l'épisode de l'exclusion des cocos suite au plan Marchal - voir épisode N°1 des Kamarades?

J'ai vu les 2 épisodes: les dialogues sont un peu light mais un peu de retour vers la vielle France, çà ne fait pas de mal!

Et tout cas une chose est sûre: L'Humanité avait l'air moins tartiflouse que le journal aujourd'hui appeller L'Humanité...

Vivement la suite (et les bitnik, la fumette, la libération des moeurs,...)!


stoni 22/09/2009 13:55


Ah oui et j'allais oublier chose très très importante : la mère maquerelle au grand coeur est presque inexistante dans le 2ème épisode !!! Ouf !!!


stoni 22/09/2009 13:53


Ah oui dis donc, il y a du sadisme là !!

Je ne sais pas si les Camarades existent en DVD, mais je sais que le lien dans mon article conduit au site de France 2, où tu peux télécharger les épisodes.
C'est payant et, en toute sincérité, je ne suis pas certain que le jeu en vale la chandelle... Après si t'as envie de te marrer, pourquoi pas !!

Tu verras à l'épisode 2 ils passent de 4 ans d'âge mental à 15 ans (un saut quantitatif entraînant toujours un saut qualitatif... lol).
Dans la bande annonce du 3ème épisode, j'ai vu que ça se passerait dans les années 60, ça a l'air bien croustillant : la libération sexuelle et tout !!


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