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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 13:53

 

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J'ai regardé un documentaire sur l'école orthogénique de Bruno Bettelheim. Tourné dans les années soixante-dix, ce film montre le quotidien du centre destiné aux enfants souffrant de troubles et maladies mentaux, fondé par Bettelheim.

 

Plusieurs fois, Bettelheim est interrogé par le réalisateur du documentaire.

A un moment, celui-ci lui fait remarquer que les enfants sont très attachés à leur vie privée. Ils cohabitent à plusieurs dans des chambres, mais ont chacun leur propre lit. Les éducateurs et les autres enfants ont interdiction de ranger leurs affaires, de les toucher, de s'asseoir sur leur lit, sans leur autorisation. Cette règle importe beaucoup aux enfants, qui ne manquent pas de la rappeler à quiconque ose l'outrepasser. Le documentariste est très étonné par ce trait de caractère, qu'il pense être une spécificité des enfants en souffrance. Bettelheim lui répond que l'importance de la vie privée, de son intimité, tient à coeur à tout le monde, même aux adultes. Personne n'a envie que n'importe qui vienne s'asseoir sur son lit. Il rappelle que, dans notre quotidien fait de fugaces bonheurs et de dures épreuves, la vie privée, l'intimité, le petit monde à soi est notre seul rempart constant et tangible.

 

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Quand j'ai regardé ce passage, j'ai tout de suite pensé à mon intimité, et surtout à mon univers à moi. Pour un romancier, cet univers est ce qui nourrit ses oeuvres. Depuis que je suis publié, ma relation avec ce continent fictif a changé.

Je ne dirais pas qu'elle a changé en mieux, ou en moins bien. Il n'est pas question de juger ce que je ressens.

Mais cela a changé.

 

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Comme probablement nombre d'auteurs, comme tous les auteurs, je dévoile beaucoup de mon univers dans mes romans.

Avant la publication, je me rendais volontiers dans ce monde, la nuit, avant de m'endormir. Je fabriquais mes histoires, en répétais certaines que je m'étais déjà raconté des milliers de fois. C'était un vrai plaisir.

Aujourd'hui, je ne suis plus aussi heureux dans ce monde, parce qu'il est souillé par ce que j'en ai fait. Je n'ai plus la primeur, l'exclusivité, le secret, de ces histoires ni le plaisir que je trouvais à les rejoindre, le soir venu.

Peut-être que cela est passager. Mon dernier roman m'a procuré beaucoup de problèmes. Il serait trop long de les énumérer ici. Je n'ai pas vécu des choses très positives avec ce bouquin, qui a pourtant eu son lectorat et qui, contrairement à ce que je craignais, n'a pas été un bide. Il a malgré tout suscité de la haine, vraiment de la haine, envers ce qu'il représentait, et en dommage collatéral, un peu envers moi.

J'aime toujours ce livre et j'ai pris un immense plaisir à l'écrire. Je l'ai rédigé dans les meilleures conditions qui soient. Mais je n'ai pas pu le feuilleter durant un long moment, en raison de toute la haine qu'il a inspirée. Aujourd'hui encore je suis mal à l'aise lorsque je le vois.

C'est dur à expliquer.

 

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Depuis, j'ai le sentiment que la haine a contaminé mon univers. Et c'est stupide de ma part, car mon univers romanesque, personnel, intime, laisse une grand part à la colère, à la violence. Je ne sais pas trop pourquoi je me sens ainsi souillé par la haine des autres.

 

Je n'arrive plus à me complaire dans mon imaginaire. Le soir avant de m'endormir, je suis obligé de me concentrer sur de simples sentiments imaginaires, des mises en scène rudimentaires, des instantanés, car toute idée de narration me renvoie à des souvenirs négatifs.

 

Vous savez, je me sens comme si j'avais pris un haut parleur et hurlé parmi le monde : " venez vous couchez avec moi dans mon lit ". Comme si je n'avais pas respecté ma propre intimité. Comme si je n'étais pas capable, au contraire des enfants soignés par Bettelheim, d'empêcher autrui de toucher mes affaires, mon lit, mes jouets.

 

Je me sens comme une insulte au bon sens de Bettelheim. Quand il dit " personne n'a envie qu'on vienne s'asseoir sur son lit " ... Je me sens risible, mi-putassier, mi-monstrueux.

 

Comme si j'avais bradé quelque chose de précieux.

 

J'aimerais avoir l'avis d'autres auteurs là-dessus. Je me demande si d'autres ont pu ressentir ça.

 

 

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commentaires

sabine 01/08/2015 17:34

C'est comme dans un couple, on est de moins en moins excité par son univers. Maintenant pour en changer, bon courage. Vous avez peut-être trop tiré sur le ressort. Personnellement quand je suis au bout de mes ressources et que je déteste ce que je produis, j'essaie de bousculer ma vie, de changer mes trajectoires, quitte à forcer sur la vie sociale et moins écrire. Ça peut provoquer des choses malheureuses, mais ça peut créer des déclics, changer nos perceptions. Bon courage.

lit enfant 16/01/2014 16:46

MDRRR

Sg horizons 07/10/2013 22:57

En tant qu'auteure, je peux comprendre votre sentiment de laisser d'autres personnes s'infiltrer dans votre intimité imaginaire. C'est un monde bien personnel que nous retrouvons avec plaisir, les moments de calme nous permettant de nous laisser libre de faire le voyage vers celui-ci. D'autant plus, que nous mettons beaucoup dans nos bouquins, une part de nous, en dévoilant comme seuls les mots peuvent le faire, nos sentiments, notre façon de voir, d'envisager le monde. Sans compter, que nous révélons aussi notre passé, notre part d'ombre qui transparaissent de manière volontaire ou non dans la description de nos personnages, dans la façon dont ils peuvent réagir face à telle ou telle épreuve que nous créons sur leur chemin.
Donc oui, je peux comprendre ce sentiment. En revanche, étant donné que je publie en auto-édition depuis 6 mois environ, je ne ressens pas encore cette frustration par le simple fait que le vécu de ma vie d'auteure est pour l'instant plus que positif et enthousiaste.
En revanche, depuis que j'écris, en me vidant sérieusement la tête, en utilisant mon imaginaire constamment pour coucher sur le papier ou devrais-je dire taper sur le clavier le monde crée et bien, je ne rêve plus comme avant. Serait-ce de la fatigue mentale? Le fait de faire appel à mon imagination, certes débordante, en permanence ? Je n'accède que très rarement à ces moments d'évasion qui me procurait si souvent du plaisir.
Bien entendu, je retrouve ce même bonheur dans l'écriture. Pourtant, ce n'est pas pareil, car si certes je le fais pour moi, pour voir où l'histoire me mènera, je sais que d'autres me suivront par la suite, dans ce voyage.

PS : J'adore votre blog qui est une mine d'infos. Merci.

Stoni 08/10/2013 13:50

merci pour ce bien joli retour d'expérience !

Nordje 04/08/2013 22:57

Avant la publication, je me rendais volontiers dans ce monde, la nuit, avant de m'endormir. Je fabriquais mes histoires, en répétais certaines que je m'étais déjà racontées des milliers de fois. C'était un vrai plaisir.(...)
Fin de citation---


Aujourd'hui, je ne suis plus aussi heureux dans ce monde, parce qu'il est souillé par ce que j'en ai fait. Je n'ai plus la primeur, l'exclusivité, le secret, de ces histoires ni le plaisir que je trouvais à les rejoindre, le soir venu.
Fin de citation

Je vous comprends parfaitement, et je ressens cela aussi ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai choisi désormais de cesser toute publication et de reconvertir mon univers en univers "privé", ce qui est très difficile. Pour ma part, écrivant des récits qui tous se rattachent à une réalité parallèle globale et cohérente, j'ai pris l'option de changer tous les noms, tous les lieux, l'ensemble culturel même, et cela a fonctionné. Je n'ai plus d'éditeur, il n'a d’ailleurs rien compris à ma démarche mais je suis de nouveau heureux, et réellement "écrivain", ce que je n'étais plus depuis quelque temps. Je crois profondément que publier est dangereux pour le pur plaisir de l’écriture. Bien sûr, il y a l’idée que lorsque je mourrai, ce que j’écris disparaîtra peut-être sans jamais avoir été lu, mais cela ne m’attriste pas au contraire, c’est précisément ce qui à mes yeux donne tout son sens à cette aventure intime : je suis seul dans cet univers, comme un enfant se raconte des histoires. Et puis, lorsque je sentirai la fin venir, me restera toujours la possibilité de changer d’avis, grâce à quelques outils techniques que je maîtrise, et d’en faire des ebooks qui seront diffusés gratuitement sur des plateformes telles que celle de Kindle.

Caro 03/07/2013 17:50

Bonjour,
Cet article est intéressant, et il me fait du même coup penser à un autre que vous avez écrit, sur le fait de lire ou non les critiques négatives sur ses romans. Je ne prétends pas être expérimentée dans le domaine, puisque mon premier roman vient d'être accepté par un éditeur et même si j'ai déjà des dates approximatives, le travail éditorial n'est pas encore commencé. On va dire que je n'en suis pas encore là. Mais j'ai beau avoir passé la trentaine et ne plus être une gamine, j'avoue que ça m'angoisse un peu, les critiques gratuites, la haine, ces choses négatives qui ne manqueront pas d'arriver, forcément, dès lors que son "bébé" quitte le foyer pour être lâché dans la nature, dans le vaste monde éditorial, et avoir une vraie vie en dehors de sa tête et l'ordi du salon... Et ce que vous ressentez, je l'ai déjà anticipé.
Il y a certes la haine des autres pour des raisons viles (jalousie, bêtise, méchanceté par nature...) et les critiques négatives de gens qui n'ont jamais écrit et qui ne se rendent pas compte qu'un auteur peut être blessé, puisqu'écrire un roman n'est jamais anodin : même si on ne parle pas de soi, il vient de soi, de l'intime, de sa tête voire de son estomac, et je ne suis pas la seule à avoir l'impression d'avoir écrit une daube jusqu'à ce qu'un comité de lecture décide le contraire... Je suis d'accord avec Justine Guyomard, il faut se concentrer sur l'idée qu'au moins, on a eu ce courage de l'écrire et de l'envoyer, et tant pis pour les autres, ils ne nous empêcheront pas de respirer... Mais il n'empêche qu'une fois devenu un "personnage public" (même si c'est dans un cercle très restreint), la donne change un peu et forcément, ça va m'arriver aussi.
D'ailleurs, à ce stade, j'expérimente une autre difficulté : j'ai écrit librement le premier roman sans aucune contrainte ni l'objectif de l'envoyer à qui que ce soit puisque l'idée m'est venue après, alors forcément le cerveau a travaillé un peu tout seul, et s'est montré très productif, mais dès lors que j'ai eu le bonheur d'avoir l'avis positif d'un grand éditeur... eh bien ça s'est un peu gâté au niveau de l'inspiration pour les suivants.
Attention, je ne regrette rien et je reste très impatiente de ce qui va se passer, on ne le vit qu'une fois et c'est une chance incroyable. Mais l'idée que si l'on devient un auteur lu, donc un tant soi peu connu en dehors de son patelin paumé (du moins dans une certaine sphère : les fans de romance, ou de SF, ou de thrillers, etc...), le lecteur devient une donnée qu'on ne peut plus du tout zapper, que des contraintes éditoriales (somme toute normales, sinon on ne vend pas) viennent se rajouter, bref, que maintenant on écrit pour quelqu'un, ça peut chez certains mettre des barrières. Bien sûr, tous les auteurs ne se ressemblent pas, et ces contraintes peuvent même motiver certains encore plus, j'imagine. Mais de mon côté je n'arrive pas à pondre un autre texte.
Si ça se trouve, c'est juste une question de moment : des auteurs peuvent écrire des histoires à la chaîne, d'autres n'ont qu'une seule histoire à raconter... Peut-être que cette expérience doit être unique pour moi, peut-être qu'il me faut un ou deux ans pour mûrir une idée et la transformer en bouquin lisible, à ce stade je n'en sais rien. Mais c'est vrai que je me demande tout de même si ce n'est pas, justement, cette idée que maintenant je dois ouvrir à d'autres cet "univers intime" (ce qui sort de ma tête) qui peut être un blocage, qui fait que je n'ai plus le même plaisir pour ces ébauches (parce que j'essaie quand même, hein) que pour cette première histoire.
Il est parfaitement normal de penser à son lectorat, à ses avis constructifs, ils achètent un produit et s'attendent à une qualité; une fois qu'on a envoyé son manuscrit à un éditeur il faut assumer, et j'y suis préparée. Mais dès qu'on est publié une première fois, ce qui sort ensuite de notre tête ne nous appartient plus vraiment, et même si l'expérience n'est pas mieux ou moins bien, oui, elle est différente. Est-ce que ça signifie pour autant qu'on se "brade" ou qu'on se prostitue ? Pas forcément, du moment que les avis (notamment de l'éditeur) sont constructifs. Mais il n'en reste pas moins qu'une fois qu'on a commencé son envol, il faut prendre en compte cette nouvelle donnée : les autres.
Je ferai ce qu'il faut pour composer avec, à chaque problème il faut se concentrer sur des solutions et ne pas rester trop longtemps sur son ressenti. On verra bien ce que ça donnera. Mais, pour résumer, même si nos expériences sont un peu différentes, je comprends parfaitement ce que vous pouvez ressentir.

Stoni 07/07/2013 09:05

C'est ça le blog de Stoni, y'a toujours des choses à découvrir même si on croit avoir tout lu !

Caro 06/07/2013 14:00

Bonjour,
Alors ça, super. Je n'avais pas lu cet article (et pourtant, j'ai quand même parcouru ce site en long, en large et en travers...) et je suis grandement rassurée de voir que je ne suis pas la seule à me poser ce genre de questions, que c'est une phase normale, dirons-nous.
Mention spéciale, une fois encore, à l'illustration de l'article (le gars au T-shirt vert). Hyper drôle et surtout, particulièrement représentatif...

Stoni 06/07/2013 12:55

Ma chère Caro,

Ta réaction est tout à fait normale. ça t'a coupé la chique, mais ne t'en fais pas ça reviendra.

J'en parle dans cet article :

http://stoni1983.over-blog.com/article-du-stress-du-premier-roman-et-de-la-pression-y-afferente-110179215.html

Bon courage !

stratus cajun 03/07/2013 20:45

Respire Chérie ! Tu réfléchis trop là ! On est pas au pays des merveilles et les autres sont rudes, mais on les emmerde surtout quand on arrive là où ils aimeraient bien être : à ta place ! Ils t'aiment pas ? Tant mieux ! On est là pour en chier ! Ni quartier ni prisonnier ! Profite ! Yeah ! Yeah !

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