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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 16:10

 



  Un soir, je prends un verre avec un jeune camarade.


  Tout parti politique a son Club Mickey, organisation satellite pour les jeunes, entre jeunes (ce à quoi je ne vois rien à redire).


  Pour ma part, tombant dangereusement sur la pente des vingt-six piges, je n’en fais point partie. Je me suis contenté d’adhéré au bon vieux parti des familles, basta.

D’ailleurs, à l’époque où, naïf et audacieux, je pris ma carte, je ne connaissais même pas l’existence des Clubs Mickey.


 Cela dit, le Club des Vieux Stals et le Club Mickey Stal sont en relation constante, un membre du Club Mickey Stal pouvant tout à fait être aussi membre du Club des Vieux Stals, et vice-versa.


 J’apprends ainsi du jeune camarade (eh oui, plus jeune que moi, le con ! ), que le Club Mickey s’apprête à expédier une centaine de leurs membres de l’autre côté de l’Atlantique.

 - Aux Etats-Unis ? fis-je, pris d’une soudaine excentricité.

 - Non, à Cuba. Ça t’intéresse ? Le but, c’est d’observer un pays qui expérimente la révolution.

 L’offre est sympathique, mais je refuse aussitôt.

Casanier, vivant moins par expérimentation directe que par procuration (pondant de temps à autre des œuvres littéraires qui laissent le fabuleux monde l’édition parisienne pantois), bourré d’habitudes, charmé par le train-train quotidien filé au côté de ma moitié, bref, n’ayant jamais eu le goût de l’aventure (du moins, ne l’ayant plus), je donne pourtant l’argument suivant :

 - Ça coûterait trop cher.

 - Ouais, on a un peu de mal à réunir le fric.

 Le camarade tète sa paille, découragé face à cette difficulté.

 - Tu m’étonnes, répondis-je. C’est combien, le voyage tout compris ?

 - Mille huit cents euros.

 - Ah ouais, non, je peux pas.

 A cet instant seulement, je réalise que, même si mon compte en banque abritait des centaines de milliers d’euros, je n’irais pas.

Etant casanier, vivant moins par expérimentation directe que… etc.

Puis, superficiel à ma façon, et vaincu par le matraquage idéologique, je réserve mes économies à l’achat d’un Dax (bécane géniale qui « claque sa race », verdict unanime de mes poteaux).

Bien entendu, pour le salut de ma réputation de stal patenté, je me tais.

 - Mais c’est pas toi qui paies, précise le camarade.

 J’en bats des cils de surprise.

Il m’éclaire :

 - On demande des subventions.

 - Pourquoi ?

 - Ben, pour le voyage.

 - Comment ça ?

 - On cherche du financement, à droite à gauche. C’est pas évident.

 - Tu veux dire que les jeunes qui partent ne payent rien ?

 - Bah, s’ils veulent, mais franchement, quel jeune lycéen ou étudiant pourrait donner mille huit cents euros ?

 Me dévisageant, il rajoute au dernier moment :

 - Ou un jeune travailleur.

 - Mais, s’ils veulent partir, c’est normal, non ?

 - C’est trop cher.

 - Mille huit cents euros ? Je trouve que, avec l’hébergement et la bouffe compris, ça va.

 - T’as toi-même dit que c’était trop cher !

 - Oui, mais bon, c’est pas mon rêve absolu de partir pour Cuba. J’ai d’autres priorités.

 Genre, le Dax, répète une voix dans ma tête.

Et puis, les bouquins à acheter, le combustible littéraire (tabac) à renouveler, les bouquins, le combustible littéraire… ouais, ça sonne mieux que le Dax.

Le jeune communiste en désorbite des yeux incrédules.

 - Ah bon ? C’est pas ton rêve absolu, Cuba ?

 - Franchement, non.

 Etant une pure monstruosité culturelle qui reflète parfaitement les contradictions de mon époque, mon rêve absolu, à moi, c’est les Etats-Unis.

D’où ma soudaine excentricité du début de la conversation.

Encore une fois, je ferme ma gueule.

 - Pourquoi ?

Je l’ai déçu. Ces pauvres jeunes communistes, je suis toujours en train de les décevoir.

 - Bah, j’en sais rien !

 - T’as rien à en foutre, encore ?

 - Oh non ! Je sais pas. C’est pas mon truc, enfin, je respecte leur pays et tout, c’est bien pour eux, mais voilà.

 - T’es pas curieux ?

 - Ah non… Enfin si… Mais pas à ce point.

 Le Dax, en revanche, putain là je suis curieux.

Je décide mentalement de m’infliger une heure de lecture supplémentaire le lendemain – lecture ardue de philo, sinon quel intérêt – histoire de rééquilibrer ma dialectique décadente du frivole et du sérieux. Chez moi, le frivole commence à faire chier sa mère, pour tout dire. Le sérieux a besoin de se requinquer.

Je préfère détourner la conversation :

 - Mais franchement, je suis surpris que ce soit gratuit pour les participants.

Dommage que le Dax ne le soit pas, gratuit. Dans ce cas, je foncerais. Bordel, le frivole devient trop puissant.

A la fois, pensé-je, cet investissement ne représenterait-il pas le loisir auquel tout travailleur a droit ? Est-ce réellement un bien de consommation ?

 - T’as l’air de penser à autre chose, Stoni. Tu m’écoutes ?

 - Oui oui.

 - Ben je te disais que ce serait inégalitaire, tu vois, que ce soit payant. Y’en a qui pourrait partir, d’autres pas.

 - Ah bon ?

 - Quoi : ah bon ?

 J’abandonne, l’heure allant.

Après avoir bien rêvassé sur le Dax, en marchant jusqu’à chez moi, j’essaie de comprendre pourquoi la « gratuité » toute relative du voyage m’a autant surpris – voire dérangé.


  Là où j’ai grandi, là d’où nous venons, mes proches, mes poteaux, bref, mon entourage non-communiste, le voyage n’était pas banal.


Si nous partions en vacances avec nos parents, à l’âge de la momitude, nous étions déjà bien contents.


Le voyage, c’était le trajet pour rejoindre le lieu d’où notre famille avait été déracinée au gré du Capital : campagnes, plaines, montagnes, îles, pays étrangers.


Parmi ceux d’entre nous qui firent des études supérieures, aucun ne pratiqua le « Erasmus » bruxellois – soit, une bourse qui permet aux étudiants de passer une année dans un pays de la généreuse Union Européenne. La bourse ne couvrant que très rarement les frais totaux d’une expatriation, bien entendu…


Nous n’avions pas pour autant perdu le rêve de prendre l’avion – ce qui, pour nous, relevait de l’odyssée spatiale.

Alors, nous travaillâmes. Parfois, nous immigrâmes.

Et si nous étions au chômage, nous attendions la prochaine mission d’intérim.


Pour moi, ce fut l’Amérique du Nord. Je partis au Québec, grâce à Aniki, qui m’emmenait. Parce que notre départ fut précipité (rencontre – coup de foudre – coupure épistémologique – « tu viens avec moi ? »  - « ok » ). Sinon, j’aurais économisé, et je me serais autofinancé. Ce n’était pas un voyage touristique, ni des vacances. C’était une immigration. Nous y restâmes deux ans.


Pour un copain, ce fut le Brésil. C’était un rêve, il se le paya, sur son smic. Il y passa deux semaines, et en revint plein d’un étrange alliage de dégoût et de fascination.


Un autre partit en Australie. Immigration. Economisant sur son salaire de… de Français homme à tout faire à Sydney (serveur, jardinier, cuistot, plongeur, jardinier, cuistot, etc.), il s’offrit ensuite une croisade de prolétarien dans les archipels océaniens.




Dans tous les cas, à chaque fois, ce fut un peu l’histoire de Toto va à la conquête du monde.

Ce n’était pas anodin.

Mis à part moi, finalement, personne ne se vit jamais offrir le billet.


J’aurais peut-être pu prendre le temps de raconter Toto le pauvre fils de prolétaires va à la conquête du monde, le camarade aurait été moins surpris par ma propre surprise.

Mais il est parfois très difficile de résumer une praxis à quelqu’un provenant d’une toute autre praxis. La praxis… Si vous préférez, résumer tout ce qui compose votre monde, ce que vous êtes, d’où vous venez, et ce que vous faites.


Je ne crois pas que le camarade soit d’origine bourgeoise, ou petite-bourgeoise, et ça n’a aucune importance.

Ce qui était dérangeant, dans sa réaction, c’était son incapacité à concevoir qu’un jeune puisse travailler.

Et son embarras, face à la possibilité que seuls les jeunes qui auraient travaillé partent en voyage.


Bien sûr, je n’imagine même pas le cas du jeune financé par ses parents, parce qu’il ne fait pas partie de ma praxis. Cela dit, en quoi aurait-ce été si troublant ? Les étudiants font moins la fine bouche quand il s’agit de passer une année Erasmus je ne sais où ailleurs – je doute vraiment que leurs parents n’y soient pour rien.


 Alors, il subsiste cette vague réticence, si commune, face au travail salarié, des jeunes ou des vieux. Celui des jeunes est quand même moins commode… ça voudrait dire qu’ils ne sont pas étudiants… Et ça n’est pas bien, ça.


 A praxis contre praxis, choc des praxis et clash des praxis, j’ai préféré me taire.


 Après tout, on s’en fout.



 

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commentaires

stoni 09/08/2009 12:09

Mon problème c'est que j'en ai justement trouvé un, mais on va dire que la coopération ne se déroule pas au mieux.

Non mais je suis sûr que je vais trouver un patron sympa, et humain, et tout.

Jean-François Vionnet 09/08/2009 09:15

Avec tes talents d'écriture, tu pourrais trouver un éditeur. Ils ne s'appellent pas tous Grasset ou Gallimard. il y en a qui font confiance aux jeunes qui ont des idées. Alors, persévère.
Salut et Fraternité.

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